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Le totalitarisme pervers

23 avril 2018

Après De quoi Total est-elle la somme? (dont j’ai parlé ici), Alain Deneault continue à nous raconter les aventures de la société Total avec Le totalitarisme pervers – D’une multinationale au pouvoir. L’auteur se demande dans ce livre si on peut «parler de «totalitarisme» quand il s’agit de nommer le pouvoir des multinationales tel qu’il s’est construit et imposé depuis le début du XXe siècle».

Total : L’auteur décrit la structure du groupe transnational Total, avec ses près de 1000 filiales et autres sociétés apparentées, puis la diversification de ses activités du pétrole vers le gaz naturel et d’autres sources d’énergie.

Un pouvoir : L’auteur explique le modèle d’affaires de Total ainsi que sa stratégie d’investissement.

Lobbyisme, mécénat ; ingérence, idéologie : L’auteur présente les nombreuses activités de financement de Total et de sa fondation dans une foule de domaines (arts, sports, recherche universitaire, etc.), puis ses interventions directes dans la politique des pays où elle est active (un peu partout, en fait!). Elle a en plus sur sa liste de paye des journalistes, des scientifiques et des médecins, qui, par hasard, minimisent les dangers de l’exploitation de sources d’énergie fossile ou de la pollution que l’utilisation de ces sources engendre…

La symbiose entre Total et la République : L’auteur raconte les très nombreux cas de portes tournantes entre Total et le gouvernement français, ainsi que les tout aussi nombreuses interventions du gouvernement français (y compris de l’armée française) à l’étranger pour défendre les intérêts de Total.

Une Françafrique privatisée : En privatisant les sociétés qui allaient former Total, la France ne s’est pas seulement privée d’une part importante de ses profits (peu imposés en plus, car détournés vers des paradis fiscaux), mais aussi de son influence sur la Françafrique.

Au nom de quelle loi ? : Total respecte toujours la loi, même quand elle pollue, est responsable d’accidents ou finance des conflits. Par contre, elle influence l’adoption des lois et des règlements qui lui conviennent, utilise à fond les recours judiciaires pour retarder le paiement des conséquences des accidents dont elle est responsable et considère que tout ce qui n’est pas interdit est permis, que ce soit moral ou pas.

Une vie sans histoire : Total n’aime pas qu’on parle de son passé peu glorieux (euphémisme). C’est pourtant en raison de ce passé que Total a bâti sa fortune et a tissé ses liens avec des gens d’influence.

Légaliser le processus d’accumulation du capital : L’auteur trace à grands traits l’histoire de Total et du capitalisme, insistant surtout sur le processus d’accumulation du capital appuyé par les autorités politiques, comme on le voit dans le cas de la constitution de l’empire Total.

Naissance du signifiant « Total » : Le choix du non «Total» symbolise la présence de cette société partout sur Terre et dans une foule de domaines économiques, et aussi en politique.

Le totalitarisme psychotique et Genèse libérale du totalitarisme : L’auteur explique dans ces sections ce qu’il entend par «totalitarisme psychotique» (celui de l’hitlérisme et du stalinisme, par exemple), concept qu’il distingue plus loin du «totalitarisme pervers», comme celui de Total. Comme il s’agit d’un résumé d’un chapitre de son livre précédent (De quoi Total est-elle la somme?) que j’avais déjà eu de la difficulté à résumer, je ne m’y aventurerai pas davantage!

La perversion : L’auteur aborde dans cette section plus consistante (longue) que les précédentes des questions touchant le droit et la légitimité du pouvoir. La perversion du titre est le processus qui fait en sorte que le pouvoir qu’on croit l’apanage d’institutions étatiques est souvent exercé par des instances privées. Le totalitarisme pervers dont parle l’auteur se manifeste aussi bien par la présence de milices privées, par le déversement de produits toxiques dans des terres arables ou des cours d’eau, et par le pillage de ressources que par la normalité attribuée à ces violences (et à d’autres).

La philosophie politique de Total : Les dirigeants de sociétés transnationales se défendent de faire de la politique. «Ce n’est pas mon métier», a déjà dit un pdg de Total. Par contre, dès qu’on parle d’une intervention politique qui risque de leur déplaire, ils ne se gênent pas pour faire des pressions… politiques! Ils ne font pas de politique, mais conçoivent trop souvent les lois et mettent celles du marché devant celles que la société se donne.

La corruption des consciences : Il ne faut pas confondre le droit avec la justice et encore moins avec la morale. On pourrait croire que les législateurs sont davantage influencés par les concepts de justice et de morale, mais le pouvoir politique des transnationales (par le lobbying, les portes tournantes, et bien d’autres moyens) sait restreindre ces penchants qui risquent de leur nuire.

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Pas vraiment. Même si cela n’est précisé dans la quatrième de couverture que dans la présentation de l’auteur (et pas du tout sur la page Internet de l’éditeur), ce livre est en fait une synthèse du précédent livre de l’auteur, De quoi Total est-elle la somme ? Si on veut seulement prendre connaissance des sujets abordés dans le livre complet ici synthétisé, celui-ci peut faire l’affaire. Mais, je recommande fortement la lecture du premier. Au moins, les 373 notes de ce livre sont en bas de page!

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