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Femmes de la Préhistoire

4 juin 2018

Avec Femmes de la Préhistoire, Claudine Cohen apporte un éclairage neuf sur «la vie matérielle, familiale, sociale, religieuse des mondes de la Préhistoire». Elle vise ainsi «à ancrer la réflexion actuelle sur la différence des sexes et le statut social des femmes jusque dans la profondeur des millénaires».

Avant-propos : L’auteure fait le point sur les connaissances portant sur la place des femmes dans la Préhistoire.

Introduction : Pendant très longtemps, les historiens ont transposé les stéréotypes sexistes de leur époque pour imaginer le rôle de la femme dans la Préhistoire : cachée dans la caverne à prendre soin des enfants pendant que l’homme explorait son monde et était responsable de toutes les innovations. Les vestiges des sociétés préhistoriques ne permettant pas d’obtenir des preuves suffisantes pour se faire une idée de ce rôle, l’auteure se basera dans ce livre sur la paléontologie, l’archéologie, l’ethnographie et l’anthropologie pour approfondir ses réflexions et tenter de faire ressortir des hypothèses crédibles sur la place des femmes dans les sociétés préhistoriques.

1. Apparition de la femme : L’auteure explique la difficulté pour les paléoanthropologues d’attribuer un sexe aux squelettes humains de la Préhistoire, sauf dans les rares cas où l’ADN est disponible. Elle donne de nombreux exemples d’erreurs dans l’attribution du sexe de squelettes découverts, erreurs toujours liées à des stéréotypes (richesse, bijoux, couleurs vives, robustesse, etc.). Ces stéréotypes, et d’autres notamment de nature sexuelle, se retrouvent aussi fréquemment dans les œuvres de fiction portant sur la Préhistoire (livres, films, etc.).

2. L’aube de la représentation féminine – l’image, le corps, le sexe : L’auteure décrit et analyse des dessins et des sculptures préhistoriques représentant des femmes, et discute ensuite de leur niveau de réalisme et de symbolique.

3. La reproduction, la famille : La fonction reproductive des femmes a bien sûr une influence sur leur rôle et leurs activités, mais son niveau d’importance peut varier selon les normes sociales et selon la production nécessaire pour assurer la survie du groupe. L’auteure explique ensuite les conséquences sociales :

  • de la sexualité des homo sapiens (pas de période de rut, absence de manifestation de l’œstrus et sexualité pas nécessairement vouée à la reproduction);
  • du fait que, contrairement à d’autres animaux, la vie des femmes continue de nombreuses années après leur période de fertilité;
  • des déplacements constants des nomades qui exigeaient un espacement entre les naissances.

4. Travaux de femmes : «L’homme chasse, la femme cueille; l’homme apporte la nourriture, la femme la prépare et la cuit». Cette représentation, qui ne repose sur aucune observation ou aucun fait démontré, n’est que le reflet de la perception des rôles masculins et féminins en force au XIXe siècle alors qu’elle a été énoncée la première fois. Or, les preuves vont plus dans le sens d’une contribution bien plus importante des femmes à l’apport de la nourriture, d’autant plus que ces preuves suggèrent que les humains étaient davantage des charognards que des chasseurs. En plus, tout indique qu’elles auraient participé à la chasse, au moins pour le rabattage et les petits animaux, ainsi qu’à la pêche et à la conception et à la réalisation d’outils.

5. Savoirs et pouvoirs : Les histoires sur un hypothétique matriarcat primitif ont toujours été populaires. L’auteure examine dans ce chapitre ces histoires et leurs fondements, ainsi que d’autres signes illustrant le pouvoir des femmes de la Préhistoire. Elle aborde ensuite les savoirs probablement acquis par ces femmes (fécondité, usage des plantes, rôle des graines, etc.), montre que les inégalités des sexes ont sûrement augmenté avec l’agriculture et la sédentarité, et discute des différentes interprétations qui ont circulé sur les très nombreuses statuettes de femmes découvertes dans des sites préhistoriques (déesses, jouets ou rien de tout cela?).

6. Violence, hiérarchie, domination : Partant de l’image de l’homme préhistorique qui traîne une femme par les cheveux, l’auteure présente les éléments qui appuient et qui contredisent cette vision, et en profite pour analyser les rapports de violence, de hiérarchie et de domination qui ont probablement existé à l’époque.

Conclusion – De la Préhistoire au présent : Le statut des femmes au cours des époques où les découvertes archéologiques ont eu lieu a toujours influencé grandement leur interprétation. «La construction des origines renvoyait à la société sa propre image. Les débats anthropologiques, qui allaient s’ouvrir à la question de l’importance du rôle des femmes dans les premières sociétés humaines, étaient lourds d’enjeux idéologiques, politiques et sociaux». Dans ce contexte, il n’est pas étonnant de constater que la remise en question du rôle effacé, pour ne pas dire absent, des femmes dans ces sociétés ait eu lieu après les années 1950, période de revendications féministes et d’émancipation féminine. Si ces réinterprétations ont parfois donné lieu à des exagérations, on tente davantage de nos jours d’examiner «avec plus d’objectivité les preuves et les modalités de la différence des sexes dans tous les champs du social», y compris dans celui de la paléoanthropologie. Et elle conclut :

«Les structures sociales des populations préhistoriques nous restent mal connues, les rapports de force et de genre ne peuvent être que l’objet d’hypothèses. Nous pouvons soupçonner cependant que ces sociétés du passé lointain possédaient, comme les nôtres, toute une série de mécanismes et d’idéologies de domination et de dévalorisation des femmes; mais aussi que les femmes étaient capables de développer des stratégies de résistance, faites d’alliances entre elles, de recherche de protection, de sens civique, d’inventivité et d’humour face à la dureté de l’existence qui devait être le plus souvent leur lot.»

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Lire! On peut bien sûr être déçu que ce livre n’apporte pas de réponse claire et précise aux questions qu’il pose. Je trouve au contraire que ce livre gagne en crédibilité en ne faisant qu’explorer les différentes hypothèses qui cadrent le mieux avec les preuves amassées et les observations des comportements très variables des peuples vivant encore selon un mode de chasse-cueillette. Il est tout à fait normal que ces éléments ne suffisent pas à trancher de façon certaine, d’autant plus que le rôle et la place des femmes dans les sociétés préhistoriques peuvent aussi avoir varié grandement d’un groupe à l’autre. Cela dit, ce livre permet d’avoir une meilleure vision de l’ampleur du défi et de prendre connaissance des développements les plus récents de ce côté. Finalement, je déplore que les notes, heureusement formées surtout de références, aient été placées à la fin.

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