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Du vin et des jeux

3 juin 2019

Avec leur livre Du vin et des jeux – Le virage commercial de la SAQ et de Loto-Québec, Simon Tremblay-Pepin et Bertrand Schepper-Valiquette « proposent de reconstituer l’histoire de ces sociétés d’État afin de comprendre leur mission et de cerner les problèmes qui ont mené à la crise de légitimité qu’elles traversent depuis leur création ».

Introduction : Les auteurs expliquent leur démarche et leurs objectifs.

1. Avant la Révolution tranquille : Les auteurs racontent les circonstances entourant la création de l’ancêtre de la Société des alcools du Québec (SAQ) en 1921, la Commission des liqueurs de Québec (CLQ), dont les emplois furent pendant des années occupés par des partisans du parti au pouvoir. Pendant ce temps, le jeu était soit clandestin et illégal, soit organisé par l’église pour se financer.

2. La Révolution tranquille : lentes transformations : Le changement de nom de la CLQ en 1964 pour la Régie des alcools du Québec (RAQ) ne changea pas grand-chose, mais la syndicalisation de ses employé.es en 1968 mis un terme au placement de partisan.es politiques dans ces postes, sauf pour la direction. Du côté du jeu, Québec crée la Société d’exploitation des loteries et courses du Québec en 1970 (communément appelée Loto-Québec).

3. Les années 1970 : les fondations : Pour mettre fin au « patronage » politique (qui se poursuivra quand même à une plus petite échelle jusqu’à la fin des années 1970), la RAQ est scindée en 1973 en deux entités, une pour l’émission des permis d’alcool, la Commission de contrôle des permis d’alcool et l’autre pour la vente, la Société des alcools du Québec (SAQ), dont les magasins prennent graduellement la forme qu’ils ont aujourd’hui (libre-service plutôt que comptoirs de commande). Dans le cadre de ce changement, on professionnalise le personnel et modernise la gestion. Du côté de Loto-Québec, les loteries se multiplient et les profits dépassent les attentes. Finalement, les auteurs soulignent les missions contradictoires de ces deux sociétés d’État, soit de maximiser leurs ventes et le dividende remis à l’État, et de travailler en prévention de l’alcoolisme et de la dépendance au jeu.

4. Les années 1980 : vaches maigres, vaches grasses : Avec la récession du début des années 1980, les ventes de la SAQ stagnent, voire diminuent. Dans ce contexte et avec les baisses d’entrées fiscales dues à la récession, le gouvernement du PQ réactive des projets de privatisation de succursales de la SAQ, soit à des coopératives de travailleur.euses, soit à des intérêts privés. Finalement, ces ventes n’auront pas lieu, mais ces projets auront nui au fonctionnement de la SAQ. La récession ne nuit pas à Loto-Québec qui bat des records de ventes, entre autres grâce à l’ajout de la 6/49 et de quelques autres loteries (souvent à bas prix, visant les plus pauvres). En plus, les provinces obtiennent le monopole des loteries après quelques escarmouches avec le gouvernement fédéral.

5. De 1990 aux « années Frigon » : le virage commercial : Avec une nouvelle récession au début des années 1990, les ventes de la SAQ stagnent à nouveau. La société prend un virage commercial, surtout après l’arrivée à sa tête de Gaétan Frigon au début de 1998. Loto-Québec ouvre un premier casino à Montréal en 1993. Devant l’achalandage plus grand que prévu, elle en ouvre deux autres dans la même décennie dans Charlevoix et en Outaouais. Elle prend aussi le contrôle des appareils de loteries vidéo (ALV) en 1994 et des bingos en 1997 (en laissant les profits à des organismes sans but lucratif à partir de 2003). Ses profits augmentent en conséquence d’une moyenne de 14 % par année entre 1994-1995 et 1998-1999. L’augmentation de l’offre de jeu fait ressortir encore plus les contradictions entre les missions de Loto-Québec, celle de la hausse des revenus l’emportant sur celle de la prévention de la dépendance au jeu.

6. De 2005 à 2015 : le côté sombre du virage commercial : Cette période se caractérise par la baisse de la croissance des ventes de la SAQ, par l’accentuation des pressions pour faire augmenter les dividendes remis au gouvernement et par celles pour la privatiser en partie ou entièrement (l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques, l’IRIS, a publié des études à l’époque pour contredire les arguments des partisan.es de la privatisation). Pour faire augmenter les dividendes qu’elle remet au gouvernement, la SAQ adopte des stratégies qui ne visent pas à satisfaire les consommateurs.trices, mais bien à les faire dépenser plus. Loto-Québec, face aux mêmes exigences gouvernementales, se préoccupe de moins en moins de la prévention de la dépendance au jeu. Elle tente, en partenariat avec le Cirque du Soleil, de déménager le casino de Montréal dans Pointe-Saint-Charles. Face au tollé suscité par ce déménagement, le Cirque du Soleil se retire, mettant fin à ce projet.

7. Enjeux actuels : Plus récemment, la SAQ a mis en place Inspire, qui est davantage un programme promotionnel qu’un programme de récompense, puisque le choix des produits proposés est financé par les producteurs. Les pressions pour sa privatisation partielle ou l’établissement de concurrents se poursuivent. Le gouvernement a mis sur pied en 2018 la Société québécoise du cannabis (SQDC), filiale de la SAQ, mais qui est passablement autonome. Ses profits ne visent pas à financer le gouvernement, mais des programmes de recherche et de prévention en matière de cannabis. Du côté de Loto-Québec, les auteurs nous font part de récents scandales illustrant bien, encore une fois, la contradiction entre les missions de cette société d’État.

Conclusion – Pour en finir avec la dépossession : Selon les auteurs, ces deux sociétés doivent conserver leur caractère public, mais elles ont besoin de réformes importantes. Ils émettent à cet effet une série de recommandations pour qu’elles respectent toutes leurs missions, pas seulement celle de verser des dividendes au gouvernement et pour qu’elles soient vraiment au service de la population.

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Lire! Ce retour sur l’histoire de ces deux sociétés d’État permet de bien voir ce qui a été bien fait et surtout ce qui explique leurs principales dérives. Le livre est bien structuré et agréable à lire, on suit avec intérêt l’évolution de ces sociétés et on comprend bien ce qui a mal tourné et pourquoi il en fut ainsi. Il est aussi intéressant de voir que de nombreuses actions citoyennes ont permis d’éviter les pires projets que des dirigeants ou des politicien.nes ont imaginés pour ces sociétés. On aurait pu déplorer que les recommandations ne soient pas davantage élaborées, mais, en fait, comme presque toutes les pires décisions ont été prises en raison des contradictions dans leurs missions, il est normal que les recommandations soient succinctes et se concentrent sur cette cause. Il reste à espérer qu’elles soient mises en œuvre! Ah oui, les notes sont en bas de page, autre bon point pour ce livre!

2 commentaires leave one →
  1. Robert Lachance permalink
    6 juin 2019 13 h 36 min

    Par mon côté libertarien, minoritaire, je me libère, je fais mon vin depuis que j’ai un sous-sol ou un garage. J’y gagne personnellement, dont en poids, par la force des calories; j’épargne gros. Notre État pas encore officiellement plurinational, pompe-à-fric, y gagne moins et y perd, en éventuels frais médicaux pour diabète 2.?.

    Je ne suis pas seul : Moins d’État, Joanne Marcotte 2011, Pour en finir avec le gouvernemaman; Éric Duhaime L’État contre les jeunes : Comment les baby-boomers ont détourné le système, 2011; Martine Ouellet, L’avenir du Québec, ce n’est pas moins d’État mais mieux d’État, 2015, je ne sais pas.

    Je ne me sens pas visé par le livre d’Éric, Josée Garceau dans La cohabitation des générations, 2012, me classe scientifiquement chez les traditionnels, pas les baby-boomers.

    Heureusement, je n’ai pas qu’un côté libertaire, j’ai aussi un côté humaniste qui m’a amené à la lecture d’un roman utopique à propos d’une communauté expérimentale, Walden Two. L’histoire date de trois générations. C’est à réécrire.

    J'aime

  2. 6 juin 2019 18 h 52 min

    «Je ne suis pas seul»

    Je préfère être seul qu’avec Joanne Marcotte et Éric Duhaime!

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