Aller au contenu principal

Le navettage en 2016

1 septembre 2018

Statistique Canada a publié il y a quelques semaines son fichier (98-400-X2016391) sur le navettage provenant du recensement de 2016. Précisons qu’il ne faut pas confondre ce concept avec celui du cabotage (ni avec le cabotinage…). En effet, le navettage de la personne occupée «désigne le déplacement d’une personne occupée entre son lieu de résidence et son lieu de travail». Le tableau que j’utiliserai dans ce billet fournit des données sur le nombre de personnes «ayant un lieu habituel de travail» (ce qui exclut les personnes qui changent de lieux de travail, comme près de la moitié des travailleur.euses de la construction, ce qui représente un peu plus de 9 % des personnes occupées selon le tableau 98-400-X2016319) qui travaillaient en mai 2016 dans la division de recensement où elles habitaient ou dans une autre. Notons qu’il y a des données sur 98 divisions de recensement au Québec, qui correspondent en grande majorité à des municipalités régionales de comté (MRC).

Dans ce billet, je vais présenter le pourcentage de personnes occupées ayant un lieu habituel de travail habitant dans chacune des 98 divisions de recensement qui travaillaient au cours de la semaine de référence du recensement (du 1er au 7 mai 2016) dans la division de recensement où elles habitaient et dans la principale division autre que celle-ci. J’ai regroupé les divisions de recensement en fonction des 17 régions administratives du Québec (sauf dans deux cas). J’expliquerai ensuite succinctement les différences entre les données sur les emplois et celles sur les personnes occupées.

Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine

Dans les six divisions de recensement de cette région, la grande majorité des personnes occupées ayant un lieu habituel de travail avaient un emploi dans la division de recensement où elles habitaient, cette proportion culminant aux Îles-de-la-Madeleine avec près de 99 %, ce qui n’a rien d’étonnant. Même si cette proportion était moins élevée dans les cinq autres divisions de cette région, on voit qu’au moins les trois quarts des personnes occupées travaillaient dans la division où elles habitaient.

Bas-Saint-Laurent

Dans six des huit divisions de cette région, la proportion de personnes occupées qui travaillaient dans la division de recensement où elles habitaient est de la même ampleur qu’en Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine. Il n’y a que dans les divisions La Métis et Les Basques qu’on constate que plus de 30 % de ces personnes travaillaient dans une division extérieure, surtout dans la division de Rimouski-Neigette dans le premier cas et dans celle de Rivière-du-Loup dans le deuxième cas.

Capitale-Nationale

La situation est complètement différente dans les sept divisions de la région de la Capitale-Nationale. Dans trois d’entre elles, il y avait plus beaucoup de personnes occupées qui travaillaient à Québec (jusqu’à plus de trois fois plus, dans le cas de L’Île-d’Orléans) que dans la division où elles habitaient. Les personnes occupées des deux divisions de Charlevoix se comportaient toutefois comme dans la majorité des divisions des deux régions précédentes. Et, comme c’est souvent le cas, les personnes occupées habitant dans la division centrale (ici, Québec) y travaillaient en très grande majorité (plus de 91 %).

Chaudière-Appalaches

Les personnes occupées des dix divisions de cette région se comportaient à peu près également comme celles des divisions assez autonomes et comme celles des divisions assez dépendantes d’une région centre, avec quatre divisions qui affichaient des proportions de personnes travaillant dans la division où elles habitaient variant entre 70 et 85 %, et six divisions qui présentaient des proportions à peine supérieures à la moitié. Notons que trois divisions accueillaient plus que les autres les personnes occupées habitant dans ces six divisions, soit Québec dans trois cas, Beauce-Sartigan dans deux cas et Lévis dans un cas (qui est à la fois une division qui accueillent des personnes occupées de l’extérieur et qui est dépendante d’une autre, alors que plus de 35 % des personnes occupées y habitant travaillaient à Québec).

Estrie

À part la division centrale (Sherbrooke), une seule des six autres divisions de cette région (Le Granit) était relativement autonome. Parmi les cinq autres, quatre divisions étaient relativement dépendantes de la division centrale, avec des proportions des personnes occupées habitant dans ces divisions qui y travaillaient variant entre 20 et 45 %.

Centre-du-Québec

Les personnes occupées des cinq divisions de cette région avaient des comportements différents. En fait, la division qu’on pourrait penser centrale, soit Drummond (qui comprend Drummondville), même si autonome, n’était la principale division extérieure d’aucune des quatre autres divisions de cette région. Pire cette principale division est extérieure à cette région dans deux cas, soit Francheville (qui comprend Trois-Rivières) et Les Maskoutains (qui comprend Saint-Hyacinthe).

Montérégie

Avec 15 divisions, la Montérégie est la région qui en compte le plus. En plus, c’est celle qui compte le plus de ce qu’on pourrait appeler des divisions centrales secondaires, soit Les Maskoutains (qui comprend Saint-Hyacinthe), Longueuil (quoiqu’il y avait presque autant de ses personnes occupées qui travaillaient à Montréal que dans cette division), La Haute-Yamaska (qui comprend Granby) et Beauharnois-Salaberry (qui comprend Salaberry-de-Valleyfield). Notons aussi que Montréal était la principale division extérieure de cinq de ces divisions et que plus de 50 % des personnes occupées habitant dans Vaudreuil-Soulanges y travaillaient.

Montréal et Laval

J’ai jumelé dans le tableau ci-contre deux régions administratives différentes, parce qu’elles ne comptent qu’une division de recensement chacune et qu’une de ces régions était fortement dépendante de l’autre. Le tableau nous montre en effet que plus de la moitié des personnes occupées habitant à Laval travaillaient à Montréal, soit beaucoup plus que dans la division où elles habitaient (52,9 % par rapport à 38,3 %). Comme pour la plupart des divisions centrales, la très grande majorité (plus de 90 %) des personnes occupées habitant à Montréal y travaillaient, 3,0 % le faisaient à Laval et 2,2 % (quand même 17 600 personnes) à Longueuil.

Lanaudière

Quatre des six divisions de cette région étaient assez dépendantes de Montréal, dont deux (L’Assomption et Les Moulins) comptaient plus de personnes occupées y habitant qui travaillaient à Montréal que dans leur division. La division centrale de cette région était assez autonome, mais moins que d’autres, avec seulement 70 % des personnes occupées habitant à Joliette qui y travaillaient. Le cas de Montcalm est spécial avec moins de 50 % des personnes occupées y habitant qui travaillaient soit dans cette division (30 %) ou dans la principale division extérieure (18 % à Montréal). Bref, il s’agit d’une des régions où l’expression ville-dortoir s’applique le mieux.

Laurentides

Le comportement des personnes occupées des huit divisions de cette région ressemblait passablement à celui des personnes habitant dans Lanaudière. Par exemple, environ 40 % des personnes occupées habitant dans Mirabel travaillaient soit dans cette division (21 %) ou dans la principale division extérieure (19 % à Montréal). Cette principale division extérieure était aussi celle de cinq autres divisions de cette région. Cette région ne comptait que deux divisions relativement autonomes, soit Antoine-Labelle (qui comprend Mont-Laurier) et Les Laurentides (qui comprend Sainte-Agathe-des-Monts et Mont-Tremblant), soit les deux plus éloignées de Montréal. Notons finalement que la principale division extérieure d’Argenteuil est en Ontario, soit Prescott and Russell, le seul comté de cette province qui est majoritairement francophone, selon Wikipédia. On peut donc dire que l’expression ville-dortoir s’applique aussi à la plupart des divisions de cette région.

Outaouais

Le comportement des personnes occupées des cinq divisions de cette région différait tellement d’une division à l’autre qu’il n’est pas possible de la décrire en bloc. Gatineau était la division centrale de cette région, mais elle était aussi dépendante d’une division centrale de l’Ontario, Ottawa. On trouvait aussi dans ces divisions celle qui présentait le pourcentage le plus bas de personnes occupées travaillant dans la division où elles habitaient, soit 14,5 % (Les Collines-de-l’Outaouais). En plus, j’ai choisi pour cette division de montrer dans le tableau deux «principales divisions extérieures», car celles-ci accueillaient des proportions importantes de personnes occupées habitant dans Les Collines-de-l’Outaouais, soit Gatineau (49,5 %) et Ottawa (33,3 %). Soulignons aussi que la principale division extérieure de Pontiac est en Ontario (Renfrew) et que La Vallée-de-la-Gatineau était la division la plus autonome de la région.

Abitibi-Témiscamingue

Comme dans les autres régions éloignées des grands centres, les cinq divisions de cette région étaient relativement autonomes, sans qu’aucune d’entre elles puisse être vraiment considérée comme une division centrale. Rouyn-Noranda se retrouvait principale division extérieure pour trois autres divisions, mais en attirant moins de 10 % des personnes occupées de ces divisions. (et même moins de 5 % dans deux cas). Cela dit, compte tenu de la taille de ces divisions, les mouvements à l’intérieur de ces divisions, dont celle de Rouyn-Noranda, sont sûrement importants, mais non captés par ces données. Cette observation s’applique aux autres régions composés de divisions de grande taille.

Mauricie

Parmi les cinq divisions de cette région (notons que la division Francheville regroupe deux MRC, soit celles de Trois-Rivières et des Chenaux), deux d’entre elles, soit Francheville et Shawinigan, pouvaient être considérées comme des divisions centrales. On notera aussi que La Tuque était de loin la plus autonome de ces divisions, près de 99 % des personnes occupées qui y habitaient y travaillant aussi.

Saguenay-Lac-Saint-Jean

Même si Le Saguenay-et-son Fjord, qui regroupe les MRC Saguenay et Le Fjord-du-Saguenay, pouvait être considéré comme la division centrale des quatre qu’on compte dans cette région, toutes les divisions étaient en grande partie autonomes.

Côte-Nord et Nord-du-Québec

J’ai regroupé dans le tableau ci-contre les données des deux régions mentionnées en titre. Les cinq divisions de ces deux régions (qui comptent sept MRC) étaient parmi les plus autonomes du Québec. Malgré la présence de Baie-Comeau dans Manicouagan et de Sept-Îles dans Sept-Rivières-Canapiscau, il n’y avait pas vraiment de division centrale sans ces régions. Comme je l’ai mentionné dans le cas de Rouyn-Noranda, les mouvements à l’intérieur de ces divisions sont sûrement importants, mais non captés par ces données.

Emplois et personnes occupées

Lorsque les estimations sur l’emploi de l’Enquête sur la population active (EPA) sont diffusées, on entend souvent dire qu’il s’est ajouté tant d’emplois dans un territoire au cours du dernier mois, du dernier trimestre ou de la dernière année. Cette affirmation, en plus de ne pas tenir compte des marges d’erreur imposte de ces estimations, peut être trompeuse. En effet, les estimations de l’EPA portent sur le nombre de personnes habitant dans un territoire qui occupent au moins un emploi, peu importe où cet emploi est situé et non pas sur le nombre d’emplois qu’on trouve dans un territoire.

Le tableau ci-contre permet d’avoir une idée de l’imprécision de cette affirmation. J’y ai choisi quelques divisions centrales et de banlieue (de façon un peu arbitraire) en indiquant dans la colonne «En emploi» le nombre de personnes occupées ayant un lieu habituel de travail qui habitaient dans ces divisions (peu importe la division où elles travaillaient), et dans la colonne «Emplois» le nombre de personnes occupées qui y travaillaient (peu importe la division où elles habitaient). Les deux dernières colonnes indiquent l’écart entre les deux premières colonnes en nombre et en pourcentage.

On peut par exemple constater qu’il y avait 40 % plus de personnes qui travaillaient à Montréal (il s’agit de l’île) qu’il n’y avait de personnes occupées qui y habitaient. Et n’oublions pas que, en plus, près de 10 % des personnes occupées habitant à Montréal travaillaient ailleurs. Il y avait aussi plus d’emplois que de personnes occupées dans les divisions de Québec (18 %), Sherbrooke (8 %) et, dans une moindre mesure, Rimouski-Neigette (3 %) et Rouyn-Noranda (2 %). À l’inverse, on observe qu’il y avait moins de personnes occupées qui travaillaient à Laval (21 %) que de personnes occupées qui y habitaient. Il en était de même à Lévis (17 %), à Gatineau (12 %) et, dans une moindre mesure, dans les autres divisions présentées dans ce tableau.

En fait, ce tableau minimise la différence entre le nombre de personnes occupées qui habitent une division et le nombre d’emplois qu’on y trouve pour trois raisons. Tout d’abord, les données du fichier de Statistique Canada ne comptabilisent que les personnes occupées qui ont un lieu de travail habituel, comme mentionné au début de ce billet, ce qui exclut environ 9 % des personnes occupées. Ensuite, ces données ne comprennent pas les mouvements entre divisions de moins de 20 personnes. Finalement, elles ne tiennent pas compte du fait qu’environ 5 % des personnes occupées ont plus d’un emploi (comme je l’ai montré dans ce billet), car elles ne considèrent que l’emploi principal. Mais, malgré ces facteurs, ce tableau permet, je pense, de mieux comprendre la différence qu’il y a entre le nombre de personnes occupées dans un territoire et le nombre d’emplois qui s’y trouvent.

Et alors…

Les données sur le navettage sont importantes, ne serait-ce que pour comprendre pourquoi tant de routes et de ponts sont utilisés dans un seul sens le matin et dans l’autre le soir dans bien des régions. Elles permettent de mieux évaluer les conséquences de l’étalement urbain, même si ces données ne comprennent pas les trajets dans les mêmes directions pour d’autres motifs (scolaire, achats, loisirs, etc.). Elles ne nous disent pas non plus si les trajets à l’intérieur d’une division sont courts ou longs (ce qui explique entre autres les taux élevés d’autonomie dans les divisions les plus vastes). Idéalement, j’aurais comparé ces données avec celles des recensements antérieurs pour savoir si les taux de navettage sont en hausse ou en baisse, mais ce sera peut-être pour une autre fois!

No comments yet

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :