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C’était mieux avant!

29 janvier 2018

Faut-il croire les personnes qui nous cassent les oreilles en prétendant que c’était tellement mieux avant? C’est à cette question que tient à répondre le philosophe, historien des sciences et homme de lettres français Michel Serres dans son livre justement intitulé C’était mieux avant!. Comme ce petit livre compte plus de 30 sections, je me contenterai de mentionner brièvement les sujets qui y sont abordés.

Caudillo, Duce, Führer, Grand Timonier… : sans oublier celui qui a incendié Dresde et bombardé Hiroshima et Nagasaki.

Guerre et paix : L’auteur et ses aïeux ont connu une centaine d’années de guerres à peine entrecoupées de courtes périodes de paix.

Idéologies : Ah, le bon vieux temps où on pouvait afficher sans honte son racisme, son sentiment de supériorité sur l’autre! En fait, ça existe encore, mais sur d’autres autres…

Contrat naturel : La belle époque où les entreprises pouvaient décharger leurs déchets directement dans la mer et dans les cours d’eau sans avoir à respecter des règlements tatillons.

État excité de société : Quand le voisin et même l’ami pouvaient être des délateurs.

Maladies : Pas d’antibiotiques, peu de vaccins ou d’analgésiques, pas d’assurance maladie, il valait mieux être en santé!

Vie et mort : Espérance de vie beaucoup plus courte, mortalité infantile beaucoup plus importante, service militaire trop souvent mortel, etc.

Intensifs et palliatifs : Sans ces soins, l’agonie était beaucoup plus dure.

Propreté, hygiène : Un bain, un brossage de dents et un changement de vêtements par semaine, pas de toilettes, c’était du propre! L’auteur rappelle que l’amélioration des mesures hygiéniques fut la principale cause de la hausse de l’espérance de vie et de la baisse de la mortalité infantile.

Femmes : Pas de droit de vote, pas de compte bancaire et nécessité de l’autorisation maritale, le droit des femmes est parti de loin!

Mâles au travail : Peu d’école, mépris de l’intellect, mais beaucoup de travail manuel et d’accidents de travail…

La poubelle aux outils : L’auteur liste un grand nombre d’outils maintenant désuets, car remplacés par d’autres outils plus performants.

Lavandières et battoirs : L’auteur explique le travail des lavandières qui lavaient des draps au battoir dans des rivières trop souvent polluées.

Grue : L’auteur raconte le travail titanesque que représentait le transport d’une ville à l’autre d’immenses grues de construction.

Roi de l’émouchette : Un des grands-parents de l’auteur a fait fortune en inventant un genre de voile mis sur le devant des yeux des bœufs (une émouchette) pour les protéger des insectes. La généralisation de l’utilisation des tracteurs dans l’agriculture a mis fin à cette production.

Le dos paysan : Il souffrait!

Pensionnats : Ce n’était pas des prisons, mais pas loin!

Les voyages ordinaires : Changer de continent prenait un mois et aller d’un bout à l’autre de la France une semaine. Fallait vouloir!

Communications : Les échanges épistolaires étaient lents, très lents. Les nouvelles circulaient tout aussi lentement et l’accès aux connaissances n’était pas toujours facile et celles-ci étaient souvent très partielles (et partiales).

Concentrations et distribution : Avant, tout était concentré, il y avait une place pour chaque chose. Plus maintenant.

Provenance alimentaire : Avant, on savait d’où venait la bouffe, de pas loin. Mais, il n’y avait pas que des avantages à cet état de fait…

Langues et accents : Avant, les Français des différentes régions de la France ne se comprenaient pas. C’est moins souvent le cas maintenant, entre autres en raison de la télévision.

Habits et couchage : Avant, il fallait «casser» les souliers pendant quelques semaines pour qu’ils soient confortables et bassiner les lits pour ne pas y geler.

Sexualité : Dans le «bon vieux temps» on ne parlait pas de sexe. Les seins étaient la gorge (d’où les soutiens-gorge) et au Québec on prononçait la lettre Q «que» (ou «ke»?). Le viol n’existait pas (comme crime ou même comme délit) et l’inceste était une affaire de famille. Quant aux maladies vénériennes, on n’en parlait pas, mêmes si elles étaient souvent mortelles.

La fée électricité : On s’éclairait à la chandelle et, si on avait les moyens, avec une lampe à pétrole.

Laideur et beauté : Là, c’est vrai, l’architecture était plus belle avant, moins laide, moins uniforme, moins états-unienne.

Nous parlions ensemble en attendant : Mais, surtout, on attendait : les saisons, les vendanges, la pluie, Noël, etc.

Les médias : Plutôt que d’être contrôlée par quelques médias appartenant à l’État et à des puissants, l’information est maintenant diffusée par des médias bien plus variés qu’avant (pour le meilleur et pour le pire?).

Da capo : retour au politique : Cette plus grande démocratisation de l’information permettra-t-elle une plus grande démocratisation politique?

Grandeur des espèces : Aux nostalgiques qui regrettent l’ancienne «grandeur» de la France, l’auteur rappelle entre autres les centaines de milliers de morts causées par les guerres napoléoniennes. Il craint aussi que l’être humain l’emporte dans sa lutte contre la planète, car, s’il gagne cette bataille, il sera seul, sans faune et sans flore et disparaîtra à son tour.

Petitesse : C’est souvent parce qu’ils ont voulu être trop grands que les empires se sont effondrés. Les oiseaux, petits, sont d’ailleurs probablement les seuls survivants des dinosaures!

Le flot qui l’apporta recule épouvanté : Si les progrès ont permis l’augmentation de l’espérance de vie, celle-ci a permis l’augmentation du nombre de vieillards nostalgiques qui prennent le pouvoir pour freiner le progrès, comme Trump, Poutine et trop d’autres.

Envoi : Finalement, ceux qui prétendent que «c’était mieux avant» mettent en péril le «mieux après».

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Je ne vois aucune raison de ne pas lire ce court livre de moins de 100 pages. C’est sûr que l’auteur tire parfois la couverte en soulignant les défauts du passé, mais c’est normal dans un livre qui défend une position comme la sienne. En plus, cela lui a permis d’en aborder auquel on n’aurait pas pensé! Son style un peu sarcastique déstabilise parfois (certaines expressions m’étaient inconnues), mais est toujours agréable à lire. Et, ça fait du bien de lire un aîné qui n’est pas du tout nostalgique! Et, il n’y a pas de notes, ni en bas de page ni en fin de livre!

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8 commentaires leave one →
  1. Michel permalink
    29 janvier 2018 9 h 42 min

    Et pour ceux que ça intéresse, Michel Serres a eu une conversation à ce sujet avec Alain Finkielkraut, un de ceux qui dit souvent que c’était mieux avant. Disponible ici:
    https://www.franceculture.fr/emissions/repliques/etait-ce-ou-non-mieux-avant

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  2. 29 janvier 2018 10 h 03 min

    Merci!

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  3. 30 janvier 2018 10 h 06 min

    Il faut remarquer le ! au titre et surtout l’ajout sous celui-ci et le nom de l’auteur en petits caractères : «Dix grands-papas ronchons ne cessent de dire à petite Poucette, chômeuse ou stagiaire qui paiera longtemps pour ces retraités : «c’était mieux avant.» Or, cela tombe bien, avant, justement, j’y étais.» (Je n’aurais pas mis : après retraités et mis le point après avant après la parenthèse).

    C’était mieux avant ? Non ! intitulerait plus justement le résumé que vous faites de ce livre mais ne laisserait pas savoir le fait qu’il a été écrit par un aîné (88 ans) qui n’est pas nostalgique. Bon, le choix d’un titre résulte de diverses contraintes ou préférences d’un éditeur.

    Après avoir écouté l’entrevue de 52 minutes de Michel Serres par Alain Finkielkraut (68 ans), merci aux deux Michel, je me rappelle le dicton : tous les goûts sont dans la nature. Les goûts évoluent en synchronicité à leur objet, situation et contexte dirait peut-être Hubert Reeves dont le nom en fenêtre de recherche ici mène à ça :

    https://jeanneemard.wordpress.com/2016/02/08/comment-lhomme-detruit-la-vie/ Elizabeth Kolber.

    Ce résumé m’amène à la question : Est-ce que l’Avenir de l’hom.me s’en vient ou s’en va ?

    https://www.youtube.com/watch?v=VuLWhwzmgZo 208 131

    Est-ce que la fem.me s’en vient ou s’en va ?

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  4. 30 janvier 2018 12 h 30 min

    P.S. Ma mère est né au tournant d’un siècle, un 29 janvier 2002.

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  5. 30 janvier 2018 12 h 35 min

    @Robert Lachance.

    2002, votre mère est aussi née au tournant d’un millénaire!!!!

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  6. 30 janvier 2018 13 h 07 min

    @ Benton,

    Qui d’autre.s en particulier, sans indiscrétion ?

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  7. 30 janvier 2018 13 h 37 min

    Ai rien compris… (sauf le fait que le tournant du siècle a correspondu avec le tournant du millénaire).

    Aimé par 1 personne

  8. 2 février 2018 12 h 53 min

    CQFC : ce qu’il fallait comprendre. Je vous trouve avec plaisir maître de votre affaire.

    Vous répondre demandait réflexion, donc temps, je singe Gilles Vigneault, mieux connu en notre territoire particulier et unique que le Général de Gaulle.

    Sans votre humanisme, disponibilité, patience et rigueur, je n’aurais jamais eu meilleure occasion de m’exercer à mieux.

    Aimé par 1 personne

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