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Curieuses histoires d’apothicaires

30 juillet 2018

Ancien doyen de la Faculté de pharmacie de l’Université Laval, Gilles Barbeau relate dans Curieuses histoires d’apothicaires «les étonnantes trouvailles de ces personnes qu’on appelait pharmacopoles, alchimistes, apothicaires ou pharmaciens et qui, sans moyens et souvent grâce à la chance, ont fait beaucoup pour le bien-être de l’humanité».

Préface : Actuel doyen de la Faculté de pharmacie de l’Université Laval, Jean Lefebvre présente le livre de son ex-collègue.

Introduction : Cette introduction porte surtout sur les apothicaires (origine du mot, évolution et organisation de la profession, liens avec les médecins, etc.) et sur les raisons qui ont amené l’auteur à privilégier le format du conte et des épisodes de vie à celui des biographies d’apothicaires.

1. De la plante au médicament chimique : Si peu de médicaments modernes autres que ceux qualifiés de «produits naturels» sont extraits directement des plantes, la plupart d’entre eux sont composés d’ingrédients actifs qui en proviennent. L’auteur donne de nombreux exemples de l’utilisation des plantes comme médicaments depuis la nuit des temps et explique comment on a tenté de régulariser le dosage des ingrédients actifs, compte tenu du fait que la concentration des ingrédients actifs varie beaucoup d’un plant à l’autre.

2. Bon sang ne saurait mentir : L’auteur explique tout d’abord la théorie des humeurs, puis présente les médicaments utilisés pour les équilibrer, ainsi que les techniques de saignée et de purge. Il aborde ensuite la théorie des signes de la nature (ou des signatures) qui «part du postulat que la forme des plantes, leur couleur ou même leurs sécrétions peuvent indiquer la maladie qu’elles peuvent guérir».

3. Le pharmacopole et l’herbe du soldat : L’auteur nous raconte la présence de pharmacopoles (genre d’apothicaires considérés comme des charlatans) dans l’Antiquité. Il présente les produits (certains efficaces) qu’un des pharmacopoles les plus connus (Claudius d’Ancône) et les moins malhonnêtes vendait à Athènes. Il consacre d’ailleurs quelques pages à une des plantes médicinales aux multiples vertus que Claudius a popularisées et qui est encore utilisée de nos jours, l’achillée millefeuille (connue sous bien d’autres noms).

4. Les miracles de Paracelse : Comme son titre l’indique, ce chapitre est consacré à Paracelse (1493-1541), qui s’est distingué en donnant «un bon élan à la chimie pharmaceutique et à la découverte des principes actifs des plantes». S’opposant aux médecins de son époque qui pratiquaient encore en fonction de la théorie des humeurs (et aussi aux apothicaires qu’il considérait comme des charlatans), ses méthodes ont connu beaucoup de succès et lui ont survécu.

5. La curieuse pomme de Louis Hébert : Louis Hébert, surtout connu comme le premier colon de la Nouvelle-France, était apothicaire. Il a dû réapprendre son métier pour adapter l’exercice de sa profession à la flore de l’Amérique du Nord. Même si ses recherches ont été saluées par de nombreux botanistes, dont le frère Marie-Victorin, il est peu reconnu pour ses apports pourtant importants à la science. L’auteur présente quelques plantes qu’il a «découvertes» (c’est la plupart du temps grâce aux utilisations de ces plantes par les Autochtones qu’il a pris connaissance de leurs vertus) et acheminées en France. Certaines substances actives de ces plantes sont toujours utilisées de nos jours par l’industrie pharmaceutique.

6. L’onguent divin de sœur Duplessis de Sainte-Hélène (1687-1760) : L’auteur explique tout d’abord la différence entre une pommade, un onguent, un emplâtre, un baume et une crème. Il présente ensuite la composition de l’onguent divin et d’autres produits utilisés au XVIIIe siècle, surtout en Nouvelle-France, mais aussi ailleurs.

7. Fruits acides et acides de fruits : Ce chapitre porte sur l’apport en pharmacologie de l’apothicaire-chimiste suédois Carl Wilhelm Scheele (1742-1786), surtout en raison de la méthode qu’il a créée pour isoler les acides des végétaux.

8. Le roi de la patate : Ce chapitre nous apprend tout ce que nous avons toujours voulu savoir sur les patates et sur Antoine Augustin Parmentier (1737-1813) sans jamais oser le demander.

9. La souris ivre : L’opium est connu depuis au moins 7000 ans et est utilisé comme remède depuis au moins 3600 ans. Sa domestication est pourtant récente, soit depuis qu’on a pu isoler ses substances actives, comme la morphine, et qu’on a pu ainsi les doser plus précisément. C’est aussi au début du XIXe siècle qu’on démontre, notamment grâce aux expériences de Sertürner, la présence d’alcaloïdes dans les plantes, constat qui a amené la découverte de bien d’autres substances actives.

10. Du sel de pierre au sel de table : Ce chapitre nous présente les multiples utilisations du salpêtre (carburant, engrais, ingrédient de la poudre à canon, médicament pour le cœur, etc.) et les méthodes élaborées au XIXe siècle pour améliorer son processus de production. Il aborde aussi la découverte de la production de l’iode dont la carence est associée à des pathologies importantes (crétinisme, goitres, faible croissance, etc.) et qui est utilisé comme antiseptique.

11. La poudre de la comtesse : L’auteur nous raconte ici l’histoire de la quinine, un autre alcaloïde qui fut le «premier médicament efficace contre le paludisme».

12. Une affaire de cœur : On a maintenant droit à l’histoire de la digitaline, un médicament et un poison (comme la plupart des médicaments, mais, lui, encore plus!), vedette involontaire de nombreux polars.

13. Coke au vin : C’est maintenant le temps de se faire conter l’histoire d’un autre alcaloïde, la cocaïne… S’il est assez bien connu que les premières versions du Coca-Cola en contenaient (d’où son nom), je ne savais pas que des vins en ont aussi contenu, et surtout qu’un pape (Léon XIII) en a déjà fait la promotion dans des feuillets publicitaires!

14. Donnez-moi… donnez-moi de l’oxygène : Ce n’est pas difficile de deviner de quelle substance ce chapitre parle!

15. Les rhumatismes de M. Hoffmann : La vedette de ce chapitre est l’acide acétylsalicylique, la bonne vieille aspirine.

16. La violette rose : Ce chapitre nous montre les multiples vertus de la violette rose (dont son action anticancéreuse) et les péripéties qui ont mené à la découverte et la production efficace de ses substances actives.

Conclusion : «Chaque génération de pharmacien s’est bâtie sur les épaules de la précédente, profitant de ses croyances, ses connaissances, ses techniques, ses recherches et ses expériences». Et c’est le cas dans toutes les disciplines scientifiques, on l’oublie trop souvent. L’auteur poursuit sa conclusion en revenant sur les événements marquants qu’il a racontés dans son livre, puis fait le point sur la situation actuelle de la discipline. Le pharmacien actuel est «le descendant de valeureux individus qui, souvent avec peu de moyens et un peu de chance, ont fait beaucoup pour le bien-être de l’humanité».

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Lire! Même si j’ai été un peu laconique dans mes résumés de quelques chapitres, ils sont tous intéressants. En plus, toutes les histoires sont racontées de façon agréable et j’ai appris beaucoup de choses que j’ignorais. Bref, le livre vaut vraiment la peine d’être lu.

Il s’agit d’un «beau-livre», donc contenant de nombreuses images, mais quand même pas trop cher (autour de 35 $). J’ignore si c’est à cause de ce prix raisonnable, mais l’édition laisse à désirer. En effet, le glossaire est frustrant, car placé à la fin (difficile à consulter avec un gros livre comme ça) et est incomplet (des mots auxquels on a apposé un *, ce qui est censé indiquer que leur sens est défini dans le glossaire, ne s’y trouvent pas). Pour ces raisons, j’ai cessé rapidement de le consulter. En plus, l’éditeur a laissé un bon nombre de coquilles (fin au lieu de faim, deux années de naissance différentes pour une même personne, etc.). Les références sont à la fin, mais cela ne m’a pas dérangé. Il n’y a pas de notes en bas de pages, mais plutôt des encadrés qui apportent des compléments d’information pertinents sur des plantes, des méthodes ou des scientifiques (surtout apothicaires, pharmaciens et chimistes). Malgré les lacunes mentionnées, j’ai bien apprécié ce livre et en recommande la lecture sans hésitation.

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