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Où le vote de Québec solidaire s’est-il le plus amélioré?

12 octobre 2018

Le nombre de personnes qui ont voté pour Québec solidaire a plus que doublé (hausse de 101 %) entre les élections de 2014 et 2018, passant de 323 124 à 649 488. Mais comme le taux de participation a diminué, le pourcentage de votes pour QS a connu une hausse un peu plus élevée, soit de 111 % (de 7,6 à 16,1 %). Cette hausse ne s’est bien sûr pas répartie également entre les circonscriptions et les régions. Je vais ici tenter de déterminer dans quelles circonscriptions, dans quelles régions et dans quels types de régions le vote a le plus et le moins augmenté. Je reprends ici le modèle que j’avais utilisé en 2012 et en 2014.

Dans l’ensemble

Comme les taux de participation peuvent avoir changé de façon significative entre 2014 et 2018 dans chaque circonscription, je trouve préférable de comparer les taux de vote pour QS plutôt que les changements en nombre de votes. Comme la carte de certaines circonscriptions a été modifiée et que deux d’entre elles n’existaient pas en 2014, je ne vais pouvoir comparer que 123 des 125 circonscriptions. En fait, le pourcentage de vote pour QS a augmenté dans les 123 circonscriptions dont les résultats sont comparables. On peut même affirmer qu’il a augmenté dans les 125 circonscriptions, car les taux obtenus dans les deux nouvelles circonscriptions (14,0 % dans Prévost et 13,9 % dans Les Plaines) sont supérieurs à ceux obtenus dans les circonscriptions de leur région en 2014.

Les 10 circonscriptions où le vote pour QS a le plus augmenté en points de pourcentage sont :

  • Taschereau, avec une hausse de 27,2 points de pourcentage;
  • Jean-Lesage, 23,1 points;
  • Sherbrooke, 21,3 points;
  • Rouyn-Noranda-Témiscamingue, 20,5 points;
  • Laurier-Dorion, 19,6 points;
  • Hochelaga-Maisonneuve, 19,5 points;
  • Sainte-Marie-Saint-Jacques. 18,7 points
  • Rosemont, 16,6 points
  • Saint-François, 14,6 points;
  • Verdun, 14,3 points.

En fait, la hausse fut supérieure à 10 points de pourcentage dans 29 circonscriptions. Il est remarquable de constater que les quatre circonscriptions où la hausse fut la plus forte sont à l’extérieur de Montréal et que, dans les six premières, cette hausse a permis l’élection de nouveaux et nouvelles député.es (ce qui est aussi le cas de celle qui a eu la huitième hausse la plus importante). Par région administrative, ces gains se sont concrétisés à Montréal dans cinq cas, à Québec (2), en Estrie (2) et en Abitibi-Témiscamingue (1). Le meilleur résultat fut observé dans Gouin (59,1 %) et le moins bon dans Robert-Baldwin (4,3 %, ce qui est quand même plus du double du 1,9 % de 2014).

Par grandes régions

Comme les sondages donnent toujours des résultats par grandes régions, j’ai cru bon de regarder aussi la progression du vote de cette façon. Notons qu’un certain nombre de circonscriptions chevauchent ces régions, mais j’ai fait de mon mieux pour les attribuer à la région où le plus grand nombre de personnes habitent.

Compte tenu de la provenance des deux circonscriptions où le vote a le plus augmenté, on ne sera pas étonné de constater que ce soit dans la région métropolitaine de recensement de Québec (RMR-Québec) que la hausse la plus importante du vote à QS s’est observée entre les élections de 2014 et de 2018, soit une hausse de 10,3 points. Cela dit, reflet de l’amélioration du vote dans les 125 circonscriptions, cette hausse fut à peine moins élevée dans la région métropolitaine de recensement de Montréal (RMR-Montréal) avec 8,5 points et dans le reste du Québec avec 8,2 points de pourcentage. En fait, ces deux hausses sont très près de la moyenne de 8,5 points, et la plus élevée moins de deux points au-dessus de cette moyenne. En pourcentage, la hausse fut d’assez loin la plus élevée dans la RMR de Québec (163 %), fut aussi plus élevée que la moyenne (111 %) dans le reste du Québec (128 %) et fut la plus basse dans la RMR de Montréal, avec tout de même une hausse de 94 %. Notons que même si la hausse en pourcentage fut la moins élevée dans la région de Montréal, cette région demeure celle qui obtient l’appui le plus fort (17,6 %), mais est maintenant talonnée par la région de Québec (16,6 %) et le reste du Québec n’est pas vraiment en reste avec ses 14,5 %, taux qui est près du double (plus élevé de 86 %) de la moyenne nationale de 2014 (7,6 %).

Par type de circonscription

J’ai voulu aussi examiner la progression par type de circonscription, urbaines, de banlieues (de Montréal et Québec) et autres. Pour favoriser des résultats vraiment représentatifs pour les circonscriptions urbaines et de banlieues, j’ai compilé les circonscriptions mixtes (à la fois urbaines, de banlieue et autres) avec les circonscriptions du reste du Québec et celles des extrémités de l’île de Montréal avec les banlieues. En fait, hors de Montréal et de Québec, je n’ai pu retenir dans les «villes» que neuf circonscriptions, soit Chapleau, Chicoutimi, Granby, Hull, Joliette, Jonquière, Saint-Jean, Sherbrooke et Trois-Rivières.

Alors qu’entre 2012 et 2014, les hausses les plus importantes se sont produites dans les circonscriptions hors des villes et dans celles des banlieues, entre 2014 et 2018 c’est dans les villes que la hausse en points de pourcentage fut la plus élevée (10,7 points) et dans les banlieues qu’elle fut la plus basse (7,2 points), alors qu’elle fut près de la moyenne (8,5 points) dans les autres circonscriptions (8,0 points). C’est toutefois ces deux types de circonscriptions qui ont connu les hausses les plus élevées en pourcentage, soit 128 % chacune, alors que cette hausse fut toute de même de 92 % dans les villes, elles qui partaient avec un niveau plus de deux fois plus élevé que dans les banlieues et environ 85 % plus élevé que dans les autres circonscriptions. La plus grande popularité de QS dans les villes, avec 22,2 % du vote, par rapport à 12,9 % dans les banlieues (ce qui est quand même plus élevé que le pourcentage du vote dans les villes en 2014, soit 11,5 %) et à 14,2 % dans les autres circonscriptions, résultat pas étonnant quand on sait que les 10 député.es de QS l’ont emporté dans de telles circonscriptions, est certainement le constat le plus flagrant de cette analyse des résultats. Cela dit, l’écart en pourcentage entre ces circonscriptions et celles des banlieues et les autres circonscriptions s’est réduit de façon notable, passant de 104 à 72 % entre les villes et les banlieues et de 85 à 56 % entre les villes et le reste du Québec.

Dans les villes

Finalement, comme c’est clairement dans les milieux urbains que QS est le plus populaire en termes de pourcentage du vote, je me suis dit qu’il serait intéressant de regarder de plus près la situation dans ces milieux. J’ai donc regroupé les villes en fonction des trois grandes régions.

On voit ici aussi que la hausse des appuis de QS s’est davantage concentrée à Québec, tant en points de pourcentage (13,3) qu’en pourcentage (164 %), ce qui explique l’élection de deux député.es dans les circonscriptions de cette ville (Taschereau et Jean-Lesage). Montréal arrive au deuxième rang en points de pourcentage (10,9), mais au dernier rang en pourcentage (79 %), en raison de son niveau de départ environ 70 % plus élevé qu’à Québec et 80 % plus élevé que dans le reste du Québec. Cette hausse tout de même importante a permis de doubler la députation de QS dans cette ville (de 3 à 6) et de s’approcher du pouvoir dans quelques-unes (par exemple, à un peu plus de 500 voix dans Maurice-Richard et à un tout petit peu plus de 1000 voix dans Bourget, malgré son troisième rang). Dans le reste du Québec, la hausse en points de pourcentage fut la plus basse (mais de tout de même 8,7 points) mais fut supérieure à la moyenne (92 %) en pourcentage (112 %), ce qui a permis l’élection d’une députée dans Sherbrooke. Notons que j’ai compilé les résultats de Rouyn-Noranda-Témiscamingue, où QS a fait élire sa candidate, dans le reste du Québec (et non dans les villes), cette circonscription immense étant mixte (j’ai même remarqué qu’une partie de la ville Rouyn-Noranda fait partie de la circonscription d’Abitibi-Est, à la suite de la fusion de 13 municipalités en 2002 – en plus de celle entre Rouyn et Noranda en 1986 – pour former cette ville très étendue).

On se rappellera peut-être que le pourcentage du vote pour QS dans Montréal a quasiment stagné entre 2012 et 2014 (hausse de seulement 3 %) et que, comme cet appui avait même diminué dans les circonscriptions qui comptaient des fortes proportions d’anglophones et d’allophones, j’avais émis l’hypothèse que cette stagnation était en grande partie due à l’intention du PQ d’adopter la charte des supposées valeurs québécoises, ce qui avait favorisé le vote stratégique pour le PLQ (QS avait probablement perdu dans Laurier-Dorion pour cette raison). Comme cet enjeu était absent cette année, le vote pour QS dans Montréal a repris de la vigueur et celui pour le PLQ a diminué de façon importante.

Et alors…

Lorsque j’ai fait cet exercice en 2012, les gains de QS étaient fortement concentrés dans la RMR de Montréal et encore plus dans l’Île de Montréal. En 2014, c’est le reste du Québec, surtout ses villes (dont Rimouski, qui avait connu la plus forte hausse des 125 circonscriptions), qui s’était démarqué. En 2018, comme le vote a augmenté dans les 125 circonscriptions et que les hausses ont été substantielles dans les neuf regroupements que j’ai analysés ici, on peut dire que c’est l’ensemble du Québec qui fut le grand gagnant!

La plus grande répartition du vote de QS que par le passé a peut-être ralenti un peu la progression du nombre de député.es, quoiqu’avec l’élection de sept nouveaux et nouvelles député.es, il est difficile de se plaindre, mais, comme je le mentionnais dans les deux précédents billets, les gains dans l’ensemble des régions du Québec sont plus prometteurs à moyen et long termes qu’un ajout à court terme d’un.e ou deux député.es grâce à une plus grande concentration du vote. Souhaitons que l’adoption du scrutin proportionnel mette fin à ce (faux?) dilemme lors des prochaines élections! Chose certaine, les idées de QS font maintenant partie du débat public dans toutes les régions du Québec, même si c’est encore dans l’île de Montréal qu’elles trouvent encore le plus fort appui.

Bien des facteurs peuvent expliquer cette croissance généralisée dans toutes les régions du Québec. Il y en a selon moi bien trop pour les analyser rapidement ici. Je laisse donc ce débat ouvert. Réjouissons-nous et retroussons-nous les manches pour que cette tendance se poursuive et gagne même en ampleur en 2022!

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5 commentaires leave one →
  1. Benton Fraser permalink
    12 octobre 2018 13 h 04 min

    C’est assez spéciale d’avoir l’impression de gagner l’élection… et la perdant!

    Ce qui m’a fasciné dans ma région éloignée, c’est de voir les jeunes embarqués dans le mouvement… et ils représentent un avenir radieux pour Québec Solidaire, (et la planète, les jeunes ont l’environnement a coeur plus que n’importe qui, et c’est tant mieux) beaucoup plus qu’un croulant comme moi!

    Aimé par 1 personne

  2. 12 octobre 2018 13 h 32 min

    Bravo pour les précautions méthodologiques.

    Vous me répondez clairement et en détails à la question en titre si augmenté est synonyme d’amélioré.

    Les facteurs ? rapidement et d’entrée de jeu : le collectif Option nationale et Facebook; Amir Khadir et Françoise David; GND et Manon Massé; Jean-François Lisée, Philippe Couillard et François Legault; une course serrée à 3 ou 4 et un dernier facteur mais pas le dernier, l’alternance en démocratie comme solution bidon à l’insatisfaction.

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  3. 12 octobre 2018 17 h 20 min

    J’ajouterais la canicule de cet été (qui a permis de montrer la pertinence des propositions environnementales de QS), la stratégie de communication (comme la place prise par la proposition d’assurance dentaire) et la présentation claire du cadre financier par Simon Tremblay-Pepin. Et bien d’autres!

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  4. Yves permalink
    12 octobre 2018 19 h 19 min

    Prévision no : 43267. Si la tendance se maintient je prévois que dans huit ans QS prend le pouvoir. 🙂

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  5. 13 octobre 2018 12 h 03 min

    @ Benton

    De mon côté, j’ai l’impression d’avoir gagné l’élection en la perdant parce que le PLQ n’est plus là; le PQ ne pouvait pas le remercier aussi bien que la CAQ. La CAQ n’est pas vraiment la même chose que le PLQ mais plus proche. On verra ce que fera ou pas Alexandre Taillefer du PLQ et du fait, ce que deviendra la CAQ. L’alternance se trouve à ce niveau depuis 2007.

    J’ai vu à ma page Facebook un rectangulaire qui expose qu’un ascendant de la CAQ, l’ADQ, en 2007, était devenue l’opposition officielle avec 1,2 million de votes; environ 18 mois plus tard, avec 531 mille, elle avait perdu ce titre et n’était même plus deuxième groupe d’opposition. En 2012, retour à près de 1,2 million; baisse à 975 mille en 2014 et bond à 1,5 million en 2018. J’ai retenu que la CAQ se proposait de retourner l’argent amassée par le PLQ dans les poches des électeur&es.

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