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Le loup

25 mars 2019

C’est un article de Jean-François Nadeau dans Le Devoir qui m’a porté à lire le livre Le loup – Une histoire culturelle de Michel Pastoureau. Cet historien médiéviste français raconte la place du loup dans les mythologies antiques, dans les bestiaires du Moyen Âge, dans l’imaginaire moderne et dans les représentations actuelles.

Introduction : «Chaque société construit son imaginaire du monde animal autour d’un petit nombre d’espèces qui lui semblent les plus importantes (…)». Ces espèces forment une sorte de «bestiaire central» qui s’est constitué en Europe dès la haute Antiquité. Le loup en fait bien sûr partie. L’auteur présente ensuite son cheminement comme historien des animaux et professeur de cette histoire pendant 40 ans, puis explique pourquoi il a décidé d’écrire un livre sur ce sujet.

Mythologies anciennes : L’auteur nous parle des représentations du loup :

  • au Paléolithique supérieur (à peu près absent);
  • dans les mythologies grecque et romaine (vorace, voleur, fourbe et cruel);
  • dans la mythologie nordique (encore plus féroce);
  • dans la mythologie celtique (moins violent).

La louve romaine : Ce chapitre porte sur une exception à la représentation du loup comme animal féroce, soit sur la fondation de Rome par Romulus qui a été nourri avec son jumeau Rémus par une louve. L’auteur raconte d’autres événements liés à cette louve, dont la tenue d’une fête annuelle ayant «pour but d’apporter prospérité et fécondité à la cité», les Lupercales.

Le saint plus fort que la bête : Si le loup est peu présent dans la Bible, il l’est beaucoup plus dans les écrits des religieux du Moyen Âge, souvent décrit comme «le pire animal de la Création, infect, pervers, violent, cruel et sanguinaire», devenu «une menace bien réelle pour les humains, qu’il attaque, enlève, massacre ou dévore». L’auteur avance quelques explications sur ce virage dans la vision imaginaire du loup et mentionne quelques exceptions dans des légendes où il est par exemple transformé par des saints en animal aidant, légendes voulant montrer la supériorité de la religion sur cet animal féroce.

Le loup des bestiaires : Le Moyen Âge se distingue aussi par une production importante de bestiaires «qui parlent des espèces animales non pas tant pour les étudier telles qu’elles sont que pour en faire des supports de significations afin d’en retirer des enseignements moraux et religieux». Dans ces bestiaires, le loup est encore une fois malfaisant, lâche et cruel, aime manger les agneaux, mais encore plus les jeunes enfants. On lui prête plein de caractéristiques imaginaires, dont des propriétés magiques malfaisantes, mais aussi des vertus médicinales.

Ysengrin – un loup pour rire? : L’auteur analyse le Roman de Renart, ensemble de 27 «poèmes plus ou moins indépendants» écrits entre 1174 et 1205 par une vingtaine de clercs différents, présentant une cour formée d’animaux, dont le loup Ysengrin, qui est «une bête stupide et risible, aveuglée par la rage et le ressentiment, toujours prête à tomber dans les pièges que lui tend le goupil [Renart]». Ici aussi, l’auteur émet quelques hypothèses pour expliquer que cette représentation du loup fasse plus rire qu’elle ne fait peur, comme dans les écrits antérieurs.

Garous et sorciers : Au cours des XIIe et XIIIe siècles apparaissent, d’abord dans la tradition orale puis dans des écrits, des créatures mi-humaines et mi-animales, dont le loup-garou. Notons que le loup-garou a des caractéristiques différentes d’une histoire à l’autre et ne correspond pas toujours à celle qui est la plus connue, soit la transformation d’un homme en loup lors de la pleine lune. Ce n’est toutefois qu’à partir du XVe siècle et jusqu’au XVIIe que la religion s’en mêlera, organisant des chasses aux sorcières et aux sorciers (dont aux loups-garous), leur inventant toutes sortes de caractéristiques imaginaires, jusqu’à ce qu’on s’aperçoive qu’on s’attaquait en fait à des personnes souffrant de malformations, voire de problèmes mentaux, et non pas de personnes atteintes de lycanthropie et possédées par Satan…

Le nom et l’emblème : «Dans la plupart des langues indo-européennes, le nom qui désigne le loup se rattache à une racine qui évoque la lumière ou le fait de briller : soit leuk- (d’où le grec lukos et le latin lupus), soit w(u)lk (d’où le germanique wulf puis wolf)», probablement en raison de ses yeux qui brillent dans la nuit. Dans les pays nordiques, on évitait de le nommer, ce qui expliquerait l’absence de son nom dans la toponymie, alors qu’il est très répandu dans celle des autres territoires européens. Il est toutefois peu présent dans le bestiaire héraldique, même dans ces territoires.

Les fables et les contes : Dans les fables d’Ésope (en fait écrites au cours de plusieurs siècles) et de Jean de La Fontaine, le loup «a toujours le mauvais rôle et incarne tour à tour la force brutale, la cruauté, l’impiété ou l’hypocrisie» quand ce n’est pas la stupidité, le ridicule, la lâcheté et le mensonge. Dans les contes, son image est encore pire, ajoutant notamment son appétit, souvent sexuel, pour les jeunes filles.

Un fauve dans les campagnes : En raison de nombreux facteurs que l’auteur présente, les loups furent beaucoup plus nombreux en France du XVe au XIXe siècle, entrant de plus en plus fréquemment dans des villes, s’attaquant parfois à des enfants et même à des adultes. En réaction à cette situation, on organisa à l’époque des chasses au loup (et au renard).

La Bête du Gévaudan : De nombreuses histoires de loups sanguinaires ont circulé en France du XVIIe au XIXe siècle (en général exagérées), mais aucune n’a eu autant de retentissement que celle de la Bête du Gévaudan qui aurait tué plus d’une centaine de personnes de 1764 à 1767. Bien sûr, les descriptions de la Bête étaient la plupart du temps imaginaires. Comme la Bête n’a pas été examinée après avoir été tuée, les rumeurs sur sa nature précise ont continué à circuler.

Croyances et superstitions modernes : Ce chapitre porte sur les superstitions en force au cours des XVIIIe et XIXe siècles. Celles-ci étaient souvent empreintes de croyances religieuses. Elles portaient notamment sur de supposés meneurs de loup (souvent plus craints que les loups eux-mêmes) et sur la protection assurée par des amulettes fabriquées avec des parties du corps du loup (surtout avec ses pattes et sa queue).

Le loup aujourd’hui : L’image du grand méchant loup a quasiment disparu des contes récents. Il est même souvent présenté sous un angle favorable, comme dans Le livre de la jungle et dans Croc-Blanc. On utilise même le terme louveteaux pour désigner des jeunes scouts. Le loup est rendu un être sensible, souffrant d’être mal aimé. Il y a aussi de nos jours des organismes de défense du loup, qui prônent leur rétablissement dans les lieux où ils ont été éliminés, chose qui aurait été impensable quelques siècles plus tôt.

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Lire, mais hésiter à l’acheter. Il s’agit en effet d’un «beau livre» vendu environ 40,00 $ et qui ne prend pas de temps à traverser (deux jours environ dans mon cas). Je l’ai trouvé agréable à lire, d’autant plus qu’environ la moitié de ses 150 pages sont des images, toujours pertinentes. Le sujet est intéressant, on en apprend passablement, même si on connaît déjà une bonne partie des représentations imaginaires du loup. Je dois avouer que je m’attendais à plus, mais l’auteur fait quand même le tour de la question. Alors, c’est probablement aussi bien qu’il n’ait pas tenté d’étirer la sauce. En plus, il n’y a pas de notes, mais seulement des références à la fin, sans mentions de leur présence dans le corps du texte.

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