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L’Asie du Sud-Est à la croisée des puissances

5 août 2019

Sous la direction de Serge Granger, professeur agrégé à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke, et de Dominique Caouette, professeur agrégé au Département de science politique de l’Université de Montréal, le livre L’Asie du Sud-Est à la croisée des puissances donne «un portrait à jour du contexte géopolitique, social et historique de cette région tout à fait fascinante et complexe».

Introduction : «Plus populeuse que l’Europe et deux fois plus peuplée que les États-Unis, l’Asie du Sud-Est est un véritable carrefour de cultures, de commerce et de religions». Serge Granger et Dominique Caouette décrivent le fonctionnement de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), et les caractéristiques politiques, économiques et maritimes des 11 États de cette région. Ils abordent ensuite les principaux enjeux auxquels ces pays font face (surtout l’influence des grandes puissances, la guerre au terrorisme, les conflits régionaux, les besoins en énergie et les actions de la société civile). Ils présentent finalement les sujets traités dans les chapitres qui suivent.

Première partie – Les paramètres

1. L’ASEAN et l’Asie du Sud-Est : Serge Granger et Dominique Caouette présentent plus en détail que dans l’introduction le fonctionnement, le rôle et les activités de l’ASEAN, créée en 1967 avec cinq pays membres, mais qui, depuis les années 1990, regroupe 10 des 11 pays de la région (tous sauf le Timor oriental), et montrent qu’elle joue de nos jours «un rôle de premier plan comme architecte des institutions régionales».

2. Populations et dynamiques migratoires : Ce texte de Danièle Bélanger et Guillaume Haemmerli porte sur la démographie et surtout sur les migrations des pays de l’Asie du Sud-Est.

3. La société civile en Asie du Sud-Est : Dominique Caouette analyse l’influence de la société civile sur la transformation sociale, la transparence des gouvernements et le respect des droits de la personne. Cette analyse porte sur les enjeux de mobilisation régionaux et aborde aussi l’influence des organismes de la société civile dans quatre pays spécifiques.

4. L’intégration économique, un modèle régional? : Éric Mottet présente la situation économique des pays de cette région, qui varie considérablement d’un pays à l’autre, le PIB par habitant de 2015 variant d’un peu moins de 2000 $ au Myanmar à plus de 55 000 $ à Singapour. Il analyse par la suite les défis que cette région et les pays qui la composent doivent affronter, et le rôle de l’ASEAN et des nombreuses ententes de libre-échange actives dans la région.

5. Les enjeux de sécurité en Asie du Sud-Est et au-delà : Les enjeux de sécurité qu’examine Stéphanie Martel touchent aussi bien les tensions militaires que les trafics illicites, le terrorisme, la piraterie, la traite des personnes, les pandémies et les catastrophes naturelles.

6. Les puissances en mers du Sud-Est asiatique : Yann Roche creuse la question des conflits en mer de Chine, surtout pour les ressources halieutiques et la présence possible d’hydrocarbures.

7. Le multilatéralisme sud-est asiatique : Dominique Caouette explique les ramifications entre les nombreuses ententes bilatérales et multilatérales impliquant les pays de l’Asie du Sud-Est avec ceux du reste de l’Asie et de l’autre côté du Pacifique, ainsi qu’avec d’autres puissances mondiales. Il montre à quel point les événements, dont ceux mentionnés dans les autres chapitres, ont influencé ces ententes et les relations entre ces pays.

Deuxième partie – Les puissances étatiques

8. Les États-Unis et l’Asie du Sud-Est : Pierre Asselin et Serge Granger se penchent sur l’engagement en Asie du Sud-Est des États-Unis, «l’architecte principal de l’équilibre géopolitique de la région depuis la Deuxième Guerre mondiale». Marqué par la guerre contre le communisme jusqu’à la chute de Saigon en 1975, cet engagement visait après la fin de la guerre froide à «contenir la Chine» et à «maintenir l’hégémonie américaine par le contrôle des mers et ses flux commerciaux», tout en s’assurant de conserver ses «alliés indispensables dans la région».

9. La Chine et l’Asie du Sud-Est : Ting-sheng Lin et Gauthier Mouton répètent l’analyse du chapitre précédent, mais avec la Chine, qui semble en voie de supplanter les États-Unis comme puissance hégémonique de la région, surtout en raison de l’intégration de son économie avec celle de la région du Sud-Est asiatique, ainsi que de la forte présence de Chinois.es dans la plupart des pays de cette région. Cette puissance suscite par contre passablement de méfiance et porte ces pays à établir des partenariats avec d’autres puissances dont les États-Unis, bien sûr, et le Japon. Cela dit, ces pays ne peuvent se permettre d’ignorer la Chine.

10. La coopération entre le Japon et l’ASEAN : Éric Boulanger nous apprend que le Japon «a construit un vaste ensemble de relations diplomatiques, économiques et socioculturelles avec les pays de l’Asie du Sud-Est» dès les années 1950, et l’a étendu dans les années 1990. Son objectif était et demeure bien sûr d’assurer «à long terme sa prospérité et sa sécurité», mais aussi de contrer «l’influence chinoise grandissante».

11. L’Inde et l’Asie du Sud-Est : Serge Granger considère que l’Inde pourrait être une rivale de la Chine, mais qu’elle n’a pas les capacités suffisantes. Cela dit, «elle mise sur sa proximité géographique et culturelle pour gagner en puissance», limiter l’emprise de la Chine sur cette région, «exporter son économie» et assurer sa sécurité nationale.

12. La Russie et l’Asie du Sud-Est : Selon Isabelle Facon, la Russie n’a pas l’influence des puissances présentées dans les chapitres précédents sur l’Asie du Sud-Est, mais s’intéresse quand même à cette région. Elle est par exemple membre de quelques institutions de la région, notamment en raison de sa volonté de diversifier ses relations extérieures et de marquer sa présence en Asie et sur la côte du Pacifique. Toutefois, son désir de ne pas envenimer ses relations avec la Chine limite grandement l’intérêt des pays de cette région pour elle.

13. Le pragmatisme de l’Union européenne en Asie du Sud-Est : Kathia Lagacé-Nadon explique que les prétentions de l’Union européenne de conditionner ses échanges avec les pays de l’Asie du Sud-Est au respect des droits de la personne, à la démocratisation de la région et à la protection environnementale se sont graduellement effacées pour mettre «d’abord et avant tout l’accent sur la défense de ses intérêts économiques dans la région».

14. Le Canada et l’Asie du Sud-Est : Charles Labrecque fait le tour des interventions du Canada en Asie du Sud-Est depuis les années 1950. Il s’agit bien sûr d’un intervenant mineur par rapport aux pays qui ont fait l’objet des chapitres précédents.

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Je ne sais pas… Cela dit, j’en ai appris beaucoup sur cette région, ce qui était mon objectif en me procurant ce livre. Comme bien des livres regroupant de nombreux.euses auteur.es (14, dans ce cas), on y trouve beaucoup de répétitions. J’ai de loin préféré la deuxième partie du livre qui permet de bien saisir les enjeux et les défis de cette région, et de comprendre sa philosophie politique (basée notamment sur le refus des ingérences des pays étrangers et sur la défense de la souveraineté des pays de la région dans le cadre des nombreuses ententes auxquelles ils sont liés) et l’équilibre précaire qui caractérise ses relations avec les puissances mondiales. J’ai été fréquemment mêlé avec les acronymes utilisés. Les 603 notes de ce livre sont à la fin et s’étendent sur 35 pages. Formées surtout de références, on y trouve quand même beaucoup de compléments d’information, ce qui nous force à utiliser deux signets…

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2 commentaires leave one →
  1. 5 août 2019 13 h 04 min

    Je note l’insistance sur la méfiance à l’égard de la Chine alors que l’hégémonie américaine semble aller de soi

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  2. 5 août 2019 16 h 32 min

    Je croyais avoir bien rendu le fait que l’influence des États-Unis sur ces pays a grandement diminué après la guerre du Vietnam et que la Chine «semble en voie de supplanter les États-Unis comme puissance hégémonique de la région». Cette progression suscite bien sûr plus de crainte que la relative absence des États-Unis, qui n’ont même pas signé l’Accord de partenariat transpacifique global et progressiste (PTPGP).

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