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Les batailles d’Internet

30 avril 2018

Pour Philippe de Grosbois, enseignant en sociologie au collégial et auteur de Les batailles d’Internet – Assauts et résistances à l’ère du capitalisme numérique, «Internet n’est pas seulement un outil technique, c’est avant tout une construction sociale, une création humaine et collective marquée par des relations de pouvoir».

Préface – Se réapproprier les outils numériques : «Au premier étage de la pyramide de Maslow se trouve aujourd’hui le Wi-Fi». Par cette analogie un peu forcée (mais qui m’a fait sourire), Jonathan Durand Folco illustre l’importance qu’Internet a prise dans nos vies et explique ce que contient ce livre et ce qu’il ne contient pas.

Introduction: Internet, une construction sociale : Comme toute construction sociale, Internet «a été façonné, et est toujours façonné, par des rapports de force bien présents dans la société». L’objectif de l’auteur avec ce livre est de «contribuer à approfondir l’analyse sociologique d’Internet et des luttes sociales et politiques qui s’y déroulent». Il fait remarquer qu’Internet n’a rien de virtuel : il est formé d’équipements de communication et d’ordinateurs, de logiciels et de contenus, chacun de ces composants demandant des ressources et du travail humain trop souvent pénible et mal rémunéré. Il présente ensuite d’autres enjeux qu’il abordera dans son livre ainsi que le contenu des chapitres.

1. Les multiples origines d’Internet : L’auteur présente l’histoire d’Internet et des forces qui l’ont façonné. Il distingue trois grandes vagues dans cette histoire, la première militaro-universitaire, la deuxième militante et la troisième capitaliste, ces trois vagues s’étant chevauchées et ayant contribué à lui donner un caractère bigarré. L’auteur conclut son tour d’horizon historique avec le constat que, si «Internet est bel et bien un instrument au service du capitalisme néolibéral, (…) il ne se résume pas à cela».

2. Culture et commerce: alliances incongrues : L’auteur analyse les péripéties entourant la diffusion des arts sur Internet (en revenant sur celles qui ont eu lieu auparavant lors de l’apparition de nouveaux modes de diffusion) ainsi que ses conséquences et les réactions qu’elle a suscitées. Il distingue notamment le «piratage» personnel, sans but lucratif, de celui visant le profit, souvent exercé par des entreprises. Après cette analyse de belle tenue, il propose des mesures qui permettraient aux usager.ères de conserver les avantages actuels (voire de les améliorer) tout en assurant une rémunération adéquate aux personnes qui fournissent le contenu, notamment aux artistes.

3. Les nouvelles frontières de l’expression : «Internet et le numérique ont grandement étendu les possibilités d’expression des individus, brouillant les frontières entre émetteurs et récepteurs (…)», et cela, pour le meilleur et pour le pire. Par ailleurs, les algorithmes qui nous mènent vers des sites plutôt que vers d’autres influencent de plus en plus le type d’information auquel on a accès et servent aussi de plus en plus à des intérêts mercantiles.

4. Au-delà de la crise du journalisme : Comme le titre de ce chapitre le montre bien, il porte sur les effets d’Internet sur le journalisme. Et là, le pire l’emporte nettement sur le meilleur, quoique tout ne soit pas noir. Il ne faudrait toutefois pas croire que le journalisme traditionnel était neutre avant l’arrivée d’Internet ou qu’il l’est de nos jours, étant souvent contrôlé par l’élite politique et économique.

5. Surveillance, contrôle, répression : quand le Net devient filet : L’auteur se penche dans ce chapitre sur les «pratiques de surveillance, de contrôle et de répression de grande envergure» mises en place sur Internet aussi bien par les États que par les grandes entreprises du numérique.

6. Hacker la politique : Les hackers représentent un des groupes qui subit le plus de répression par les États. Au départ apolitiques, les hackers se sont politisés en bonne partie en réaction à cette répression.

7. De l’immatériel au matériel : Immatériel ne veut pas dire irréel. Ce chapitre porte sur la connexion de plus en plus d’objets à Internet (l’Internet des objets), «la mise en réseau d’individus et l’accaparement de leurs interactions et de leurs données à des fins lucratives, notamment l’hébergement (Airbnb) et le transport (Uber)» et sur les fins auxquelles peuvent servir les données compilées, qui peuvent aussi bien profiter à une minorité que contribuer au bien collectif.

8. Un Internet libre et commun : Dans ce dernier chapitre l’auteur vise à présenter «l’idéal d’un Internet libre et commun». Un tel Internet ne peut être atteint que par des luttes :

  • pour la neutralité du réseau;
  • contre la centralisation et pour la fermeture des plateformes opérées par les géants commerciaux;
  • pour le développement de communs de la connaissance;
  • pour une protection de la vie privée.

Il aborde par la suite d’autres sujets connexes visant une «appropriation populaire de l’informatique et d’Internet» :

  • l’administration démocratique du réseau;
  • les «conditions de travail atroces que vivent les personnes qui fabriquent les ordinateurs et les téléphones» et qui occupent des emplois de base dans les industries techno;
  • la place des femmes en techno;
  • la fracture numérique;
  • l’éducation aux médias.

Conclusion – Des rapprochements nécessaires : «(…) il est essentiel de s’organiser pour défendre ce qu’Internet peut apporter de mieux». Pour atteindre cet objectif, il faudra construire des «liens forts avec d’autres mouvements sociaux démocratiques, combatifs, qui abordent les luttes sociales de manière globale» pour pouvoir défendre et promouvoir Internet comme commun. «C’est par des alliances» entre les mouvements sociaux plus anciens et les militant.es pour un Internet libre «que l’on peut éventuellement se protéger contre un repositionnement du capitalisme qui s’adapterait, de nouveau, à certaines de ses critiques».

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Lire! Je pensais connaître assez bien le sujet de ce livre avant de me le procurer, mais j’ai appris quand même pas mal de choses. Ce livre se distingue par son exhaustivité, abordant tous les aspects de la question. Le texte est en plus clair et agréable à lire. L’auteur sait bien dénoncer les dangers et abus actuels tout en soulignant les aspects plus positifs d’Internet et surtout en proposant des moyens pour que ces aspects positifs l’emportent sur les négatifs et qu’on puisse transformer Internet en un véritable bien commun.

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