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200 000 emplois! (2)

18 août 2017

Dans le premier de cette courte série de deux billets portant sur l’augmentation de l’emploi désaisonnalisé de 197 000 selon les estimations de l’Enquête sur la population active (EPA) entre le mois de l’élection du parti libéral en avril 2014 et le mois de juillet 2017, nous avons vu que :

  • environ la moitié de cette hausse semble bien réelle, l’autre moitié provenant probablement du remaniement de l’échantillon de l’EPA au début 2015, d’une sous-estimation de l’emploi en début de période et d’une surestimation en fin de période;
  • la croissance de l’estimation de l’emploi fut nettement plus élevée chez les hommes que chez les femmes entre avril 2014 et juillet 2017, allant à l’encontre d’une tendance datant d’au moins le début des années 2000;
  • allant toujours à l’encontre des tendances récentes, cette augmentation aurait été plus forte chez les personnes âgées de 15 à 54 que chez celles de 55 ans et plus;
  • alors que la croissance de l’estimation de l’emploi avait été près de deux fois inférieure dans la région de Montréal que dans l’ensemble du Québec de 2001 à 2014, elle lui fut près de trois fois supérieure entre juillet 2014 et juillet 2017;
  • le taux d’emploi de la population immigrante aurait augmenté près de trois fois plus que celui des natifs entre juillet 2014 et juillet 2017, et celui de la population immigrante reçue depuis 5 ans et moins près de quatre fois plus.

Dans ce deuxième billet, je tenterai de montrer l’ampleur de l’impact du vieillissement de la population au cours des dernières décennies et de présenter les niveaux exceptionnels que durent atteindre les taux d’emploi par tranche d’âge pour que le taux d’emploi global du mois de juillet 2017 (62,4 %) se classe au cinquième rang des 499 mois pour lesquels l’EPA publie des données depuis janvier 1976 (le record datant de juillet 2007, avec 62,9 %, soit seulement 0,5 point de plus qu’en juillet 2017). Je vais tout d’abord reprendre une méthode que j’ai utilisée il y a près d’un mois avec le taux d’activité pour calculer quel aurait été le taux d’emploi au Québec en juillet 2017 s’il avait les taux d’emploi par tranche d’âge de ce mois, mais la structure d’âge de juillet 1976, puis vais situer ces taux d’emploi par tranche d’âge par rapport à leurs niveaux historiques au Québec et à ces taux de juillet 2017 en l’Ontario.

Incidence du vieillissement de la population sur le taux d’emploi au Québec

La ligne bleue de la partie du haut du graphique ci-contre montre l’évolution de l’estimation du taux d’emploi réel du Québec au cours des mois de juillet 1976 à 2017, selon le tableau cansim 282-0001 de Statistique Canada. La ligne rouge, elle, indique le taux d’emploi ajusté, soit celui qu’aurait eu le Québec s’il avait conservé la même structure démographique qu’en juillet 1976. Pour calculer les données de ce taux d’emploi ajusté, j’ai multiplié les taux d’emploi par tranche d’âge de 5 ans (de 15 à 19 ans, 20 à 24 ans… 65 à 69 ans et 70 ans et plus) de chacun des mois de juillet de 1976 à 2017 par la population de ces tranches d’âge en juillet 1976, ai additionné ces 12 résultats par année et les ai divisés par la population adulte (âgée de 15 ans et plus) de juillet 1976.

L’incidence du vieillissement, soit l’écart entre les courbes bleue et rouge, écart qu’on peut mieux visualiser dans la partie du bas du graphique, fut inférieure à 1,0 point de pourcentage de juillet 1976 à juillet 1986, fut légèrement supérieure à 1,0 point (entre 1,1 et 1,8 point) entre juillet 1987 et 1998, puis a gagné en importance presque chaque année par la suite (la seule baisse notable étant survenue en juillet 2009, année de récession qui touche davantage les tranches d’âge des jeunes, proportionnellement beaucoup plus nombreux en juillet 1976 que par la suite et surtout que depuis le début des années 2000) pour atteindre 8,1 points en juillet 2017; cela signifie que le taux d’emploi au Québec aurait été de 70,5 % en juillet 2017 au lieu de 62,4 % si sa structure démographique était restée la même qu’en juillet 1976. Or, sur les 4990 estimations mensuelles des provinces publiées par Statistique Canada depuis janvier 1976, il n’est arrivé que 62 fois (ou 1,2 % des fois) qu’un taux d’emploi mensuel soit supérieur à 70,5 %, et ce fut toujours en Alberta. En fait, le taux le plus élevé atteint par un taux d’emploi mensuel dans une province autre que l’Alberta fut de 69,0 % en juin 2009 (année de récession!) en Saskatchewan. Cela montre à quel point les taux d’emploi par tranche d’âge actuels sont élevés au Québec, d’autant plus que le Québec a le deuxième taux d’emploi le plus bas (ou le neuvième plus élevé…) des provinces canadiennes dans les trois tranches d’âge les plus élevées (60-64 ans, 65-59 ans et 70 ans et plus), après Terre-Neuve dans les trois cas. Je reviendrai là-dessus dans la prochaine section de ce billet.

Par ailleurs, on remarquera que la ligne bleue du graphique du haut, indiquant, je le rappelle, le taux d’emploi réel, adoptait une tendance baissière régulière entre juillet 2007 et juillet 2016, alors que le taux d’emploi a diminué de 62,9 % ce mois-là, le sommet de tous les temps au Québec, à 60,9 % en juillet 2016. Or, plutôt que de diminuer de 2,0 points de pourcentage entre juillet 2007 et juillet 2016, le taux d’emploi ajusté a de son côté augmenté de 0,5 point entre ces deux mois, ce qui montre que la baisse du taux d’emploi réel est entièrement due au vieillissement de la population. En fait, l’incidence du vieillissement fut même de 2,5 points, car le taux ajusté a augmenté de 0,5 point montrant une hausse du taux d’emploi moyen pondéré par tranche d’âge.

Cette tendance à la baisse ne s’est toutefois pas poursuivie entre juillet 2016 et juillet 2017, le taux d’emploi réel ayant bondi soudainement de 1,5 point de pourcentage de 60,9 % à 62,4 %, hausse pour le moins étonnante. En plus, si la structure de la population était demeurée la même qu’en juillet 1976, ce taux n’aurait pas bondi de 1,5 point, mais de 2,2 points comme le saut encore plus vif de la ligne rouge la dernière année de la partie du haut du graphique le montre bien. Cela montre bien sûr encore une fois l’aspect exceptionnel de la hausse de l’estimation du taux d’emploi entre juillet 2016 et juillet 2017, mais cela veut aussi dire que l’incidence du vieillissement fut de 0,7 point entre juillet 2016 et juillet 2017, soit l’incidence la plus forte de toute la série de données entre deux mois de juillet. Non, le vieillissement de la population et ses effets ne sont pas terminés!

Taux d’emploi par tranche d’âge

– les sommets historiques

Le tableau ci-contre montre :

  • dans la première colonne, le taux d’emploi global (des personnes âgées de 15 ans et plus) et celui des membres des 12 tranches d’âge indiquées dans la première colonne (15 à 19 ans, 20 à 24 ans… jusqu’à 70 ans et plus), en indiquant en vert les taux d’emploi de juillet 2017 qui représentent des sommets historiques des 41 mois de juillet allant de juillet 1976 à juillet 2017;
  • dans la deuxième colonne, le rang où se classe le taux d’emploi de la première colonne (donc de juillet 2017) parmi les 41 taux historiques;
  • dans la troisième colonne, le taux d’emploi le plus élevé des mois de juillet des 40 premières années, soit ceux allant de juillet 1976 à juillet 2016;
  • dans la quatrième colonne, le mois au cours duquel le sommet indiqué à la colonne précédente a été atteint;
  • dans la cinquième colonne, l’écart entre le taux d’emploi du mois de juillet 2017 et le sommet antérieur, en indiquant en vert les écarts positifs, soit lorsque le sommet a été atteint en juillet 2017, et en rouge les écarts négatifs, soit lorsque le sommet a été atteint avant juillet 2017.

Le plus remarquable de ce tableau est que, dans le seul mois de juillet 2017, on retrouve sept des 12 taux d’emploi les plus élevés (dont un partagé) des 41 mois de juillet de la série couverte par cet exercice, dont trois ont surpassé le précédent sommet par plus de deux points de pourcentage (y compris un par plus de trois points). En plus, parmi les cinq autres taux d’emploi, deux se classent au deuxième rang (dont un à seulement 0,2 point de pourcentage du sommet), les trois autres se classant aux troisième, quatrième et neuvième rangs. En fait, 11 des 12 taux se classent dans le premier décile (ou premier dixième) des 41 taux et tous dans le premier quartile. Autre constat intéressant, tous les sommets ont été atteints dans les années 2000, ce qui est compréhensible quand on est conscient de la forte croissance de la scolarisation et de la présence des femmes sur le marché du travail au cours des dernières décennies.

La forte concentration des sommets historiques dans ce dernier mois de juillet (et dans le précédent) accentue mes doutes sur la crédibilité de la hausse de près de 200 000 emplois de l’estimation de l’EPA entre avril 2014 et juillet 2017, et encore plus sur celle de plus de 124 000 entre juillet 2016 et juillet 2017. Elle me fait aussi douter de la possibilité que cette estimation puisse encore augmenter de façon notable au cours de la dernière année du mandat des libéraux. Mais bon, je devrais savoir qu’on ne doit jamais faire de prévisions sur les estimations de l’EPA!

– comparaison avec l’Ontario

Le tableau ci-contre compare les taux d’emploi globaux et par tranche d’âge (y compris cette fois la tranche des personnes âgées de 25 à 54 ans, celle dite du principal groupe d’âge actif) du Québec et de l’Ontario, ainsi que le taux d’emploi ajusté de ces provinces en calculant le taux d’emploi global qu’elles auraient si elles avaient la structure d’âge de l’autre province.

La dernière colonne nous montre que le Québec a eu en juillet 2017 un taux d’emploi plus élevé de 0,8 point de pourcentage que celui de l’Ontario pour l’ensemble du marché du travail (à la ligne 15 ans et plus), et ce pour la première fois des 41 mois de juillet de 1976 à 2017. La suite de cette dernière colonne nous indique que le taux d’emploi du Québec fut plus élevé que celui de l’Ontario dans les neuf tranches d’âge les moins élevées (pour la première fois en 41 mois de juillet dans le cas des personnes âgées de 55 à 59 ans), notamment par plus de 10 points chez les 20 à 24 ans et par plus de cinq points dans cinq autres tranches d’âge. Le retard du Québec dans les trois tranches d’âge les plus élevées, et par de fortes marges, peut très bien être considéré comme une bonne nouvelle, montrant possiblement que les Québécois.es peuvent se permettre de prendre leur retraite à un âge moins avancé que les Ontarien.nes.

L’avant-dernière ligne résume bien la situation : les membres du principal groupe d’âge actif (25 à 54 ans) du Québec avaient en juillet dernier un taux d’emploi plus élevé de 4,4 points de pourcentage que ceux de l’Ontario (84,9 % par rapport à 80,5 %). Il s’agissait du onzième mois de juillet consécutif au cours duquel le taux d’emploi de ce groupe d’âge du Québec dépassait celui de ce groupe d’âge de l’Ontario, mais avec l’écart de loin le plus élevé (3,6 points en 2016 et 2,1 en 2015). La dernière ligne montre que la structure d’âge du Québec le désavantage par rapport à celle de l’Ontario. En effet, si le Québec avait la structure d’âge de l’Ontario, mais conservait ses taux d’emploi par tranche d’âge, son taux d’emploi global de juillet 2017 serait passé de 62,4 % à 63,9 %, taux plus élevé de 1,5 point. À l’inverse, si l’Ontario avait la structure d’âge du Québec, son taux d’emploi global de juillet 2017 aurait été de 60,5 % plutôt que de 61,6 %, taux moins élevé de 1,1 point. Cela montre que le fait que le taux d’emploi global du Québec ait dépassé celui de l’Ontario pour la première fois est encore plus étonnant que si sa démographie ne le désavantageait pas ainsi.

Et alors…

Alors que le premier billet de cette série nous a présenté de nombreux faits nous faisant douter de l’ampleur renversante de la hausse de l’estimation de l’emploi selon l’EPA entre avril 2014 et juillet 2017, ce deuxième billet s’est plutôt penché sur les conséquences plus qu’étonnantes qu’aurait le niveau du taux d’emploi atteint en juillet 2017 si ces estimations étaient justes. Même si aucun des éléments présentés dans ces deux billets ne démontre hors de tout doute raisonnable que les estimations de l’emploi de l’EPA de juillet 2017 étaient trop élevées, l’accumulation de révélations qui sortent de l’ordinaire nous le suggère fortement et nous porte à penser que ces estimations devraient diminuer d’ici la prochaine élection, en novembre 2018. Mais qui sait si les merveilleuses estimations de l’EPA ne réussiront pas à nous confondre encore!

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