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L’effet science et Histoire des sciences

11 juin 2018

Comme j’ai lu récemment deux livres portant sur les sciences, que leur contenu se recoupe et se complète, et que mes textes sur ces livres ne sont pas trop longs, j’ai décidé de les publier en même temps.

L’effet science

Avec L’effet science : comment la démarche scientifique a changé notre vision du monde, Louis Marchildon, professeur émérite en physique de l’Université du Québec à Trois Rivières, se demande si on a «oublié ce qui constitue les fondements mêmes de la pensée scientifique». Ce livre vise à fournir «un antidote aux élucubrations pseudo-scientifiques qui contaminent maintenant notre culture et notre raison».

1. Introduction : Si le terme «post-vérité» («circonstances dans lesquelles l’opinion publique est plus influencée par les émotions et les croyances personnelles que par les faits objectifs») est relativement nouveau, «la réalité à laquelle il renvoie a de plus profondes racines». L’auteur donne de nombreux exemples, dont la négation du rôle des humains dans le réchauffement climatique, de la nocivité de la cigarette et de la théorie de l’évolution par sélection naturelle. Après avoir distingué les objectifs de la technologie de ceux de la science (qui sont «de comprendre et d’expliquer le monde naturel qui nous entoure»), il présente une esquisse du contenu des chapitres qui suivront.

2. L’origine de la démarche scientifique : Homo sapiens a commencé à observer la nature depuis le début de son existence, mais ce n’est qu’aux environs de 600 ans avant notre ère que l’auteur situe l’origine de la pensée scientifique. Même si les thèses de cette époque nous paraissent aujourd’hui bien naïves, elles relèvent selon l’auteur d’une méthode scientifique, car elles tentaient d’expliquer des phénomènes naturels par des causes naturelles, sans interventions surnaturelles, et devaient reposer sur une preuve (soit une démonstration logique). L’auteur donne ensuite des exemples d’application de cette méthode, surtout en géométrie et en astronomie, et souligne que ces percées scientifiques n’ont guère débouché sur des innovations technologiques.

3. Un long chemin : Après une éclipse de 1000 ans au cours desquels l’enseignement des philosophes grecs fut interdit par l’Église catholique, ces écrits furent réintroduits en Occident au XIIIe siècle en grande partie grâce aux traductions arabes. Mais l’essor scientifique n’a repris qu’au XVe siècle et surtout au XVIe, lors de la Renaissance. L’auteur présente alors les principales avancées de cette époque, dont l’héliocentrisme et ce qu’il appelle le transformisme, qui comprend la théorie de l’évolution par sélection naturelle, puis aborde le niveau d’incertitude des théories scientifiques, niveau qui peut varier selon les sujets et les méthodes utilisées. Il explique ensuite quelques concepts, dont la réfutabilité et les limites d’interprétation.

4. Vers l’infiniment petit : L’auteur aborde dans ce chapitre l’évolution des opinions et de la connaissance sur «les constituants ultimes de la matière». Ce résumé est court, mais ce chapitre complète très bien mes cours de chimie et de physique des années 1960-70. Y a plein de particules qui n’existaient pas à l’époque (enfin, qui n’avaient pas encore été découvertes). Et il y en aurait encore plus que nous n’avons encore pas découvertes!

5. Vers l’infiniment grand : Cette fois, nous avons droit à l’évolution des opinions et de la connaissance sur le ciel et l’astronomie. On y apprend entre autres que l’estimation de la taille de l’univers observable depuis les premières tentatives de mesure au IXe siècle est passée de 125 millions de kilomètres à 45 milliards d’années-lumière de nos jours. Comme une année-lumière vaut environ 9500 milliards de kilomètres, cette taille a été multipliée par 3,4 millions de milliards! Et il ne s’agit que de la taille observable…

6. Nos origines : Charles Darwin avait peu de preuves directes de l’origine commune de l’espèce humaine et des autres Hominidés quand il a conçu sa théorie de l’évolution par sélection naturelle, mais ces preuves se sont depuis accumulées. S’il y a encore un peu d’incertitude sur la période précise où notre ancêtre commun a vécu, on sait maintenant que cela tourne autour de sept millions d’années. L’auteur aborde ensuite la formation du système solaire et de l’univers.

7. La science dans l’activité humaine : Dans ce dernier chapitre, l’auteur aborde les applications pratiques de découvertes scientifiques, les dangers liés à l’embrigadement des scientifiques ou à la volonté de les faire taire, les liens entre les valeurs d’une société et l’objet de la recherche scientifique, et entre la science et les arts, et l’opposition radicale entre les méthodes adoptées par la science et celles utilisées dans les religions révélées.

Conclusion : La méthode scientifique repose essentiellement sur la recherche de causes naturelles à des phénomènes naturels. Sa réussite «est indissociablement liée au caractère régulier des phénomènes naturels». Dans ce sens, comme il est impossible de prouver ce caractère régulier, la science n’est pas «le lieu des certitudes absolues». Cela dit, ce niveau d’incertitude est en général bien mince et l’aveu de son existence ne doit surtout pas servir d’argument pour rejeter cette méthode qui est la meilleure qui puisse exister pour trouver des réponses à nos questions portant sur les causes des phénomènes naturels.

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Lire, mais sans trop d’enthousiasme. Je ne m’attendais pas vraiment à ce genre de livre. Je croyais que, comme l’annonce la quatrième de couverture (et l’article du Devoir qui m’a porté à me le procurer), ce livre porterait plus sur l’explication de la méthode scientifique et sur les dérives occasionnées par les personnes qui n’en tiennent pas compte. Il y a de ça, mais le gros du livre porte plutôt sur des découvertes. Ce n’est pas inintéressant, loin de là, mais ce n’est pas ce qu’on pouvait lire sur l’étiquette du produit… Cela dit, j’en ai appris quand même pas mal sur les sujets qu’il aborde et sa lecture ne demande pas de gros efforts. En plus, les notes, pas très nombreuses, sont en bas de page. Bravo!

Histoire des sciences

Yves Gingras ne lâche jamais! La collection Que sais-je a publié en janvier dernier le dernier livre de cet auteur, Histoire des sciences. L’histoire que raconte ce livre est «faite d’évolutions et de révolutions, mais aussi de tâtonnements, de hasards et d’intuition».

Introduction : Dans cette introduction, l’auteur fait la distinction entre les sciences et les savoirs pratiques (et les mathématiques), puis explique le choix des trois périodes qu’il a fait pour présenter l’histoire des sciences dans les chapitres qui suivent.

I – Histoire et usages de l’histoire des sciences : L’auteur nous présente dans ce chapitre l’histoire de l’histoire des sciences. Il souligne tout d’abord qu’elle avait à ses débuts des fins «civilisationnelles, moralisatrices et éducatives», mais aussi nationales et impériales, puis par la suite parfois politiques voire environnementales. Elle s’est ensuite professionnalisée et spécialisée, tant par types de sujets que par écoles de pensée.

II – Les sciences anciennes (500 av. J.-C. – 1600 apr. J.-C.) : Dans ce chapitre, l’auteur aborde :

  • l’explication du choix de cette période;
  • l’écriture et le calcul (à partir de -3300 en Mésopotomie et ailleurs par après);
  • l’astronomie et ses utilisations (à partir de -1500 à Babylone et de -500 en Grèce, en Égypte, en Chine et en Inde, de façon indépendante);
  • la théorie de la matière et du vivant (à partir de -500 en Grèce)
  • la science dans différentes régions, notamment dans l’aire d’influence de la Grèce (y compris Alexandrie et Rome) et dans le monde arabo-musulman au Moyen-Âge;
  • les domaines scientifiques, dont la pharmacie et la médecine sont les plus fréquents;
  • l’émergence des universités en Europe vers la fin de cette période, entre autres favorisée par les traductions des penseurs grecs par les Arabes.

III – Le renouvellement des sciences (1500-1800) : Après avoir expliqué le choix de cette période (de la Renaissance aux Lumières), l’auteur présente les développements scientifiques survenus dans les domaines :

  • de l’astronomie (du géocentrisme de Ptolémée à l’héliocentrisme, avec notamment les travaux de Copernic, Brahe, Kepler et Galilée);
  • de la physique, dont encore l’astronomie (avec notamment Descartes et Newton), et de la biologie;
  • des instruments qui ont permis de mesurer quantitativement ce qui était jusque là décrit qualitativement (thermoscope, hygromètre, balance, thermomètre, baromètre, télescope, microscope, etc.).

Il souligne finalement la forte augmentation du nombre de savants au cours de cette deuxième période, dont les travaux sont davantage diffusés grâce à la création d’académies et de revues savantes.

IV – Multiplication et convergence des disciplines (1800-2000) : C’est au cours de cette période que les sciences se sont subdivisées de la façon dont on les connaît de nos jours. Comme l’auteur aborde toutes les sciences dans ce chapitre et que le nombre de chercheur.es dont il parle est très élevé, il serait inutile de tenter de résumer ce chapitre. Disons seulement qu’il présente les travaux de Charles Darwin, savant pour lequel j’ai un attachement particulier, on l’aura deviné…

Conclusion – des sciences mondialisées : Cette conclusion est brève. L’auteur y montre tout d’abord que le niveau de collaboration entre les scientifiques a grandement augmenté dans presque tous les pays du monde depuis le début du XXIe siècle. Il observe ensuite qu’il n’y a pas eu de véritable révolution scientifique, capable de modifier les théories existantes, depuis les années 1970. Il se garde bien toutefois de se prononcer sur la possibilité qu’une telle révolution puisse ou non survenir au cours des prochaines années.

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Lire! Ce livre contient tellement d’informations en si peu de pages qu’on a l’impression de venir tout juste de le commencer lorsqu’on tourne la dernière page! On me dira que c’est le propre des livres publiés dans la collection Que sais-je… Il a bien sûr les défauts de ses qualités, car on aimerait à bien des endroits obtenir plus de détails sur les travaux qu’il décrit à la vitesse de la lumière. Cela dit, le portrait d’ensemble nous reste en tête. J’ai dans l’ensemble préféré ce livre au précédent, même si, comme je l’ai mentionné en amorce de billet, ils se complètent bien. Et, comme dans le précédent, les notes, plus nombreuses cette fois, sont en bas de page. Rebravo!

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