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L’innovation municipale

26 août 2019

Avec leur livre L’innovation municipale, Gérard Beaudet et Richard Shearmur, professeurs à l’École d’urbanisme et d’architecture de paysage de la Faculté de l’aménagement de l’Université de Montréal et à l’École d’urbanisme de l’Université McGill, proposent «une mise en perspective des finalités, des motivations, des modalités, de la portée et des retombées de l’innovation dans le monde municipal québécois».

Introduction : Les auteurs disent vouloir avec ce livre combler le vide de l’absence d’analyses portant sur les innovations municipales.

1. Les municipalités québécoises au cœur des grands enjeux sociétaux : Les auteurs retracent l’évolution des responsabilités confiées aux municipalités québécoises depuis les débuts de la Nouvelle-France (aucune ou presque) à nos jours (nombreuses et variées). Ce n’est que dans la deuxième moitié du XIXe siècle et surtout au début du XXe (en raison de l’industrialisation et de la forte croissance de la population urbaine) que ces responsabilités commencent à aller plus loin que celles de l’entretien des chemins et des fossés, surtout du côté de la sécurité et de la lutte contre l’insalubrité (services des incendies, aqueducs, égouts, etc.).

Je ne peux malheureusement pas résumer tout ce qui est abordé dans ce chapitre très intéressant qui traverse l’histoire de l’urbanisation au Québec et qui explique l’importance des innovations dans les municipalités, dans un contexte d’élargissement des domaines de responsabilité municipale.

2. L’innovation municipale : Le but de ce chapitre est «de positionner l’innovation municipale dans le champ théorique des études en innovation, et de montrer comment elle peut être comprise comme un type d’innovation entrepreneuriale». Pour ce, les auteurs :

  • clarifient «ce qu’est une municipalité [un gouvernement de proximité] afin de bien la distinguer d’une entreprise, d’autres niveaux de gouvernement et de la société civile»;
  • définissent une innovation comme «la mise en œuvre d’une idée» qui répond «avec succès à une demande ou à un besoin» et qui se déploie pendant un certain temps et auprès d’un grand nombre d’utilisateurs.trices;
  • présentent les principales caractéristiques des innovations;
  • expliquent le concept de destruction créatrice élaboré par Joseph Schumpeter;
  • décrivent les étapes du processus d’innovation, insistant sur l’évaluation de ses effets directs et indirects (externalités positives et négatives), et montrent que cette évaluation est différente pour une innovation effectuée par une institution publique que pour celle implantée par une entreprise privée;
  • analysent cinq éléments qui diffèrent entre l’innovation entrepreneuriale et l’innovation municipale (la prise de risque, la nouveauté, la vitesse de mise en œuvre, le rôle des politicien.nes et la propriété intellectuelle).

3. Le prix mérite Ovation municipale : Ce prix a été lancé en 2005 par l’Union des municipalités du Québec (UMQ) et vise à souligner «le fruit du travail de municipalités locales, d’arrondissements, de municipalités régionales de comté (MRC) et d’organismes municipaux à but non lucratif». Selon les années, il a été attribué en fonction de huit à 12 domaines d’innovation, allant de la culture au transport et à l’aménagement du territoire. Les auteurs fournissent de nombreuses données et informations sur les candidatures soumises et primées (une dizaine en moyenne par année), sur la composition du jury et sur l’appréciation des candidatures gagnantes.

4. Témoignages : Les auteurs présentent six témoignages («loin d’être représentatifs» de l’ensemble des candidatures primées), sous quatre thèmes «qui mettent l’accent sur ce qui a donné naissance à un processus d’innovation, sur son développement, sur les retombées imprévues et sur les effets de l’obtention d’un prix».

Conclusion : Ce livre a permis de révéler la spécificité de l’innovation municipale, «tant en ce qui concerne ses motivations que ses finalités, ses modalités et ses retombées». Les auteurs insistent sur une de ses particularités, soit le partage. Loin de protéger le secret de leurs innovations comme les entreprises privées le font, les «responsables des initiatives retenues par le jury partagent leurs expériences, allant jusqu’à donner libre accès à divers matériels, dont les applications informatiques développées à l’interne». Les innovations municipales sont donc des biens communs, alors que les innovations des entreprises privées sont des biens privés. Les auteurs concluent en souhaitant que ce livre contribue à ce que la culture de l’innovation démontrée par les municipalités qui participent au prix mérite Ovation municipale se répande auprès de toutes les municipalités.

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Lire! J’ai particulièrement apprécié les deux premiers chapitres qui présentent l’historique de l’évolution des responsabilités confiées aux municipalités et la façon d’appliquer le concept d’innovation à celles qui se font dans le secteur public. Et les deux autres chapitres illustrent bien les concepts expliqués plus tôt. En plus, les propos des auteurs sont clairs et faciles à comprendre. Ce livre d’à peine 120 pages (selon l’éditeur) se lit en peu de temps. Et, les notes sont en bas de page!

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