Skip to content

L’Académie contre la langue française

13 mars 2017

academieC’est en lisant un article du Devoir que j’ai décidé de me procurer le livre L’Académie contre la langue française, collectif sous la direction d’Éliane Viennot. J’y apprenais en effet que, non seulement ce livre parle de la langue française, ce qui m’attirait déjà, mais qu’en plus il s’attaque aux tendances machistes de l’Académie française. Comment résister?

Avant même que le livre commence, la maison d’édition précise qu’elle applique la règle de proximité qui accorde en genre «l’adjectif, le participe passé et le verbe avec le nom qui le précède ou les suit immédiatement». Ainsi, on écrira les hommes et les femmes sont contentes, mais les femmes et les hommes sont contents. On apprend en lisant le livre que cette règle était en force avant que l’Académie décrète que le masculin l’emporte sur le féminin parce que le masculin est «le genre le plus noble», et qu’elle a même été appliquée dans les statuts de l’Académie lors de sa création! Je compte bien adopter cette règle à l’avenir!

Avant-propos : On y présente l’objet et le contenu du livre, notamment la rigidité et le machisme de l’Académie française.

Le Saint-Siège : Ce texte débute en retraçant l’historique de la création de l’Académie française en 1634. L’objectif de sa création était de déterminer ce qui doit se dire et s’écrire et ce qui ne doit pas l’être, de façon à préserver «la pureté de la langue». Elle s’est fait octroyer de nombreux mandats lors de sa création (notamment d’autoriser la parution d’œuvres littéraires…), mais seul est demeuré celui de produire un dictionnaire. Cela a pris 60 ans avant que la première édition de ce dictionnaire paraisse, et, après bientôt 400 ans, on attend toujours sa neuvième version.

Ce n’est qu’en 1980 que la première femme fut admise à l’Académie parmi ses 40 membres, même si jamais ses statuts n’ont contenu de restriction à cet égard. On en compte maintenant cinq, soit 12,5 % de ses membres. Le texte aborde ensuite les luttes des académiciens pour masculiniser la langue française, notamment en éliminant les appellations féminines des professions «qu’il n’est pas dans leur nature d’exercer»… En plus d’avoir abandonné la règle de proximité comme mentionné auparavant, on a aussi rendu invariables les participes présents (en ne conservant que leur forme masculine) et quelques autres expressions («vu ma santé» au lieu de «vue ma santé», par exemple). Plus récemment, des Académiciens reprochaient à Charles de Gaulle de dire «Françaises, Français», alors que «Français» aurait suffi selon eux… Les auteur.e.s, soulignant entre autres l’absence de grammairiens, de linguistes et de lexicographes parmi les membres de l’Académie française, concluent à l’incompétence de cette institution pour réaliser le seul mandat qui lui est resté depuis ses débuts, écrire un dictionnaire. Ce texte se termine avec d’autres exemples du sexisme des 40, exemples que je vous laisse le «plaisir» de découvrir en lisant ce livre. Disons qu’on penserait ces remarques venir davantage d’une conversation de vestiaire que de déclarations d’une élite…

Les offenses : Les auteur.e.s présentent des décisions gouvernementales sur la féminisation des titres qui sont allées à l’encontre des préceptes de l’Académie et les réactions pitoyables des 40.

Les points de doctrine : Les auteur.e.s présentent et surtout détruisent les 12 arguments les plus utilisés par les 40 pour justifier l’utilisation abusive du masculin. Ce chapitre est pertinent et intéressant. Il montre que ces arguments sont à la fois faibles (pour ne pas dire ridicules) et contradictoires. On y lit aussi de nombreuses anecdotes loufoques. Par exemple quand un académicien avance que, quand on entend «écrivaine», on retient surtout «vaine», mais, quand on entend «écrivain», on ne remarquerait pas du tout «vain»… Ce genre de vanne pas subtile du tout amène les auteur.e.s à conclure ainsi : «Le plus souvent, c’est à travers des sarcasmes ou des jeux de mots vaseux, voire grossiers, que l’Académie tente de proscrire l’usage de certains termes».

Les bulles : Les auteur.e.s nous font connaître le contenu complet des bulles (ou décrets) de l’Académie sur la féminisation des métiers, titres et fonctions, et les critiquent en notes en bas de page. Même si ce chapitre est intéressant, il est un peu répétitif, car il contient in extenso des textes dont les éléments qui ressortent le plus ont été analysés (et critiqués) dans le chapitre précédent.

Les exégèses et Les suppliques  : Presque aussi répétitifs que le précédent, ces deux chapitres contiennent des textes de membres de l’Académie sur le même sujet, envoyés aux journaux (Les exégèses) ou à des politicien.ne.s (Les suppliques). Ces académiciens ont encore moins de retenue que leur institution et ne se gênent pas pour utiliser des propos encore plus méprisants que ceux contenus dans les bulles présentées dans le chapitre précédent : selon eux, les personnes qui prônent la féminisation des métiers, titres et fonctions :

  • sont des cancres, des démagogues, des crétins, des analphabètes, des zélateurs, des fanatiques, des ânes et des ânesses (dans ce cas, ils ont tenu à féminiser cette insulte…);
  • ont des fantasmes, utilisent des diatribes pathétiques, font la promotion de la ségrégation, défigurent la langue et participent à des comédies de boulevard;
  • appuient des modifications caricaturales, sottes, humiliantes et arbitraires.

Le chapelet des perles : Ce chapitre contient des citations provenant des chapitres précédents.

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Lire, mais peut-être pas en entier. En effet, si les chapitres intitulés Le Saint-Siège et Les points de doctrine sont fort intéressants, le reste du livre est rempli de répétitions. S’il y a un certain intérêt à prendre connaissance du contenu intégral des lettres signées par l’Académie et ses académiciens, il devient lassant de lire constamment les mêmes arguments, d’autant plus qu’ils sont d’une faiblesse proportionnelle à leur objet, soit un combat d’arrière-garde de masculinistes frustrés. Le mépris dont ils font preuve amuse pendant un certain temps, mais devient lui aussi agaçant et toujours désagréable. Et j’aurais aimé trouver l’opinion de l’académicien québécois, Dany Laferrière, mais on n’en parle pas dans le livre et je n’ai rien trouvé sur le sujet sur Internet.

Cela dit, je ne regrette nullement d’avoir lu ce livre. J’avais bien sûr connaissance de ce refus de l’Académie d’accepter la féminisation des métiers, titres et fonctions, et avais lu quelques-unes des perles de l’opposant en chef, Maurice Druon, mais avais de la difficulté à croire que les arguments des 40 étaient aussi puérils et méprisants. Or, ils le sont…

Advertisements
4 commentaires leave one →
  1. 13 mars 2017 12 h 41 min

    Ce qui est triste dans toute cette histoire, c’est que ces masculinistes sont dans une position de pouvoir étonnante en France et dans la francophonie aussi.

    J'aime

  2. 13 mars 2017 16 h 25 min

    Disons que leur influence faiblit en France (d’où leur colère) et qu’elle est à peu près inexistante ici.

    J'aime

  3. Oli permalink
    17 mars 2017 13 h 20 min

    Je serais curieux aussi de savoir comment se positionne Laferrière là-dedans. J’imagine qu’il ne doit pas s’entendre à merveille avec tous les académiciens sur plusieurs questions, mais on n’en entend pas parler.

    Aimé par 1 personne

  4. 17 mars 2017 13 h 29 min

    Il semble éviter le sujet…

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :