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Différence et liberté

30 octobre 2017

J’ai longtemps hésité à me procurer le livre Différence et liberté – Enjeux actuels de l’éducation au pluralisme de Georges Leroux, même si je m’étais engagé à le faire il y a un an en conclusion d’un billet sur le livre La face cachée du cours éthique et culture religieuse qui m’avait laissé un mauvais arrière-goût. Comme je le mentionnais dans cette conclusion, je craignais de souffrir en lisant un livre de Georges Leroux, «moi qui avais même de la difficulté à comprendre ses critiques de livres publiées dans le Devoir». Mais, là, je ne peux que dire alea jacta est! Compte tenu de la richesse de ce livre, il ne me sera pas possible de le résumer convenablement. Je me contenterai donc de mentionner les sujets abordés dans chaque chapitre.

Préface : Face à la diversification des valeurs dans nos sociétés, diversification venant aussi bien de l’immigration que des populations établies au Québec depuis longtemps, que «faut-il enseigner à nos enfants dans le respect de tous les citoyens, surtout quand cela concerne la religion, la morale, les règles mêmes du vivre ensemble»? Dans cette préface, Charles Taylor nous explique que George Leroux défend passionnément dans ce livre le cheminement «qui l’a amené à adopter (…) le programme obligatoire Éthique et culture religieuse (ECR)».

Note de l’auteur : L’auteur explique que ce livre regroupe des textes déjà publiés (mais remaniés) au cours des dix années précédant la parution de ce livre (premier trimestre 2016) et des morceaux inédits conçus pour clarifier sa pensée philosophique et lui donner un caractère concret.

Prologue : L’auteur se rappelle la grande uniformité des valeurs identitaires de sa jeunesse, que la présence d’anglophones juifs ou protestants ne parvenait pas à modifier. Ce n’est que lors de ses études supérieures (et surtout hors du Québec), accessibles à une faible minorité de la population, qu’il a pu prendre connaissance de la diversité des cultures et des valeurs. Il aborde ensuite différents aspects de la question, notamment la contradiction, sur laquelle il reviendra, entre l’éducation à la liberté et l’imposition d’un programme de formation.

Introduction : L’auteur rapporte ici les principales étapes qui ont mené à l’implantation du programme ECR et explique ses principaux objectifs. Il aborde ensuite quelques questions qui ont fait l’objet de débats au cours de la dizaine d’années d’existence de ce programme, notamment «la complémentarité de l’éthique et de la culture religieuse, et les relations entre pluralisme et éducation à la citoyenneté» questions qui correspondent à la structure de ce livre et qui seront donc approfondies par la suite.

1. Éduquer au pluralisme : le débat : Après avoir rapidement fait le tour des arguments qui s’opposaient à l’abolition de l’enseignement religieux confessionnel au Québec qui a été obtenue en 2005, l’auteur consacre ce chapitre à répondre à trois séries d’objections «aux mesures de laïcité mises en place par l’État et au programme ECR». Ces objections et réponses portent sur :

  • les mesures d’égalité dans le respect de la liberté de conscience et de religion;
  • les exigences de la laïcité;
  • les requêtes relatives à l’identité nationale.

L’auteur conclut au sujet des deux premières séries d’objections qu’entre «la volonté des uns de fermer hermétiquement les fenêtres qui permettraient de s’ouvrir à la diversité et le projet des autres d’effacer entièrement jusqu’aux dernières traces de la tradition religieuse, comment ne pas voir qu’il y a, à l’œuvre, le même non-dit, la même occultation, le même refoulement à bien des égards funeste, de l’importance du religieux dans notre société? L’avènement du pluralisme exige des uns et des autres un changement d’attitude qui se révèle beaucoup plus difficile que prévu». Du côté de l’objection nationaliste, l’auteur considère que le «refus du pluralisme maintient tous ces critiques dans un espace fermé qui les rapproche malheureusement du traditionalisme le plus strict et montre la distance qui les sépare d’une véritable philosophie libérale de l’éducation».

2. Face à la diversité : relativisme et pluralisme : Dans ce chapitre, l’auteur «propose de distinguer les concepts qui désignent une attitude ou une position dans le débat moral et religieux contemporain et ceux qui n’ont qu’un statut descriptif, tels les concepts de diversité ou de pluralité». Pour ce, il aborde les questions suivantes :

  • le relativisme comme approche philosophique de la diversité;
  • la différence entre relativisme et pluralisme;
  • le pluralisme moral et le pluralisme religieux;
  • les droits, le pluralisme et la laïcité scolaire.

Il m’est impossible de rendre compte correctement du contenu de ce chapitre que j’ai trouvé difficile à lire mais éclairant. Je tiens toutefois à souligner ce passage (que j’ai compris facilement!) :

«L’État moderne n’a donc pas le choix d’être pluraliste : il l’est par principe et par nécessité, car il doit reconnaître chaque religion comme légitime et méritant le respect, mais il ne doit en promouvoir aucune, et donc s’abstenir de les juger selon le critère de la vérité. C’est ce principe qui soutient la laïcité scolaire et rend nécessaire la déconfessionnalisation. Car une société pluraliste, c’est une société où cohabitent non seulement plusieurs religions, mais aussi plusieurs positions athées, agnostiques, laïcistes et syncrétiques. Aucune, croyante ou incroyante, ne peut prétendre au soutien de l’État, chacune doit au contraire exiger la neutralité de celui-ci, seule garante de sa liberté.»

3. Le dialogue et l’éducation démocratique : L’auteur présente dans ce chapitre «les modalités du dialogue relatif aux normes et aux croyances, et en discute l’extension et les limites», puis aborde la philosophie contemporaine du dialogue ainsi que la philosophie pour enfants. Cette réflexion permet «de mesurer les limites du pluralisme dans la transmission des normes et de la culture religieuse».

4. Identité et neutralité : L’auteur «examine les difficiles questions relatives à l’endoctrinement, à la laïcité et à la neutralité dans la pratique de l’enseignement normatif». Ce chapitre contient beaucoup d’exemples concrets de situations face auxquelles la façon dont l’enseignant.e doit réagir n’est pas évidente. Le plus important selon l’auteur est de toujours faire preuve de franchise et de respect envers l’identité de chacun.

5. Vertus et compétences : l’enseignement de l’éthique et les modèles de la vie bonne : En raison des excès auxquels peuvent mener les «modèles substantiels de la vie bonne dans l’éducation», l’auteur aborde dans ce chapitre l’évolution qu’a connu le contenu de la formation scolaire, passant de l’enseignement des vertus à celui des savoirs puis des compétences (et de plus en plus des savoirs et compétences utiles sur le marché du travail). Il examine ensuite deux questions, soit «les modèles traditionnels de la vie bonne dans l’histoire de l’éducation» et la possibilité «de les introduire dans un projet de formation compatible avec les finalités et les compétences du programme ECR, en particulier avec la compétence éthique».

Au sujet du virage vers les compétences utiles sur le marché du travail, l’auteur considère qu’on «transforme ainsi un idéal de liberté, et l’éducation qui s’efforce de le réaliser, en une forme d’asservissement aux contraintes extérieures (…)». Et il conclut ainsi : «La liberté est l’idéal ultime de la personne, cependant elle ne sera une richesse que si l’éducation permet de dégager cette liberté de l’individualisme libéral moderne qui en est le contraire pour la relier aux sources morales de la culture».

Épilogue – Citoyenneté et culture commune : les enjeux de la transmission : Dans cet épilogue, l’auteur s’interroge «sur la contribution de l’éducation au pluralisme au développement d’une culture publique commune [ce qui devrait être commun à tous les membres de la société] et à l’éducation à la citoyenneté».

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Ça dépend. Si la présentation de l’auteur est complète et impeccable, elle est souvent répétitive (les mêmes éléments sont repris sous différents angles) et à bien des endroits difficile à lire et à comprendre (enfin, pour moi!). Cela dit, l’auteur sait bien transmettre son enthousiasme et sa passion pour l’enseignement en général et pour celui du programme ECR en particulier. Par contre, si l’auteur examine ce programme sous toutes ses coutures et sait convaincre de la pertinence de ce programme (en tout cas, il m’a convaincu), il n’aborde pas les deux types d’arguments que j’ai lus le plus souvent pour s’y opposer, soit le contenu des livres d’accompagnement et la réalité de son enseignement. L’auteur a beau nous expliquer de façon exhaustive comment les enseignant.es sont formé.es et doivent agir en donnant ce cours, on ne sait pas ce qu’ils et elles font vraiment en le donnant ni ce qu’ils et elles en pensent ni si ils et elles ont tou.tes reçu la formation complète. Je ne sais toujours pas si ces arguments sont justes ni à quel point. En plus, comme l’auteur le dit lui-même dans cette entrevue, on ne sait pas ce qu’en retirent vraiment les élèves et donc les ajustements qu’il faudrait lui apporter. Finalement, j’ai apprécié que les notes soient en bas de page.

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