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Une autre fin du monde est possible

29 avril 2019

Avec leur livre Une autre fin du monde est possible – Vivre l’effondrement (et pas seulement y survivre), Pablo Servigne, Raphaël Stevens et Gauthier Chapelle «montrent qu’un changement de cap ouvrant à de nouveaux horizons passe nécessairement par un cheminement intérieur et par une remise en question radicale de notre vision du monde».

Préface : Selon Dominique Bourg, philosophe à l’Université de Lausanne, ce livre n’a pas «pour fin de nous convaincre d’un probable effondrement – l’exercice a déjà été accompli [voir ce billet sur un livre précédent des auteurs dont je conseille la lecture] – mais de nous préparer intérieurement à l’affronter, et en un sens à le dépasser, et ce en préparant dès maintenant l’après, le monde qu’il conviendra, parmi d’autres, de reconstruire sur des principes nouveaux».

Introduction – Apprendre à vivre avec : Les auteurs expliquent que l’effondrement dont ils parlent n’arrivera pas tout d’un coup comme dans un film catastrophe, mais graduellement. Un des problèmes est que trop de personnes cherchent des solutions individuelles (dont les plus riches, mais pas seulement) plutôt que des solutions collectives. Ils expliquent ensuite leur démarche et présentent le contenu du livre.

Première partie – Se Relever

1. Subir les ondes de choc : «Ce chapitre explore les aspects psychologiques des catastrophes, et plus précisément les réactions qu’elles provoquent en nous». Les auteurs donnent des exemples de ces aspects et réactions après une catastrophe (peine, deuil, etc.), et décrivent ceux qu’on ressent avant une catastrophe prévue, notamment le stress qu’on peut qualifier de prétraumatique. Ils abordent aussi les précautions qu’il faut prendre avant d’annoncer une mauvaise nouvelle ou, pire, une catastrophe.

2. Reprendre ses esprits : Les auteurs analysent les facteurs qui expliquent que la majorité des survivant.es d’une catastrophe ne vivent pas de traumatisme important, les plus importants d’entre eux étant l’entraide et le soutien de proches (voisins, ami.es et famille). Ils décrivent ensuite les étapes qui suivent ou peuvent suivre une grande perte. Dans le contexte de l’effondrement dû à l’anthropocène, nous ne devons pas seulement accepter le fait que nous mourrons, mais que ce soit notre civilisation qui mourra.

3. Aller de l’avant : Le titre de ce chapitre ne signifie pas de continuer comme avant, mais bien «d’accepter et de se préparer à la possibilité de perdre ce à quoi on tient, pour justement nous rendre entièrement disponibles à ce qui arrive». Les auteurs se penchent sur deux notions positives, soit l’optimisme et l’espoir. Ils se demandent notamment si, dans le contexte de l’effondrement à venir, on peut et doit avoir des enfants (les trois auteurs sont pères).

Deuxième partie – Faire un pas de côté

4. Intégrer d’autres manières de savoir : Les auteurs abordent l’institution de la science qui peut devenir une alliée si elle cesse de «nourrir un système technique destructeur». Ils abordent différentes approches, dont les sciences de la complexité, l’interdisciplinarité, la transdisciplinarité, l’intégration des savoirs autochtones et la science post-normale (que je renonce à définir, mais qui n’est pas de l’anti-science ni du relativisme).

5. S’ouvrir à d’autres visions du monde : Ce chapitre porte sur les relations entre les humains et les autres êtres vivants. Les auteurs présentent quelques types de relations de ce genre, comme le naturalisme, l’animisme et le totémisme.

6. Raconter d’autres histoires : L’être humain adore se faire raconter des histoires (voir par exemple ce billet). Les auteurs considèrent qu’il devrait cesser d’écouter celles qui lui font croire qu’un miracle technologique ou de petites modifications à son mode de vie permettront d’éviter l’effondrement. Il devrait aussi cesser d’idéaliser les Trente Glorieuses pour parler des 200 Affreuses qui ont été marquées par un gaspillage éhonté de ressources et par l’avènement de l’anthropocène et de la sixième extinction. Ces récits pourraient aussi valoriser les modes de vie plus collaboratifs qui correspondent davantage à sa nature. Ils analysent ensuite l’impact d’autres récits : Troisième Guerre mondiale, troisième révolution, changement de cap, décivilisation, etc.

Interlude – Une porte d’entrée : Dans cet interlude, les auteurs se demandent «comment faire du lien et donner du sens à nos vies et à notre époque». Pour répondre à ces questions, ils nous expliquent les concepts d’écopsychologie et d’écoféminisme, et comment ils peuvent contribuer à retrouver des liens et à les resserrer.

Troisième partie – Collapsosophie

7. Tisser des liens : Les auteurs explorent dans ce chapitre les liens entre humains, avec les autres qu’humains et avec ce qu’ils appellent le «sacré». Ce «sacré» est le «sentiment d’être en contact avec quelque chose de plus grand», un «lien avec ce à quoi nous tenons, avec ce qui compte vraiment au plus profond de nous», «une expérience de communion avec et dans la nature».

8. Grandir et pacifier : Les auteurs souhaitent poser ici «quelques idées sur les thématiques qui nous touchent particulièrement quant à la posture à adopter au regard d’un possible effondrement». Ils abordent dans cette optique :

  • l’importance de sortir de la «patho-adolescence», une forme de narcissisme qui nous fait vivre au moment présent en négligeant les conséquences à moyen et long termes de nos choix de vie;
  • la réconciliation entre le masculin et le féminin en chacun.e de nous (ou entre le yin et le yang);
  • la renaissance du sauvage en nous (ou de nos liens avec la nature);
  • la création de réseaux d’initiation et d’entraide.

Conclusion – Apocalypse ou happy collapse ? : La mise en récit de l’effondrement «permet d’acter la fin de notre période thermo-industrielle (fin choisie ou subie), et de donner un nouveau sens à ce siècle tumultueux». Pour cela, on devra passer par les étapes présentées dans ce livre (peine, deuil, stress prétraumatique, etc.), mais il ne faudra pas perdre de vue ses aspects plus positifs, comme se rapprocher des autres humains et des autres êtres vivants, et de vivre plus intensément l’entraide et la coopération pour assurer notre survie.

Postface : Cyril Dion, qui a écrit et réalisé avec Mélanie Laurent le film Demain, se sent légèrement plus en paix après la lecture de ce livre. Il revient ensuite sur ses points saillants.

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Ce n’est vraiment pas mon genre de livre, mais il peut certainement plaire à d’autres. J’ai simplement trop de difficulté à visualiser le monde que nous proposent les auteurs et de l’envisager positivement, ce qui n’est pas vraiment de leur faute. Contrairement à son effet sur Cyril Dion, ce livre, même s’il se veut positif, m’a plus angoissé que calmé. Et, finalement, mais ce fut bien ce qui m’a le moins troublé, les 496 notes qu’il contient s’étendent sur 30 pages à la fin du livre. Il s’agit en très grande majorité de références, mais avec quelques compléments d’information. Alors, le lire ou pas? À vous de voir!

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