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Maternité, la face cachée du sexisme

16 octobre 2017

Avec son livre Maternité, la face cachée du sexisme : plaidoyer pour l’égalité parentale, Marilyse Hamelin se demande «Pourquoi les mères sont-elles encore considérées comme LE parent par défaut ?». Selon elle, «il n’y aura pas d’égalité des chances tant que la majorité des responsabilités parentales échoira aux femmes».

Introduction – Jours de colère : L’auteure explique le contexte qui l’a amenée à entreprendre la rédaction de ce livre. Elle se désole de l’écart qui existe encore entre la situation actuelle et une véritable égalité des chances entre les hommes et les femmes. Elle attribue la majeure part de cet écart à la maternité et même à la simple possibilité qu’une femme ait des enfants (même si elle n’en a pas et n’en aura jamais).

1. Maternité et marché du travail – le règne de la discrimination : L’auteure donne de nombreux exemples de femmes qui ont perdu la responsabilité de dossiers, la «confiance» d’un employeur, un poste et même un emploi pour avoir décidé d’avoir un enfant, ou qui ont été écartées d’un poste ou d’une promotion parce qu’elles «risquent» d’en avoir uniquement parce qu’elles sont des femmes. Elle explique ensuite que le Régime québécois d’assurance parentale (RQAP) est un pas dans la bonne direction, mais qu’il est insuffisant, qu’il devrait être bonifié et que les travailleuses qui l’utilisent, surtout celles qui ont un emploi précaire, devraient être mieux protégées.

2. Pourquoi la mère est-elle encore considérée comme le parent par défaut ? : Non seulement les femmes accomplissent la grande majorité des tâches liées aux soins des enfants (l’auteure parle de 70 %, en citant les données de l’Enquête sociale générale de 2005; ce taux serait passé à un peu moins de 65 % en 2015 selon les données du tableau cansim 113-0004, une amélioration bien faible et bien lente accompagnée d’une hausse du temps de travail des femmes, ce qui a entraîné une légère réduction de leur temps libre), mais les gouvernements s’adressent toujours à elles pour ces questions et leur versent d’ailleurs les allocations pour enfants, institutionnalisant leur statut de parent principal. Il en est de même des services sociaux et communautaires, et des sites Internet offrant des conseils ou des services de soins aux enfants, qui s’adressent presque toujours aux femmes, rarement aux hommes ou aux hommes et aux femmes.

L’auteure poursuit en abordant :

  • la charge mentale liée à la responsabilité de devoir tout planifier pour la famille, charge supportée presque uniquement par les femmes;
  • la normalité des soins apportés par les femmes face à leur aspect extraordinaire quand ce sont des hommes qui les apportent (même si ces soins portent très souvent sur les formes de tâches les plus agréables à assumer, comme de jouer avec les enfants);
  • l’imposture de l’inné («on ne naît pas femme, on le devient»);
  • «la pression exercée sur les femmes pour devenir LA mère parfaite».

3. Les pères qui s’impliquent; obstacles et préjugés : Les hommes aussi peuvent subir des pressions s’ils s’éloignent du modèle du mâle pourvoyeur et tentent de s’impliquer davantage dans les soins aux enfants. Ces pressions viennent aussi bien des cercles sociaux et des employeurs (des hommes aussi, même si cela arrive moins souvent que chez les femmes, ont déjà perdu des postes, des promotions et des emplois pour avoir pris des congés de paternité «trop longs», entre autres), que de l’école et des services sociaux. Pour favoriser une véritable implication des pères, l’auteure recommande comme premier pas un meilleur partage du congé parental.

4. Le partage du congé parental, une mesure radicale ? : L’auteure raconte au début de ce chapitre les démarches et pressions qui ont mené à la création du RQAP, particulièrement à celle d’un congé de paternité non transférable à la mère pour inciter les pères à prendre ne serait-ce que quelques semaines de congé lors de la naissance d’un enfant. Même si la création de ce congé fut un succès (80 % des pères le prennent), sa courte durée (trois ou cinq semaines, selon le pourcentage de remboursement) ne permet pas vraiment à faire en sorte que la mère ne soit plus considérée comme le parent par défaut. Or, seulement le tiers des pères utilisent une partie du congé parental partageable de 32 semaines et souvent pour une très courte période.

L’auteure présente aussi des formules encore plus complètes de congés non partageables en vigueur dans quelques pays d’Europe et nous fait part des réactions négatives du président du Conseil du patronat (ce qui est déplorable, mais pas étonnant) et du président de l’Ordre des conseillers en ressources humaines (ce qui est franchement honteux) face à la possibilité que ces formules soient adoptées au Québec. L’auteure présente ensuite différentes opinions sur l’option idéale de la durée des congés non transférables et transférables. Disons seulement que la seule recommandation unanime touche la nécessité de prolonger le congé de paternité non transférable, manifestement trop court avec ses cinq semaines comme c’est le cas actuellement (ou pire, avec ses trois semaines si on demande le taux de remplacement de revenu majoré à 75 % plutôt qu’à 70 %…). Finalement, elle propose d’autres bonifications au RQAP, notamment une hausse du taux de remboursement pour les personnes à faible salaire.

5. Plus égalitaires, les parents de la génération Y ? : À l’aide de quelques témoignages et des faits présentés dans les précédents chapitres, l’auteure constate que les femmes retirent en général beaucoup moins de satisfaction de leur relation de couple hétérosexuel que les hommes. Elle se demande si les femmes n’endurent pas cette situation en grande partie parce que la société leur a inculqué dès leur plus jeune âge la croyance que la maternité est une condition nécessaire pour qu’elles se réalisent et qu’elles ont donc besoin d’un géniteur (je simplifie). Et lorsqu’elles reproduisent «trop» ce modèle, on leur reproche d’être trop contrôlantes, d’être des «Germaine»! L’auteure conclut ce chapitre en montrant à quel point les changements de mentalité sont lents et que les progrès ne peuvent donc être que graduels.

Conclusion – «Des changements nécessaires» : L’auteure aimerait être optimiste, mais comme les mentalités doivent évoluer pour que les institutions changent, on ne peut pas s’attendre à ce que les inégalités entre les hommes et les femmes disparaissent rapidement. Elle conclut en revenant sur les recommandations qu’elle a faites tout au long du livre.

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Lire! Ce petit livre m’a agréablement surpris. On pourrait craindre que la thèse de l’auteure, qui est d’attribuer les inégalités entre les hommes et les femmes à un facteur prédominant, la maternité, soit réductrice, mais non, pas du tout. Elle sait en effet bien ramasser les différents aspects de la question pour au bout du compte livrer un argumentaire très solide et très complet. Elle est peut-être en colère de cette situation, mais pas amère et tout à fait lucide (et solidaire!). En plus, son écriture est agréable et ses sources solides et pertinentes. Et les notes fréquentes et souvent substantielles sont en bas de page! Bravo!

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