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La politique de l’enfant unique en Chine

4 mars 2017

enfant-unique-en-chineLa politique de l’enfant unique en Chine a été instaurée en 1979 et abolie à la fin de 2015. Elle consistait à pénaliser les parents de plus d’un enfant pour éviter la surpopulation de la Chine. On a bien sûr déjà entendu parler de certains de ses effets, dont l’augmentation de la proportion de naissances masculines (le nombre de naissances masculines par 100 naissances féminines serait passé de 106 en 1979 à 116 en 2010), mais je n’ai jamais lu d’étude sérieuse sur son impact sur le nombre de naissances et sur d’autres effets sociaux. Une étude récente de Junsen Zhang, professeur d’économie à l’Université chinoise de Hong Kong, intitulée The Evolution of China’s One-Child Policy and Its Effects on Family Outcomes (L’évolution de la politique de l’enfant unique en Chine et ses effets sur les caractéristiques familiales) aborde justement ce sujet.

Introduction

Il n’est pas aussi facile qu’on pourrait le penser d’évaluer l’impact de la politique de l’enfant unique en Chine. En effet, cette politique fut précédée par d’autres mesures de planification familiale dans les années 1970. En plus, cette politique fut mise en œuvre en même temps que des réformes politiques qui ont entraîné une forte croissance économique ayant aussi des effets sur le taux de fécondité. En plus, l’application de cette politique a grandement varié entre les régions de la Chine. Il est donc difficile de dégager l’impact spécifique de cette politique.

Évolution des politiques familiales en Chine

Mao Zedong a eu des politiques contradictoires dans le domaine de la planification des naissances. Dans les années 1940, il plaidait pour une forte croissance de la population, a appuyé des mesures de planification familiale dans les années 1950, mais a de nouveau encouragé la croissance de la population vers la fin de cette décennie (lors du Grand Bond en avant). D’ailleurs, juste après la Grande famine (de 1958 à 1961), le taux de fécondité a bondi à plus de six enfants par femme. Alors, le gouvernement est revenu avec des politiques de planification des naissances dans les villes et les régions rurales densément peuplées. Un peu plus tard, on a étendu cette politique à tout le territoire. On a lors assisté à un nouveau revirement lors de la Révolution culturelle (pas celle de Raymond Bachand…) à la fin des années 1960, où la politique de planification des naissances fut remise en question puis réintroduite au début des années 1970, sous les slogans «Un enfant n’est pas insuffisant, deux sont très bien, et trois sont trop nombreux» et «Plus tard, plus longtemps et moins». «Plus longtemps» veut dire ici plus de temps entre les naissances. Résultat, le taux de fécondité a diminué de moitié entre 1971 et 1978. La participation à cette campagne était théoriquement volontaire, mais présentait des éléments coercitifs. On a envoyé des planificateurs familiaux dans toutes les régions pour enregistrer plein de détails sur les familles : âge de la mère lors des naissances et, s’il y a lieu, des naissances antérieures, utilisation de contraceptifs, mortalité intra-utérine, stérilisations, avortements et même des précisions sur le cycle menstruel de chaque femme!

Après la mort de Mao en 1976, Deng Xiaoping, partisan de la planification des naissances depuis longtemps (il fut à l’origine des premières mesures dans ce sens prises dans les années 1950) qui a pris le pouvoir en 1978, considérait avec l’appui d’autres leaders du pays que les mesures en vigueur étaient trop timides. En plus, les deux tiers de la population avait moins de 30 ans et les femmes nées lors de l’explosion des naissances de la fin des années 1950 entraient dans leurs années de fertilité. Les autorités, visant une amélioration de la croissance économique et du niveau de vie, jugeaient essentiel de prendre des mesures plus contraignantes pour contrôler les naissances.

C’est d’ailleurs dès 1979 que fut adoptée la politique de l’enfant unique, prévoyant des mesures juridiques, économiques et administratives contre les contrevenants. Les dirigeants locaux et régionaux recevaient des incitatifs importants s’ils atteignaient les objectifs de la politique. Malgré toutes ces mesures, la résistance était forte dans certains milieux, surtout ruraux. La politique fut assouplie vers le milieu des années 1980, en prévoyant 14 exceptions à la politique, la plus importante consistant à permettre un deuxième enfant pour les familles rurales ayant une fille… Le résultat fut une légère hausse du taux de fécondité de 1984 à 1986, ce qui a porté les autorités à resserrer à nouveau les critères de la politique. Par la suite, son application est demeurée plus stable.

Même si la politique visait la Chine entière, son application variait selon les personnes chargées responsables de son respect, les régions et les ethnies. Elle était par exemple plus facile à appliquer de façon stricte dans les régions urbaines, mais moins dans les régions rurales et auprès des minorités ethniques.

Tendances des taux de fécondité en Chine et dans certains pays: 1960-2010

Le graphique qui suit présente l’évolution des taux de fécondité entre 1960 et 2010 dans la Chine rurale (ligne rouge), dans la Chine urbaine (ligne bleue) et dans quelques autres pays en développement : Corée du Sud (ligne bleu pâle), Thaïlande (ligne orange), Mexique (ligne verte) et Inde (ligne violette).

enfant-unique-en-chine1

Le graphique montre bien que le taux de fécondité a diminué grandement dans tous ces pays depuis les années 1970, peu importe les politiques de planification familiale adoptées dans ces pays. On remarquera aussi que les taux de fécondité de la Corée du Sud et de la Thaïlande ont diminué à peu près au même rythme que ceux de la Chine, leur taux se retrouvant dans les années 2000 entre ceux de la Chine rurale et de la Chine urbaine. Pourtant, ces pays n’ont jamais adopté de politiques de contrôle des naissances aussi sévères que celle de la Chine. Par contre, ce fut les deux pays qui ont connu les croissances économiques les plus fortes au cours de cette période. Le taux de fécondité a aussi diminué fortement au Mexique et en Inde, mais beaucoup moins que dans les quatre autres pays, leur taux se retrouvant en 2010 près de deux fois plus élevé (autour de 2,5 enfants par femme par rapport à entre 1 et 1,5). Ce sont aussi les pays qui ont connu les taux de croissance économique les moins élevés. Comment alors isoler l’impact spécifique de la politique de l’enfant unique?

L’auteur examine ensuite plus attentivement les deux courbes de la Chine. Les deux ont augmenté en flèche entre 1961 et 1963 au lendemain de la Grande famine (de 1958 à 1961). Le taux de fécondité est demeuré élevé jusqu’en 1970 et a diminué très fortement entre 1970 et 1978 (de plus de 6 à un peu moins de 3 en Chine rurale, et de plus de 3 à environ 1,5 en Chine urbaine), soit juste avant l’adoption de la politique de l’enfant unique. Si le taux de fécondité a continué à diminuer par la suite (si ce n’est la légère hausse mentionnée auparavant entre 1984 et 1986), il est demeuré assez stable entre 1990 et 2010. Cette évolution laisse penser que la politique de l’enfant unique a peut-être eu un certain effet à ses débuts, entre 1979 et 1990, mais guère par la suite. Encore là, la forte baisse observée au cours des mêmes années en Corée du Sud et en Thaïlande pourrait signifier que la croissance économique a peut-être influencé davantage ces baisses que la politique de l’enfant unique. Assez étrangement, les politiques moins coercitives de planification des naissances dans la Chine des années 1970 semblent avoir eu plus d’effets, car la croissance économique fut bien faible en Chine au cours de cette décennie.

Et alors…

Le reste de l’étude présente différentes études pour isoler l’effet de la politique de l’enfant unique sur la baisse du taux de fécondité, sur la scolarité, les divorces et d’autres questions sociales (comme le taux d’activité et la migration rurale), mais ces études ne sont pas vraiment concluantes ou ne trouvent que de faibles effets, pas toujours significatifs. Ces études ne sont pas inintéressantes, ne serait-ce que parce qu’elles montrent la difficulté d’isoler un seul facteur dans des transformations profondes de sociétés complexes comme celle de la Chine.

De toute façon, si j’ai décidé de parler de cette étude, c’est essentiellement pour sa première partie, je dirais même surtout pour le graphique que j’ai présenté. Comme bien du monde, j’étais convaincu de l’impact majeur de la politique de l’enfant unique. Mais, mis à part ses conséquences indéniables sur la surreprésentation des garçons, il n’est vraiment pas évident que cette politique a eu les effets qu’on lui prête sur son objet premier, la réduction des naissances. Juste pour cela, cette étude est importante.

Par contre, j’ai déploré qu’elle n’aborde pas suffisamment les aspects éthiques de cette politique. Il est assez renversant qu’un État mené par une poignée de personnes puisse adopter ce genre de politique qui intervient dans une des décisions les plus personnelles de nos vies dans un pays d’une telle population, sans aucun débat. Sur cet aspect de la question, je vais laisser le mot de la fin à un des auteurs d’une autre étude citée par l’auteur :

«L’histoire se souviendra de la politique de l’enfant unique de Chine comme l’exemple le plus extrême de l’intervention de l’État dans la reproduction humaine à l’époque moderne. L’histoire considérera probablement cette politique comme une erreur, née de l’héritage d’un système politique qui planifiait sa population de la même manière qu’elle le faisait pour la production de biens. Cet exemple fait ressortir l’impact d’un processus d’élaboration de politiques qui, en l’absence de délibérations publiques, de transparence, de débat et de responsabilisation, peut causer des dommages permanents aux membres d’une société.»

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2 commentaires leave one →
  1. 5 mars 2017 10 h 01 min

    En Chine, c’est comme si un baby-boom avait débuté en 1963; de courte durée en Chine urbaine et d’une dizaine d’années en Chine rurale.

    Dans cette décennie, la chute de la fécondité a été au Québec plus rapide qu’en Chine rurale mais moins rapide qu’en Chine urbaine. Je tente d’insérer un graphique qui l’expose.

    Au cas où ça ne marcherait pas, voici un lien au graphique en question.

    https://laqueste.wordpress.com/2017/01/25/denatalite-en-cascade/

    Taux de fécondité, (indice synthétique) Québec.

    1960 4,0
    1965 3,0
    1970 2,0
    1975 1,7
    1980 1,5
    1985 1,4
    1990 1,6
    1995 1,6
    2000 1,4
    2005 1,5
    2010 1,7
    2015 1,6

    J'aime

  2. 5 mars 2017 10 h 23 min

    Intéressanr de comparer les courbes!

    Aimé par 1 personne

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