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Le Québec change

19 juin 2017

Simon Langlois est probablement le sociologue québécois que j’ai le plus de plaisir à lire. On ne s’étonnera pas que je me sois précipité devant mon ordi (en fait, j’y étais déjà) pour réserver son dernier livre, Le Québec change – Chroniques sociologiques, dès que j’ai pris connaissance de sa parution. Comme ce livre contient plus de 50 chroniques, je me contenterai de mentionner les sujets qu’elles abordent, et n’en commenterai que quelques-unes.

Présentation : L’auteur nous apprend que ce livre est un recueil de chroniques remaniées parues de 2011 à 2016 dans le magazine Contact de l’Université Laval. Il mentionne ensuite les auteurs qui l’ont le plus influencé, insistant surtout sur l’apport d’Alexis de Tocqueville.

Les chroniques

Dans ces chroniques, l’auteur aborde :

  • l’évolution des classes sociales au Québec entre 1971 et 2011 (paru en février 2016);
  • l’évolution de la présence des femmes sur le marché du travail et dans les classes sociales au Québec entre 1971 et 2011 (février 2016);
  • la faiblesse persistante de la présence des femmes dans les postes de direction et dans les conseils d’administration des grandes entreprises (février 2016);
  • l’avancement des femmes dans la hiérarchie sociale (mai 2014);
  • l’évolution de différents types de professions et de la présence des femmes dans celles-ci : professions libérales, intermédiaires, techniques, de bureau, de la vente et des services, de la classe ouvrière, etc. (de février à avril 2016);
  • la baisse du niveau de ségrégation dans les professions, malheureusement toujours présente dans certaines d’entre elles, par exemple en génie, en informatique, dans les métiers, les emplois de bureau, etc. (mai 2014);
  • dans une série d’articles, l’évolution de la classe moyenne et de sa diversité (il parle d’ailleurs des classes moyennes), la perception démesurée de la population d’appartenir à cette classe (tendance confirmée dans une étude récente dont j’ai parlé dans ce billet), le rôle positif des «gros» gouvernements et des mesures sociales sur la taille de cette classe, et les inquiétudes, parfois justifiées, des membres de cette classe face à l’avenir (il donne de bons motifs, comme le vieillissement de la population, mais au moins une moins bonne en citant la mise en récit d’Arthur Laffer, «trop d’impôt tue l’impôt», alors que le niveau d’imposition est loin d’un sommet entraînant cet effet, comme l’ont montré les hausses adoptées par le PQ et le PLC au cours des dernières années, après la rédaction de sa chronique) (de décembre 2011 à septembre 2014);
  • le choc que subissent trop de ménages en arrivant à la retraite (septembre 2014);
  • les indicateurs et l’évolution des inégalités de revenus (novembre 2014);
  • les inégalités entre les hommes et les femmes (janvier 2012);
  • la «logique» derrière la fixation de la rémunération des hauts dirigeants des grosses entreprises (mai 2013); cette chronique est particulièrement pertinente ces temps-ci;
  • les inquiétudes qui augmentent avec l’âge sur la détérioration du niveau de vie de la population (mai 2014);
  • dans une série de chroniques, les résultats d’une enquête sur la perception de la population du Québec sur les inégalités et la justice portant entre autres sur le niveau de justice de la société québécoise, sur le niveau auquel les répondants considèrent être traités de façon équitable, sur l’acceptation des concepts du mérite et de la récompense de l’effort, sur la perception de l’application de ces concepts, sur le niveau de bonheur et de satisfaction perçu par les répondants, sur l’importance de la satisfaction des besoins fondamentaux (logement, nourriture, habillement, santé, éducation, etc.), sur le niveau auquel les institutions québécoises permettent la satisfaction de ces besoins et sur la perception des inégalités au Québec par rapport à celles observées dans les autres pays développés (juin à novembre 2013);
  • dans deux textes, une nouvelle mesure du bien-être, l’indice canadien du mieux-être (ICMÊ) auquel l’auteur a participé à l’élaboration, qui a progressé à un rythme nettement moins rapide que le PIB (l’auteur aurait dû, selon moi, comparer l’évolution l’ICMÊ avec le PIB par habitant, pas avec le PIB) au cours des 17 dernières années (novembre 2011 et 2012);
  • encore une fois la classe moyenne (ou les…), mais cette fois sous l’angle du fractionnement du revenu adopté en 2015 par le gouvernement conservateur (et abolie l’année suivante par les libéraux) pour les couples avec enfants de la classe moyenne, supposément, mais qui profitait en fait davantage aux familles aisées (février 2015);
  • le concept de «date de l’affranchissement fiscal» de l’Institut Fraser et montre l’inanité de ce concept (juin 2014);
  • l’effet sur les inégalités de revenus des mesures budgétaires gouvernementales (avril 2016);
  • les conséquences de la fermeture de centres d’archives muséales (juin 2016);
  • le financement des retraites et l’établissement de l’âge de la retraite (mars 2012);
  • le contexte entourant la grève étudiante de 2012 (qu’il appelle étrangement le «boycott» sans expliquer pourquoi, bien qu’on s’en doute…) (mai 2012);
  • les dérives qui menacent l’université québécoise (deux chroniques, juin 2012 et avril 2015);
  • la baisse de l’appui à l’indépendance (novembre 2015);
  • la crise de confiance envers la démocratie représentative (ou parlementaire) (février 2013);
  • la polarisation gauche-droite (décembre 2013);
  • le lien entre le travail professionnel et l’individualisation de la vie en société (février 2012);
  • la complexification de la vie quotidienne (janvier 2013);
  • l’augmentation de la proportion de couples mariés qui divorcent (il n’y a pas de données pour la séparation des couples en union libre) et, avance l’auteur, de l’âge du divorce, quoique cela ne soit pas clair dans les données (le pourcentage des couples qui divorcent entre 20 et 25 ans de mariage n’a pas du tout augmenté) (août 2016);
  • la baisse du poids démographique du Québec dans le Canada (février 2012);
  • «le choix de la langue d’enseignement au cégep et à l’université par les jeunes Québécois de langue maternelle «tierce» (non française ni anglaise ni autochtone)» (février 2012) (j’ai écrit un billet récemment avec des données plus récentes; j’ajouterai que l’auteur a mentionné à un aspect auquel je n’avais pas pensé, aspect qui peut influencer l’interprétation des données, soit la présence croissante d’étudiants étrangers dans nos cégeps; bravo!);
  • la situation de la langue française au Québec (juin 2015); ce texte est celui que j’ai préféré, notamment en raison de l’explication claire des processus de transferts linguistiques de nouveaux arrivants dans un pays de langue commune différente et de la qualité de l’analyse de l’auteur (il conclut en plus comme moi que la langue de travail est primordiale dans ce processus…);
  • le solde migratoire interprovincial (janvier 2015); cette analyse est très intéressante, mais je reproche un peu à l’auteur d’avoir additionné les personnes qui quittent le Québec et qui y entrent année après année, alors qu’il est plus que probable (j’en connais!) que certaines personnes quittent le Québec pendant quelques années et y reviennent par la suite (à la fin d’un contrat, par exemple) et vice-versa; ces personnes peuvent donc être comptées plusieurs fois par l’auteur, à la fois comme entrants et comme sortants;
  • «la disparition de la paroisse comme institution qui a encadré la vie religieuse et la vie québécoise pendant plusieurs siècles». (mai 2015);
  • les changements qui ont touché la ville de Québec (février 2012).

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Même si je ne rejoins pas toujours l’auteur dans ses opinions et ses analyses, comme on a pu le constater en lisant les quelques remarques que j’ai faites, ce livre vaut certainement le détour aussi bien en raison de la grande variété des sujets abordés que de la profondeur des analyses de l’auteur. Comme Simon Langlois est un des grands penseurs québécois des dernières décennies, il est important de lire au moins un de ses livres pour pouvoir avoir une idée de son importance. Son écriture est claire et facile à comprendre, ce qui n’est pas fréquent chez les membres de sa profession. Et, en plus, les notes sont en bas de page!

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2 commentaires leave one →
  1. 14 juillet 2017 6 h 35 min

    Je lis ses chroniques dans Contact à chaque fois car je suis abonnée aux avis de publication. J’ai eu la chance de l’avoir dans quelques cours aussi, il est tout aussi intéressant en personne. 🙂 En effet, M. Langlois est très clair, ce que j’apprécie beaucoup et il apporte plusieurs éléments de réflexion.

    Aimé par 1 personne

  2. 14 juillet 2017 21 h 04 min

    Merci de ces précisions. Je ne l’ai rencontré qu’une fois lors d’une activité de l’Institut du Nouveau Monde, et ai été trop gêné pour l’aborder…

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