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L’impact des murs frontaliers sur l’économie et les migrations

25 janvier 2019

Cela fait un bon bout de temps que je n’ai pas présenté une étude suggérée par le blogue Economist’s View de Mark Thoma. Celle que je vais résumer ici est trop actuelle pour que je retarde ce billet. Intitulée Border Walls (Murs frontaliers), cette étude de Treb Allen, Caue Dobbin et Melanie Morten porte «sur les avantages économiques de la construction d’un mur frontalier entre les États-Unis et le Mexique» et sur ses effets sur les migrations. Comme cette étude compte 100 pages (incluant les 67 pages des annexes volumineuses dont je ne parlerai pas), on peut aussi prendre connaissance de ses conclusions dans ce texte pas mal plus court! Je me baserai surtout sur le contenu de l’étude, mais aussi sur ce texte dans ma présentation.

Introduction

Même si le débat sur l’impact d’un mur frontalier entre les États-Unis et le Mexique sur l’économie et les migrations est omniprésent dans le discours politique des États-Unis, il existe peu de recherches empiriques sur cette question. Ceci est en partie dû à la difficulté d’isoler l’impact d’un mur frontalier par rapport aux nombreux autres facteurs qui peuvent influencer l’économie et les migrations.

Les auteur.es utilisent des données détaillées sur les flux de migrations des travailleur.euses entre les États-Unis et le Mexique provenant de trois sources et permettant de connaître la ville d’origine et le comté de destination des migrant.es mexicains pour comprendre comment l’agrandissement du mur frontalier entre 2007 à 2010 a influencé les flux migratoires. Ils et elles utilisent par après un modèle d’équilibre général pour isoler l’impact spécifique de l’agrandissement du mur sur l’économie et les migrations (notons que l’isolement de cet impact a été compliqué par les effets de la Grande Récession survenue entre ces deux années). L’agrandissement en question fut de 548 milles sur les 1954 milles de la frontière (pour porter la distance avec un mur à 658 milles) et fut construit au sud de la Californie, de l’Arizona, du Nouveau-Mexique et du Texas (voir l’image qui accompagne ce billet).

Résultats

Après avoir revu la littérature sur le sujet et avoir présenté en détail les données et la méthodologie utilisées, les auteur.es présentent les résultats.

  • L’agrandissement du mur a coûté 2,3 milliards $, représentant 7 $ par habitant des États-Unis;
  • en utilisant les données permettant de connaître la ville d’origine et le comté de destination des migrant.es mexicain.es, les auteur.es peuvent déterminer leurs itinéraires et l’impact des murs frontaliers sur la distance que ces personnes doivent parcourir pour se rendre à la destination de leur choix (je simplifie, car les facteurs influençant la taille de la migration qui sont considérés dans cette étude sont beaucoup plus nombreux, incluant notamment l’élévation du sol, les rivières, la température, l’ajout de patrouilles, les types de murs – pour des piétons ou pour des véhicules, entre autres – et les variations de salaires des emplois exigeant peu de compétences);
  • en tenant compte de tous ces facteurs (et après de nombreux tests de robustesse et autres), les auteur.es estiment que l’agrandissement du mur a réduit la migration provenant du Mexique de 0,6 % (c’est-à-dire le nombre de Mexicain.es habitant les États-Unis de 82 000 personnes environ);
  • le revenu annuel des travailleur.euses des États-Unis ayant peu de compétences (un diplôme d’études secondaires ou moins) a augmenté de 0,36 $ (ce qui représente le seul impact économique positif de l’agrandissement du mur) en raison de la réduction du nombre de Mexicain.es avec peu de compétences);
  • le revenu annuel des travailleur.euses mexicain.es ayant peu de compétences a diminué de 1,34 $ et le revenu annuel de ceux ayant des compétences élevées (plus qu’un diplôme d’études secondaires) a diminué de 2,99 $, dans les deux cas en raison du coût plus élevé de la migration;
  • le revenu annuel des travailleur.euses ayant des compétences élevées des États-Unis a baissé de 4,35 $ en raison de la diminution de la rareté de ces travailleur.euses;
  • les auteur.es notent que ces écarts ne tiennent pas compte des coûts du mur (7 $ par habitant des États-Unis, plus quelques dollars supplémentaires – non évalués – pour son entretien et l’augmentation de la surveillance frontalière);
  • le PIB des États-Unis a diminué de 2,5 milliards $ et celui du Mexique a augmenté de 1,2 milliard $ en raison de la diminution de l’immigration dans le premier cas et de l’émigration dans le second (d’un peu plus de 80 000 personnes, comme je l’ai mentionné précédemment);
  • les auteur.es effectuent des tests de robustesse avec des hypothèses différentes, mais les résultats demeurent du même sens et de la même ampleur;
  • il en est de même en modélisant de nouveaux agrandissements du mur, les mouvements demeurant similaires, mais avec un peu plus d’ampleur (donc surtout plus négatifs);
  • l’étude se poursuit avec une modélisation d’une réduction des coûts du commerce entre les États-Unis et le Mexique : avec cette hypothèse, les revenus annuels de tous les travailleur.es augmenteraient (d’entre 60 $ et 850 $ selon les quatre types de travailleur.es et le niveau de réduction des coûts, soit 25 % ou 50 %), l’immigration mexicaine diminuerait davantage (d’entre 110 000 et 400 000, soit de 0,8 à 3,0 %, selon les deux niveaux de réduction des coûts, car il serait plus facile pour ces personnes de travailler au Mexique) et les PIB des deux pays augmenteraient d’entre 7 et 43 milliards $, le Mexique en bénéficiant davantage, car l’émigration baisserait;
  • les auteur.es montrent ainsi qu’il y a des moyens plus efficaces de réduire l’immigration mexicaine et que ces moyens entraînent des effets socio-économiques positifs et non négatifs.

Et alors…

Je me méfie toujours de ce genre d’étude basée sur des modèles théoriques d’équilibre. Cela dit, avec les données utilisées, il semble clair que l’impact de l’agrandissement du mur a été mineur et négatif, peu importe les niveaux précis de ces résultats. J’aurais aimé voir une hypothèse d’un mur complet, mais bon, je me fie davantage aux résultats passés qu’à ceux prévus, car les hypothèses deviennent alors encore plus incertaines et importantes, surtout pour une simulation sur laquelle il n’y a pas de données historiques (mur complet). Il en est de même de leurs prévisions sur les impacts de la diminution des coûts du commerce entre les États-Unis et le Mexique, qui sont principalement basées sur l’application d’un modèle.

Cela dit, dans le contexte actuel, j’ai trouvé rigolo de présenter cette étude qui contient des données fiables qui contredisent les déclarations du président des États-Unis qui, sur ce sujet comme dans sur bien d’autres, ne se basent presque jamais sur des données fiables.

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2 commentaires leave one →
  1. Richard Langelier permalink
    25 janvier 2019 16 h 57 min

    «Les coûts du commerce», ça désigne quoi au juste: les barrières tarifaires et non tarifaires, les coûts du transport?

    J'aime

  2. 25 janvier 2019 20 h 15 min

    Je n’ai pas trouvé cela clair. Et j’ai lu à quelques reprises. J’ai cru comprendre que c’était une question de transport, mais pas nécessairement…

    J'aime

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