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Les NEET de 25 à 29 ans et les services de garde

19 octobre 2018

Statistique Canada a publié la semaine dernière (le 10 octobre) un feuillet d’information qui a été à ma connaissance totalement ignoré par les médias, francophones et anglophones. Intitulé La transition des études au travail : indicateur NEET (ni en emploi, ni aux études, ni en formation) pour les jeunes femmes et les jeunes hommes âgés de 25 à 29 ans au Canada, ce feuillet contient pourtant quelques éléments intéressants.

Introduction

L’auteure (Sylvie Brunet) précise tout d’abord que l’indicateur NEET (Not in Education, Employment, or Training ou en français pas aux études, ni en emploi, ni en formation) «a été régulièrement publié par l’OCDE depuis la fin des années 1990, car les jeunes NEET sont considérés comme étant potentiellement à risque de connaître des difficultés sociales et économiques». Elle se concentrera dans ce feuillet sur l’évolution de cet indicateur chez les jeunes âgés de 25 à 29 ans, un premier feuillet portant sur les NEET âgé.es de 15 à 19 ans ayant été publié en février dernier, et un troisième portant sur les NEET âgé.es de 20 à 24 ans devant paraître d’ici quelques mois.

Les NEET sont formés de personnes sans emploi de deux types : les personnes en chômage, qui cherchent un emploi, et les inactives qui ne sont pas aux études et ne cherchent pas d’emploi. De septembre 2017 à avril 2018, pour correspondre aux mois d’études, «73 % des jeunes Canadiens âgés de 25 à 29 ans n’étaient plus à l’école et occupaient un emploi, tandis que seulement 12 % étaient toujours aux études. Les 15 % restants, représentant 376 000 Canadiens, étaient des jeunes NEET». L’image qui accompagne ce billet montre que ce taux varie de 12 % au Québec, de loin le plus bas, à 25 % à Terre-Neuve-Labrador, et à 43 % au Nunavut (ce taux étant présenté avec nuance, en raison de la faiblesse des échantillons de l’Enquête sur la population active dans les territoires). Notons que le taux de NEET au Québec chez les jeunes âgé.es de 15 à 19 ans était en 2016 au contraire plus élevé que la moyenne canadienne (7,3 % par rapport à 6,3 %). On comprendra plus loin pourquoi il est au contraire plus faible que la moyenne canadienne chez les 25-29 ans.

L’auteure souligne que peu de jeunes au Canada demeurent NEET pour une longue période (une étude antérieure a montré que seulement 2 % des 13 % de NEET âgé.es de 15 à 29 ans en 2009 l’ont été de 2007 à 2009). Elle précise que le taux de NEET des jeunes âgé.es de 25 à 29 ans est en général entre deux et trois fois plus élevé que celui des jeunes âgé.es de 15 à 19 ans, car ces dernier.ères sont proportionnellement beaucoup plus nombreux.euses aux études, mais seulement un peu plus élevé que celui des jeunes âgé.es de 20 à 24 ans. Elle fait finalement remarquer qu’il était en 2018 à son plus bas niveau (15 %) depuis 1998 (alors à 19 %, son sommet), à égalité avec son niveau de 2007 et 2008, avant la dernière récession.

Selon le type et le sexe

Le graphique qui suit présente les taux de NEET de septembre 2017 à avril 2018 par province, chez les hommes et les femmes, et selon le type, soit le chômage et l’inactivité chez les non-étudiant.es.

Au Québec et au Canada, le taux de NEET dû au chômage est légèrement plus faible chez les femmes (barres roses) que chez les hommes (barres bleu pâle), soit 4 % par rapport à 6 % pour le Canada et 4 % par rapport à 5 % pour le Québec, et celui dû à l’inactivité est beaucoup plus élevé chez les femmes (barres rouges) que chez les hommes (barres bleu foncé), soit 12 % par rapport à 7 % pour le Canada et 9 % par rapport à 6 % pour le Québec. Si le niveau des taux de NEET entre le Canada et le Québec est semblable pour ceux dus au chômage (tant chez les hommes que chez les femmes) et pour ceux dus à l’inactivité des hommes (au plus 1 point de pourcentage de différence), il est beaucoup plus faible au Québec que dans l’ensemble du Canada pour ceux dus à l’inactivité des femmes, soit de trois points de pourcentage avec 9 % par rapport à 12 %. L’auteure mentionne par ailleurs que les femmes NEET inactives sont proportionnellement plus nombreuses à ne pas vouloir d’emploi (81 %) que les hommes (56 %). Notons que les crochets au haut des barres de ce graphique et des suivants représente la marge d’erreur à 95 %.

Pour mieux connaître les raisons qui pourraient expliquer que le taux de NEET dû à l’inactivité est plus élevé chez les femmes, l’auteure présente un graphique qui illustre les différences entre ce taux chez les femmes avec et sans enfants de chaque province.

Si le taux de NEET inactives est relativement faible et semblable au Québec (6 %) et au Canada (7 %), et de même niveau que pour les hommes (mêmes taux, soit 6 et 7 %) chez les femmes sans enfants (barres roses), il est beaucoup plus faible au Québec (17 %) qu’au Canada (28 %) et que dans toutes les autres provinces (variant de 24 à 33 %) chez les femmes avec enfants (barres rouges). En fait, comme le taux du Québec fait baisser le taux canadien, l’écart de 11 points minimise cette différence qui atteindrait 14 points si on comparait le taux québécois à celui du reste du Canada (17 % par rapport à 31 %, en supposant que les mères québécoises représentent 23 % des mères canadiennes de cette tranche d’âge). En fait, cet écart explique presque à lui seul le fait que le taux NEET global des jeunes âgé.es de 25 à 29 ans soit plus faible au Québec que dans le reste du Canada.

Comme le dit l’auteure, «Il y aurait un lien entre la forte proportion des femmes NEET inactives entre 25 à 29 ans et la maternité (…). Les politiques familiales avantageuses du Québec [frais de garde d’enfants de loin les plus faibles au Québec et Régime québécois d’assurance parentale] ont possiblement un lien avec le fait que l’on observe le plus petit écart entre ces deux groupes de femmes dans cette province. En effet, des frais de garde abordables et une implication accrue des pères envers leurs enfants sont susceptibles d’encourager les jeunes mères à intégrer le marché du travail» ou à y demeurer (l’auteure précise que les femmes en congé de maternité sont considérées en emploi). J’ai consacré de nombreux billets sur les effets positifs des services de garde à contribution réduite sur la présence des femmes sur le marché du travail (voir celui-ci, par exemple), mais je n’ai jamais pensé à utiliser cette statistique sur les NEET pour ajouter un argument à ceux déjà très convaincants qui appuient cette observation.

Selon la scolarité

Le graphique qui suit compare les taux NEET selon le plus haut niveau de scolarité atteint, chez les hommes et les femmes, et selon le type, soit le chômage et l’inactivité.

Si le taux NEET dû au chômage diminue légèrement avec le niveau de scolarité atteint aussi bien pour les femmes (barres roses) et que pour les hommes (barres bleu pâle), le taux NEET dû à l’inactivité chute littéralement passant de 26 % pour les hommes (barres bleu foncé) ayant moins qu’un diplôme d’études secondaires (DES) à 3 % pour ceux ayant une maîtrise ou un doctorat, et de 49 % à 6 % pour les femmes (barres rouges) des mêmes niveaux de scolarité atteints. Sans surprise, ce phénomène s’observe dans toutes les provinces avec des ampleurs un peu différentes. Au Québec, les taux NEET globaux sont plus faibles que la moyenne canadienne chez les diplômé.es universitaires (5 % par rapport à 9 %).

Qui se ressemble s’assemble

Le graphique suivant présente l’activité des répondant.es selon celle de leur conjoint.e.

Ce graphique nous montre que :

  • les répondant.es qui sont aux études ont plus souvent un.e conjoint.e qui est aux études (20 %, barres rouges) que les répondant.es qui ont un conjoint.e qui est en emploi (8 %) ou qui est NEET (8 %);
  • les répondant.es qui sont en emploi (ou «pas aux études, actifs occupés» dans le graphique) ont plus souvent un.e conjoint.e qui est en emploi (82 %, barres bleues) que les répondant.es qui ont un conjoint.e qui est aux études (73 %) ou qui est NEET (74 %);
  • les répondant.es qui sont NEET ont plus souvent un.e conjoint.e qui est NEET (18 %, barres vertes) que les répondant.es qui ont un conjoint.e qui est aux études (7 %) ou qui est en emploi (9 %).

L’auteure conclut que «même si la majorité de leurs conjoints sont des actifs occupés, les jeunes NEET sont plus susceptibles que les jeunes en emploi qui ont terminé leurs études ou encore que les étudiants d’avoir un conjoint également dans la catégorie NEET». Cette forme d’homogamie a pour effet de fragiliser encore plus les conditions de vie de ces ménages. Finalement, elle souligne que, pour compléter cette étude, il serait bon de consacrer de futures recherches à l’analyse des raisons derrière l’inactivité des NEET. Il serait par exemple intéressant de savoir quelle est la proportion des NEET qui sont inactif.ives volontairement et involontairement, de mieux comprendre et évaluer le rôle des politiques familiales sur le taux de NEET dû à l’inactivité des femmes avec enfants, et d’estimer l’impact sur le taux de NEET des «mesures incitatives encourageant les jeunes à décrocher leur diplôme d’études secondaires et à poursuivre des études postsecondaires».

Et alors…

En commençant à lire ce feuillet, je ne pensais pas lui consacrer un billet, vu que j’avais déjà présenté l’indicateur NEET dans de précédents textes (dont un sur le blogue de l’IRIS en 2012 et un autre ici en 2013). Par contre, quand j’ai constaté qu’aucun média n’en avait parlé et surtout que ce feuillet contenait une autre donnée convergente sur le rôle des services de garde à contribution réduite sur la situation des femmes sur le marché du travail, je n’ai pas pu résister! En plus, en se concentrant sur les jeunes âgé.es de 25 à 29 ans, l’analyse de ce feuillet permet d’examiner la dynamique des NEET d’un angle plus axé sur l’emploi que sur les études, alors que ce n’est pas le cas quand on analyse cette question chez les jeunes âgé.es de 20 à 24 ans et surtout de 15 à 19 ans, ou même chez l’ensemble des jeunes âgé.es de 15 à 29 ans. Bref, j’ai eu une bonne surprise en le lisant et j’ai trouvé pertinent de la partager!

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