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Vivement après-demain!

15 mai 2017

J’ai finalement cédé aux insistances de Robert Lachance, un fidèle lecteur et commentateur de ce blogue, et ai lu le livre Vivement après-demain! de Jacques Attali. Je connaissais peu ou pas cet auteur, sinon de nom, tellement peu que je ne savais même pas qu’il est économiste (après avoir lu ce livre et écrit ce billet, j’ai appris qu’il est dans l’équipe d’Emmanuel Macron et qu’il dit parfois des âneries…). Dans ce livre, il considère que «si beaucoup de nuages s’accumulent à l’horizon, les moyens ne manquent pas de construire le meilleur du monde, de devenir soi, d’éviter que la colère et la rage ne se transforment en violence planétaire, d’échapper aux menaces climatiques, au terrorisme et au suicide technologique».

Introduction : L’auteur précise dans cette introduction l’ambition de son livre : «donner à chacun les moyens de connaître les promesses et les menaces du monde, d’en mesurer les chances et les risques, pour y naviguer au mieux entre les écueils, et rejoindre le port de son choix. Pour tirer le meilleur du monde, Et pour que chacun puisse y devenir soi (…) Aussi, je veux raconter ici tout ce qui peut toucher le monde, pour le meilleur et pour le pire, d’ici 2030. Pour que chacun puisse comprendre l’urgence d’agir, pour lui et les autres». Et il poursuit dans la même veine :

«Le marché impose (…) sa dictature au monde, sans qu’une gouvernance planétaire le contraigne à respecter une règle de droit. En particulier, aucune règle ne limite ni ne réoriente la production de ce qui détruit la nature et dérègle le climat; aucun mécanisme ne réduit la concentration des richesses; (…) plus généralement, rien ne pousse chacun à comprendre qu’il a intérêt au bonheur des autres.»

Et il conclut : «Bientôt, si nous n’agissons pas, si nous ne montons pas sur scène pour faire le meilleur pour soi et pour les autres, changer le texte, renverser la table, l’irréversible cauchemar aura lieu».

1. La rage : Dans ce chapitre, l’auteur présente un tableau de ce qui va bien et de ce qui va mal sur la planète. Ce tableau est accompagné de très, très nombreuses données. Comme ce chapitre est le plus long du livre et qu’il est très condensé, je ne mentionnerai que quelques-uns des sujets qu’il aborde.

Dans ce qui va bien, il parle notamment (un gros notamment), souvent avec des lunettes dorées (volontairement, il nuance dans l’autre partie du tableau), de l’augmentation de la richesse, surtout dans les pays pauvres, de la baisse de l’extrême pauvreté, de la hausse de l’espérance de vie, de l’amélioration des réseaux de communication, de la baisse des prix de nombreux biens de base (dont l’habillement), de l’amélioration de la production agricole, de la baisse du nombre de dictatures, de la diminution de l’application de la peine de mort, de la prise de conscience environnementale et de la baisse de la violence dans le monde (tant par la guerre que par les agressions et homicides).

Dans ce qui va mal, il aborde notamment (un notamment encore plus gros), sans lunettes dorées cette fois, le vieillissement de la population accompagnée de naissances nombreuses dans plusieurs pays pauvres, la hausse du nombre de migrants et réfugiés (tant en raison de la violence que du dérèglement climatique), l’augmentation de la pollution (avec beaucoup de détails), des émissions de gaz à effets de serre et des catastrophes climatiques, la fragilisation de l’agriculture mondiale, la hausse des inégalités de revenus et de richesse, et des dettes privées et publiques, la fragilité du système financier mondial, la détérioration de la liberté de presse et de la démocratie dans bien des pays (pas seulement par des régimes autocrates, mais aussi par le «marché», les lobbys, le financement des partis politiques et les portes tournantes), l’érosion des libertés individuelles, la concentration des entreprises, la généralisation de l’évasion fiscale, la faiblesse des institutions internationales, la diminution de la solidarité et la montée des fondamentalistes.

2. L’explication : L’auteur souligne que le bilan du tableau présenté dans le chapitre précédent est fortement négatif. Même si je n’ai eu aucun problème à résumer le chapitre précédent qui s’étend sur 80 pages, je trouve moins facile de résumer ce court chapitre de 14 pages… En effet, son «explication» (le titre du chapitre) est pour le moins particulière. Il prétend en effet qu’on peut expliquer la complexité des problèmes énoncés plus tôt par «une théorie unique expliquant toute la réalité contradictoire du moment». Selon lui, «l’ordre social de toute société, depuis l’Antiquité la plus lointaine, est fondé sur le sens donné à la mort», en cherchant notamment à la rendre tolérable, par exemple avec des sacrifices (on dirait que ce sujet me poursuit…). Alors que «ce rapport à la mort n’est plus géré, pour une part croissante des populations, par la recherche d’un sens de l’après-vie», il le serait maintenant «par la recherche de la plus grande liberté possible dans la gestion des biens rares, en particulier du plus rare d’entre eux : le temps dont chacun dispose (…)». Et, ce temps disponible permettrait l’augmentation de «la quantité de biens rares disponibles». Je dois avouer avoir été estomaqué par cette proposition… Je crois comprendre qu’il résume un concept qu’il a développé dans des livres précédents, mais comme je ne les ai pas lus, je trouve sa théorie unique bien opaque et peu convaincante.

L’auteur développe sur la base de cette proposition en avançant que «la gestion de cette rareté est confiée à deux mécanismes, le marché pour les biens privés et la démocratie (…) pour les biens publics». Il ajoute que ces mécanismes remplacent entre autres le troc, mais aussi «les échanges gratuits, les allocations autoritaires, les dictatures» (de quessé?), alors qu’il est établi que le troc n’a jamais vraiment existé en dehors de l’esprit d’économistes théoriciens. Passons… Bref, j’étais totalement perdu. À partir de la dialectique entre la rareté et la mort (?), il présente six propositions que je renonce à énumérer. Étonnamment, ces propositions sont intéressantes, même si je ne vois pas le rapport entre elles et les prémisses de l’auteur. Mais, bon, ce ne sont que 14 pages, je le répète…

3. La colère : L’auteur répète la recette du premier chapitre, mais cette fois pour présenter sa vision de la situation en 2030. Dans ce qui ira bien, il parle notamment, encore une fois avec des lunettes dorées (comme on connaît maintenant le procédé, on s’en étonne moins), de l’effet positif de la hausse démographique sur le PIB, des nombreux changements technologiques qui seront implantés et qui auront des effets majeurs dans de nombreux domaines, et des conséquences positives de ces changements pour la société, pour la démocratie et même pour la lutte au changement climatique.

Concluant sur ce tableau, l’auteur prévoit plutôt, qu’en «l’absence d’un état de droit global», les inégalités continueront de croître, l’égoïsme gagnera encore plus de terrain, l’emploi stagnera ou même diminuera (il appuie cette prévision sur l’étude de Frey et Osborne que l’OCDE a démolie dans une autre étude; voir à cet effet ce billet), la confiance envers les institutions diminuera, «la frustration sera générale, la violence dominera» et «tout cela dégénérera vraisemblablement en une crise d’ensemble, financière et militaire, globalement destructrice, dans un monde de plus en plus interdépendant».

Dans ce qui ira mal, en plus de mentionner l’aggravation des facteurs mentionnés plus tôt (vieillissement, migrations, pollution, réchauffement climatique, agriculture, etc.), il prévoit notamment la raréfaction de l’eau, l’utilisation de nos données personnelles par les gouvernements et les entreprises privées (c’est bien parti…), la guerre sans perte de vie des soldats (car faite uniquement avec des drones et des robots), la radicalisation de grands pans de la population, beaucoup plus de violence dans la population (je vous épargne les détails) et, en conséquence, une plus grande importance accordée aux mesures de sécurité.

L’auteur présente ensuite des scénarios (six dans chaque cas) qui pourraient mener à une crise économique et financière, ou à une guerre mondiale. Il ajoute que bien d’autres scénarios pourraient mener à des désastres…

4. Le meilleur du monde : Dans ce dernier chapitre, l’auteur se demande s’il y a moyen d’échapper aux scénarios d’apocalypse qu’il a décrits à la fin du chapitre précédent. Il le pense, si nous misons sur l’altruisme, la coopération et l’empathie, et si nous nous éloignons de «l’individualisme, de l’avidité, de la convoitise et de la barbarie». Croyant beaucoup à l’importance de la prise de conscience individuelle, l’auteur poursuit en suggérant «d’emprunter un chemin mental précis et logique» en 10 étapes. Je laisse aux lecteurs éventuels de ce livre le «plaisir» de les découvrir… Semblant bien aimer les listes, l’auteur propose, pour établir «un état de droit planétaire», 10 autres propositions. Puis, il propose une autre liste de 10 propositions spécifiques à la France.

Et alors…

Lire ou ne pas lire? J’hésite à recommander la lecture de ce livre. Si j’ai bien aimé l’introduction et apprécié le premier chapitre, le reste du livre m’a laissé froid. J’ai trouvé son «explication» (deuxième chapitre) tout simplement nébuleuse, son troisième chapitre un peu hallucinant, donnant plus d’importance à des problèmes soit surmontables (crise économique et financière) ou carrément hypothétiques (guerres mondiales) qu’au principal problème qui menace la survie de notre espèce (l’environnement, tant par la pollution et l’épuisement des ressources que par le réchauffement climatique). Et que dire de sa conclusion (quatrième chapitre) tout simplement ésotérique… Comme ça, pour éviter les cataclysmes qu’il craint dans moins de 15 ans, il suffirait de travailler sur soi-même? Je ne dis pas que les conseils de l’auteur sont mauvais, mais simplement qu’ils ne peuvent avoir un effet déterminant sur ce qu’il nous fait craindre dans les chapitres précédents. Et, les notes sont à la fin (mais essentiellement composées de références). Ses propositions pour établir un état de droit planétaire sont déjà plus pertinentes, mais tout aussi saugrenues. Bref, on peut sauter son tour…

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2 commentaires leave one →
  1. 18 mai 2017 7 h 44 min

    Fort bien résumé. Je recommande sa lecture avant l’achat, la location ou l’emprunt du livre.

    Ce n’est pas le livre d’Attali que j’ai trouvé le plus facile à terminer. J’ai lu pour faire suite à Demain, qui gouvernera le monde ? 2011. Pas plus facile à terminer.

    J’ai trouvé plus divertissante et instructive la lecture de ses biographies Karl Marx ou l’Esprit du monde, Gândhî ou l’éveil des humiliés et Phares. 24 destins.

    Pour qui s’intéresse à l’avenir de l’humanité, je recommande de lire votre appréciation ici des livres d’Hubert Reeves https://jeanneemard.wordpress.com/2013/12/16/hubert-reeves-et-lavenir-de-lhumanite/ pour son regard cosmique et détaché de la question et Après le capitalisme de Pierre Madelin https://jeanneemard.wordpress.com/2017/03/20/apres-le-capitalisme/ pour son regard philosophique et attaché.

    Aimé par 1 personne

  2. Triangle Vert permalink
    19 mai 2017 0 h 28 min

    « son troisième chapitre un peu hallucinant, donnant plus d’importance à des problèmes soit surmontables (crise économique et financière) ou carrément hypothétiques (guerres mondiales)  »

    Plusieurs personnes sérieuses placent depuis quelque temps le risque d’une grande guerre en avant du risque environnemental (qui est a mon avis une certitude)! Mais bon… l’un pourrait amener l’autre… et vice versa 😦

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