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Encore (et toujours) les robots!

24 juin 2017

Quand j’ai pris connaissance de l’étude de l’OCDE parue au début de 2016 qui contredisait toutes les études précédentes sur la supposée menace de l’automatisation sur la moitié des emplois existants avec un argumentaire impeccable (qui estime cette menace à un niveau cinq fois moins élevé en moyenne selon les pays, soit que seulement entre 6 et 12 % des tâches seraient en fait menacées d’automatisation), je me suis hâté de la présenter sur ce blogue en me disant que je n’aurais qu’à citer cette étude (et ce billet) quand je lirais des gens tomber dans le panneau des prévisions apocalyptiques sur les effets de l’automatisation. Mais, rien n’y fait, le biais de confirmation persistant depuis les luddistes sur le danger des changements technologiques sur l’emploi est trop fort pour que des faits démontrés puissent même égratigner le moindrement les certitudes des catastrophistes de la robotisation. Et d’autres études, toujours basées de près ou de loin sur les hypothèses pourtant démolies par l’étude de l’OCDE, continuent de paraître avec le même message catastrophiste et le même accueil bienveillant des médias. Désolant…

Une autre étude

Encore la semaine dernière, Gérald Fillion, l’animateur de RDI économie (qui fait en général un excellent boulot de vulgarisation), nous mettait en garde contre les dangers de l’automatisation, surtout dans certaines villes et régions du Québec où la population active est la plus concentrée dans les industries qu’une étude du Brookfield Institute for Innovation and Entrepreneurship, un organisme associé à l’Université Ryerson de Toronto, juge les plus vulnérables à l’automatisation. Mieux, M. Fillion termine son texte en concluant que «cette transformation sociale est déjà en cours». S’il ne parlait que du secteur manufacturier, ça irait (car il est de fait très vulnérable à l’automatisation, et cela depuis des décennies), mais quand on sait que l’industrie qui aurait le pourcentage d’emplois ayant le plus fort potentiel d’automatisation est les services alimentaires (avec 69 % des emplois potentiellement automatisables), on peut se demander quelles données appuient la conclusion de sa chronique.

J’ai alors vérifié l’évolution de l’emploi des deux industries (autres que le secteur manufacturier) dont l’étude du Brookfield Institute considère l’emploi le plus vulnérable. Que ce soit en utilisant les données de l’Enquête sur la population active (EPA) ou de l’Enquête sur l’emploi, la rémunération et les heures de travail (EERH) à l’aide des tableaux cansim 282-0008 et 281-0023, j’ai constaté que l’emploi dans les services d’hébergement et de restauration, dont 69 % des emplois dans les services alimentaires seraient potentiellement automatisables selon l’étude du Brookfield Institute, et dans le transport et l’entreposage, dont 61 % des emplois seraient potentiellement automatisables, a augmenté plus fortement entre 2008 et 2016, et même entre 2012 et 2016, que l’emploi dans l’ensemble du marché du travail (l’écart le plus important s’observant dans les services d’hébergement et de restauration, l’industrie dont les emplois sont supposément les plus vulnérables). Comment alors conclure que «cette transformation sociale est déjà en cours»? Mystère…

J’ai alors décidé de lire cette étude, pour voir au moins quelles hypothèses elle utilise pour arriver à ces résultats. Je dois tout d’abord avouer considérer les études associées à l’Université Ryerson avec beaucoup de scepticisme depuis que j’ai lu une de ses études sur les données massives (ou les Big data) qui utilisait des données carrément risibles (des prévisions des États-Unis datant de quatre ans pour appuyer des prévisions au Canada dans trois ans; voir ce billet pour le reste de la critique de cette étude) pour faire la promotion des besoins dans ce domaine. Il s’agissait plus d’un document de marketing que d’une véritable étude, ce qui est pour le moins décevant quand on lit une étude universitaire. Est-ce le cas ici aussi, cette université étant aussi très active dans le domaine de l’intelligence artificielle?

Mon scepticisme s’est exacerbé dès les premières lignes de l’étude. En effet, la première référence donnée pour appuyer une phrase affirmant que les inquiétudes sur les pertes d’emplois dues à l’automatisation sont en croissance est l’étude que l’OCDE a justement démolie, soit celle trop célèbre et pleine de raccourcis de Carl Benedikt Frey et Michael A. Osborne (étude qui date déjà de près de quatre ans)… Cela dit, les auteurs poursuivent en citant d’autres études arrivant à la conclusion que «La technologie a souvent contribué à produire plus d’emplois qu’elle en a détruits». Bon, c’est déjà mieux.

En fait, cette étude se base sur une autre étude (de 148 pages, qu’on peut consulter à partir de cette page), celle-ci du McKinsey Global Institute (MGI). Si celle-ci utilise une méthode un peu différente de celle de Frey et Osborne, elle tente aussi de trouver les tâches potentiellement automatisables à l’aide de définitions théoriques (méthode rejetée par l’OCDE qui se base plutôt sur des tâches réellement réalisées par des personnes en emploi) en «examinant en détail plus de 2 000 activités de travail pour plus de 800 professions dans l’ensemble de l’économie» des États-Unis et en transposant ces résultats dans 45 autres pays sous l’hypothèse que ces tâches sont identiques dans tous les pays (!). Bref, on ne s’étonnera pas que les résultats de cette étude ressemblent à ceux de l’étude de Frey et Osborne. En effet, au lieu de prévoir la possible automatisation de 47 % des emplois, cette étude arrive à la conclusion que 50 % des heures travaillées sont automatisables, avec des taux variant de 41 à 56 % dans les autres pays pour lesquels cette méthode a été appliquée. Le rapport ajoute que cinq conditions doivent en plus être respectées pour que des tâches automatisables le soient vraiment (c’est justement la description claire de ces cinq facteurs qui avait retenu positivement mon attention quand j’ai lu une autre étude de McKinsey sur ce sujet l’an passé) :

  • la faisabilité technique;
  • le coût du changement technologique;
  • la dynamique du marché du travail, basée notamment sur l’offre, la demande et le coût du travail humain;
  • les avantages économiques réels, tels que les gains de productivité, la qualité de la production et les bénéfices;
  • l’acceptabilité sociale et le respect de la réglementation.

Je ne comprends pas vraiment comment il se fait que ces cinq conditions n’aient pas fait réduire considérablement l’impact potentiel de l’automatisation, mais, si j’ai bien compris, ces critères n’ont pas été utilisés à cette fin, mais seulement pour indiquer que l’étude ne porte que sur le potentiel d’automatisation, pas sur une estimation de l’ampleur réelle de l’impact de l’automatisation sur l’emploi. On m’excusera de ne pas avoir lu la suite des 148 pages de cette étude, mais je considérais en savoir assez sur la méthode utilisée. Cela dit, j’insiste, les cinq conditions mentionnées dans cette étude sont fort précieuses, même s’il est difficile, pour ne pas dire impossible, d’estimer leur impact sur l’ampleur réelle qu’aura l’automatisation sur l’emploi (ce qui est selon moi une information plus précieuse que les estimations qui ne tiennent pas du tout compte de ces facteurs).

L’étude du Brookfield Institute utilise ensuite les données de l’Enquête nationale auprès des ménages de mai 2011 (il y a plus de six ans…) pour appliquer les résultats de l’étude de McKinsey au Canada, aux industries canadiennes (en fonction des industries dans lesquelles travaillent les membres des professions les plus touchées) et même à des villes spécifiques du Canada (en fonction de la présence relative des industries dont les emplois seraient les plus touchés dans chaque ville du Canada). C’est ainsi que cette étude parvient à fournir les données dont parle l’article de M. Fillion. Fiou! Mais, ces industries sont-elles vraiment comparables à celles des États-Unis (objet de l’étude de départ dont on a étendu les résultats au Canada) dans chacune des villes du Canada? Quel est l’impact des cinq facteurs mentionnés plus tôt sur l’automatisation qui se produira réellement? Cet impact sera-t-il le même aux États-Unis, au Canada, dans chaque industrie et dans chaque ville? Oubliez cela, ces études n’en parlent pas, elles ne font que fournir ce que le peuple (ou le département de marketing?) désire : des chiffres. Et ces chiffres sont tellement normalisés que les pourcentages d’emplois potentiellement automatisables ne varient que de 43 à 50 % parmi les 40 villes pour lesquelles l’étude fournit des données entre celle qui a le pourcentage le plus bas (Petawawa en Ontario) et celle qui a le pourcentage le plus élevé (Ingersoll, Ontario). Beaucoup de bruit pour pas grand-chose…

Une autre étude

Les études sur le sujet sont tellement nombreuses que je pourrais en présenter sur des pages (si j’avais le temps de toutes les lire et de toutes les présenter!). Mais, cette fois, je vais plutôt me faire plaisir en résumant une étude (dont j’ai entendu parler grâce à ce billet de Noah Smith) qui en critique une autre! Cette étude (ou ce rapport, comme l’appellent les auteurs) de Lawrence Mishel, président de l’Economic Policy Institute (EPI) et de Josh Bivens, directeur de la recherche au même institut, (deux économistes que je respecte beaucoup, notamment parce qu’ils sont les premiers à m’avoir fait connaître il y a quatre ans le concept de rente dans le sens d’un revenu excédentaire accaparé par les plus riches; voir ce billet) est intitulée The zombie robot argument lurches on. There is no evidence that automation leads to joblessness or inequality (L’argument zombie du robot titube – Il n’y a aucune preuve que l’automatisation crée du chômage ou fait augmenter les inégalités).

Les auteurs déplorent d’entrée de jeu que les médias accordent autant d’importance aux histoires et études qui annoncent l’apocalypse due à l’arrivée de la robotisation (déjà un point en commun avec moi!) ou qui attribuent à l’automatisation la faible hausse des salaires et la hausse des inégalités des dernières décennies. Ils dénoncent surtout les interprétations fautives des médias et d’autres commentateurs de la dernière étude de Daron Acemoglu et Pascual Restrepo intitulée Robots and Jobs: Evidence from US Labor Markets (Robots et emplois: preuves provenant des marchés du travail des États-Unis), étude citée aussi dans celle du Brookfield Institute. Les auteurs sont surtout estomaqués par le biais évident des médias en faveur des scénarios extrêmes malgré le peu de preuves avancées dans les études qui appuient ces scénarios dystopiques. Oui, il y a des problèmes du côté de l’emploi et de la stagnation des salaires, mais ceux-ci sont bien davantage dus «à des décisions politiques intentionnelles concernant la mondialisation, la négociation collective, les normes du travail et le taux de chômage qu’à la technologie». Ce rapport montre que l’attention portée par les médias à ces mises en récit apocalyptiques ne sert qu’à distraire la population des causes réelles de la stagnation des salaires des plus pauvres et de la hausse des inégalités. Comme il serait un peu long de décrire le contenu de ce rapport en détail, je vais plutôt présenter ses principales conclusions.

– En fait, l’étude d’Acemoglu et de Restrepo ne montre pas d’effets de l’automatisation sur l’emploi aussi importants et aussi négatifs que les médias l’ont rapporté :

  • les résultats négatifs de cette étude ne portent que sur de petites régions; il est impossible de généraliser ces résultats au niveau national (à l’ensemble des États-Unis) sans se baser sur des hypothèses irréalistes, ce que font malheureusement les auteurs (l’explication de Mishel et Bivens est limpide, mais un peu complexe à présenter en quelques mots, d’autant plus que ces hypothèses sont nombreuses);
  • même en acceptant la généralisation de ces résultats, leur ampleur aurait été dans les années 2000 quatre fois moins élevée que celle des pertes d’emplois dus à la délocalisation des emplois en Chine;
  • l’étude montre que les effets négatifs ne concernent qu’une forme d’automatisation (les robots qui remplacent complètement les travailleurs), les autres formes d’automatisation (celles qui facilitent le travail de personnes qui gardent en général leur emploi, formes d’automatisation beaucoup plus fréquentes) créant plus d’emplois que les investissements en robots en détruisent; les auteurs se demandent pourquoi les médias et les autres personnes qui ont cité cette étude ont ignoré cette conclusion pourtant fondamentale pour la compréhension de la dynamique entourant l’automatisation;
  • rien dans cette étude ne peut mener à la conclusion que l’automatisation a entraîné ou entraînera une hausse du chômage (les auteurs citent entre autres l’étude de l’OCDE dont j’ai parlé au début de ce billet et observent, comme moi, que la plupart des études estiment le nombre d’emplois potentiellement automatisables, sans tenter d’évaluer combien le seront vraiment, ni le nombre d’emplois qui seraient créés par cette automatisation et par le déplacement de la demande).

– Les changements technologiques et l’automatisation n’ont jamais été parmi les principales causes de la stagnation des salaires et de la hausse des inégalités :

  • il n’y a en effet pas de corrélation dans les données historiques entre les périodes d’automatisation et celles de stagnation des salaires et de hausse des inégalités;
  • en fait on observe au contraire que les périodes de hausses de salaire correspondent souvent à celle de fortes implantations d’équipements favorisant l’automatisation;
  • comme le montre le graphique ci-contre, les effets des changements technologiques (et autres) sur la structure des professions furent les plus importants entre 1940 et 1980, ont ralenti quelque peu dans les années 1980 et 1990 et furent deux fois moins élevés qu’entre 1940 et 1980 depuis le début du siècle;
  • aucune preuve n’appuie la prétention que l’automatisation aurait entraîné une hausse du chômage depuis le tournant du siècle (taux de chômage qui est d’ailleurs aux États-Unis à son plus bas niveau depuis des décennies);
  • au contraire, «les tendances de la productivité et de l’investissement en capital, dans les équipements informatiques et dans les logiciels (voir le graphique ci-contre) suggèrent que l’automatisation a ralenti au cours des 10 dernières années. En outre, le taux de changement dans la structure professionnelle (voir encore le graphique précédent) a été plus lent dans les années 2000 que dans n’importe quelle période depuis 1940. Par conséquent, il n’y a pas de preuve empirique appuyant l’idée actuellement dominante selon laquelle l’automatisation s’accélère de manière exponentielle et entraîne un remplacement apocalyptique des emplois par des robots».

– Même s’il est vrai que les robots ont remplacé des travailleurs dans certaines industries et professions, cela ne veut pas dire qu’ils causeront une hausse du chômage :

  • non seulement les données montrent un ralentissement de l’automatisation, mais les changements technologiques créent toujours une dynamique qui entraîne des créations d’emploi dans d’autres secteurs (par exemple en raison de la baisse des prix qu’ils entraînent qui stimule la demande pour d’autres biens et services);
  • la baisse récente du taux de chômage de plus de 10 % en 2009 à moins de 5 % en 2017 contredit toutes les affirmations sur une récente percée de l’automatisation qui créerait du chômage.

– Le marché du travail des États-Unis a suffisamment de problèmes réels sur lesquels il faut se pencher qu’on n’a pas besoin d’en inventer. Pour solutionner ces problèmes réels, on doit notamment :

  • viser le plein emploi;
  • augmenter le salaire minimum;
  • combattre le vol des salaires par les employeurs;
  • améliorer les normes du travail, entre autres le rapport de force des travailleurs à bas et moyens salaires;
  • adopter des moyens pour lutter contre les inégalités, en augmentant par exemple la progressivité de l’impôt (l’EPI a produit un document détaillant les mesures qu’il recommande).

Et alors…

Quel que soit l’angle qu’on adopte pour analyser la question de l’impact de l’automatisation sur l’emploi, on arrive à la conclusion que cet impact est gonflé à la fois par des gens qui ont intérêt à l’exagérer et par ceux qui aiment bien penser que, peu importe les faits, les changements technologiques ne peuvent que nuire à l’emploi. On a beau apporter des preuves directes, comme la faiblesse des études qui présentent des prévisions apocalyptiques, ou indirectes, comme la baisse de la croissance de la productivité, des investissements, des changements de professions et du taux de chômage, trop de gens préfèrent croire les gens qui sont carrément en conflit d’intérêts sur cette question (ou trop enthousiastes), comme les entreprises et les universités qui travaillent sur l’intelligence artificielle. Cela me rappelle un vendeur de systèmes de commerce électronique qui affirmait vers la fin des années 1990 (il y a donc environ 20 ans) qu’il n’y aurait plus personne dans les magasins la veille de Noël cinq ans plus tard… Oui, le commerce électronique a fini par influencer le commerce du détail, mais bien moins et beaucoup plus graduellement que ne le prétendait le vendeur qui avait intérêt à faire croire à un impact plus grand et plus rapide de cette tendance. On ne peut pas être certain que ce sera la même chose avec ce qu’on appelle la quatrième révolution industrielle (cette appellation accordée avant même le début des changements annoncés devrait à tout le moins nous inciter à la méfiance), mais on devrait au moins attendre qu’une seule des prévisions de disparition de professions se manifeste avant de croire que la moitié des emplois ou des heures de travail disparaîtront en moins de 20 ans ou même qu’elles sont susceptibles de disparaître. Et n’oublions pas qu’il y en a déjà quatre qui sont passées, soit 20 % du total, depuis les premières prévisions de ce genre de Frey et Osborne en 2013!

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4 commentaires leave one →
  1. Diane permalink
    24 juin 2017 8 h 54 min

    Merci pour ce billet même si ce dernier me portent à croire que les journaux et les universités sont de plus en plus dépendants et devenus de grosses business qui ont tout intérêt à faire cette propagande!

    J'aime

  2. 24 juin 2017 9 h 23 min

    Pour les universités, j’hésite entre cette option (marketing et conflit d’intérêts) et celle de l’enthousiasme, ou un mélange des deux… Pour les journaux, je crois qu’ils ont le réflexe de sauter sur tout ce qui a l’air «nouveau», que ce soit sur ce sujet ou sur les milléniaux ou autres sujets où on présente de «nouvelles» tendances. Dire qu’il faut se calmer n’est pas très vendeur…

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  3. Steve permalink
    28 juin 2017 13 h 25 min

    Lu récemment : l’augmentation du salaire minimum entraînerait une vague de « robotisation »!

    J'aime

  4. 28 juin 2017 13 h 43 min

    Ça fait partie de l’argumentaire des partisans des catastrophistes. Mais où sont les données pour appuyer ce raisonnement? Les caisses libre-service existent depuis au moins 20 ans et le nombre de caissières augmente toujours…

    Aimé par 1 personne

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