Aller au contenu principal

L’évolution de la classe moyenne au Québec

25 octobre 2018

Dans un texte récent paru dans La Presse +, Pierre Sormany, journaliste spécialisé en science et en économie, dénonçait ce qu’il considère être Le mythe tenace de l’appauvrissement de la classe moyenne. Un des grands problèmes avec cette question est qu’il n’existe pas de définition de ce qu’est la classe moyenne. Il faut donc choisir une mesure arbitraire. Par exemple, le Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (CRÉDOC), un organisme français de recherche interdisciplinaire, considère que la classe moyenne est formée des ménages qui gagnent entre 75 % et 150 % du revenu médian, critère aussi utilisé par d’autres auteurs, dont Simon Langlois (voir ce texte) et la Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques de l’Université de Sherbrooke (voir entre autres cette étude). Notons que les études des États-Unis que j’ai consultées utilisent comme critère entre les deux tiers et le double du revenu médian, comme celle-ci.

Dans son texte, M. Sormany n’utilise qu’un indicateur pour estimer l’enrichissement de la classe moyenne, soit la valeur nette des actifs des ménages québécois (moyenne, médiane et par quintiles). Or, cet indicateur en est un de richesse, pas de revenu. Il s’agit d’un stock, pas d’un flux. Cela dit, mon but ici n’est pas de répondre à cette lettre, entre autres parce que Julia Posca, chercheure à l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS) l’a déjà fait et bien fait dans cet autre texte publié par La Presse +.

Mon intention ici n’est en effet pas de chercher à savoir si la classe moyenne s’est enrichie ou appauvrie, mais est plutôt d’examiner l’évolution de la part de la population qui en fait partie, selon le critère présenté plus tôt, soit celle qui gagne entre 75 et 150 % du revenu médian. J’ai déjà fait cet exercice il y a quelques années pour l’Institut du Nouveau Monde (INM, voir ici), mais je me suis aperçu par la suite que je n’avais pas tenu compte de l’évolution du nombre moyen de personnes par ménage. Or, ce nombre a diminué de près de 30 % entre 1976 (3,2) et 2016 (2,3). Je vais donc reprendre cet exercice, mais en utilisant des données qui tiennent compte de cette évolution, soit le revenu ajusté. Le revenu ajusté s’obtient en divisant le revenu total de tou.tes les membres d’un ménage par la racine carrée de la taille du ménage. Par exemple, le revenu ajusté d’un ménage de quatre personnes qui a un revenu total de 100 000 $ sera de 50 000 $ (100 000 $ / racine carrée de 4, soit 2, = 50 000 $) et ce revenu sera accordé aux quatre personnes du ménage.

Je ferai cet exercice pour le revenu de marché, soit la «somme du revenu d’emploi (travail salarié ou montant net de travail autonome), du revenu de placements, du revenu de retraite (régime privé de pension) et des éléments compris dans autre revenu», le revenu total, soit le «revenu de toute provenance, y compris les transferts gouvernementaux, avant déduction des impôts fédéral et provincial» et le revenu après impôt, soit le «revenu total moins l’impôt sur le revenu». Pour ce, j’utiliserai les données du tableau 11-10-0193-01 tiré de l’Enquête canadienne sur le revenu (ECR) de Statistique Canada. Comme les données sur les revenus de ce tableau sont fournies en fonction des seuils des 10 déciles de revenus (en fait sur celui des neuf premiers), je devrai supposer que les revenus évoluent linéairement à l’intérieur de ces déciles, ce qui est fort plausible pour les déciles près du milieu de la distribution, comme ceux que j’utiliserai. Notons que les seuils des déciles de revenus sont obtenus en mettant les revenus en ordre croissant et en divisant la population en dix groupes égaux, puis en retenant le revenu de la personne qui gagne le plus dans chacun des neuf premiers déciles.

Selon le revenu de marché

Le graphique qui suit illustre l’évolution de la classe moyenne telle que définie plus tôt (part de la population qui gagne entre 75 et 150 % du revenu médian) pour le Québec (ligne bleue) et l’ensemble du Canada (ligne rouge), ainsi que la part de la population du Québec qui gagne moins que 75 % du revenu médian (ligne jaune) et celle qui gagne plus que 150 %, en fonction du revenu total (ligne verte), selon le revenu de marché.

Ce graphique montre que :

  • la part de la population qui fait partie de la classe moyenne selon le revenu de marché a diminué fortement entre la fin des années 1970 et le début des années 1990, tant au Québec (d’un peu plus de 9 points de pourcentage) que dans l’ensemble du Canada (d’un peu moins de 9 points) et elle est demeurée assez stable par la suite, avec toutefois une légère hausse au Québec depuis 2008 environ;
  • cette part fut en général un peu plus élevée dans l’ensemble du Canada qu’au Québec, sauf vers la fin de la période où elle fut du même niveau en raison de la légère hausse au Québec (mais pas dans l’ensemble du Canada) mentionnée plus tôt;
  • cette évolution correspond très bien avec celle des inégalités telles que mesurées par le coefficient de Gini, le coefficient de corrélation entre la part de la population faisant partie de la classe moyenne et le coefficient de Gini entre 1976 et 2016 atteignant -0,97 pour le Québec et -0,98 pour l’ensemble du Canada (voir le premier graphique de ce billet), ce qui montre clairement que ces deux données évoluent presque parfaitement en sens opposé (quand les inégalités augmentent, la part de la population qui fait partie de la classe moyenne diminue et vice-versa);
  • les données pour le Québec sont moins stables que celles pour l’ensemble du Canada, probablement parce que l’échantillon des données pour l’ensemble du Canada est plus grand que celui pour le Québec et que sa marge d’erreur est donc plus faible;
  • la baisse de la part de la population qui fait partie de la classe moyenne au Québec entre 1978 et 1993 (9,3 points) a entraîné une hausse presque égale de la part de la population qui gagne moins de 75 % du revenu médian (4,5 points) et de celle qui gagne plus de 150 % (4,8 points);
  • la légère hausse de la part de la population qui fait partie de la classe moyenne au Québec vers la fin de la période (environ 1,5 point, en comparant les parts moyennes de 1993 à 1997 à celles de 2012 à 2016) a entraîné une baisse un peu plus élevée de la part de la population qui gagne moins de 75 % du revenu médian (0,9 point) que de la part qui gagne plus de 150 % (0,6 point);
  • la proportion de la population du Québec gagnant moins de 75 % du revenu médian est plus élevée d’environ 10 points de pourcentage (en moyenne de 9,4 points) que celle gagnant plus de 150 %; différents facteurs peuvent expliquer cet écart (qui est de la même ampleur selon le revenu total et le revenu après impôts, on le verra), mais la plus importante est sûrement le fait que la barre de 75 % est plus près de 100 % que la barre de 150 %, tant en points de pourcentage qu’en proportion.

Notons finalement que cet exercice avec le revenu de marché vise surtout à étudier l’impact des transferts et des impôts que nous verrons dans les prochains graphiques, car on estime normalement la part de la population qui fait partie de la classe moyenne à l’aide du revenu après impôt.

Selon le revenu total

Le graphique qui suit est conçu comme le précédent, mais, selon le revenu total.

La différence entre ce graphique et le précédent est dû à l’ajout des transferts au revenu de marché. Cela a pour effet de faire augmenter la part de la population qui fait partie de la classe moyenne (qui gagne entre 75 % et 150 % du revenu total médian). Cette hausse est en moyenne de 8,9 points de pourcentage pour le Québec et de 7,0 points pour l’ensemble du Canada, ce qui montre que les transferts ont un plus grand impact au Québec que dans l’ensemble du Canada. Pour le Québec, cet impact passe de 4,9 points en début de période (1976) à 11,0 points en 1993, alors que les programmes sociaux étaient devenus plus généreux, mais aussi en raison de la récession du début des années 1990. Leur impact diminue quelque peu par la suite, atteignant un plancher de 8,2 points en 2004, probablement en raison de la baisse du chômage et du resserrement des critères de l’assurance-emploi et de l’aide sociale, puis a augmenté plus récemment cette fois en raison de la hausse de l’importance des programmes à l’intention des personnes âgées (Régime des rentes du Québec, sécurité de la vieillesse et supplément du revenu garanti) due au vieillissement de la population. D’ailleurs, cet impact correspond bien à celui des transferts sur le coefficient de Gini, comme on peut le voir sur ce graphique tiré du même billet que j’ai cité plus tôt).

En conséquence, on peut voir sur le graphique que la part de la population qui fait partie de la classe moyenne a beaucoup moins diminué que dans le graphique précédent entre la fin des années 1970 et le début des années 1990. soit de 4,6 et 4,7 points au Québec et dans l’ensemble du Canada entre 1978 et 1993, par rapport à 9,3 et 8,6 points pour le revenu de marché. Cela montre que les transferts ont annulé environ la moitié des effets de la baisse de la part de la population qui fait partie de la classe moyenne due à l’augmentation des inégalités du revenu de marché. En comparant les parts moyennes de 1993 à 1997 à celles de 2012 à 2016 comme je l’ai fait avec les données sur le revenu de marché, on peut constater que la part de la population qui fait partie de la classe moyenne a augmenté au Québec de 1,9 point, alors qu’elle a baissé de 0,6 point dans l’ensemble du Canada. D’ailleurs, on peut voir que, contrairement au graphique précédent où cette part était plus élevée dans l’ensemble du Canada qu’au Québec sauf vers la fin de la période, cette part fut très semblable dans les deux territoires jusqu’en 2008, mais qu’elle fut plus élevée au Québec toutes les années suivantes.

Avec le revenu total, la baisse de la part de la population qui fait partie de la classe moyenne au Québec entre 1978 et 1993 (4,6 points) a entraîné une hausse un peu moins importante de la part de la population qui gagne moins de 75 % du revenu médian (1,9 point) que de celle qui gagne plus de 150 % (2,7 points). Par contre, la hausse de 1,9 point de la part de la population qui fait partie de la classe moyenne au Québec entre les moyennes de 1993 à 1997 à celles de 2012 à 2016 a un peu plus touché la part de la population qui gagne moins de 75 % du revenu médian (baisse de 1,1 point) que de celle qui gagne plus de 150 % (0,8 point). Notons que j’ai évité d’utiliser dans mes comparaisons les données de 1997 à 1999 qui semblent, dans les trois séries de données (revenu de marché, total et après impôt), avoir un comportement erratique.

Selon le revenu après impôt

Ce graphique est le plus représentatif de l’évolution de la part de la population qui fait partie de la classe moyenne, car il est établi selon le revenu après impôt, qu’on appelle aussi le revenu disponible. Il tient compte à la fois du revenu de marché, des transferts et des impôts. C’est non seulement le graphique des trois présentés ici qui montre la plus haute part de la population qui fait partie de la classe moyenne (en moyenne 16,7 points de pourcentage de plus que pour le revenu de marché au Québec et 12,6 de plus dans l’ensemble du Canada) et aussi celui qui présente les variations les plus faibles. En effet, la part de la population qui fait partie de la classe moyenne n’a diminué que de 1,0 point au Québec et de 2,8 points dans l’ensemble du Canada entre 1978 et 1993 (par rapport à des baisses 9,3 et 8,6 points pour le revenu de marché et de 4,6 et 4,7 points pour le revenu total), ce qui montre que l’impôt aussi (comme les transferts) a su contribuer à cette époque à faire diminuer l’impact inégalitaire du revenu de marché (ce qu’illustre aussi ce graphique).

Cette fois, c’est le Québec qui présente la part la plus élevée de la population qui fait partie de la classe moyenne pendant presque toutes les années présentées sur ce graphique (pour 39 des 41 années présentées, les exceptions étant 1976 et 1979, soit avant que les transferts et les impôts aient fait sentir leurs effets maximaux, effets plus importants au Québec que dans l’ensemble du Canada). Au Québec, on peut voir que cette part est demeurée assez stable de 1978 au début des années 1990, a diminué légèrement au cours des années 1990 et est demeurée assez stable par la suite avant d’augmenter dans les trois dernières années de cette période. Mais, cette part est demeurée au cours de 38 des 41 années entre 48,8 % et 54,0 %, ce qui montre que les facteurs qui l’influencent positivement (les transferts et les impôts, surtout) et négativement (les revenus de marché, surtout) se sont passablement annulés.

Pour l’ensemble du Canada, on peut voir sur le graphique que la baisse des années 1990 s’est poursuivie dans les années 2000. La part de la population qui fait partie de la classe moyenne est en effet passée d’un peu plus de 50 % de 1984 à 1990 à moins de 46 % en 2013, avant de remonter à 48 % en 2016.

Non seulement la part de la population du Québec qui fait partie de la classe moyenne est demeurée assez stable au cours de ces 41 années, mais ce fut aussi le cas de la part des populations qui gagnent moins de 75 % du revenu médian (tout au long de la période aux environs de 30 %) que de celle qui gagne plus de 150 % (autour de 20 %).

Et alors…

Ce billet a permis de constater que la classe moyenne a globalement conservé sa place au Québec, mais qu’elle en a perdu un peu dans l’ensemble du Canada. Et comme l’ensemble du Canada comprend le Québec, cette baisse a dû être un peu plus importante dans le reste du Canada que celle observée dans l’ensemble du Canada. Ce résultat peut étonner, car on a souvent en tête les études des États-Unis (comme celle-ci, cette autre ou celle-là) qui montrent que cette classe a perdu beaucoup plus de terrain là-bas.

Cela dit, ce genre d’analyse comporte son lot d’incertitude. Par exemple, comme il y avait proportionnellement beaucoup moins de jeunes âgé.es de 20 à 35 ans en 2016 (19,6 % de la population) qu’en 1976 (26,8 %) qui touchent des revenus bien moindres que la moyenne car en début de carrière, mais bien plus de personnes âgé.es de 45 à 64 ans qui sont au sommet de leur rémunération (28,3 % de la population en 2016 et 18,7 % en 1976), mais que la proportion de personnes âgées de 65 ans était bien moins élevée (7,6 % par rapport à 18,1 %), il est difficile de comparer la place de la classe moyenne telle que définie avec des structures démographiques aussi différentes. Si on tient en plus compte du fait que le taux d’emploi des femmes âgées de 15 à 64 ans est passé de 43,2 % en 1976 à 71,6 % en 2016, on voit que bien d’autres facteurs que les inégalités de revenus de marché, les transferts et les impôts ont pu expliquer la relative stabilité de la place occupée par la classe moyenne, place qui aurait pu décliner sans ces transformations importantes. Cela dit, il est indéniable que les revenus de marché sont beaucoup plus inégalitaires de nos jours (quoique cet accroissement des inégalités date entièrement des années 1980 et du début des années 1990, ces inégalités ayant même diminué quelque peu depuis le milieu des années 1990), mais aussi que les transferts et les impôts ont su annihiler presque complètement cet accroissement. Bref, tout cela est bien compliqué et montre qu’il faut éviter de conclure trop rapidement sur un sujet complexe et mal défini comme celui-ci en examinant seulement un ou deux indicateurs.

Publicités
4 commentaires leave one →
  1. 25 octobre 2018 9 h 02 min

    Un autre excellent billet. Décidément! Quand j’ai effectué l’étude sur la classe moyenne pour la Chaire d’études en fiscalité et en finances publiques, ce qui avait été le plus révélateur pour moi n’avait pas été l’évolution dans le temps des différents types de revenus (j’utilisais les données de l’EDTR) mais plutôt l’évolution des différents types de ménages dans la classe moyenne et hors de la classe moyenne. Ce nouveau métissage de la classe moyenne entre 1976 et 2011 est proprement fascinant. Notamment, la baisse de l’importance des familles biparentales de la classe moyenne depuis 1976, qui ont migré vers les revenus élevés en 2011. Un résultat complètement inattendu. Plus tard validé par l’étude interne de Finances Canada avec des données canadiennes. Encore bravo pour une autre solide contribution.

    J'aime

  2. 25 octobre 2018 10 h 33 min

    Oui, ces deux approches, la vôtre et la mienne, sont complémentaires. Personnellement, je préfère regarder l’évolution complète que d’isoler des années, car vous auriez pu tomber sur des années que j’ai qualifiées d’erratiques. Il ne faut pas oublier que l’échantillon peut comporter des erreurs d’échantillonnage importantes. Par contre, l’analyse par type de ménage, malgré l’augmentation de la marge d’erreur des données pour ces types de ménage, ajoute sans contredit un autre aspect à l’analyse que la méthode de l’ajustement des revenus ne peut permettre d’obtenir.

    J'aime

  3. 25 octobre 2018 10 h 42 min

    Vous avez raison. Mais compiler les résultats pour chacune des années par type de ménages et par type de revenu avec les micro-données aurait été un investissement en temps considérable. C’est la raison pour laquelle j’ai focalisé sur les tendances avec 3 observations (arbitraires, j’en conviens). Je pense que le changement dans la composition de la classe moyenne au cours des 35 années étudiées (son nouveau métissage) représentait LE résultat important de notre étude sur le plan socioéconomique. Nos analyses sont effectivement complémentaires. Bonne journée!

    J'aime

  4. 25 octobre 2018 15 h 12 min

    Je sais, c’est long de le faire pour 41 ans (avec les trois types de revenus). Heureusement, je n’ai eu besoin que de quatre formules pour ces 123 années. Les 75 % et 150 % se situaient toujours un peu au-dessus ou un peu au-dessous des deux mêmes déciles, ce qui donne seulement quatre possibilités (mais qui changeaient presque chaque année, surtout pour le revenu total et le revenu après impôt). Alors, pour ces trois revenus et les quatre types de ménages, ça bougeait sûrement plus! Et, heureusement, il s’adonne que 1996 est une année correcte (bien qu’il est difficile de savoir si elle l’est pour les quatre types de ménages). Avec 1997 à 1999, les résultats auraient été moins représentatifs.

    « Je pense que le changement dans la composition de la classe moyenne au cours des 35 années étudiées (son nouveau métissage) représentait LE résultat important de notre étude sur le plan socioéconomique»

    Tout à fait. Mais, les changements démographiques et celui de la présence des femmes sur le marché du travail sont aussi sûrement importants. Et tout cela donne une quasi stabilité pour le revenu après impôt!

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :