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La dernière étreinte

1 avril 2019

Avec La dernière étreinte – Le monde fabuleux des émotions animales… et ce qu’il révèle de nous, Frans de Waal, primatologue et éthologue, nous offre une «véritable plongée au cœur de l’émotion animale, qui nous invite à reconsidérer toutes nos certitudes».

Préface : L’auteur explique à quel point le sens de l’observation est important si on veut comprendre le comportement des chimpanzés (et des autres animaux, y compris des humains). Cela dit, il est nécessaire, mais insuffisant, pour étudier des phénomènes comme les émotions. C’est à ce moment que l’approche scientifique devient essentielle.

1. La dernière étreinte de Mama. Les adieux d’une matriarche : L’auteur raconte la dernière rencontre entre un humain de 80 ans et la chimpanzé Mama près de la mort (elle avait 59 ans) au cours de laquelle ils se sont étreints (la «dernière étreinte» du titre du livre). Il décrit ensuite la parenté évolutionnaire entre ces deux hominidés et l’inconfort fréquent des humains qui constatent à quel point ces deux espèces se ressemblent. Il aborde ensuite la question des émotions et raconte quelques anecdotes sur le comportement des chimpanzés (et des humains) face à des situations diverses, comportements fortement influencés aussi par le sens de l’observation des humains et des chimpanzés. Il analyse notamment les relations de pouvoir, le deuil, le chagrin et les relations entre les mâles et les femelles (et entre les mâles et entre les femelles).

2. Fenêtre sur l’âme. Quand les primates rient et sourient : Certain.es scientifiques détestent quand on accorde des émotions dites humaines à des animaux (même si Charles Darwin a écrit un livre à ce sujet). Les accusations d’anthropomorphisme ne sont pas loin. L’auteur considère plutôt que ces personnes sont atteintes d’«anthropodéni», ce refus de reconnaître les émotions animales, même chez les grands singes génétiquement si près de nous. Il donne ensuite des exemples de manifestations d’émotions chez les grands singes et les humains, notamment par leurs expressions faciales (froncements de sourcils, rire, sourire, etc.) et par les sons émis en même temps.

3. Corps à corps. Empathie et sympathie : Ce chapitre porte sur les «perceptions affûtées des grands singes». L’auteur analyse ces perceptions à l’aide d’observations dans la nature ou en laboratoire (avec des ordinateurs avec lesquels les grands singes aiment beaucoup jouer), notamment par la reconnaissance des expressions faciales. Il montre que l’empathie ne vient pas que de notre cerveau, mais aussi de notre corps, ce qui fait en sorte qu’un fou rire est contagieux (même si on ne perçoit rien de drôle en soi), tout comme un bâillement. Il présente ensuite de nombreux exemples d’empathie et d’altruisme chez les grands singes, les humains (qui en font partie) et même d’autres animaux. Il fait ensuite la distinction entre l’empathie et la sympathie, la première n’étant pas toujours positive (elle peut servir à se mettre dans la peau de l’autre pour le tromper) contrairement à la deuxième. Les exemples qu’il donne des manifestations de ces deux aptitudes sont éloquents et pertinents.

4. Les émotions qui nous rendent humains. Dégoût, honte, culpabilité et autres malaises : Tous les animaux éprouvent les émotions mentionnées dans le titre de ce chapitre, mais pas nécessairement pour les mêmes raisons ou dans les mêmes situations. L’auteur affirme à ce sujet: «Plus j’avance, plus je pense que les émotions qui nous sont familières se retrouvent d’une manière ou d’une autre chez les mammifères, et que les variations sont à chercher dans les détails, le degré d’élaboration, l’application et l’intensité». Il donne ensuite des exemples allant dans ce sens et démolit les arguments (souvent superficiels et basés sur des impressions) des personnes (parfois même des scientifiques) qui prétendent que les animaux non humains n’ont pas d’émotions (par exemple, parce qu’ils n’ont pas de mots pour les nommer!). Il conclut ce chapitre en citant Charles Darwin qui avançait «que l’évolution crée rarement quelque chose d’entièrement nouveau. Elle se contente de restaurer d’anciens traits adaptés aux besoins du moment. Aucune de nos émotions n’est entièrement neuve, et toutes jouent un rôle essentiel dans notre vie».

5. La soif de pouvoir. Politique, meurtre, art de la guerre : Les comparaisons entre Donald Trump et un chimpanzé au début de ce chapitre lors des débats de la campagne électorale de 2016 aux États-Unis sont simplement suaves! L’auteur aborde ici la soif du pouvoir présente chez tous les primates, mais rarement reconnue par les humains même si leur comportement est marqué par cette émotion. Encore une fois, les exemples sont éloquents et pertinents. Selon lui, la soif du pouvoir «contribue à la réalisation d’exploits extraordinaires quand il s’agit de dirigeants éclairés, mais elle contribue aussi à une histoire de violences inquiétantes, y compris des assassinats politiques, nullement étrangers à notre espèce». Et, il conclut que les «émotions peuvent être bonnes, mauvaises, détestables, chez les animaux comme chez nous».

6. L’intelligence émotionnelle. De la justice et du libre arbitre : «Les réactions fondées sur les émotions ont un immense avantage par rapport aux comportements proches du réflexe : elles passent par le filtre de l’apprentissage nommé «l’évaluation». (…) Nous ne sommes pas entièrement maîtres, mais nous ne sommes pas non plus esclaves de nos émotions». On commence à s’en douter, les exemples qui suivent sont éloquents et pertinents. Il aborde entre autres :

  • le lien entre l’intelligence, les émotions et le corps;
  • le sens de la justice (avec notamment sa célèbre expérience avec des capucins, des concombres et des raisins);
  • l’égoïsme et la coopération;
  • le libre arbitre (concept mal défini, donc impossible à mesurer; selon lui, le libre arbitre n’existe pas ou bien il est partagé par de nombreuses espèces; en aucun cas il ne peut être spécifique aux êtres humains comme certaines personnes le prétendent);
  • l’importance des liens affectifs sur les émotions.

7. La notion de « sentience ». Ce que sentent les animaux : Ce chapitre porte sur la sentiencecapacité à expérimenter, sentir ou percevoir», dont celle de souffrir) et la conscience animale. Comme toujours, les exemples de l’auteur sont (complétez vous-même!)… Il aborde entre autres :

  • la façon dont nous maltraitons les animaux d’élevage et notre alimentation carnée;
  • les différentes facettes de la sentience chez les plantes et les animaux;
  • la métacognition (la connaissance de la connaissance) chez les animaux;
  • les effets des émotions sur le corps;
  • l’impact des divergences entre les écoles de psychologie sur l’analyse des émotions des humains et des animaux;
  • la différence entre une machine et un organisme vivant;
  • la confusion entre les concepts d’émotions et de sentiments;
  • la sentience chez les poissons;
  • l’impact de la déforestation sur les grands singes et bien d’autres espèces;
  • l’importance de respecter la vie sociale des animaux.

L’auteur conclut que le «bien-être animal est mesurable, et il est en train de devenir un objet d’étude très sérieux, ce qui n’aurait jamais eu lieu si nous en étions encore à croire que les animaux ne sentent ou ne ressentent rien».

8. Conclusion : Dans cette courte conclusion, l’auteur revient notamment sur la confusion entre les concepts d’émotions et de sentiments, puis conclut en se demandant ce que serait la cognition sans émotions :

«Celles-ci donnent du sens à tout et sont la principale source d’inspiration de la cognition, y compris dans notre vie. Plutôt que de tâtonner autour des émotions, il est temps de reconnaître franchement à quel point tous les animaux sont mus par elles.»

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Lire absolument! C’est le troisième livre que je lis de cet auteur et je craignais les répétitions. Il y en a bien sûr un peu, mais juste un peu! Il est aussi possible que je les aie trouvé tellement appropriées que je les aie appréciées autant que les parties totalement inédites. Ce livre nous fait tellement réfléchir sur les caractéristiques des animaux non humains et sur nos relations avec eux (dont tout le mal que nous leur faisons) que je ne peux pas vraiment lui trouver de défaut. Le livre contient aussi des dessins et se termine par un album photo de 12 pages, ce qui permet de bien visualiser les propos de l’auteur et d’agrémenter la lecture. Et, il n’y a pas de notes.

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