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Le dossier noir du logement et de la pauvreté au Québec

20 juillet 2018

Le Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) a publié au début juillet son septième Dossier noir sur le logement et la pauvreté au Québec. D’après mes recherches, le premier de ces dossiers noirs a été publié le 23 mars 1987. Élaboré à partir des données du recensement de 1986, ce dossier a ensuite été mis à jour lors de la parution des données de chacun des recensements suivants (sauf le sixième qui a dû se baser sur les données de l’Enquête nationale auprès des ménages en raison de l’abolition du formulaire long du recensement en 2011).

J’ai pris connaissance de ces dossiers la première fois il y a plus de 20 ans. En tout cas, Internet n’existait pas sous sa forme actuelle, car je me souviens très bien que c’est un des permanent.es du FRAPRU croisé par hasard qui me l’avait remis. Un peu sceptique en commençant à le lire, j’ai été impressionné par la qualité de ce document. Je m’attendais à beaucoup de picorage de données (cherry picking), alors que les données présentées étaient pertinentes et les comparaisons tout à fait valides. Ayant parcouru la dernière version de ce dossier noir et le jugeant tout aussi bien fait que celui que j’avais lu à l’époque, je me suis dit que cela pourrait être intéressant d’en parler ici.

Contenu

Comme ce document n’a qu’une vingtaine de pages (y compris des photos et des tableaux), je vous invite à le lire. Je vais me contenter ici de mentionner les aspects du logement et de la pauvreté qu’il aborde et de citer quelques-unes des données qui y sont analysées.

– Introduction : Si le revenu médian des ménages locataires du Québec a augmenté davantage (16,4 %) que les loyers (12,0 %) entre 2010 et 2015, ce fut l’inverse entre 1980 et 2015 (153,6 % par rapport à 188,3 %). Le document fournit aussi cette comparaison pour les six régions métropolitaines de recensement du Québec.

– Les personnes seules : Les personnes seules comptent pour plus de la moitié des ménages locataires du Québec depuis 2011 (50,8 % en 2016). En 2016, elles représentaient par contre 69 % des ménages qui consacrent au moins 30 % de leur revenu au loyer et 75 % de ceux qui y consacrent au moins la moitié de leur revenu.

– Les femmes : En 2016, les femmes étaient le principal soutien financier de 50,4 % des ménages locataires du Québec. La proportion de ces ménages qui consacraient au moins 30 % de leurs revenus au loyer est passée d’environ 40 % à 33 % entre 2010 et 2015.

– Les aîné.es : La proportion de ménages locataires du Québec dont le principal soutien financier est âgé de 65 ans et plus augmente sans cesse et a atteint 23 % en 2016. Et comme ces ménages ont des revenus inférieurs à la moyenne, ils sont surreprésentés parmi ceux qui doivent consacrer plus de 30 % de leur revenu au loyer. Et c’est encore pire chez les ménages dont le principal soutien financier est âgé de 75 ans et plus.

– Les familles monoparentales : Même si la situation des familles monoparentales locataires s’est grandement améliorée entre 2011 et 2016, leur revenu médian est toujours plus faible que la moyenne, surtout pour celles dont une femme est le principal soutien financier (soit 80 % de ces familles), et elles consacrent en conséquence une plus grande part de leur revenu au loyer.

– Les immigrant.e récent.es : Assez étonnamment, les ménages locataires dont le principal soutien financier a immigré au Canada depuis au plus 5 ans avaient en 2016 un revenu médian comparable à ceux des ménages non immigrants (il est possible que ce niveau comparable du revenu de ces ménages s’explique par le fait que ces ménages étaient moins souvent formés de personnes seules ou de personnes âgées; cela dit, les données appuyant cette hypothèse ne sont pas mentionnées dans le document et je ne les ai pas trouvées). Par contre, comme leur loyer était plus élevé (cela serait logique si mon hypothèse précédente s’avérait, car ces ménages auraient possiblement des logements plus grands, même s’ils sont proportionnellement plus nombreux à vivre dans un logement trop petit), ils consacraient plus fréquemment plus de 30 % de leur revenu à leur loyer.

– Les Autochtones : Le pire désavantage des ménages locataires dont le principal soutien financier faisait partie d’une nation autochtone en 2016 était d’être proportionnellement plus nombreux à vivre dans un logement inadéquat, soit trop petit, soit en mauvais état.

– Autres sections : Le dossier noir :

  • examine aussi la situation spécifique des jeunes et des personnes en situation de handicap;
  • fournit des données sur le pourcentage des ménages locataires qui consacrent plus de 30 %, de 50 % et de 80 % de leur revenu pour les 40 principales villes du Québec (avec en plus le revenu et le loyer médians);
  • décrit le parc de logements du Québec sous différents aspects (âge, besoins de réparations, condos, etc.);
  • analyse le niveau de respect du droit à un logement convenable au Québec (droit faisant partie du Pacte international des droits économiques, sociaux et culturels, ratifié par le Canada et le Québec);
  • déplore l’insuffisance et l’aspect insatisfaisant des recours accordés aux locataires;
  • dénonce l’insuffisance du parc de logements sociaux;
  • montre que de nombreux besoins de logement demeurent insatisfaits au Québec et au Canada.

Et alors…

Avec l’alimentation, le logement est probablement le besoin de base le plus élémentaire. Il est donc important d’en avoir un portrait précis, complet et adapté aux différents types de ménages. S’il y a en effet un domaine où les moyennes et même les médianes peuvent être trompeuses, c’est bien celui-là (ce qui n’exclut bien sûr pas qu’elles soient aussi trompeuses dans d’autres domaines!). Le dossier noir est à cet effet une source précieuse. Je rappelle que les éléments que j’ai retenus dans ce billet ne font que fournir un aperçu de la richesse de ce document. Alors, si ce sujet vous intéresse, n’hésitez surtout pas à consacrer quelques minutes, voire plus, à sa lecture.

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One Comment leave one →
  1. Richard Langelier permalink
    21 juillet 2018 1 h 10 min

    Pour moi, c’est une preuve de plus qu’il est préférable d’améliorer les programmes sociaux existants que de chercher une formule magique:
    – un beau chèque de revenu de citoyenneté (genre 80% du budget d’un Québec souverain)
    – un revenu minimum garanti accordant un chèque au conjoint du contribuable déclarant un revenu imposable de 100 000$
    – une pétition demandant au gouvernement de la province de Québec une chose et son contraire (accorder à chaque contribuable un revenu égal la Mesure du panier de consommation de Stat-Can pour une personne seule). J’ai écrit au Collectif pour un Québec sans pauvreté pour savoir si c’était sur une base individuelle ou familiale. On m’a répondu qu’il n’y avait pas consensus. J’ai conclu que chaque signataire interprétait le texte de la pétition à sa manière.

    Ce texte du FRAPRU aide à comprendre la complexité du problème. Par contre, j’ai en mémoire les visites sans mandats des inspecteurs de l’Aide sociale (les boubou-macoutes). Je comprends l’attrait pour la pensée magique. Je sais aussi que dans un parti politique ou dans un mouvement social, on gagne et on perd des votes sur une proposition surtout lorsque l’horaire de l’assemblée est chargé.

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