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L’intégrisme économique

31 juillet 2017

Avec L’intégrisme économique, livre dont j’ai appris la parution grâce à Anne-Marie Gill, Éric Berr se demande «Pourquoi continue-t-on de promouvoir les recettes économiques néolibérales alors que près de 40 ans d’application ont montré leurs effets pervers : multiplication des crises financières; explosion des inégalités combinée à une hausse de la précarité et de la pauvreté qui fragilisent la cohésion sociale; dégradations environnementales toujours plus importantes, etc. ?».

Introduction – Le dieu Marché : L’auteur présente dans cette introduction sa comparaison entre l’économie orthodoxe et une secte religieuse en adoration devant le dieu Marché hors duquel point de salut. Même sans appartenir à cette secte, la population est envahie par ses préceptes et ses manifestations qui se sont intégrées à sa vie de tous les jours sans qu’elle en soit vraiment consciente. Face à cette situation, l’auteur considère qu’il est «indispensable de comprendre les dérives sectaires de l’intégrisme économique, ce qui implique de dévoiler son mode opératoire (le mode d’exercice de son pouvoir) afin de décortiquer ses fondements (les dogmes) et de démasquer ses adorateurs (les disciples), qu’il convient de déradicaliser pour leur faire retrouver le chemin de la raison (scientifique), de la tolérance et de l’intérêt général, donc celui de l’espoir». Il s’agit bien sûr de l’objectif de ce livre.

1. Le divin pouvoir : L’origine de ce que l’auteur appelle l’Ordre apostolique néolibéral remonte à 1947, lors de la création de la Société du Mont-Pélerin, et sa pratique de l’élection de Margaret Thatcher et de Ronald Reagan il y a environ 40 ans. Comme bien des religions, celle-ci exige l’obéissance de la part de ses adeptes, mais aussi de la part des non-croyants! Elle leur demande toujours des sacrifices avec la promesse d’un avenir économique radieux qui ne vient jamais… L’auteur poursuit en présentant différentes formes de pouvoirs et de relations de pouvoir : influence, manipulation, persuasion, rétribution, force, classes sociales, etc.

2. Les dix commandements : Ce chapitre étant assez long, je vais me contenter de citer les dix «commandements» que présente et commente l’auteur :

  1. L’austérité budgétaire tu prôneras;
  2. La dépense publique tu diminueras;
  3. Plutôt que les plus riches, les pauvres tu taxeras;
  4. La libéralisation financière tu assureras;
  5. Une banque centrale indépendante tu chériras;
  6. Le Marché tu vénéreras;
  7. La compétitivité tu promouvras;
  8. La privatisation de l’économie tu organiseras;
  9. La déréglementation tu favoriseras;
  10. Le caractère objectif de tes recommandations tu affirmeras.

Ce chapitre démolit habilement (mais sommairement) de nombreux mythes de l’économie orthodoxe. Les explications sont claires et le sarcasme, même s’il est omniprésent, n’est pas trop lourd.

3. Les disciples : L’auteur présente les caractéristiques et les actions des principaux disciples de l’Ordre apostolique néolibéral :

  • les missionnaires du FMI : il s’agit de ceux qui ont notamment appliqué les dogmes du consensus de Washington et les ont imposés à de nombreux pays en développement par des programmes d’ajustement structurel qui les ont appauvri encore plus;
  • l’inquisition européenne : après avoir raconté les péripéties qui ont mené à la création d’un marché puis d’une monnaie uniques, l’auteur montre que la zone euro, plutôt que de faire reposer son union sur la coopération et la solidarité, est dominée par la concurrence aussi bien commerciale que fiscale et salariale, et que les organismes qui la dirigent n’hésitent pas à sévir contre les hérétiques, comme la Grèce, en les forçant à la repentance et à la pénitence s’ils veulent éviter le bûcher (de la sortie de la zone euro).

L’auteur poursuit en présentant les caractéristiques d’autres disciples davantage liés à des événements survenus en France (donc moins pertinents pour nous). Il conclut en montrant les dangers que fait courir l’Ordre à la démocratie, comme l’illustrent la montée des partis d’extrême droite en Europe, le rejet du projet européen au Royaume-Uni et l’élection de Donald Trump aux États-Unis. «L’intégrisme économique est un poison qui est en train de tuer l’espoir et la démocratie. Il est impératif de mettre au point un antidote progressif».

Épilogue – Pour une déradicalisation économique : Si certains intégristes, trop nombreux, sont irrécupérables et que leurs idées doivent être combattues sans espoir de les convaincre, d’autres ont plutôt été manipulés et trompés par l’Ordre apostolique néolibéral et peuvent être déradicalisés. Cette déradicalisation économique s’adresse à l’intelligence et doit redonner espoir en un avenir meilleur. Elle doit reposer sur le débat, tenir compte de l’histoire et être ancrée dans la réalité des faits. Les domaines d’intervention de la déradicalisation les plus importants sont l’éducation, la recherche et l’information. Ce processus de déradicalisation devient encore plus urgent dans le contexte de la lutte contre le réchauffement climatique pour éviter de laisser cette lutte au seul pouvoir sacré du Marché, ce que nos décideurs ont tendance à faire. L’auteur termine sur une note optimiste, «pour peu que l’intelligence et l’espoir l’emportent sur les croyances et les peurs».

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Même si ce livre est à la fois sérieux et amusant, et demeure tout au long cohérent avec sa comparaison de départ, j’ai lu tellement de livres plus complets et plus profonds sur le sujet qu’il m’est difficile de le recommander. Je préfère par exemple, et de loin, La Déconnomie de Jacques Généreux (souvent cité dans ce livre, d’ailleurs), que j’ai présenté dans ce billet ou encore L’imposture économique de Steve Keen auquel j’ai consacré deux billets. Cela dit, je ne le déconseille pas non plus! Il conserve en effet ses qualités propres, comme sa comparaison avec la religion qui est beaucoup plus juste qu’on pourrait le penser avant de lire ce bouquin. Bon, cette comparaison devient selon moi un peu lourde à la longue, car l’auteur ne peut jamais la mettre de côté, mais il sait quand même garder le cap sans trop nous incommoder. Et, les notes sont en bas de page!

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