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L’histoire de la robe occidentale

26 mars 2018

La robe – Une histoire culturelle, du Moyen Âge jusqu’à aujourd’hui de l’historien Georges Vigarello est le deuxième «beau livre» que je lis cette année, après À la table des philosophes. Comme avec le livre précédent, je ne le savais pas en le réservant. Il m’avait attiré lorsque j’ai lu son compte-rendu dans Le Devoir. Cet article précisait que ce livre ne porte pas uniquement sur la mode, mais davantage sur «l’histoire sociale et politique du statut de la femme». La quatrième de couverture ajoute à ce sujet que, de fait, «l’apparence de la femme traduit bien souvent ce qui est attendu d’elle, d’où l’enjeu d’une histoire des robes».

Introduction : L’auteur montre à quel point la robe est un signal de l’évolution du rôle et du statut des femmes, passant d’un attirail inconfortable associé à l’image et à l’inactivité au XVIIe siècle au confort des vêtements du XXe siècle qui «libère le mouvement» et qui est davantage approprié à l’activité.

1. Le destin de l’artifice : la géométrie : Les débuts de la robe occidentale sont marqués par sa fonction de dissimulation, seule la qualité du tissu étant utilisée pour permettre de distinguer l’origine sociale des femmes. Ce n’est qu’au XIIIe siècle que le laçage visera à faire ressortir les formes féminines du haut et qu’aux XIVe et XVe que l’étranglement de la taille (avec des ceintures, puis des corsets ou les deux) les accentuera encore, non sans causer des condamnations sociales et religieuses. Les vêtements féminins étaient de plus en plus conçus pour l’esthétique et les vêtements masculins pour leur fonctionnalité. Je saute la description des autres «instruments de supplice» présentés par l’auteur, ainsi que les privations et souffrances que les femmes devaient endurer pour entrer dans ces attirails supposément esthétiques.

2. Le triomphe du haut : La création d’instruments de torture se poursuit au XVIe siècle, avec seulement quelques variantes sur les précédents. «Le versant du haut se resserre, s’autonomise, installé sur un bas évasant les hanches tout en dissimulant les jambes dans son interminable diversité de plis. Le buste devient une tige, le visage une fleur et la jupe un vaste support susceptible de tous les ornements». Et la tige devient de plus en plus mince (certaines images en deviennent difficiles à regarder sans grimacer)… Ce modèle s’impose avec seulement quelques variantes dans tous les pays européens, et dans toutes les classes sociales, si ce n’est que les jupes sont moins longues chez les «femmes de labeur» pour leur permettre de marcher et de travailler. Ce modèle s’adoucit au XVIIe siècle, mais sans remettre en question ses bases.

3. Contester les contraintes : Au XVIIIe siècle, avec notamment l’influence des Lumières, la «structure rigide devient contrainte» et la «fixité devient obstacle». Le corset est critiqué entre autres parce qu’il limite l’autonomie des femmes, mais encore plus en raison de ses effets nocifs sur la santé. Avec les tuniques qui remplacent les robes, «l’anatomie émerge d’une étoffe qui, jusque-là, la dissimulait», l’étranglement de la taille cesse et certaines femmes osent même porter le pantalon. Mais, comme tout changement, celui-ci ne sera pas accepté par tout le monde, même pas par les meneurs de la Révolution française, «acteurs d’une société d’hommes».

4. Les résistances de l’artifice : La résistance s’expliquait par «l’absence de changement de mœurs». On assiste alors au début du XIXe siècle au «retour du profil traditionnel», avec ses corsets étranglant la taille, ses crinolines métallisées et ses jupes surdimensionnées. «L’artifice l’emporte. La fausse anatomie reprend ses droits», même si quelques femmes (dont George Sand) portent encore le pantalon. Ce n’est qu’à la fin de ce siècle que les «silhouettes s’affinent» et que les «robes se font fourreau», ces avancées accompagnant «un lent changement du statut de la femme», annonçant «une révolution définitive du féminin».

5. L’invention de l’élancement : Malgré ces modifications, le corset reste de mise et on favorise un profil serpentin (en forme de «S»), avec les seins et les fesses qui ressortent : «L’avancée du buste et le recul des lombes maintiennent une crispation, une allure contournée (…)». Toutefois, au début du XXe siècle, le «profil se redessine. Un élancement s’affirme» et c’est dorénavant (pour un certain temps…) la verticalité qui s’impose (et, pour ce, le corset disparaît enfin). «La tige a succédé au S», nous dit l’auteur. Mais, il ne s’agit que d’une étape avant que d’autres changements accompagnés par la plus grande présence des femmes dans les milieux du travail, dans les activités sportives et sur la place publique ne soient adoptés.

6. Individualité, éclectisme, sensibilité : La fin de la Deuxième Guerre mondiale est aussi celle du modèle unique. Dorénavant, les modèles se multiplient en fonction des désirs et des activités des femmes : robes courtes et parfois longues, jupes évasées ou mini, collants, tailleurs, pantalons, shorts, bermudas, jeans et leggings, il n’y a plus de restrictions (ou beaucoup moins). L’auteur parle de «l’affranchissement de l’allure» et de l’infléchissement du «long roman de la robe». Et j’en passe…

Conclusion : L’auteur conclut (en fait résume), pas du tout comme je l’ai fait!

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Lire! Je devrais plutôt écrire lire et regarder! En effet, plus de la moitié de la surface des pages de ce livre est en fait couverte d’images (surtout des peintures). D’ailleurs, ce livre est difficile à résumer sans pouvoir présenter d’images, ce qui explique que j’aie limité le contenu de ce billet aux faits saillants (souvent tirés des présentations au début de chaque chapitre). Le style de l’auteur est un peu rebutant, surtout avant qu’on s’habitue à ses tournures de phrases et au vocabulaire qu’il emploie. Son sujet est par contre fascinant. On a beau connaître en grande partie l’évolution des vêtements conçus par des hommes pour des femmes, le fait de suivre de près et en détail l’évolution des tortures qu’on leur a fait endurer ne peut que nous porter à nous indigner. Les liens que l’auteur fait avec l’évolution (ou l’absence d’évolution pendant trop longtemps) du statut des femmes dans la société sont pertinents, même si pas aussi développés que je l’espérais. Les longues descriptions des principes de la mode m’ont semblé parfois interminables et souvent répétitives (surtout vers la fin)…

Si les images de ce livre en rendent la lecture agréable (elles sont magnifiques!), sa grande taille (27 cm x 29 cm, ou 10,5 po x 11,5 po) et son poids le rendent difficile à manipuler. Disons que je ne l’ai jamais apporté dans mes déplacements en transport en commun! En plus, les notes (685!) sont à la fin. Heureusement, il ne s’agit que de références. Elles sont tellement difficiles d’accès (même avec deux signets) que j’ai cessé de tenter de les consulter dès les premières pages. Dommage…

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