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Le marché du travail en 2017 au Québec (2)

9 mars 2018

Dans mon précédent billet portant sur le taux d’emploi au Québec et au Canada entre 2000 et 2017, j’ai montré à quel point l’année 2017 fut étonnante sur le plan de l’emploi et ai annoncé en conclusion que je consacrerais un billet sur d’autres aspects de cette année quasi miraculeuse (il me reste encore quelques synonymes en réserve…). Je vais d’abord présenter quelques aspects qui ressortent particulièrement et tenterai ensuite d’examiner les facteurs qui peuvent expliquer la forte croissance de l’emploi observée en 2017 malgré le vieillissement de la population. Ces aspects proviennent surtout des estimations de l’Enquête sur la population active (EPA), mais aussi de celles de l’Enquête sur l’emploi, la rémunération et les heures de travail (EERH) de Statistique Canada.

Quelques aspects

– le taux de chômage

J’ai fait quelque chose de pas très casher dans le graphique ci-contre. Pour mieux faire ressortir l’aspect spécial de 2017, j’ai mis sur un même graphique les estimations du taux de chômage de 1976 à 2016 (tirées du tableau cansim 282-0002) et de chacun des mois de 2017 en données désaisonnalisées (tableau 282-0087). J’ai indiqué dans le graphique le taux de chômage de la dernière année du graphique (7,1 % en 2016), taux le plus bas des 41 années illustrées dans ce graphique. Même s’il s’agit du taux annuel le plus bas, chacun des mois de 2017 a présenté un taux de chômage désaisonnalisé plus faible (en fait, tous inférieurs à 6,5 %), connaissant son niveau plancher en décembre avec 5,0 % (pour une moyenne annuelle de 6,1 %). Les données non désaisonnalisées (tableau 282-0001) montrent même deux taux inférieurs à 5,0 % en novembre (4,9 %) et en décembre 2017 (4,8 %). En fait, les cinq mois présentant les taux de chômage les plus faibles parmi les 505 mois allant de janvier 1976 à janvier 2018 se situent en 2017, et le dixième en janvier 2018 (6,0 %), en plein hiver! Bref, l’année 2017 fut aussi étonnante (euphémisme) du côté du taux de chômage que du côté du taux d’emploi.

– selon le sexe

En 2017, l’estimation de l’emploi a augmenté de 3,0 % chez les hommes et de 1,3 % seulement chez les femmes, selon les données du tableau cansim 282-0002. Par contre, l’estimation de la croissance de l’emploi des femmes avait été plus élevée que celle des hommes de 2013 à 2016 (2,4 % par rapport à 1,2 %). S’agit-il d’une correction statistique (la croissance de l’emploi des hommes fut plus forte que celle des femmes en 2015 et en 2017, et plus faible en 2014 et en 2016) ou d’une nouvelle tendance? Il faudra attendre un peu pour répondre à cette question, quoique l’écart de 2017 entre les deux semble particulièrement important.

– selon les types d’emploi

Si l’estimation de l’emploi à temps partiel a augmenté en 2017 à un taux plus élevé que celle de l’emploi à temps plein (3,1 % par rapport à 2,0 %), il semble qu’il s’agit davantage d’une conséquence de la baisse du nombre d’emplois à temps partiel en 2015 et surtout en 2016. Entre 2013 et 2017, l’estimation de l’emploi à temps partiel a augmenté de 3,9 % et celle de l’emploi à temps plein de 4,0 %. Assez étrangement, l’emploi à temps partiel aurait augmenté uniquement chez les hommes entre 2013 et 2017 (de 11,2 %) et serait resté stable chez les femmes. À suivre…

– les salaires

Selon les données des tableaux cansim 282-0072 et 281-0029, le salaire horaire moyen aurait augmenté de 1,7 % en 2017 selon les estimations de l’EPA, mais de 3,0 % selon celles de l’EERH, soit beaucoup plus que l’inflation (1,0 %, selon le tableau 326-0021) dans les deux cas. La différence entre les deux estimations est importante, mais infime sur quatre ans (respectivement 8,7 % et 8,3 %, le double de l’inflation de 4,3% entre 2013 et 2017). Ces données suggèrent elles aussi que les emplois ajoutés en 2017 furent de qualité.

– selon les catégories d’emplois

En 2017, l’estimation de l’emploi a augmenté davantage dans le travail salarié (2,5 %) que dans le travail autonome (0,3 %), et moins dans le secteur privé (1,8 %) que dans le secteur public (4,5 %), selon les données du tableau cansim 282-0012. Les tendances depuis 2013 vont dans le même sens. Il n’y a qu’entre 2014 et 2016 que l’estimation de l’emploi dans le secteur privé a augmenté plus fortement (2,4 %) que l’emploi dans le secteur public (1,3 %). Ces estimations peuvent bien sûr étonner, mais elles ne font que poursuivre une tendance qui se manifeste depuis le tournant du siècle, notamment en raison des compressions et mises à la retraite de la fin des années 1990, et des besoins du secteur de la santé (dus entre autres au vieillissement de la population).

– selon la région

Selon les estimations des tableaux cansim 282-0123 et 282-0102, environ 83 % de la croissance de l’emploi en 2017 au Québec s’est réalisée dans la région métropolitaine de Montréal (alors que cette région ne comptait que 50 % de l’emploi en 2016), en premier lieu dans l’Île de Montréal (43 % pour 24 % de l’emploi en 2016), mais aussi en Montérégie (36 % et 19 %). La croissance était encore plus concentrée en 2016, avec 78 % de celle-ci dans l’île de Montréal (et 58 % en 2015). Pourtant, à peine 13,5 % de l’augmentation de l’emploi s’y était réalisée entre 2001 et 2014, soit à peine un peu plus de la moitié de la proportion de l’emploi qu’on y trouvait en 2001 (25,1%). Les trois dernières années représentent donc un virage de tendance majeur sur le plan de l’emploi.

– selon le statut d’immigrant

Le fait que la plus forte augmentation des estimations d’emploi ait eu lieu dans la région de Montréal suggère que la situation sur le marché du travail de la population immigrante s’est améliorée. Il vaut de toute façon la peine de regarder cette situation de plus près, puisqu’on observe depuis longtemps qu’elle est bien moins bonne pour les immigrant.es que pour les personnes nées au Canada et même que pour les immigrant.es du reste du Canada.

Le tableau qui suit, tiré du tableau 282-0102, montre que, si la situation de l’emploi de la population immigrante (récente, soit au Canada depuis au plus cinq ans, et plus ancienne) âgée de 25 à 54 ans (population plus propice aux comparaisons entre elle et la population née au Canada, car elles ont des structures démographiques très différentes) ne s’est que légèrement améliorée entre 2011 et 2015 au Québec (surtout grâce à une baisse notable de l’estimation du taux de chômage), elle s’est redressée de façon spectaculaire entre 2015 et 2017. Ainsi, sur les 5,6 points de pourcentage d’amélioration du taux d’emploi de la population immigrante entre 2011 et 2017, 5,0 d’entre eux, soit près de 90 %, se sont réalisés entre 2015 et 2017. Chez les immigrant.es récent.es, ce fut 7,1 des 8,5 points d’amélioration (près de 85 %) qui se sont manifestés entre 2015 et 2017. Si le taux d’emploi des personnes nées au Canada a aussi connu une hausse, elle fut bien moindre que celle des immigrant.es, récent.es ou non (2,9 points de pourcentage, par rapport à 8,5 et 5,6 points). Il en fut de même pour le taux de chômage, qui est notamment passé de 19,1 % en 2011 chez les immigrant.es récent.es à 14,1 %, niveau toujours très élevé, mais en forte baisse, même s’il a un peu augmenté en 2017. Pour l’ensemble de la population immigrante, la baisse de 3,2 points de pourcentage du taux de chômage s’est répartie également entre la période précédant 2015 et celle la suivant. Quant à la baisse de 1,2 point observée dans la population native du Canada, elle a eu lieu seulement après 2015. Notons que, compte tenu de la petite taille de la population immigrante récente, les estimations varient souvent de façon importante d’une année à l’autre.

En fait, ce constat est majeur. Ainsi, près de 60 % de l’augmentation totale de l’estimation de l’emploi au Québec entre 2015 et 2017 (cette fois chez les personnes âgées de 15 ans et plus), soit 74 100 des 126 300 qui se sont ajoutés, s’est concrétisée du côté de la population immigrante (et même près de 65 %, si on tient compte des résident.es permanent.es), alors qu’elle n’occupait que 14,2 % de l’emploi en 2015 (15,2 % avec les résident.es permanent.es). Bizarre qu’on en entende si peu parler…

– par industrie

J’ai aussi regardé les données par industrie, mais n’ai rien trouvé de significatif, la croissance ayant été répartie entre de nombreuses industries. Passons…

Hausse réelle?

Quand on utilise les estimations de l’EPA, il faut toujours se méfier en raison de leurs marges d’erreur élevées (c’est d’ailleurs la raison pour laquelle j’abuse peut-être du terme «estimation»). Même si ce billet présente des estimations annuelles qui ont des marges d’erreur beaucoup plus faibles que les estimations mensuelles, il est bon de comparer la hausse de l’emploi de ces estimations avec les données de l’EERH, car elles n’ont pas de marge d’erreur, provenant d’un recensement des salariés de toutes les entreprises à partir de leur liste de paye. Le graphique ci-contre, produit à l’aide des tableaux cansim 282-0089 et 281-0063, montre que, depuis le début de 2015, les courbes de l’emploi salarié de l’EERH (ligne rouge) et de l’EPA (ligne bleue) se suivent assez bien, sauf vers le milieu et la fin de 2017, où celle de l’EPA a été au-dessus de celle de l’EERH. On peut donc penser que les niveaux de croissance des deux dernières années sont semblables pour ces deux sources, même si un peu plus élevées du côté de l’EPA.

Le tableau ci-contre (réalisé à l’aide des fichiers 282-0002 et 281-0023), qui compare les taux de croissance selon les estimations de l’EPA et les données de l’EERH, confirme cette conclusion. On peut en effet voir que le niveau de croissance du nombre d’employé.es selon l’EPA (dernière ligne) fut très semblable à celui de l’EERH (première ligne) en 2016 (1,13 % par rapport à 1,16 %), mais un peu plus élevé en 2017 (2,47 % par rapport à 1,78 %). Sur deux ans, le taux global de croissance fut très semblable entre les données complètes de l’EERH et de l’EPA (2,98 % et 3,08 %). Bref, sans que ces taux soient identiques, cette comparaison permet de confirmer que la croissance de l’emploi fut forte depuis deux ans au Québec.

Quelques facteurs

Ce billet s’en vient un peu trop long pour que j’analyse tous les facteurs que je regarde habituellement dans ce genre de billet. Je peux seulement mentionner que l’amélioration de la situation sur le marché du travail se confirme aussi par une baisse importante du nombre de prestataires de l’assurance-emploi et des hausses de 6,2 % et 6,0 % des ventes au détail en 2016 et en 2017. Les derniers rapports mensuels des opérations financières du gouvernement provincial sont moins éclairants que d’habitude en raison des baisses d’impôts entrées en vigueur depuis un an (on ne peut donc pas comparer les recettes du gouvernement en impôts, source habituellement intéressante pour valider une hausse des revenus d’emploi). Heureusement, les mouvements du PIB au cours de ces deux années permettent davantage de comprendre l’amélioration étonnante du marché du travail en 2016 et surtout en 2017.

– PIB

Le PIB a connu en 2017 un niveau de croissance nettement plus élevé qu’au cours des années précédentes (voir entre autres ce tableau; notons la version en Excel qui contient des données à partir de 1981). Même si les données du quatrième trimestre de 2017 ne sont pas encore disponibles, le taux de croissance nominal (sans tenir compte de l’inflation) devrait se situer entre 4,2 % (sans croissance au quatrième trimestre) et 4,4 % (avec une croissance semblable à celle des trois premiers trimestres) en 2017. Ce faible écart entre ces deux hypothèses montre que les données du quatrième trimestre ne devraient pas avoir un grand impact sur le taux annuel. Ce taux est nettement plus élevé que ceux observés en 2014 (3,0 %), 2015 (2,4 %) et 2016 (2,7 %). Les éléments du PIB qui ont le plus d’influence sur le marché du travail ont évolué ainsi :

  • selon la ligne 01 du tableau du PIB selon les revenus, la rémunération des salariés vogue vers une croissance nominale 4,2 %, soit nettement plus qu’en 2014 (2,9 %), 2015 (2,0 %) et 2016 (2,7 %);
  • selon la ligne 02 du tableau du PIB selon les dépenses, les dépenses de consommation des ménages devraient augmenter de 4,3 % en 2017, encore une fois nettement plus qu’en 2014 (3,2 %), 2015 (2,3 %) et 2016 (3,5 %); notons que cette donnée va dans le même sens que la hausse des ventes au détail (qui ne représentent qu’une partie des dépenses de consommation des ménages); par contre, cette donnée ne nous informe pas sur l’influence de cette consommation sur l’endettement des ménages; selon les données compilées par Desjardins dans ce document (Statistique Canada ne fournit gratuitement que les données pour l’ensemble du Canada), le taux d’endettement des ménages québécois, même si moins élevé que celui des autres ménages canadiens, était toujours en hausse en 2016;
  • selon la ligne 06 de ce tableau, les dépenses des administrations publiques se dirigent vers une hausse de 4,1 % en 2017, hausse semblable au taux de 2014 (3,9 %), mais, on s’en doute, nettement plus élevée qu’en 2015 (1,1 %) et 2016 (2,7 %); je précise que ces données ne tiennent pas compte de l’inflation et comprennent les dépenses des trois paliers de gouvernement (fédéral, provincial et municipal), mais sans les distinguer;
  • selon la ligne 08 de ce tableau, les investissements des entreprises (appelés dépenses de «Formation brute de capital fixe» dans le tableau) devraient augmenter de 6,5 % en 2017, ce qui représente un virage majeur par rapport à 2013 (-2,6 %), 2014 (-3,7 %), 2015 (0,6 %) et 2016 (3,6 %); cette hausse peut aussi bien être attribuée aux bonnes perspectives économiques au pays et aux États-Unis, qu’au fait que, trois ans après le début de la baisse du dollar canadien en raison de la chute du prix du pétrole, les entreprises doivent moins craindre qu’il remonte soudainement et rendent leurs investissements stériles (ou qu’elles restent prises avec de nouvelles possibilités de production qu’elles ne pourraient pas utiliser); notons finalement que toutes les catégories d’investissements (bâtiments résidentiels et non résidentiels, machines et matériel, et propriété intellectuelle) connaissent une bonne année; d’ailleurs, le tableau 5 des Données provisoires sur les mises en chantier montre une hausse de 25 % des mises en chantier en 2017;
  • selon la ligne 14 de ce tableau, les investissements des administrations publiques sont en route pour une augmentation de 3,0 %, après quelques années négatives (-2,7 % en 2013, -3,0 % en 2014 et -0,4 % en 2015), et une année couci-couça en 2016 (1,8 %);
  • selon la ligne 20, le solde du commerce extérieur s’est détérioré en 2017; ce constat est étonnant, surtout qu’il ne cadre pas avec les données du tableau 228-0060 qui indique au contraire une amélioration du solde du commerce de biens, solde qui affiche même un surplus depuis 2015; il faut dire que le calcul de ce solde dans le PIB est très différent de celui qui est compilé sur une base douanière (comme le tableau qui affiche un surplus);
  • selon la ligne 20, les investissements en stocks ont augmenté beaucoup plus en 2017 qu’au cours des années précédentes, soit un niveau avoisinant les 5 milliards $ par rapport à un niveau entre 1,5 et 2,0 milliards $ en 2015, 2016 et 2017; cette hausse des stocks a bien sûr stimulé l’emploi, mais laisse entrevoir des jours plus sombres quand les entreprises vont les écouler; sans cette hausse des stocks, la croissance du PIB serait tout de même aux environs de 3,5%, soit beaucoup moins que le 4,4% attendu, mais tout de même nettement positif.

Ce tour des principaux composants du PIB qui peuvent influencer l’emploi permet de mieux comprendre d’où vient l’excellente tenue du marché du travail québécois en 2017. Il ne nous dit toutefois pas tout…

Et alors…

Sans permettre une réponse certaine, ce billet a permis d’isoler certains facteurs qui ont favorisé la hausse renversante de l’emploi au Québec en 2017, malgré les effets de plus en plus importants du vieillissement de la population. La hausse de l’activité de la population immigrante, celle des dépenses de consommation, le retour à la croissance des investissements, surtout du côté des entreprises, mais aussi des administrations publiques, et l’augmentation des stocks sont sûrement ceux qui ont eu le plus d’impact positif sur l’emploi. Par contre, cela ne répond pas à la grande question : le gouvernement libéral a-t-il raison de se vanter de cette performance (ici, par exemple)?

La réponse simple est non. Je ne vois pas comment des compressions qui éliminent des emplois peuvent permettre d’en ajouter. Il est certain que ce gouvernement a rehaussé certains budgets en 2017, mais cela ne peut pas avoir eu un effet plus élevé que les effets négatifs des années précédentes. Ce gouvernement a eu la chance d’effectuer ses compressions alors que la valeur du dollar canadien chutait et demeurait faible, et que le gouvernement fédéral appliquait des politiques plus expansionnistes, notamment par l’augmentation des sommes remises aux familles (allocation canadienne aux enfants), la baisse de certains impôts (et la hausse de ceux des plus riches qui contribuent moins à la croissance, car ils ont une propension à consommer inférieure) et la hausse des budgets voués aux infrastructures (quoique les données à ce sujet ne soient pas claires). Il ne s’agit pas de vanter le gouvernement fédéral qui joue entre deux eaux, refusant entre autres de s’attaquer au problème des paradis fiscaux et à la taxation des géants d’internet, mais de reconnaître que certaines de ses initiatives ont pu avoir des effets positifs sur l’emploi, ce qui est moins, beaucoup moins, le cas de celles du gouvernement provincial.

Finalement, ce billet nous a aussi permis de douter que cette performance se reproduise cette année et au cours des années suivantes, aussi bien en raison du niveau incroyablement élevé atteint par les taux d’emploi par tranche d’âge en 2017 (voir le billet précédent), que du vieillissement de la population et de l’augmentation des stocks observés en 2017. Cela dit, c’est avec plaisir que j’expliquerai dans un an pourquoi je me suis trompé, si jamais c’était le cas!

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