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Capitalisme de plateforme

4 février 2019

Avec son livre Capitalisme de plateforme – l’hégémonie de l’économie numérique, Nick Srnicek, spécialiste de l’économie numérique et enseignant au King’s College de Londres, décrit «les entreprises qui adoptent et perfectionnent le modèle d’affaires dominant aujourd’hui, celui des plateformes pair-à-pair du capitalisme numérique», comme Google, Facebook, Apple, Microsoft, Siemens, GE, Uber et Airbnb, et «retrace la genèse de ce phénomène, analyse celui-ci de manière limpide et aborde la question de son impact sur l’avenir».

Introduction : «Cet ouvrage porte sur (…) : les plateformes, les métadonnées (big data), la fabrication additive, la robotique de pointe, l’apprentissage automatique et l’internet des objets». Il livre «une histoire du capitalisme et des technologies numériques tout en reconnaissant la diversité des formes économiques et les tensions concurrentielles propres à l’économie contemporaine. Notre pari est simple : nous pouvons en apprendre beaucoup sur les entreprises de haute technologie si on les considère comme des actrices économiques au sein d’un mode de production capitaliste».

1. La longue récession : Ce chapitre «fournit un aperçu des différentes crises ayant préparé le terrain de celle de 2008» et «tente d’historiser les technologies émergentes comme résultant de tendances capitalistes plus profondes, afin de comprendre en quoi elles sont partie prenante d’un système de concurrence, d’exploitation et d’exclusion».

2. Le capitalisme de plateforme : Ce chapitre «cherche à clarifier les différents débats qui agitent actuellement ce domaine [le monde des technologies] en présentant une typologie et une genèse des plateformes». L’auteur y définit les plateformes comme des «infrastructures numériques qui permettent à deux ou à plusieurs groupes d’interagir». Elles agissent «comme intermédiaires entre différents usagers : clients, annonceurs publicitaires, prestataires de services, producteurs, fournisseurs et même des objets physiques». En plus, les plateformes numériques reposent sur des effets de réseau : «plus les utilisateurs d’une plateforme sont nombreux, plus cette plateforme prend de la valeur aux yeux d’autres utilisateurs potentiels». Il analyse dans ce chapitre :

  • les plateformes publicitaires qui extraient de l’information de leurs usagers et les utilisent pour vendre de la publicité (comme Google et Facebook);
  • les plateformes nuagiques qui louent des espaces de stockage de données et des logiciels;
  • les plateformes industrielles (notamment et surtout l’internet industriel des objets) qui fabriquent des équipements informatiques et des logiciels qui permettent de transformer des biens et services en réduisant les coûts de production; l’internet industriel des objets consiste à l’implantation «de capteurs et de puces électroniques dans la chaîne de production» avec l’introduction d’appareils de traçabilité connectés à internet;
  • les plateformes de produits qui transforment les marchandises traditionnelles en services qu’elles louent ou fournissent à des abonnés (par exemple Zipcar et Spotify, mais aussi Rolls Royce, GE et Pratt & Whitney);
  • les plateformes allégées qui servent d’intermédiaires dans la prestation d’un service (Uber, Airbnb, etc.).

L’auteur conclut en affirmant que, «si l’on veut comprendre les conséquences des plateformes sur l’économie en général», il est nécessaire «de prendre toute la mesure de leur inexorable tendance à la monopolisation».

3. La guerre des plateformes : Ce chapitre «esquisse un portrait des tendances probables et dessine à grands traits quelques prédictions sur l’avenir du capitalisme de plateforme». La tendance qui marque le plus le capitalisme de plateforme est sans contredit les conséquences monopolistiques des effets de réseau. Cela dit, si la concurrence est faible du côté des services offerts par les plateformes, elle est plus forte entre les plateformes qui offrent des services différents dans le marché de l’accumulation, de l’analyse, du traitement et de l’utilisation des données accessibles à toutes ces plateformes. D’ailleurs, celles-ci investissent souvent davantage dans cette activité supposément secondaire, mais qui est devenue leur objectif premier et leur principale source de revenus. Ces investissements visent à accumuler davantage de données aussi bien dans le cadre des services qu’elles offrent, que par l’offre de nouveaux services (comme Google Home et les autres objets connectés à internet, qui permettent d’accumuler des données directement du domicile des citoyen.nes-client.es) et par des fusions et acquisitions.

L’auteur explique ensuite les défis des plateformes axés sur leurs forces et leurs faiblesses (notamment leur dépendance à la publicité) et la possibilité plus grande de voir les États réglementer davantage leurs activités, principales et «secondaires», et, qui sait, de les voir concurrencer les plateformes en offrant des services similaires au moyen de plateformes publiques. Quelle que soit leur forme à venir, les plateformes occuperont encore plus d’espace dans nos économies, d’où l’importance de mieux comprendre leur fonctionnement.

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Oui, mais surtout à partir du deuxième chapitre. Si j’ai moins apprécié l’historique du premier chapitre, pas assez nuancé à mon goût, sa présentation des plateformes dans le deuxième chapitre, le plus long du livre, est une des bonnes que j’ai lues et m’en a appris beaucoup dans ce domaine que je connaissais au départ passablement. L’exploration du troisième chapitre est plus spéculative, mais l’auteur s’y sert bien des présentations solides du deuxième et ne se perd pas en divagations utopiques, restant dans des développements tout à fait prévisibles.

Gros défaut, les notes sont à la fin. Je pensais que ce serait moins pénible avec un livre aussi court, mais au contraire, mes deux signets se mélangeaient tout le temps…

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