Aller au contenu principal

Délinquance et innovation

22 octobre 2018

Avec leur livre Délinquance et innovation, David Décary-Hétu et Maxime Bérubé (et 25 autres auteur.es) «brossent un portrait fouillé du tandem «délinquant-acteur de la sécurité», ici décortiqué dans toute sa complexité, sa richesse et ses contradictions. Ils montrent les usages des nouvelles technologies que ce tandem fait dans des domaines aussi divers que la déviance sexuelle, le terrorisme, la fraude bancaire, le trafic de stupéfiants ou encore l’invasion de domicile».

Introduction : Les auteurs expliquent la relation qu’ils veulent étudier entre le concept d’innovation et celui de délinquance, insistant notamment sur le fait que la délinquance découle souvent du désir d’atteindre le statut social que les délinquants visent ou convoitent.

Première partie – Innovations délinquantes et nouvelles formes de criminalité

1. Le BitCluster: un outil d’analyse du bitcoin : Dans ce chapitre, David Décary-Hétu et Mathieu Lavoie expliquent les avantages que procurent l’utilisation des cryptomonnaies et les façons dont des fraudeurs peuvent en tirer profit, et présentent un outil qui permet «de mieux comprendre les comportements illicites des utilisateurs de bitcoin, le BitCluster».

2. Le trafic de stupéfiants: marché traditionnel canadien versus darknet : Dans ce chapitre, Caroline Mireault, Vincent Ouellette, David Décary-Hétu, Frank Crispino, Pierre Esseiva et Julian Broséus évaluent «si le marché des drogues illicites sur le darknet est comparable au marché conventionnel, selon une perspective canadienne». Ils seraient en fait complémentaires.

3. Le piratage informatique, nouveau répertoire d’action des mouvements contestataires violents? : Benjamin Ducol, Maxime Bérubé et Benoit Dupont entendent «proposer une lecture croisée [des études sur le terrorisme et de celles sur le phénomène de piratage informatique] qui vise à explorer en quoi le piratage informatique peut aujourd’hui être considéré comme un «répertoire d’actions» de plus en plus mobilisé par les acteurs de mouvements contestataires violents ou terroristes, et les conséquences qui peuvent en découler».

Deuxième partie – Stratégies innovatrices en régulation

4. Enquêtes sur les pourriels avec le forage de données : Francis Fortin, Mourad Debbabi, Son Dinh et Taher Azab proposent une définition des pourriels, puis comptent montrer qu’ils «représentent une mine de renseignements susceptibles de révéler le modus operandi des cybercriminels, mais aussi des indices sur leur identité». Vrai, mais ce n’est pas facile d’en arriver là.

5. La détection des fraudes aux caisses: à la recherche d’une innovation technologique rentable : Simon Talbot et Rémi Boivin estiment que les pertes de marchandises dans le commerce de détail font perdre des dizaines de milliards $ par année aux États-Unis, ce qui entraînerait une hausse des prix de 10 à 15 % (j’aurais aimé que les auteurs citent leurs sources sur ces estimations et en fournissent pour le Canada ou même pour le Québec). Si une partie de ces pertes provient d’erreurs administratives et de fraudes des fournisseurs, les trois quarts d’entre elles seraient dues à des vols de client.es et d’employé.es, réparties à peu près également. Cet article porte sur les vols des employé.es effectués aux caisses. Après avoir rapidement présenté les principaux motifs expliquant ces vols, les auteurs se penchent sur les méthodes utilisées lors des vols aux caisses et sur les façons de les éviter.

6. La gouvernance nodale de la prévention de l’extrémisme violent au Canada : Maxime Bérubé présente ici «un état des lieux sur les innovations récentes en matière de prévention [et de répression] de la radicalisation menant à la violence au Canada». Il décrit ces innovations, souligne leurs lacunes et propose des modifications qui pourraient corriger ces lacunes.

7. L’évolution des stratagèmes de manipulation de titres sur les marchés de microcapitalisations : Marie Badrudin et Xavier Saint-Pierre visent dans ce chapitre «à présenter d’une part les formes particulières d’innovations observées dans les stratagèmes «Pump and Dump» et, d’autre part, les efforts déployés par les autorités financières pour contrer cette délinquance et s’y adapter». Avant de ce faire, les auteur.es expliquent rapidement les différentes formes de manipulation de marchés, puis décrivent le stratagème du Pump and Dump (faire gonfler le prix d’une action de pacotille par de fausses informations et vendre ces actions à leur sommet avant que leur valeur ne s’effondre).

8. Science forensique et innovations criminelles: opportunité méthodologique ou jeu du chat et de la souris? : Simon Baechler considère qu’il faut «introduire les concepts de traçabilité et de contre-traçabilité afin d’étudier les fondamentaux, les enjeux et les perspectives du jeu qui devrait s’installer entre innovation criminelle et innovation forensique».

Troisième partie – Approches théoriques et méthodologiques innovatrices pour étudier la délinquance

9. L’application du profilage criminel à l’invasion de domicile : Julie Prince Dagenais définit tout d’abord le profilage criminel comme «une pratique qui vise à élaborer des profils psychologiques et géographiques». Elle n’a toutefois trouvé aucune application de cette technique sur l’invasion de domicile. Elle propose dans ce chapitre une «approche innovante s’appuyant sur de nouvelles méthodes statistiques» qui pourrait «ouvrir des perspectives nouvelles pour l’étude de ce type de crime».

10. Les explications situationnelles du phénomène criminel : «L’un des principaux obstacles à l’avancement des connaissances sur les causes du crime est l’absence de théories adéquates pour expliquer le rôle de l’environnement et son interaction avec les caractéristiques des personnes, ainsi qu’une méthodologie satisfaisante pour évaluer ces différents aspects». Pourtant, les théories actuelles ne parviennent à expliquer que de 10 à 20 % des crimes. Face à ce faible taux de succès, Kyle Treiber et Geneviève Parent proposent l’adoption d’une approche situationnelle. «Les approches de cette nature se concentrent sur l’explication du passage à l’acte criminel en portant une attention particulière à la manière dont les interactions entre les personnes et les environnements favorisent celui-ci».

11. L’évaluation multimodale en réalité virtuelle des préférences sexuelles déviantes d’agresseurs d’enfants : Le facteur le plus fortement lié à la récidive chez les agresseurs sexuels est «la présence de préférences sexuelles déviantes (…), par exemple un attrait pour les mineurs». Sarah Michelle Neveu, Annie Bordeleau, Shawn Marshall-Lévesque et Patrice Renaud estiment qu’il «est possible de mettre à profit les progrès technologiques des dernières décennies pour améliorer les techniques d’évaluation des préférences sexuelles déviantes pour bonifier ainsi l’évaluation du risque de récidive chez les agresseurs sexuels».

12. Le crime-terror nexus: apories et limites d’une innovation conceptuelle : Le crime-terror nexus est un concept qui repose sur l’hypothèse que, à la fin de la guerre froide, au début des années 2000, «un rapprochement s’est opéré entre les groupes terroristes et les groupes criminels». Adib Bencherif souligne dans ce texte que «de nombreux auteurs affichent un scepticisme vis-à-vis la valeur analytique de ce concept qui efface, derrière la complémentarité opérationnelle de ces deux types de groupe, la complexité des relations existant entre ces mêmes groupes, les autres acteurs et leur environnement».

Conclusion : David Décary-Hétu et Maxime Bérubé reviennent sur les principaux constats de chacun des chapitres du livre et concluent sur l’importance de tenir compte des innovations en criminologie.

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Si vous vous intéressez à la criminologie, ce livre est à lire, sinon, laissez faire! C’est la première fois, de mémoire, que je lis un livre sur cette discipline, et cela m’a parfois intéressé, parfois déplu, parfois mis mal à l’aise (surtout sur les parties touchant davantage la répression que la prévention). Ce livre est en plus très technique, exigeant un certain niveau de connaissance dans ce domaine, connaissance que je n’ai pas. Bref, je ne m’attendais pas vraiment à cela, le court texte consacré à ce livre dans Le Devoir (voir le deuxième livre présenté dans cet article) m’ayant plutôt alléché (il ne parlait que de petite criminalité, alors que ce livre ratisse bien plus large). Au moins, les notes sont en bas de pages.

Publicités
No comments yet

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :