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Agir ensemble

3 mai 2017

Avec son livre Agir ensemble. Penser la démocratie syndicale, Christian Nadeau entend nous démontrer l’importance que le processus démocratique soit amélioré dans nos syndicats et qu’il puisse ainsi «contribuer de manière significative à changer aussi» le processus démocratique de toute notre société.

Introduction : La participation et la représentation sont deux éléments essentiels pour la santé démocratique de la société et des syndicats. «Une démocratie ne peut se contenter de mécanismes représentatifs. Elle doit aussi compter sur une véritable vie participative. Les deux vont de pair. Or, ce qui est vrai de nos sociétés l’est aussi du monde syndical. Il faut allier représentation et participation, c’est-à-dire combiner deux modèles de démocratie syndicale». Pour ce, «il faut refonder le militantisme syndical, transformer les organisations et surtout reconstruire les relations entre le militantisme et ses organisations».

I. Philosophie de l’action collective : L’auteur analyse dans ce chapitre deux termes, l’action collective et l’action politique, car ce sont ces deux types d’actions qui caractérisent la démocratie syndicale. Une action collective peut se manifester de trois façons :

  • par un raisonnement agrégatif, où chaque contribution s’ajoute aux autres sans concertation;
  • par un raisonnement collectiviste, où le groupe est considéré d’un seul bloc, sans intervention spécifique des membres qui le composent;
  • par un raisonnement interactif, où les membres (ayant des droits égaux) interagissent et débattent pour établir leurs positions et décider de leurs actions (c’est bien sûr le mode de raisonnement que l’auteur privilégie et aimerait voir institué plus largement dans les syndicats et dans la société).

L’action politique peut viser le pouvoir, mais pas toujours et pas seulement. Les membres d’un groupe politique peuvent aussi viser à mettre de l’avant des valeurs et des «règles économiques, sociales et juridique qui leur paraissent légitimes». Pour atteindre cet objectif, il est de loin préférable que le groupe politique adopte un raisonnement interactif qui favorise les décisions démocratiques. L’auteur ajoute que la présence de la démocratie dans un groupe politique, notamment syndical, est une question de degré. Elle est toujours présente, mais à des degrés divers. Il aimerait que ce degré soit le plus élevé possible.

II. Syndicalisme et vie démocratique : L’auteur présente quatre obstacles internes à l’action politique du syndicalisme :

  • la juridicisation du syndicalisme : bien qu’essentielle dans certains cas, la juridicisation risque de faire réduire les actions politiques; pire on risque d’attendre que quelqu’un ou quelque chose de l’extérieur règle nos problèmes, les laissant pourrir entre temps;
  • le clientélisme et le maraudage : «Le clientélisme se vérifie lorsqu’un membre considère son syndicat comme un simple distributeur de services» et non comme une institution qui appartient aux membres. Le maraudage se fait trop souvent sur cette base et accentue cette tendance;
  • la professionnalisation du syndicalisme : encore là, si la présence de professionnel.les est essentielle dans le personnel des syndicats, leurs interventions peuvent parfois entrer en conflit avec le rôle des élu.es;
  • l’autoritarisme : un syndicat qui ne fonctionne que par mots d’ordre ne parviendra jamais à mobiliser ses membres; ces membres ont bien assez d’un patron sans avoir besoin d’un deuxième…

L’auteur explique par la suite comment contourner ces obstacles. Puis, il donne des idées pour que les membres sentent faire vraiment partie de leur syndicat et pour éviter que la lourdeur des règles de fonctionnement de trop d’assemblées syndicales n’étouffe la spontanéité et la participation des membres. Il suggère entre autres l’organisation d’activités informelles de consultation et de discussions.

III : Participer à la vie syndicale : quelques pistes : L’auteur développe ici son idée de la fin du chapitre précédent sur l’organisation d’activités de délibération. Il propose par exemple de négocier dans les conventions collectives la libération des syndiqués une demie-journée par trimestre pour tenir ce genre d’activités. Il présente ensuite certains pièges à éviter, comme ce qu’il appelle la fausse polarisation, soit le genre de débats qui divisent les participants en deux camps hermétiques. Il explique les avantages qu’un syndicat peut retirer de ce type d’activités, notamment l’appropriation par les membres des enjeux abordés.

Il poursuit en donnant des exemples d’activités (jurys citoyens, sondages délibératifs, budget participatif et utilisation des médias sociaux) et de sujets qui peuvent être soumis aux membres (exploitation des ressources naturelles, relance de l’emploi, lendemains d’une négociation collective, priorités d’une nouvelle ronde de négociation, etc.). Il conclut en insistant sur l’importance que la structure syndicale soit impliquée dans ce processus. Il est aussi dommageable d’entreprendre un processus de délibération sans que la structure syndicale n’y soit une partie prenante que d’avoir un exécutif qui agit sans consultation.

IV. Une démocratie syndicale pour démocratiser notre société : Ce serait bien que le processus démocratique du mouvement syndical s’améliore, mais ce serait encore mieux si cette amélioration s’étendait à toute la société. Comme la structure syndicale repose actuellement sur une démocratie représentative, ses élu.es ont tendance à respecter la structure représentative de toute la société, soit à échanger en premier lieu avec les député.es et ministres. Si elle adoptait un processus démocratique davantage centré sur la démocratie délibérative, on peut espérer qu’elle agirait ainsi dans ses interventions visant des changements sociaux et économiques influençant l’ensemble de la population, notamment en s’associant davantage avec les organismes sociaux et communautaires, sans relation hiérarchique. Je dois ajouter ici que la participation des syndicats à la campagne pour le salaire minimum à 15,00 $ (et sur d’autres enjeux) me semble déjà aller dans ce sens, mais on peut vouloir que ce genre de collaboration se produise plus fréquemment et sur davantage d’enjeux. L’auteur aimerait notamment les voir s’engager davantage dans l’histoire, les médias et la culture.

Pour conclure… : L’auteur mentionne qu’il a déjà appliqué ses recommandations à de nombreuses reprises auprès de membres de syndicats, avec toujours plus de succès que ce à quoi il s’attendait.

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Lire! Même si j’ai préféré les premiers chapitres qui formalisent très bien les types d’actions collectives et politiques, ainsi que les obstacles internes à l’action politique du syndicalisme, ce petit livre (moins de 100 pages que j’ai lues en moins d’une journée tout en écrivant le premier jet de ce billet) se lit facilement, le langage y étant limpide même si ce livre a été écrit par un philosophe (et il ne cite même pas un seul grand philosophe!). Cela dit, j’ai parfois trouvé l’auteur un peu sévère, semblant parfois considérer les syndicats comme plus riches et plus puissants qu’ils le sont vraiment. Ayant travaillé pour une centrale syndicale, je connais bien les limites et les obligations de ces organismes. J’ai quand même bien apprécié, notamment parce qu’on parle trop peu de cette façon de cette institution essentielle… à la démocratie!

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