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Le marché du travail en 2018 au Québec (2)

17 janvier 2019

Dans mon précédent billet portant sur le taux d’emploi au Québec et au Canada entre 2000 et 2018, on a vu que, malgré un bon taux de croissance annuel, le niveau de l’emploi au Québec a semblé stagner en 2018. Cela dit, six taux d’emploi par tranche d’âge sur 12 ont atteint de nouveaux sommets. Tout cela est intéressant, mais il est toujours préférable de jeter un œil sur d’autres aspects pour avoir une vision plus complète de la performance du Québec sur le marché du travail. Je vais d’abord tenter de montrer si l’emploi a vraiment stagné en 2018, puis présenterai quelques aspects qui ressortent particulièrement de cette année et examinerai les facteurs qui ont influencé l’emploi en 2018.

Stagnation?

Quand on utilise les estimations de l’Enquête sur la population active (EPA), il faut toujours se méfier en raison de leurs marges d’erreur élevées (c’est d’ailleurs la raison pour laquelle j’abuse peut-être du terme «estimation»). Même si ce billet présente surtout des estimations annuelles qui ont des marges d’erreur beaucoup plus faibles que les estimations mensuelles, il est bon de comparer la hausse de l’emploi de ces estimations avec les données de l’Enquête sur l’emploi, la rémunération et les heures de travail (EERH), car ces dernières n’ont pas de marge d’erreur, provenant d’un recensement des salariés de toutes les entreprises à partir de leur liste de paye. Le graphique ci-contre, produit à l’aide des tableaux 14-10-0223-01 et 14-10-0288-01 de Statistique Canada, montre que, depuis le début de 2015, les courbes de l’emploi salarié de l’EERH (ligne rouge) et de l’EPA (ligne bleue) se sont assez bien suivies jusqu’en mars 2018, mais qu’elles se sont complètement découplées par la suite. Alors que celle de l’EPA a stagné et a même baissé quelque peu, celle de l’EERH a poursuivi sa croissance. En fait, l’emploi salarié n’a augmenté que de 4600 entre octobre 2017 et octobre 2018 selon les estimations de l’EPA (et de 1800 chez les travailleur.euses autonomes), mais de près de 97 000 selon les données de l’EERH. Comme ces dernières sont plus fiables (la marge d’erreur à 95 % de la variation des estimations de l’EPA entre octobre 2017 et octobre 2018 atteint 59 800, et est encore plus grande dans 5 % des cas), on doit conclure qu’il n’y a pas vraiment eu de stagnation de l’emploi en 2018 et qu’il a en fait continué à augmenter à un rythme soutenu en 2018.

Le tableau ci-contre (réalisé à l’aide des fichiers 14-10-0201-01 et 14-10-0027-01), qui compare les taux de croissance selon les estimations de l’EPA et les données de l’EERH, va dans le même sens. On peut en effet voir que le niveau de croissance de l’emploi salarié selon l’EPA (dernière ligne) fut très semblable à celui de l’EERH (première ligne) en 2016 (1,13 % par rapport à 1,18 %) et fut à peine un peu plus élevé en 2017 (2,47 % par rapport à 1,85 %), mais qu’il fut beaucoup plus faible en 2018 (0,84 % par rapport à 2,46 %); notons que la croissance de l’emploi salarié selon l’EERH est celle calculée entre la moyenne des mois de novembre 2016 à octobre 2017 et la moyenne des mois correspondants de 2017 et 2018, car les données les plus récentes datent d’octobre 2018. La dernière colonne du tableau montre que la croissance sur trois ans fut aussi nettement plus élevée pour les données de l’EERH que pour les estimations de l’EPA (5,59 % par rapport à 4,51 %). La deuxième ligne du tableau montre aussi que la croissance selon l’EPA fut un peu plus faible pour l’ensemble des emplois que pour les emplois salariés (4,03 % par rapport à 4,51 %). Bref, cette comparaison permet de confirmer que la croissance de l’emploi en 2018 au Québec fut beaucoup plus forte selon les données de l’EERH que selon les estimations de l’EPA. Cela montre aussi qu’il n’y a aucune contradiction entre la croissance du PIB en 2018 (voir plus loin) et l’absence de croissance de l’emploi, comme on en a parlé récemment à RDI économie, car il y a eu croissance de l’emploi! Finalement, il est fort probable que la croissance des estimations de l’emploi salarié de l’EPA sera plus élevée que celle de l’EERH en 2019 pour compenser la sous-estimation de l’emploi en 2018, mais rien n’est certain!

Autres aspects

– le taux de chômage

Même si le taux de chômage le plus bas des 516 mois pour lesquels Statistique Canada a publié des données depuis janvier 1976 a été observé en décembre 2017 (4,8 % en données non désaisonnalisées et 5,0 % en données désaisonnalisées selon les données du tableau 14-10-0287-01), le taux de chômage annuel le plus bas a été enregistré en 2018, avec un taux de 5,5 % en baisse de 0,6 point de pourcentage cette année-là (6,1 % en 2017), comme on peut le voir dans le graphique ci-contre (tiré des données du tableau 14-10-0018-01). Ajoutons que, en données désaisonnalisées, les taux de chômage des 14 derniers mois (novembre et décembre 2017, et les 12 mois de 2018) ont été les 14 taux les plus bas depuis janvier 1976.

– selon le sexe

En 2017, l’estimation de l’emploi avait augmenté de 3,0 % chez les hommes et de 1,3 % seulement chez les femmes, selon les données du tableau 14-10-0018-01. Comme l’estimation de la croissance de l’emploi des femmes avait été plus élevée que celle des hommes de 2013 à 2016 (2,4 % par rapport à 1,2 %), je me demandais l’an dernier s’il s’agissait d’une nouvelle tendance. En 2018, l’estimation de l’emploi a augmenté de 0,5 % chez les hommes et de 1,3 % chez les femmes, effaçant près de la moitié des écarts de 2017 (0,8 point de pourcentage sur 1,7). Au bout du compte, ces estimations ont augmenté de 4,8 % chez les hommes et de 5,1 % chez les femmes entre 2013 et 2018. On verra si cette quasi-égalité sera la nouvelle norme à l’avenir, compte tenu du fait que le rattrapage de l’emploi chez les femmes sera probablement limité aux personnes âgées de 65 ans et plus, comme mentionné dans le précédent billet.

– selon le genre de travail

L’estimation de l’emploi à temps plein (30 heures et plus par semaine) a augmenté de 1,8 % en 2018, alors que celui à temps partiel (moins de 30 heures par semaine) a diminué de 2,7 %. Entre 2013 et 2018, l’estimation de l’emploi à temps plein a augmenté de 5,9 % et celle de l’emploi à temps partiel de 1,1 %. Cette tendance fut passablement la même chez les hommes (5,5 % et 0,5 %) et chez les femmes (6,4 % et 1,4 %). Non seulement les taux d’emploi par tranche d’âge ont été à leur sommet historique ou près de ce sommet en 2018 (voir le précédent billet), mais la croissance de l’emploi fut fortement concentrée dans l’emploi à temps plein au cours des dernières années. Serait-ce une conséquence des difficultés de recrutement des employeurs et du bas taux de chômage? À suivre…

– les salaires

Selon les estimations de l’EPA tirées du tableau 14-10-0064-01, le salaire horaire moyen aurait augmenté de 1,9 % en 2018, soit un peu plus que l’inflation (1,7 %, selon les données des onze premiers mois de 2018 du tableau 18-10-0004-01). Sur cinq ans, la hausse du salaire horaire moyen fut de 13,3 %, soit de 12,4 % chez les hommes et de 14,1 % chez les femmes, dans les deux cas plus du double de l’inflation qui fut de 6,0 % entre 2013 et 2018. Cette observation appuie celle sur la plus forte augmentation du travail à temps plein pour suggérer que la qualité des emplois s’est améliorée entre 2013 et 2018.

– selon les catégories d’emplois

En 2018, l’estimation de l’emploi a augmenté davantage dans le travail autonome (1,5 %) que dans le travail salarié (0,8 %), et moins dans le secteur public (0,6 %) que dans le secteur privé (0,9 %), selon les données du tableau 14-10-0027-01. Les tendances depuis 2013 vont toutefois dans le sens opposé, l’estimation de l’emploi dans le travail autonome ayant augmenté de 2,6 %, soit deux fois moins que dans le travail salarié (5,3 %), et l’estimation de l’emploi dans le secteur privé ayant augmenté de 4,2 %, là aussi deux fois moins que dans le secteur public (8,9 %). Ces estimations peuvent bien sûr étonner, mais elles ne font que poursuivre une tendance qui se manifeste depuis le tournant du siècle, notamment en raison du rattrapage dans le secteur public dû aux compressions et mises à la retraite de la fin des années 1990, et des besoins du secteur de la santé (dus entre autres au vieillissement de la population). En effet, l’estimation de l’emploi dans le travail autonome a augmenté de 10,5 % depuis 1999, soit trois fois moins que dans le travail salarié (31,3 %), et l’estimation de l’emploi dans le secteur privé a augmenté de 28,5 %, beaucoup moins que dans le secteur public (40,4 %).

– selon la région

Selon les estimations des tableaux 14-10-0090-01 et 14-10-0314-01, toute la croissance de l’emploi en 2018 au Québec s’est réalisée dans la région métropolitaine de Montréal (en fait 106 %, ce qui signifie que l’emploi a diminué dans les autres régions), alors que cette région ne comptait que 51 % de l’emploi en 2017, en premier lieu dans l’île de Montréal (58 % pour 24,5 % de l’emploi en 2017). Cette situation s’observe depuis quelques années, avec 55 % de la hausse d’emploi dans l’île de Montréal et 83 % dans la région métropolitaine de Montréal entre 2014 et 2018. Pourtant, seulement 13,5 % de l’augmentation de l’emploi s’était réalisée dans l’île de Montréal entre 2001 et 2014, soit à peine un peu plus de la moitié de la proportion de l’emploi qu’on y trouvait en 2001 (25,1 %). Les quatre dernières années représentent donc un virage de tendance majeur à cet égard.

– selon le statut d’immigrant

Le fait que la plus forte augmentation des estimations d’emploi ait eu lieu dans la région métropolitaine de Montréal suggère que la situation sur le marché du travail de la population immigrante s’est améliorée, puisque plus de 85 % de la population adulte immigrante habite cette région. Il vaut de toute façon la peine de regarder cette situation de plus près, puisqu’on observe depuis longtemps qu’elle est bien moins bonne pour les immigrant.es que pour les personnes nées au Canada et même que pour les immigrant.es du reste du Canada.

Le tableau qui suit, tiré du tableau 14-10-0083-01, montre que, si la situation de l’emploi de la population immigrante (récente, soit au Canada depuis au plus cinq ans, et totale) âgée de 25 à 54 ans (tranche d’âge plus propice aux comparaisons entre la population immigrante et celle née au Canada, car elles ont des structures démographiques très différentes) ne s’est que légèrement améliorée entre 2011 et 2015 au Québec (surtout grâce à une baisse notable de l’estimation du taux de chômage), elle s’est redressée de façon spectaculaire entre 2015 et 2018. Ainsi, sur les 8,4 points de pourcentage d’amélioration du taux d’emploi de la population immigrante entre 2011 et 2018, 6,1 d’entre eux, soit près de 75 %, se sont réalisés entre 2015 et 2018. Chez les immigrant.es récent.es, ce fut 9,1 des 10,1 points d’amélioration (90 %) qui se sont manifestés entre 2015 et 2018. Si le taux d’emploi des personnes nées au Canada a aussi connu une hausse entre 2011 et 2018, elle fut bien moindre que celle des immigrant.es, récent.es ou non (3,2 points de pourcentage, par rapport à 10,1 et 8,4 points). Il en fut de même pour le taux de chômage, qui est passé de 19,1 % en 2011 à 10,2 % en 2018 chez les immigrant.es récent.es, niveau toujours très élevé, mais en baisse de plus de 45 %. Ajoutons que 70 % de cette baisse a eu lieu après 2015 (6,2 points sur 8,9). Pour l’ensemble de la population immigrante aussi, 70 % (ou 3,6 points) de la baisse de 5,2 points de pourcentage du taux de chômage s’est réalisée après 2015. Quant à la baisse de 1,7 point observée dans la population native du Canada, elle a eu lieu entièrement après 2015.

Ce constat est majeur. Ainsi, plus de 80 % de l’augmentation totale de l’estimation de l’emploi au Québec entre 2015 et 2018 (cette fois chez les personnes âgées de 15 ans et plus), soit 135 100 des 165 200 emplois qui se sont ajoutés, s’est concrétisée du côté de la population immigrante (et même plus de 90 %, si on ajoute les résident.es non permanent.es), alors qu’elle n’occupait que 14,2 % de l’emploi en 2015 (15,3 % avec les résident.es non permanent.es). En fait, entre 2017 et 2018, l’estimation de l’emploi des immigrant.es et des résident.es non permanent.es a augmenté de 69 900 et celle de l’emploi des personnes nées au Canada, qui occupaient 83 % des emplois en 2017, a diminué de 31 000. Et c’est cet apport que le gouvernement actuel entend réduire.

Cette amélioration a aussi permis de réduire considérablement l’écart entre les taux d’emploi et de chômage des immigrant.es du Québec et du reste du Canada âgé.es de 25 à 54 ans, comme on peut le voir dans le tableau qui suit.

Ce tableau nous montre que l’écart entre le taux d’emploi au Québec et dans le reste du Canada entre 2006 et 2018 :

  • est passé de 7,8 points de pourcentage à 0,7 point chez les immigrant.es, une baisse de 7,1 points ou de 90 %, et que plus de 60 % de cette baisse (soit 4,4 points sur 7,1) s’est réalisée entre 2015 et 2018;
  • est passé de 7,9 à 4,4 points chez les immigrant.es récent.es, une baisse de 3,5 points ou de 45 %, et que la baisse réalisée entre 2015 et 2018 fut encore plus forte (5,1 points), car cet écart s’était creusé entre 2006 et 2015, de 7,9 à 9,5 points;
  • est passé d’un déficit de 1,7 point à un avantage de 2,8 points chez les natif.ives du Canada, un écart de 4,6 points, et que plus de 25 % de cette amélioration (soit 1,3 point sur 4,6) s’est réalisée entre 2015 et 2018.

Il nous montre aussi que l’écart entre le taux de chômage au Québec et dans le reste du Canada entre 2006 et 2018 :

  • est passé de 6,5 points de pourcentage à 1,3 point chez les immigrant.es, une baisse de 5,2 points ou de 80 %, et que plus de 50 % de cette baisse (soit 2,7 points sur 5,2) s’est réalisée entre 2015 et 2018;
  • est passé de 8,0 points de pourcentage à 2,0 points chez les immigrant.es récent.es, une baisse de 6,1 points ou de 75 %, et que plus de 80 % de cette baisse (soit 5,0 points sur 6,1) s’est réalisée entre 2015 et 2018;
  • est passé d’un niveau plus élevé de 1,9 point à un niveau plus bas de 0,7 point chez les natif.ives du Canada, un écart de 2,6 points, et que 45 % de cette amélioration (soit 1,2 point sur 2,6) s’est réalisée entre 2015 et 2018.

Il est bizarre qu’on entende si peu parler de ce redressement spectaculaire, justement au moment où l’apport de l’immigration, tant en nombre que par une meilleure intégration au marché du travail, est de plus en plus essentiel dans un contexte de difficultés de recrutement et de vieillissement rapide de la population.

Quelques facteurs

L’amélioration de la situation sur le marché du travail présentée dans ce billet et dans le précédent se confirme aussi par une baisse du nombre de demandes et de prestataires d’assurance-emploi, et par les hausses de 5,5 % et de 4,0 % des ventes dans le commerce de détail en 2017 et au cours des 10 premiers mois de 2018, malgré la popularité croissante du commerce électronique, effectué en bonne partie à l’étranger. Le dernier rapport mensuel des opérations financières du gouvernement provincial montre une hausse des revenus autonomes de 5,8 % d’avril à octobre 2018 par rapport aux mois correspondants de 2017, soit entre le double et le triple de la hausse prévue lors de la mise à jour de décembre 2018 (2,2 %). Je vais maintenant regarder de plus près les mouvements du PIB au cours des dernières années.

– PIB

Le PIB a connu au cours des trois premiers trimestres de 2018 un niveau de croissance réelle (en tenant compte de l’inflation) un peu moins élevé qu’en 2017, mais tout à fait comparable, sinon supérieur, à celui de 2016 et des années précédentes (voir la ligne 23 de ce tableau; notons que la version en Excel contient des données à partir de 1981). Même si les données du quatrième trimestre de 2018 ne sont pas encore disponibles, le taux de croissance réel devrait se situer aux environs de 2,2 % en 2018. Ce taux est plus faible que celui de 2017 (2,8 %), mais plus élevé que ceux observés en 2014 (1,6 %), 2015 (0,9 %) et 2016 (1,4 %). Je vais ci-après présenter les éléments du PIB qui ont le plus d’influence sur le marché du travail, mais il faut tenir compte du fait que ces données seront révisées au cours des années suivantes, parfois de façon notable :

  • selon la ligne 01 du tableau du PIB selon les revenus, la rémunération des salariés vogue vers une croissance nominale de 4,5 %, un peu moins qu’en 2017 (4,7 %), mais plus qu’en 2014 (2,9 %), 2015 (2,1 %) et 2016 (2,8 %);
  • selon la ligne 02 du tableau du PIB selon les dépenses, les dépenses de consommation des ménages devraient augmenter de 4,1 % en 2018, hausse identique à celle de 2017, mais plus élevée qu’en 2014 (3,4 %), 2015 (2,1 %) et 2016 (3,6 %); notons que cette donnée va dans le même sens que la hausse des ventes au détail (qui ne représentent qu’une partie des dépenses de consommation des ménages); par contre, cette donnée ne nous informe pas sur l’influence de cette consommation sur l’endettement des ménages; selon les données compilées par Desjardins dans ce document (Statistique Canada ne fournit gratuitement que les données pour l’ensemble du Canada), le taux d’endettement des ménages québécois, même si moins élevé que celui des autres ménages canadiens, était toujours en hausse en 2016; il devrait avoir augmenté légèrement depuis, compte tenu son évolution observée dans l’ensemble du Canada en 2017 et en 2018;
  • selon la ligne 06 de ce même tableau, les dépenses des administrations publiques se dirigent vers une hausse de 4,3 % en 2018, hausse égale ou un peu supérieure aux croissances de 2014 (3,9 %), 2016 (4,3 %) et 2017 (3,7 %), mais nettement plus élevée qu’en 2015 (1,6 %); je précise que ces données comprennent les dépenses des trois paliers de gouvernement (fédéral, provincial et municipal), mais sans les distinguer;
  • selon la ligne 08 de ce tableau, les investissements des entreprises (appelés dépenses de «Formation brute de capital fixe» dans le tableau) devraient augmenter de 6,4 % en 2018, ce qui correspond à la hausse de 2017 (6,2 %), mais représente un virage majeur par rapport à 2013 (-2,6 %), 2014 (-3,7 %), 2015 (-0,7 %) et 2016 (3,1 %); cette hausse peut aussi bien être attribuée aux bonnes perspectives économiques qu’au fait que, quatre ans après le début de la baisse du dollar canadien en raison de la chute du prix du pétrole, les entreprises doivent moins craindre qu’il remonte soudainement et rendent leurs investissements stériles (ou qu’elles restent prises avec de nouvelles possibilités de production qu’elles ne pourraient pas utiliser); précisons finalement que la croissance devrait être la plus forte du côté des investissements en machines et matériel (9 %) et des bâtiments résidentiels (8 %), et plus faibles en produits de propriété intellectuelle (4 %) et en bâtiments non résidentiels (2 %);
  • selon la ligne 14 de ce tableau, les investissements des administrations publiques sont en route pour une augmentation de 2,7 %, beaucoup moins qu’en 2017 (8,4 %), mais bien plus qu’entre 2013 et 2016, alors qu’ils avaient diminué de plus de 7 %;
  • selon les lignes 21 et 22, le solde du commerce extérieur demeurera en 2018 à peu près au même niveau qu’en 2017, soit déficitaire d’environ 15 milliards $, les importations et les exportations augmentant toutes deux de 5 %;
  • selon la ligne 19, les investissements en stocks ont diminué d’au moins 25 % en 2018, mais, se situant à près de 3 milliards $, sont demeurés 2,5 fois plus élevés que leur moyenne de 2014 à 2016 (1,2 milliard $); ce niveau élevé des investissements en stock a bien sûr stimulé l’emploi, mais laisse entrevoir des jours plus sombres quand les entreprises vont les écouler; cela dit, l’impact de ce facteur est peu élevé sur le niveau de la croissance du PIB, soit d’environ 0,1 ou 0,2 point de pourcentage.

Ce tour des principaux facteurs qui peuvent influencer l’emploi permet de mieux comprendre qu’il aurait de fait été contradictoire que l’emploi ait stagné en 2018. Or, les données de l’EERH nous ont bien montré que ces facteurs positifs ont été accompagnés d’une hausse importante de l’emploi en 2018.

Et alors…

Sans répondre à toutes les questions, ce billet a permis d’isoler les principaux facteurs qui ont favorisé la hausse de l’emploi au Québec en 2018, malgré les effets de plus en plus importants du vieillissement de la population. L’amélioration de la situation sur le marché du travail de la population immigrante, la hausse des dépenses de consommation des ménages et des dépenses des administrations publiques, la croissance des investissements, surtout du côté des entreprises, et l’augmentation de la rémunération des salariés sont sûrement les facteurs qui ont eu le plus d’impacts positifs sur l’emploi. D’autres facteurs, comme le maintien de la valeur du dollar canadien à un faible niveau, ont sûrement aussi contribué à cette performance.

Si la hausse de l’emploi selon les données de l’EERH devrait se répercuter sur les estimations de l’EPA en 2019, il serait étonnant que l’augmentation de l’emploi se maintienne au cours des années suivantes au même niveau qu’en 2017 et en 2018. En effet, les taux d’emploi par tranche d’âge ne pourront guère augmenter davantage (sauf chez les femmes âgées de 65 ans et plus), la situation de l’emploi des immigrant.es devrait s’améliorer moins qu’au cours des dernières années et la décision du gouvernement de faire diminuer les niveaux d’immigration limitera aussi les possibilités de croissance de l’emploi. Cela dit, c’est avec plaisir que j’expliquerai au cours de mes prochains billets sur le marché du travail annuel au Québec pourquoi je me suis trompé, si jamais c’était le cas!

3 commentaires leave one →
  1. Bob Gandhi permalink
    10 avril 2019 16 h 20 min

    Bonjour,

    je ne suis pas certain de saisir votre affirmation comme quoi « toute la croissance de l’emploi en 2018 au Québec s’est réalisée dans la région métropolitaine de Montréal ». Pourtant, plusieurs autres régions ont un bilan positif (Bas-St-Laurent, Outaouais, Chaudière-Appalaches).

    Par exemple il y avait 2 900 personnes de plus en emploi en Outaouais en 2018 comparativement à 2017.

    Est-ce que je suis confus par rapport à votre méthode de calcul?

    J'aime

  2. 10 avril 2019 22 h 43 min

    J’ai en effet écrit que «en fait 106 %, ce qui signifie que l’emploi a diminué dans les autres régions». Cela signifie que pour l’ensemble des régions extérieures de celle de région métropolitaine de Montréal, il a diminué. Cela n’exclut pas qu’il ait augmenté dans certaines des autres régions, mais cela signifie que la baisse dans les régions autres que la RMR de Montréal où il a baissé fut plus importante que la hausse dans les régions autres que la RMR de Montréal où il a augmenté. (je ne suis pas certain que ce soit plus clair!)

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