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Camarade, ferme ton poste

10 avril 2017

Avec Camarade, ferme ton poste, Bernard Émond entend convaincre le plus de personnes possible de fermer «leur télé, leur radio, leur ordinateur, leur tablette, leur lecteur MP3, leur téléphone, leur montre intelligente» et de décider de «s’extraire de la cacophonie du monde contemporain, d’affronter la solitude, et de s’astreindre à la réflexion en ouvrant un livre», car, pour lui, «Lire est un acte de liberté». Comme ce recueil d’allocutions et de textes déjà parus compte vingt chapitres, je devrai les résumer à outrance, me contentant de donner une idée des sujets qu’ils abordent.

I. Le monde comme il va

Vitupérer l’époque : Après un mot de l’éditeur dans lequel Mark Fortier présente ce livre, l’auteur explique qu’il n’aime pas son indignation. Il considère que, s’il faut juger, il faut le faire «en se jugeant soi-même». Il fait ensuite l’éloge de l’engagement et considère qu’on manque de modèles (qu’il qualifie de «saints», même s’ils peuvent être athées) pour «retrouver le chemin de l’engagement».

Pas le fleuve ! : On reproche bien des choses au 1 % le plus riche, mais nous sommes bien plus que 1 % à voter pour des partis néolibéraux! L’auteur dénonce l’apathie généralisée de la population face à la destruction de la société et de l’environnement à laquelle nous assistons. Il conclut que si la beauté peut sauver le monde, «Encore faudrait-il sauver la beauté».

Le chemin de l’honneur : L’auteur décrit la volatilité des partis politiques que les Québécois appuient, tantôt plutôt à gauche (NPD), tantôt franchement à droite (PLQ et CAQ). Nous agissons en fait davantage comme des consommateurs que comme des citoyens (sujet que j’ai abordé il y a quatre ans). Face à ce comportement, l’auteur considère que «Tous, citoyens, hommes politiques, journalistes, nous avons la tâche urgente de retrouver le chemin de l’honneur».

L’usage de la liberté : «Nous sommes libres, mais pour quoi faire? Nous bradons cette liberté, comme nous avons toujours tout bradé dans cette province : patrimoine, richesses naturelles, biens collectifs, avenir». L’auteur nous exhorte à «réapprendre à être libres pour quelque chose».

Ce qui est commun : L’auteur se désole de la laideur de nos villes et villages. «Le passage du Québec à la modernité a laissé dans le paysage rural et urbain un véritable musée des horreurs». Il dénonce notre fixation sur l’économie, mais aussi «notre rapport aux espaces publics, et en fin de compte à ce qui est commun». Il trouve essentiel de justement «retrouver le sens du commun, et de défendre ce qui appartient à tous et à chacun, car la beauté est nécessaire».

« Faites vos propres règles » : L’auteur dénonce ici les concepts individualistes et même néolibéraux véhiculés par la publicité, ainsi que le langage qu’elle utilise, car le langage peut «corrompre la pensée». Il poursuit en soulignant l’individualiste des tags sur les murs…

Entrer dans une église : Même s’il se qualifie de mécréant, l’auteur explique pourquoi il se sent bien quand il entre dans une église. Il explique y aimer le silence et les relents de notre histoire, de notre patrimoine et de notre culture qui habitent ces lieux. Il ajoute quelques autres motifs que je vous laisse le plaisir de découvrir.

De la nostalgie : Lorsqu’on dénonce les tares de notre époque, on risque de se faire taxer de nostalgie, état que l’auteur revendique! Mais, la nostalgie de certaines valeurs et liens de solidarité ne signifie pas le désir de revenir en arrière.

Le sens de la dette : La dette dont parle l’auteur dans cette conférence est celle envers le passé, envers l’histoire. Il y raconte sa jeunesse, son détachement envers l’histoire et même ses tentations de flirter avec les groupes d’extrême gauche, puis son intérêt ultérieur pour nos origines.

II. Écritures du temps

De l’admiration : L’auteur avoue son admiration des personnes qui peuvent encore ressentir de l’admiration et de la joie, et s’épanouir devant la nature, si menacée, mais aussi devant les artistes, les personnages politiques et les scientifiques. «Ce sont des moments précieux qui n’exigent de nous que l’ouverture, l’humilité et l’attention au monde».

Camarade, ferme ton poste : L’auteur utilise ce vieux slogan des années 1970, encore si (et trop) actuel, pour encourager la lecture. Lire n’est pas s’isoler du monde, mais au contraire «c’est sortir de soi pour aller à la découverte des autres et du monde». Et en plus, il y a rarement de publicité dans les livres (j’espère ne pas donner d’idées avec ce gag…)!

Les réfugiés : Face à l’uniformisation des cultures, l’auteur se demande comment certaines communautés (dont les Juifs hassidiques et les musulmans traditionalistes) ont réussi à conserver la leur comme elle existait il y a des siècles. Il s’interroge ensuite sur les liens qui existent entre la foi et la culture, et entre les croyances (pas nécessairement religieuses) et l’éducation et le genre de vie qu’on veut mener.

La fiction nucléaire : L’auteur explique l’importance du film La fiction nucléaire de Jean Chabot.

Au-dessus de la littérature : «Il faut que la littérature serve, ce qu’il lui arrive de faire même lorsqu’elle ne «sert à rien»». Voilà selon l’auteur le principal message du livre Exercice d’amitié d’Yvon Rivard.

« Elle pleure » : L’auteur présente le livre La fin de l’homme rouge de Svetlala Alexievitch (lauréate du prix Nobel de littérature en 2015), dans lequel elle «décrit, à travers un collage hallucinant de témoignages de gens ordinaires, la fin de l’URSS et les premières années de la nouvelle Russie capitaliste».

Gratitude : L’auteur présente l’œuvre de Marc Bernard, surtout après le décès de sa compagne, Else Reichmann. Ses écrits tourneront dès lors presque uniquement «autour de cette femme aimée et de sa disparition».

La petite bonté : Ce texte porte sur le livre Vie et destin de Vassilli Grossman et montre l’importance primordiale de la petite bonté, celle qui se manifeste «dans la vie de tous les jours».

Le lépreux : Ce texte se développe autour d’une scène du film Les Onze Fioretti de François d’Assise de Roberto Rossellini.

Pour vivre ici (les maisons de mes films) : «Dans presque tous mes films, il y a des maisons brûlées, détruites ou abandonnées». L’auteur fait ici le lien entre ces maisons et celles, bien réelles, qui les ont inspirées.

Henri : Henri Turcot fut un homme «qui n’a jamais fait de mal à personne» et qui avait un cœur pur. Il sillonnait les rues d’Hochelaga-Maisonneuve en réalisant toutes sortes de petits boulots. C’est de sa vie que l’auteur s’est inspiré pour réaliser son film Ceux qui ont le pas léger meurent sans laisser de traces. Il présente dans ce chapitre le texte qu’il a écrit pour obtenir le financement nécessaire à sa réalisation. Il y parle d’Henri, de la marche, de la dignité et de bien d’autres choses…

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Lire! Même si je ne partage pas toutes les valeurs de l’auteur, notamment sur sa nostalgie, il demeure que ce petit livre se lit bien et que l’auteur sait bien transmettre ses préoccupations sans trop dénigrer les personnes qui ne pensent pas comme lui. Cela dit, cela ne l’empêche pas de déformer parfois les opinions de ces personnes et de noircir la situation actuelle. Mais, cela se fait généralement avec respect et douceur.

Malgré ces réserves, il demeure que je partage bien plus de valeurs avec l’auteur que j’ai de désaccords. Ce n’est sûrement pas moi qui nierai l’importance de la lecture, l’influence néfaste de la surconsommation et du néolibéralisme, et leurs conséquences déplorables sur l’environnement, sur les inégalités et sur la cohésion sociale. J’ai aussi tendance à adhérer à l’importance qu’il accorde aux croyances, quoique je parlerais plutôt d’idéaux ou d’une forme de conformité entre nos actions et nos valeurs. Mais, ne chipotons pas sur la terminologie, même si le langage peut «corrompre la pensée»…

En plus, les notes, peu nombreuses, sont en bas de page! Bref, sans être un des livres qui m’ont le plus marqué, il m’a fait passer du bon temps et m’a fait réfléchir sur certains sujets sur lesquels je ne me penche pas souvent. C’est déjà beaucoup.

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