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Les nouveaux anarchistes

6 mai 2019

«Dissipant le cliché médiatique des « casseurs » sans foi ni loi, le politologue Francis Dupuis-Déri s’est immergé depuis les années 1990 dans les mobilisations de ces nouveaux anarchistes, en France et en Amérique du Nord». De cette immersion est sortie son livre Les nouveaux anarchistes – De l’altermondialisme au zadisme.

Introduction – Les «nouveaux anarchistes» : Selon l’auteur, «les actions et les pratiques anarchistes sont diversifiées», et cela de plus en plus, et un peu partout en Occident. Il compte ici présenter sa perception de cette réalité et des enjeux qu’elle soulève, tout en soulignant que son interprétation de cette réalité n’est pas la seule qui peut être valable. Trop souvent associé aux «casseur.euses» lors de manifestations, l’anarchisme se distingue en fait par «sa conception radicale des principes de liberté et d’égalité, qui favorise un processus de prise de décision autonome, horizontal, participatif, délibératif et consensuel». Il décrit ensuite les particularités de différentes formes d’anarchismes (surtout politique, social et autonome, mais aussi culturel et existentiel) et la contribution de nombreux.euses anarchistes aux luttes altermondialistes. Il présente finalement les aspects de la question qui retiendront son attention dans ce livre, notamment les différentes stratégies et tactiques adoptées par les anarchistes.

Groupes d’affinité : Un groupe d’affinité est «une unité militante autonome d’environ 5 à 20 individus qui partagent une même sensibilité à l’égard des causes à défendre et du type d’actions à privilégier». Dans ce chapitre, l’auteur :

  • raconte l’origine de ces groupes, apparus dans les années 1920 en Espagne, et leur diffusion jusqu’à nos jours;
  • explique plus à fond le concept d’affinité et comment il se concrétise dans ces groupes;
  • présente le concept d’agoraphilie politique propre aux groupes d’affinité et distingue la démocratie directe (on décide par vote majoritaire) de l’anarchisme (on décide par consensus);
  • aborde les inégalités de pouvoir informel (souvent niées) au sein des groupes d’affinité, notamment entre les hommes et les femmes;
  • montre que l’autonomie des groupes d’affinité ne les empêche pas de collaborer avec d’autres groupes pour se partager des tâches lors d’une action, justement en fonction de leurs affinités différentes et complémentaires.

Nouvelles du front anticapitaliste – l’armée de clowns rebelles tient bon : «J’entends ici présenter dans leur contexte quelques-unes des offensives récentes des armées de clowns rebelles et préciser le sens de cette forme d’activisme, soit sa signification politique et militante». L’auteur aborde :

  • l’origine de ce type de manifestations;
  • différents types d’action de perturbation et de tactiques (dont les armées de clowns);
  • quelques exemples d’actions entreprises par des armées de clowns révolutionnaires (lors de cinq manifestations différentes);
  • le débat entre les actions violentes et non violentes, et le concept de diversité des tactiques;
  • les manifestives, manifestations lors d’événements festifs (comme des carnavals), leurs objectifs et les critiques allant à leur encontre;
  • l’effet perturbant pour les autorités des armées de clowns révolutionnaires et des manifestives, et la répression contre elles;
  • la vision de membres des armées de clowns révolutionnaires sur leurs actions;
  • l’impact médiatique et politique de leurs actions, et leur effet mobilisateur, formateur et émancipateur;
  • les possibilités (dérisoires) que ce type d’action parvienne à modifier de façon significative le système économique et politique actuel.

L’auteur conclut ainsi ce chapitre : «Même si l’action du clown peut sembler dérisoire, voire sans espoir, elle reste tout de même un signe de contestation, de résistance, de rébellion, indiquant qu’il y a des valeurs autres que celles proposées et imposées par les élites mondiales».

L’utopie est dans le pré – campements militants temporaires autogérés : Le campement «militant se distingue d’autres formes de protestations collectives et de mobilisations dans la mesure où il nécessite un engagement physique, mais également émotionnel pour construire et maintenir fonctionnel cet espace de vie (…)». Ce chapitre portera «sur des expériences d’autogestion qui doivent permettre de vivre dans le réel les principes de liberté et d’égalité». L’auteur y parle :

  • de la différence entre l’anarchisme et le socialisme utopique, et d’expériences concrètes dans ce sens;
  • de militantisme autogéré;
  • d’une campagne (baptisée No border) visant à dénoncer les politiques d’immigration européennes (jugées racistes et discriminatoires) qui s’est déroulée de 1999 à 2003 et qui a permis l’établissement de dizaines de campements temporaires surtout en Europe, mais aussi en Australie;
  • du Village alternatif anticapitaliste antiguerre (VAAAG), campement établi en 2003 à Évian pour dénoncer les sommets du G8, et qui a compté jusqu’à 3000 à 4000 participant.es;
  • de problèmes vécus lors de ces campements et d’interrogations sur leur impact;
  • du Point G, village non mixte regroupant quelques dizaines de féministes établi en marge du VAAAG, et des réactions qu’il a suscitées;
  • du bilan de ces expériences.

Conclusion – Le principe désespérance : Les chapitres précédents ont permis de mieux connaître et comprendre certaines tactiques utilisées par les «nouveaux» anarchistes et «de constater que bien loin de l’image de «casseurs» ou de «doux rêveurs», les anarchistes sont en perpétuel questionnement quant au sens de leurs pratiques. L’autocritique est au cœur de leurs débats».

Le «principe désespérance» du titre de cette conclusion reflète le fait que la majorité des anarchistes «ne croient pas possible la révolution au cours de leur vie». Cela dit, «la désespérance n’est pas nécessairement synonyme d’apathie. D’où l’expression : la rage du désespoir».

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Lire! Même si ce livre est composé de textes déjà présentés ailleurs au début des années 2000, mais mis à jour et remaniés pour éviter les répétitions, il demeure d’actualité et agréable à lire. J’y ai appris beaucoup sur les tactiques des anarchistes et les comprends mieux, ce que visait justement l’auteur avec son livre. L’auteur écrit bien, sait rester en retrait de ses sujets et parvient toujours à susciter notre intérêt. En plus, les notes sont en bas de page.

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5 commentaires leave one →
  1. Robert Lachance permalink
    11 août 2019 12 h 13 min

    Il est à ma bibliothèque municipale, en trois exemplaires, Québec.

    Retour annoncé pour le 19/08/24. J’ai réservé.

    Aimé par 1 personne

  2. Robert Lachance permalink
    25 août 2019 6 h 41 min

    J’ai en main depuis hier. L’introduction est bien comme vous résumez. Je cherche en quoi le livre est complémentaire à Le principe démocratie : enquête sur les nouvelles formes du politique d’Albert Ogien et Sandra Laugier. Qu’on ne voit pas ici, ajouterais Félix Leclerc.

    https://www.youtube.com/watch?v=Z0RQzlb7zkU 20 minutes après l’annonce

    vers 16:00

    Pas de billots pas d’écrivains
    pas de livres comme de raison
    Ça serait peut-être aussi ben
    mais peut-être aussi que nom

    Je croyais l’y avoir découvert.

    P.S. Pour réavoir Hans Kelsen, je suis premier en attente.

    Pour Ne sommes-nous pas québécoises en deuxième; le retour d’un des 4 exemplaires est annoncé pour le 29 prochain.

    https://jeanneemard.wordpress.com/2019/07/22/ne-sommes-nous-pas-quebecoises/

    Pour le bug humain : pourquoi notre cerveau nous pousse à détruire la planète et comment l’en empêcher, je suis toujours en cinquième; un seul exemplaire, retour annoncé pour le 5 septembre. Si j’étais anarchiste, je n’écris pas que je ne le suis pas du tout, je serais en désespérance mais je sais qu’il y a Noël.

    https://jeanneemard.wordpress.com/2019/07/29/le-bug-humain/

    Aimé par 1 personne

  3. Robert Lachance permalink
    8 septembre 2019 7 h 33 min

    Magistral témoignage sur un sujet marginal, l’anarchisme, de siècles à décennies. Sujet d’avenir ? On reconnait en trois fois moins de pages l’historien de Démocratie : Histoire d’un mot.

    https://jeanneemard.wordpress.com/2014/08/04/quand-la-democratie-en-perd-son-grec/

    J’ai mis paresseusement environ trois semaines à lire les quelque 100 premières pages, par titre de une à 14. Facile. Ça situe le sujet, clairement, honnêtement, sobrement, sans plus.

    Notre bibliothèque municipale m’a informé que le livre d’Olivier Jouanjan sur Hans Kelsen traitant de forme du droit et de politique de l’autonomie était disponible. J’ai décidé de terminer d’abord Les nouveaux anarchistes avant de relire les chapitres sur La science comme vision du monde de Mathias Jestaedt et Science et politique chez Hans Kelsen de Carlos Miguel Herrera.

    J’ai fait en deux heures, d’un trait et pas parce que le Grand prix d’Italie est imminent. La conclusion mène au principe de désespérance après analyse de mises à l’essai depuis une vingtaine d’années de principes devant mener à une vie personnelle et collective libertaire recherchée.

    Mises à l’essai réelles phares éclairant.es, fort différentes de l’utopique communauté béhaviorale fictive hiérarchique Walden Two de B.F. Skinner.

    P.S. Lecture à venir : en transit, Ne sommes-nous pas québécoises ?,

    https://jeanneemard.wordpress.com/2019/07/22/ne-sommes-nous-pas-quebecoises/

    deuxième en attente, Le bug humain.

    https://jeanneemard.wordpress.com/2019/07/29/le-bug-humain/

    Aimé par 1 personne

  4. Robert Lachance permalink
    22 septembre 2019 7 h 04 min

    Je ne me rappelais pas d’avoir lu les quelque 50 dernières pages et j’en ai relu les 40. Grand bien m’en fait pour y avoir prêté meilleure attention, en particulier au dernier chapitre intitulé judicieusement Conclusion : Le principe désespérance.

    J’avance dans Ne sommes nous pas Québécoises ?. L’auteure et ses collaboratrices sont-elles anarchistes ? C’est à dire, premier paragraphe de Conclusion :

    « Les anarchistes poursuivent, consciemment ou non, un objectif général qui se décline sous une forme négative critique et sous une forme positive programmatique, à savoir constituer (positif) un monde de liberté, d’égalité, de solidarité, et de sécurité ou détruire (négatif) toute forme de domination, d’oppression, d’appropriation et d’exclusion. Cet objectif peut se poursuivre à grande échelle, soit un pays ou une région, ou à une plus petite échelle, soit une commune ou un squat, entre autres lieux, voir au niveau des relations interpersonnelles. »

    Si elles ne le sont pas, ce qui étant à changer l’étant, est-ce que ce dernier paragraphe de la conclusion de Francis- Dupuis-Déri s’adresse à elles ? :

    « En fait, ces progressistes qui prétendent aspirer réellement à la liberté, l’égalité la solidarité et la sécurité, devraient cesser de faire la leçon aux anarchistes, et les rejoindre. Voilà, enfin, une stratégie commune qui pourrait s’avérer efficace ».

    P.S. J’ai en main depuis hier Le bug humain : Pourquoi notre cerveau nous pousse à détruire la planète et comment l’en empêcher de Sébastien Bohler.

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  5. 22 septembre 2019 10 h 33 min

    «L’auteure et ses collaboratrices sont-elles anarchistes ?»

    Ce serait étonnant, surtout pour l’autrice qui a travaillé pour un parti politique (PQ) et s’est présentée pour un autre (QS).

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