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Ne sommes-nous pas Québécoises ?

22 juillet 2019

Avec son livre Ne sommes-nous pas Québécoises ?, Rosa Pires fait part des résultats d’une enquête qu’elle a menée «auprès de 10 femmes de la deuxième génération issue de l’immigration afin de sonder leur point de vue sur les inégalités, l’appartenance et la question nationale».

Introduction – Ne suis-je pas Québécoise? : L’autrice explique les raisons pour lesquelles elle a écrit ce livre et a choisi son titre. Elle décrit ensuite les événements qui l’ont menée à un poste à la permanence du PQ et à le quitter. Puis est arrivée la Charte des valeurs… Elle a réalisé que «les inégalités liées aux constructions de sexe, de genre, de classe, d’ethnicité et de race ont engendré un mode d’exclusions et d’inclusions proprement québécois». Pour approfondir sa réflexion, elle a «voulu rencontrer d’autres féministes de la deuxième génération d’immigration» intéressées comme elle «par les débats politiques entourant la citoyenneté».

1. Les oubliées de la citoyenneté : L’autrice montre que les femmes racisées ont longtemps été exclues des débats politiques et féministes au Québec, et que cette exclusion présente des caractéristiques particulières chez les femmes de la deuxième génération d’immigration, car elles sont à la lisière entre la majorité et la minorité.

2. Trajectoires et lieux de passage – la construction d’une identité transculturelle : L’autrice raconte les parcours d’intégration au Québec de ses parents et de ceux des 10 femmes interrogées. Elles expliquent ensuite les événements qui les ont rendus féministes, tout en demeurant critiques du mouvement féministe dominant. Elles abordent ensuite la question de l’identité nationale (québécoise, canadienne, du pays d’origine des parents, immigrante, etc.), mettant de l’avant une forme de transculturalisme et bien d’autres aspects de leurs spécificités.

Je trouve important de préciser que l’autrice accompagne les citations des femmes interrogées d’analyses intéressantes appuyées par des sources nombreuses.

3. Comment la majorité opère une citoyenneté racialisée : «Le Québec n’est pas une société plus raciste que les autres, elle l’est simplement autant que n’importe quelle autre société, dont le Canada (…)». Cette citation d’une des femmes interrogées introduit bien ce chapitre. Et les exemples qu’elles donnent montrent que cette citation est appropriée (euphémisme), dont celui d’une femme voilée qui a été enfermée dans une pièce par sa patronne jusqu’à ce qu’une cliente d’un salon d’esthétique qui n’aimait pas les femmes voilées s’en aille. Elles abordent ensuite :

  • la difficile intégration des femmes racisées (l’auteur utilise aussi le terme «racialisées») au mouvement féministe majoritaire;
  • l’impact du documentaire Disparaître de Lise Payette et Jean-François Mercier;
  • les appuis et les résistances à l’approche intersectionnelle dans le mouvement féministe;
  • leurs réactions à la question «d’où viens-tu»;
  • les concepts d’hospitalité coloniale et d’hospitalité bienveillante;
  • l’absence des femmes racisées dans l’histoire du Québec et dans la sphère médiatique et culturelle.

4. Savoirs politiques et moments de dissonance : L’autrice et les femmes qu’elle interroge discutent cette fois de la politique québécoise. Elles mentionnent «six événements de la politique québécoise qui ont suscité chez elles des moments de dissonance» :

  • le discours de Jacques Parizeau sur l’argent et le vote ethnique (le choc fut encore plus violent pour l’autrice qui travaillait à l’époque à la permanence du PQ et qui siégeait au comité ethnoculturel pour le oui), et les débats entourant la Charte des valeurs dites québécoises (ce fut l’événement qui a suscité chez elles les réactions les plus vives, certaines ayant rompu par la suite avec le PQ et même avec l’idée d’indépendance, comme je le craignais lorsque cette charte a été présentée);
  • la grève étudiante de 2012;
  • les inégalités économiques et le néolibéralisme;
  • l’élection de Pierre Karl Péladeau comme chef du PQ;
  • la crise des accommodements raisonnables;
  • la fermeture des Centres d’orientation et de formation des immigrants (COFI).

Conclusion – À la lisière de la citoyenneté québécoise : Dans cette conclusion, l’autrice se penche sur la contribution que les féministes de la deuxième génération d’immigration peuvent apporter à la conception de la citoyenneté et à la cohésion sociale. Je retiens surtout deux phrases de cette conclusion :

«Les réflexions de ces féministes laissent entrevoir que l’émancipation de toutes les femmes passe par une prise en compte à la fois des différences et des similarités. Si le Nous adossé à une pensée universaliste comporte des pièges pour le vivre-ensemble, le Je de la différenciation peut facilement mener à une désolidarisation s’il n’est pas d’abord ancré dans la lutte contre toutes les formes hégémoniques du pouvoir.»

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Lire! Je devrais cesser de dire que j’avais des réticences avant de me procurer un livre, car comme c’est souvent le cas, notamment pour celui-ci, ça devient répétitif. Le thème est en effet semblable à au moins trois livres que j’ai lus cette année. Mais, il m’a séduit. Tout d’abord, comme mentionné plus tôt, l’autrice accompagne toujours les réflexions des femmes qu’elle a interrogées de sources plus générales qui permettent de les mettre en contexte et de les appliquer de façon plus large que celle de l’opinion d’une dizaine de personnes. Ensuite, le texte est clair et agréable à lire. Puis, on se reconnaît facilement dans les événements qui ont marqué l’évolution de la pensée sociale et politique de ces personnes. En plus, les notes sont en bas de page!

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7 commentaires leave one →
  1. Robert Lachance permalink
    22 juillet 2019 21 h 03 min

    J’aime les documentaires adultes. J’ai réservé à notre bibliothèque municipale; en traitement.

    Aimé par 1 personne

  2. Robert Lachance permalink
    18 août 2019 8 h 45 min

    Je suis mis en attente par la bibliothèque pour ce livre, en quatrième réservation, aussi bien dire attendre à Noël.

    Je suis paresseusement grégaire, je n’ai pas acheté lundi dernier à l’occasion de la journée de l’achat d’un livre québécois. Je vais faire demain en me procurant celui-ci.

    P.S. Pour Francis Dupuis-Déri, je suis premier, pour Sébastien Bohler, cinquième. J’aurais d’abord acheté celui-là, s’il avait été québécois.

    Aimé par 1 personne

  3. Robert Lachance permalink
    12 septembre 2019 8 h 49 min

    Je ne fais pas toujours tout ce que je remets à demain. Fort bien, ça m’a donné le temps de lire Les nouveaux anarchistes de Francis Dupuis-Déri avant celui de Rosa Pires. Premier disponible, premier lu.

    Pour Ne sommes-nous pas Québécoises ?, contrairement à ce que j’appréhendais, devoir attendre à Noël, j’ai obtenu avant-hier. Je n’ai de lu que la 4e de couverture et l’introduction. C’est écrit fin, tricoté fort serré après enquête menée sous souci méthodologique respectable.

    Une guerrière.

    https://jeanneemard.wordpress.com/2019/05/20/on-peut-plus-rien-dire/

    Genre académique comme Aurélie Lanctôt,

    https://jeanneemard.wordpress.com/2015/11/23/les-liberaux-naiment-pas-les-femmes/

    Camille Robert

    https://jeanneemard.wordpress.com/2017/12/18/toutes-les-femmes-sont-dabord-menageres/

    plus que Martha C. Nussbaum.

    https://jeanneemard.wordpress.com/2014/11/10/la-democratie-et-les-humanites/

    À +.

    P.S. Pour l’attente de Sébastien Bohler, je suis maintenant deuxième.

    Aimé par 1 personne

  4. Robert Lachance permalink
    14 septembre 2019 7 h 06 min

    Sauf erreur, j’ai compté deux fois dans le chapitre un, le mot racisé revient au féminin à pas moins de 17 occasions dans les étiquettes femmes racisées, femmes immigrantes et racisées, femmes issue de l’immigration ou racisées, femmes autochtones et racisées, les racisées.

    De race humaine dans Wikipédia, j’ai cru comprendre qu’il n’y a pas de race chez les humain.es. Chez l’humain.e, c’est l’espèce humaine : groupe d’individus possédant la même morphologie héréditaire et le même genre de vie, séparé des groupes voisins par une barrière génétique. Michel Leboeuf, p. 219

    https://jeanneemard.wordpress.com/2018/08/06/paroles-dun-bouleau-jaune/

    « Le concept d’espèce reste un épineux problème pour les spécialistes, et cette section est sans doute la plus technique de ce livre (Quelle réalité biologique, p. 63). Quand certains défendent l’idée, dite réaliste que l’espèce recouvre une réalité caractérisée du monde vivant (Philippe Lherminier et Michel Solignac), d’autres adoptent un point de vue nominaliste selon lequel l’espèce n’est qu’une commodité de langage qui ne correspond pas à un niveau plus réel que le genre ou la population. C’était déjà le point de vue de Darwin, et c’est celui de l’auteur de ces lignes. Thomas C. Durand

    https://jeanneemard.wordpress.com/2018/07/16/lironie-de-levolution/

    Et j’ajoute ajoutait parfois Jean-François Lisée :

    « Le fossé qui nous sépare des autres animaux nous parait immense, parce que les espèces intermédiaires qui ont emprunté à un moment donné, la voie évolutive que nous avons suivie, ont toutes disparu. Nous sommes la dernière espèce humaine survivante d’un monde qui autrefois en comportait d’autres, que nous pourrions appeler des espèces soeurs, et des douzaines d’autres encore qui étaient nos ancêtres et nos cousins. Tous, nous constituons les « hominiens ». Jonathan Silvertown, L’animal qui cuisine, P. 24

    https://jeanneemard.wordpress.com/2019/02/11/diner-avec-darwin/

    CRISCO, le dictionnaire de synonymes, pas le corps gras de cuisine, n’en a pas pour raclsé. Pour racisme, il retient xénophobie et haine, xénophobie très loin devant. J’aurais écrit femmes « xénophobiées ». Et toi Francis Dupuis-Déri? (présentation aussi disponible de la fenêtre de recherche)

    À part ça, j’ai été heureux de lire plurinationales page 23 « … de nouvelles ententes plurinationales… ». Vous êtes sans doute sans savoir que j’ai déjà écrit ceci sur Cocoriko, un dispositif mis à disposition des internautes lors de la révision du programme du Parti québécois en 2017 :

    Proposition sur Cocoriko au projet #4, changer son titre et reformuler l’introduction

    Le Québec : un territoire plurinational en Amérique du Nord

    Sur la base de l’occupation et du partage du territoire québécois, le Parti Québécois/Équipe JFL s’engage à continuer son peuplement de manière équitable et avant-gardiste.

    Le socle nécessaire à l’évolution de cette société demeure les couples, moteur de notre force de travail et de régénération, en majorité de langue française et de culture québécoise.

    Le Québec demeurera ainsi fièrement une terre où cohabitent les peuples autochtones, une majorité francophone et une minorité anglophone; une terre respectueuse de cette diversité et de celle de l’immigration qui s’y joindra.

    https://parti-quebecois.cocoriko.org/groups/4le-quebec-une-nation-francophone-en-amerique-du-nord

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  5. 15 septembre 2019 1 h 01 min

    Pour «racisée» je vous suggère ce texte de la Ligue des droits et libertés :

    https://liguedesdroits.ca/personne-racisee-racialisee/

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  6. Robert Lachance permalink
    15 septembre 2019 11 h 16 min

    Personne raciste ou racialisée

    Je comprends à la définition judicieusement fournie au lien que la majorité des Québécois.es ne peuvent être racisée : on ne peut en invoquer ou en supposer l’appartenance à ce groupe, quand ces gens ne sont pas musulman-e ou de Juif, juive (religion) de Noir.e, (couleur de la peau), d’Arabe (langue) ou d’Asiatique (continent).

    À moins qu’au lieu de continent après Asiatique il serait écrit non seulement légalement mais légitimement État. L’état du Québec est d’être un État dans un État qui s’est donné une Charte des droits de la personne avant l’ autre.

    « On est toujours l’étranger de quelqu’un » 1972

    Pauline Julien/Jacques Perron

    P.S. 1 – Pourquoi la minuscule à juive.

    2 – À l’époque, mon conseiller d’orientation me proposait d’aller en droit. J’ai préféré la psychologie : plus fort en science qu’en français, plus faible en rédaction minutieuse qu’en imagination d’avenir.

    Médecine ?

    – j’ai un passé juste.

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  7. Robert Lachance permalink
    19 septembre 2019 8 h 34 min

    J’ai lu deux fois plutôt qu’une le deuxième chapitre, Trajectoire et lieux de passage – la construction d’une identité transculturelle. Vous résumez fort bien. Ici, je m’éveille au concept d’identité transculturelle. Je l’ajoute à ceux d’autochtone, de francophone et d’anglophone que je retenaient jusqu’à ce matin dans ma description de la population du territoire québécois. Je présumais que les immigrant.es s’intégraient à l’un des trois groupes linguistiques-ethniques.

    « Elles abordent ensuite la question de l’identité nationale (québécoise, canadienne, du pays d’origine des parents, immigrante, etc.), mettant de l’avant une forme de transculturalisme et bien d’autres aspects de leurs spécificités. »

    Le premier sens d’identité est caractère de deux objets de pensée identiques… similitude. Le Québec n’a pas d’identité nationale, n’a pas d’identité au sens de un, le Québec est plurinational, comme la Bolivie ou la Russie mais sans constitution.

    Des conditions s’appliquent pour devenir officiellement une nation, le Québec en sait quelque chose. Doit-il se reconnaître une nation transculturelle ? J’en fais une question de nombre.

    Étant donné la manière dont le Québec renouvelle sa force de travail et de régénération, les transculturels ont un avenir ouvert dans une société essentiellement de production et de consommation. Dans une société de sortie de réchauffement climatique, je sais pas.

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