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Printemps de force

10 juillet 2017

Printemps de force – Une histoire engagée du mouvement étudiant au Québec (1958-2013) de Arnaud Theurillat-Cloutier, montre que la grève étudiante de 2012, «loin d’être un phénomène de génération spontanée, est le fruit d’une longue histoire dont les racines plongent jusqu’aux premiers jours de la Révolution tranquille». Dans sa démonstration, l’auteur nous présente les événements les plus importants qui ont jalonné l’histoire du mouvement étudiant québécois de 1958 à 2013.

Introduction : Face aux interprétations divergentes sur le contexte entourant la grève étudiante de 2012, l’auteur a ressenti «le devoir de faire une réelle archéologie de ce mouvement pour constituer un récit fidèle, sans mythification ni jugements cavaliers». Il explique qu’il présentera cette histoire en fonction de deux tendances principales, soit le concertationnisme étudiant, forme de collaboration avec les autres intervenants du milieu scolaire et politique, et le syndicalisme de combat étudiant.

1. La préhistoire du mouvement étudiant (les années 1950) : Datant du début du XXe siècle, les premières associations étudiantes «revendiquaient essentiellement la création de lieux de sociabilité». Malgré certaines manifestations isolées auparavant, il faudra attendre les années 1950 pour assister aux premiers véritables mouvements de contestation. Le moins qu’on puisse dire est que l’interlocuteur de l’époque, le gouvernement Duplessis, n’a pas montré beaucoup d’ouverture aux revendications de ce mouvement.

2. Participer, contester, s’organiser (1961-1973) : Les années 1960 sont celles de la Révolution tranquille. Même si les progrès furent bien plus graduels que cette expression le suggère, il n’en demeure pas moins que cette décennie a vu la mise sur pied de nombreuses institutions qui marqueront les prochaines décennies, notamment et de façon très importante dans le domaine de l’éducation. Cette décennie est aussi avec celle qui suivra marquée par l’émergence de mouvements de contestation importants au Québec et dans d’autres pays industrialisés. L’auteur montre les liens existant entre ces différents mouvements de contestation, en mettant l’accent sur les revendications et les actions des organismes étudiants, et en analysant les modifications structurelles et idéologiques (oscillation entre concertationnisme et syndicalisme de combat, comme mentionné plus tôt) vécues dans le mouvement étudiant.

3. Une ANEEQ combative (1974 à 1980) : L’arrivée au pouvoir du Parti québécois en 1976 a certes permis l’adoption de lois favorisant les travailleurs, dont l’interdiction du recours aux briseurs de grève, mais n’a pas vraiment freiné l’ardeur des mouvements sociaux. D’ailleurs, le taux de jours perdus en raison d’arrêts de travail au Québec ne commencera vraiment à diminuer de façon importante que vers la fin des années 1980. Cette élection n’a pas non plus changé de façon significative les relations entre le mouvement étudiant et le gouvernement. Même si le PQ a grandement bénéficié de l’appui des étudiants, il a mis de côté ses principales promesses à leur intention (gratuité scolaire et amélioration du régime d’aide financière aux études).

4. Entre la combativité et la concertation (1980 à 1989) : Après le référendum de 1980, «la droite économique du Parti québécois a peu à peu acquis une place prépondérante au sein du parti». D’autres événements, dont la récession commencée en 1981 et les politiques adoptées lors de la décennie des années 1980 (par le PQ et le PLQ), ont entraîné un virage majeur dans toute la société. Mentionnons notamment :

  • la mise sur pied de «groupes d’experts» pour implanter des mesures néolibérales (privatisations, déréglementations et abolitions d’organismes gouvernementaux)
  • l’adoption de politiques d’austérité;
  • la priorité donnée au secteur privé pour la création de richesse;
  • la dissolution des organisations d’extrême gauche, le repli sur soi, le cynisme et la dépolitisation;
  • le passage du syndicalisme de combat au syndicalisme de concertation, et la baisse du taux de jours perdus en raison d’arrêts de travail.

Les changements au sein du mouvement étudiant ont aussi été dans le même sens, soit celui de la concertation, mais de façon moins généralisée. Ainsi, des organismes plus portés sur la concertation ont toujours coexisté avec d’autres organismes plus combatifs, chacun tentant de recruter davantage de membres en vantant le succès de sa stratégie. Je laisse les détails des nombreuses péripéties dans ce domaine aux personnes qui liront ce livre…

5. De la confrontation à la concertation (1990 à 2001) : «L’avènement de l’économie du savoir et l’implantation graduelle de la «nouvelle gouvernance publique» (New Public Management) revêtent une importance cruciale pour comprendre les transformations du monde de l’éducation au Québec à partir des années 1990». Auparavant considérée comme un bien commun, la connaissance devient de plus en plus une marchandise qu’on possède (par la propriété intellectuelle d’un côté et par son capital humain de l’autre) et de laquelle on peut tirer des profits privés. Ce contexte (développé bien plus dans le livre) a grandement influencé le contenu de l’enseignement et les domaines enseignés. Comment les associations étudiantes ont-elles réagi à ce nouveau contexte? Ça dépend lesquelles…

6. La résistance au néolibéralisme (2001 à 2013) : Au tournant du siècle, le néolibéralisme a le vent dans les voiles, mais aussi les mouvements qui s’y opposent. On assiste d’ailleurs à de nombreuses «victoires» de la résistance altermondialiste (Seattle, Gênes, Québec, etc.). Malgré ces mouvements de résistance, la tendance néolibérale se poursuivra tout au long de la période couverte par ce chapitre, se transformant en mesures d’austérité un peu partout dans le monde développé (mais de façon plus accentuée en Europe) à partir du début de la crise de 2007-2009. Du côté du mouvement étudiant québécois, cette période sera marquée par deux grandes grèves en 2005 et en 2012. Il s’agit, et de loin, du chapitre le plus long de ce livre (140 pages), ce qui va de soi. Mon résumé ne fait donc qu’esquisser son contenu à grands (très grands!) traits.

Épilogue : L’auteur fait le tour des événements présentés dans les chapitres précédents et conclut que, contrairement à certaines perceptions, il n’y a jamais eu de période d’âge d’or pour le mouvement étudiant (sinon plusieurs, donc aucune), mais un constant basculement entre les associations concertationnistes et combatives, certaines ayant pris le dessus pendant un temps avant de se faire tasser par les autres. Il termine cet épilogue en montrant que les quelques événements survenus depuis 2012 viennent aussi perpétuer la tension entre les visions concertationnistes et combatives de la représentation étudiante.

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Lire! Ce livre représente, et de loin, le recueil le plus complet et le plus clair que j’ai lu sur les événements qui ont marqué le mouvement étudiant au Québec depuis 60 ans. J’ai tenté dans ma présentation de ne parler que du contexte sans aborder le cœur des chapitres, soit les événements qui ont touché directement le mouvement étudiant. Je trouvais en effet impossible de résumer une telle masse d’information, mais visais aussi à inciter le plus de personnes possible à se procurer ce livre, car il en vaut vraiment la peine. Ce livre a toutefois un défaut, les 77 pages de notes (le chapitre 6 contient par exemple plus de 600 références à ces notes), toujours intéressantes ou instructives, sont à la fin. Heureusement, ayant lu ce livre durant ma convalescence, je n’ai pas eu à consulter ces notes debout dans un autobus bondé!

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