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Conversations entre adultes

9 avril 2018

Avec son livre Conversations entre adultes – Dans les coulisses secrètes de l’Europe, Yánis Varoufákis, qui fut ministre des Finances de la Grèce pendant un peu plus de six mois en 2015, raconte son «combat pour renégocier les accords entre son pays et l’Union européenne». Il y explique entre autres «comment les choses se passent très concrètement dans les couloirs de Bruxelles».

Préface : L’auteur explique les raisons qui l’ont amené à écrire ce livre.

Première partie – Les hivers de notre déplaisir

1. Introduction : L’auteur explique le fonctionnement des réseaux d’information et de pouvoir en Europe et même ailleurs. Pour faire partie de ces réseaux et devenir ce qu’il appelle un insider, il faut accepter de jouer selon ses règles. Il était prêt à le faire, pourvu qu’on offre à la Grèce une porte de sortie de la crise, ce qui n’est pas arrivé. Il est donc resté un outsider et a par le fait même été honni des insiders. Il prend toutefois bien soin de préciser qu’il ne s’agit pas d’un complot, mais des réactions de personnes qui pensent vraiment agir pour le bien des populations qu’elles représentent et que le secret de leurs échanges et de leurs négociations est primordial.

2. Le Renflouistan : L’auteur explique que les insiders, dont Christine Lagarde, directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), savaient très bien que leur plan de sauvegarde de la Grèce n’avait aucune chance de réussir, mais qu’ils se sentaient pris dans un engrenage. Seul l’aveu de leurs erreurs passées aurait pu permettre d’en sortir, mais cela aurait terni leur crédibilité et leur image, auxquelles ils tenaient plus qu’ils craignaient les conséquences de leur plan voué à l’échec. L’auteur montre ensuite comment ils se sont mis le doigt (puis, le bras et le reste…) dans cet engrenage. Sans entrer dans les détails, je peux mentionner que cela a des liens avec la création de l’euro et de la banque centrale européenne (BCE), et avec le renflouement des banques françaises et allemandes, mais que cela a peu à voir avec le sauvetage de la Grèce comme les insiders l’ont prétendu. L’auteur aborde ensuite d’autres aspects de la question, tout aussi pertinents et intéressants que les précédents.

3. «Ils ont la langue tendue comme un arc et lancent le mensonge» : L’auteur raconte notamment (un très gros notamment) sa première rencontre avec Alexis Tsipras en 2011, premier ministre actuel de la Grèce et chef du parti Syriza, ses nombreuses interventions au cours des années précédant son élection au gouvernement de la Grèce, le contrôle des médias par les banques grecques (médias qui l’ont mis sur une liste noire parce qu’il critiquait ces banques) et les menaces (probablement de ces banques) contre le fils de sa conjointe qui l’ont amené à quitter la Grèce en 2011. Entre 2012 et 2015, Tsipras le consulte fréquemment et lui demande même d’écrire quelques-uns de ses discours et d’élaborer des stratégies économiques qui permettraient à la Grèce de sortir de l’engrenage dans lequel elle est piégée.

4. L’art de barboter : L’auteur décrit les conditions qu’il a posées pour se présenter pour Syriza, ainsi les conseils qu’il a donnés pour qu’un nouveau gouvernement auquel la troïka serait hostile puisse survivre. Ses conditions ayant été acceptées, il a expliqué le programme économique qu’il a conçu aux dirigeants de Syriza qui l’ont adopté.

5. Enrager contre la mort de la lumière : L’auteur raconte maintenant les dernières semaines précédant son élection et celle d’un gouvernement Syriza le 25 janvier 2015, notamment (un autre gros…) ses efforts (couronnés de succès) pour rassembler une équipe d’expert.es en économie et en finance capables de bien comprendre les aspects techniques et politiques des manœuvres de la troïka, et le programme qu’il avait conçu. On a aussi droit aux tractations pour les nominations au cabinet.

Deuxième partie – Un printemps invincible

6. Ça commence… : Ce chapitre porte sur les premiers jours de l’auteur à son poste de ministre des Finances, au cours desquels il peaufine ses plans, reçoit des appuis mais aussi des rebuffades, et dort très peu.

7. Un février de bon augure : L’auteur raconte les nombreuses rencontres, en général positives, qui ont eu lieu en France, en Angleterre et en Italie au début de février 2015 avec des politiciens, des technocrates et des représentants du FMI et de la BCE. Le résultat de ses dernières rencontres en Allemagne fut mitigé. Si sa rencontre avec des politiciens de l’opposition allemande fut positive (quoique pas tant que ça avec le recul), celles avec le président de la BCE, Mario Draghi, et avec le ministre des Finances allemand, Wolfgang Schäuble, sans être totalement négatives, furent à tout le moins inquiétantes et n’ont indiqué de leur part aucune intention de négocier avec souplesse un nouveau plan de redressement de l’économie grecque.

8. La frénésie avant la tempête : Les rencontres et réunions se poursuivent à un rythme effréné : avec une délégation des États-Unis (réunion pas du tout encourageante), avec le conseil des ministres de la Grèce, avec une délégation de l’OCDE, avec Christine Lagarde et, finalement (pour l’instant) avec l’Eurogrouperéunion mensuelle et informelle des ministres des Finances des États membres de la zone euro, en vue d’y coordonner leur politique économique», selon Wikipédia), la rencontre la plus importante qui s’est conclue par une impasse.

9. Un moment à savourer, sombrement : Et ça continue. L’équipe grecque tente à court terme d’éviter la fermeture de ses banques à la fin février dont la menace la troïka et à moyen terme de faire modifier le plan de redressement économique imposé par la même troïka, plan qui ne ferait qu’enfoncer plus profondément l’économie grecque. L’objectif de court terme fut atteint grâce à une entente signée le 20 février 2015. Enfin, c’est ce que l’auteur pensait…

10. Démasqué : Cinq jours plus tard, la troïka interprétait autrement cette entente et revenait à la case départ : la Grèce devait respecter les conditions initiales imposées au précédent gouvernement. L’auteur regrette aujourd’hui d’avoir continué de négocier à ce moment, plutôt que de mettre en œuvre la réplique qu’il avait préparée (qui est trop complexe et technique pour être résumée ici). Il a fini par signer une prolongation de trois mois de l’entente imposée au précédent gouvernement (je passe sur les trahisons qui ont entouré cette acceptation) avec l’accord des dirigeants du gouvernement, dont Alexis Tsipras.

11. Ils ont achevé notre printemps : Où l’auteur se qualifie de naïf de ne pas avoir compris plus tôt que des alliés de la troïka étaient en poste dans son ministère et même au sein du gouvernement, puis explique certaines des stratégies de la troïka pour contrôler les pays en difficulté. Non seulement l’Allemagne étouffait la Grèce, mais l’auteur donne un exemple où elle a déjà menacé un pays étranger qui aurait voulu acheter des obligations grecques pour ne pas qu’il le fasse… En plus, les mésententes se multipliaient au sein du gouvernement, l’auteur se trouvant de plus en plus isolé et doutant des intentions de Tsipras d’appliquer la réplique qu’il avait au départ appuyée avec enthousiasme.

12. Le sortilège de Merkel : Rien ne change, la Grèce se retrouve toujours plus près d’un défaut de paiement, n’ayant pas les liquidités pour toutes les rembourser, et les membres de la troïka ne semblent pas s’en préoccuper, sinon pour demander plus de compressions, par exemple une nouvelle diminution (il y en a eu d’autres avant) des pensions versées aux personnes âgées pauvres (alors que Syriza s’était engagé à refuser de les diminuer encore plus).

13. L’étoffe des héros, défaite : Mars se termine sans avancée. Ne disposant plus de liquidités, les dirigeants grecs s’entendent pour ne pas rembourser un emprunt de près d’un demi-milliard d’euros dû le 9 avril 2015. Varoufakis en parle avec Christine Lagarde quelques jours avant l’échéance, reçoit un accueil positif, mais rien ne change.

14. Le mois le plus cruel : L’auteur poursuit ses rencontres, surtout avec des politiciens et experts des États-Unis (dont une courte entrevue avec Barack Obama) et avec le FMI et l’Eurogroupe, et, malgré certaines réactions positives, n’obtient aucune percée significative. Pire, Alexis Tsipras annonce vouloir accepter certaines des conditions de la troïka qu’il avait promis de ne jamais considérer.

Troisième partie – Fin de partie

15. Le compte à rebours de la perdition : L’auteur présente le contenu d’autres rencontres et discussions, avec leurs aspects parfois encourageants et au bout du compte décourageants, ainsi que les engagements qui y sont pris et les trahisons qui s’en suivent trop souvent, tant au sein de la troïka qu’à l’intérieur du gouvernement grec.

16. Des adultes dans la salle : Encore et toujours des réunions, des promesses non tenues et des trahisons. Le chapitre se termine sur l’annonce d’Alexis Tsipras de tenir un référendum sur l’acceptation des mesures imposées par la troïka.

17. Des lions menés par des ânes : Varoufakis constate que le cabinet grec semble espérer la victoire du oui au référendum, même s’il est officiellement pour le non. Dès le lundi précédant le référendum, les banques ont fermé par manque de liquidités, les citoyen.nes devant faire la file devant des guichets automatiques et ne pouvant retirer plus de 60 euros par jour. Même face à cette attaque de la troïka, Tsipras a finalement rejeté complètement la possibilité d’utiliser la réplique préparée par l’auteur. Pire, malgré la victoire du non à plus de 60 % (61,31 %), Tsipras refuse de respecter ce résultat et se prépare à céder face aux conditions imposées par la troïka. Varoufakis ne voit pas d’autre option que de démissionner de son poste de ministre des Finances.

Épilogue : L’auteur est demeuré député quelques mois après sa démission. Il a pu voir le contenu du nouvel accord signé par le gouvernement grec. Il était aussi désastreux, sinon plus, qu’il le craignait. Il attribue d’ailleurs en bonne partie au mépris de la démocratie montré par la troïka la montée des extrêmes droites en Europe, le vote du Brexit au Royaume-Uni et l’élection de Donald Trump aux États-Unis. Il mentionne finalement sa participation à la fondation du Mouvement pour la démocratie en Europe 2025 (DiEM25) qui «vise à réformer les institutions de l’Union européenne afin d’y promouvoir davantage de transparence et de démocratie dans son fonctionnement». Le 26 mars dernier, (ce n’est bien sûr pas mentionné dans le livre), il a lancé un nouveau parti de gauche (MeRA25) respectant les principes de DiEM25 en vue des législatives prévues en Grèce en septembre 2019.

Annexes : Le livre se termine par quatre courtes annexes techniques sur des sujets qui auraient alourdi le texte s’ils avaient été abordés dans les chapitres. Ils portent sur :

  • des illusions en période de déflation;
  • des erreurs de calcul du FMI;
  • les raisons pour lesquelles le gouvernement grec ne pouvait pas bluffer;
  • les options en vue d’une restructuration de la dette grecque.

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Lire! J’ai hésité un peu à me procurer ce livre, car je craignais qu’il répète de grands bouts du livre Crise grecque, tragédie européenne de James K. Galbraith que j’ai lu il y a un peu plus d’un an. Si bien des événements se retrouvent dans les deux livres et si le climat de paranoïa est le même (en fait, encore plus étouffant), l’auteur de ce livre raconte de façon bien plus exhaustive cette période honteuse de la politique et de la diplomatie européennes. En plus, nous sommes cette fois dans les souliers du principal acteur de cet épisode kafkaïen.

Mon compte-rendu peut sembler montrer que les événements racontés dans ce livre sont répétitifs. Pas du tout. C’est plutôt l’attitude de nombreux intervenants qui l’est. En outre, on comprendra que je n’ai pu qu’esquisser le contenu de ce livre de 525 pages et ai dû omettre un grand nombre de faits pourtant essentiels à la compréhension de l’ampleur de la répression de la troïka envers la Grèce. Par ailleurs, quand ces événements ont eu lieu, j’avais tendance à trouver que les gens qui critiquaient la décision de Tsipras d’accepter les conditions de la troïka mêlaient leurs objectifs de gauche avec la réalité des pressions qu’il subissait. Ce livre, ainsi que celui de Galbraith, me convainc qu’ils avaient finalement raison. Ce livre est vraiment essentiel pour montrer les gaffes qu’il faudrait éviter quand, ce qui est trop rare, la gauche prend le pouvoir. Je déplore toutefois que les notes, souvent substantielles et parfois essentielles, aient été placées à la fin du livre.

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