Aller au contenu principal

Rupture(s)

9 septembre 2019

Avec son livre Rupture(s), Claire Marin, professeure de philosophie française, montre que «les ruptures rythment notre existence, nous transforment, nous remettent profondément en question». Selon elle, «la définition de notre être est tout autant dans nos sorties de route que dans nos lignes droites, dans les accrocs au contrat que dans le contrat lui-même».

Introduction – Notre vie n’est faite que de ruptures : «La rupture propre (…) est sans doute impossible». Elle n’est pas nette, mais est plutôt une déchirure. Même volontaire, elle reste douloureuse. «Même rompus, les liens peuvent rester sensibles, (…) témoins d’une ancienne vie». Les ruptures nous définissent, peu importe leur nature ou leur origine (famille, ami.es, amant.es, milieu, emploi, pays, langue, santé, etc.), qu’elles soient volontaires ou pas. Mais, les ruptures n’ont pas le même effet sur toutes les personnes et chaque rupture n’a pas le même effet sur chaque personne.

Il faut aussi parfois choisir entre deux ruptures. Par exemple, si on est incapable de rompre avec notre mode de vie actuel, on fera face à une rupture possiblement définitive, soit celle avec notre planète. L’autrice conclut cette introduction en soulevant d’autres questions qui seront abordées plus à fond dans les chapitres qui suivent.

1. L’impossible fidélité à soi et aux autres : «Il faut parfois bifurquer quand le chemin emprunté semble tracé d’avance et n’est plus le fruit d’une découverte personnelle», par exemple lorsque ce qui nous a nourris, entourés, protégés, dorénavant nous dévore, nous consume, même si (surtout si?) les autres attendent de nous que nous continuions «à agir comme nous l’avons toujours fait». L’autrice analyse ensuite les réactions de la personne qui vit la rupture ainsi que celles de ses proches et conclut qu’il «y a, dans toute rupture, l’espoir de se trouver et le risque de se perdre».

2. La rupture amoureuse : Dans cette rupture, «il reste un sentiment que les anciens amants partagent encore, celui d’une fracture intime, qui touche profondément leur identité». L’autrice analyse dans ce chapitre les nombreux sentiments souvent contradictoires qui peuvent accompagner cette rupture : libération, évasion, malaise, amertume, vacuité, délivrance (entre autres de soi-même), souffrance, inquiétude, impuissance, désespoir, stupéfaction, honte, humiliation, dévaluation, vertige, et bien d’autres. Elle aborde aussi d’autres conséquences (souvent douloureuses) des ruptures amoureuses. Elle conclut toutefois qu’une rupture amoureuse peut aussi être «le point de départ d’un recommencement plus général».

3. Devenir soi : «Nous avons parfois le sentiment de ne pas être celui que nous sommes, de jouer un rôle, d’être en marge de notre propre vie, sans y adhérer (…)». Pour rompre avec cette vie qui n’est pas la nôtre, il faut «détruire le vieux», rompre radicalement avec notre ancienne vie et tout rebâtir à partir de rien (je simplifie). Ce passage est bien sûr douloureux, mais essentiel. L’autrice soulève que «prendre le risque de se trouver est aussi prendre le risque de se perdre». En effet, ce «cheminement vers soi est souvent une crise éprouvante». Elle conclut que la «rupture est en réalité arrachement sans cesse recommencé, allers-retours intérieurs, inquiétude. Elle est un long travail intime de déprise, de distanciation et d’apaisement affectif. (…) Que je rompe ou que je sois rompu, la rupture est un cataclysme intérieur».

4. Le plaisir de la dispersion : La rupture du chapitre précédent dans le but de trouver son véritablement moi suppose «qu’il existe un vrai moi» qui peut être étouffé «par la pression sociale ou familiale. (…) Mais, est-ce toujours le cas?». En fait, suis-je «autre chose que ce que les accidents me font devenir»? Et est-ce grave de ne pas être une personne avec une seule identité immuable ou n’est-ce pas la possibilité d’évoluer, de changer et de devenir en partie quelqu’un d’autre?

5. L’être accidenté : L’autrice analyse les conséquences sur son identité de la découverte de ce qu’elle appelle «son être gauche», être qui apparaît lorsqu’on est blessé, souffrant ou malade.

6. Naissances et séparations : La naissance constitue bien sûr la première des ruptures. Elle est en effet «la rencontre de deux étrangers qui ont vécu pendant des mois dans la plus grande proximité possible, proximité corporelle, mais aussi sans doute psychique».

7. Rompre avec sa famille : Ce chapitre porte surtout sur la rupture avec des parents maltraitants (père ou mère), rupture essentielle à la survie. Dans certains cas, la rupture peut n’être que psychologique (on est là, mais on n’écoute plus et on n’aime plus), mais elle est la plupart du temps physique, surtout dans les cas de violences.

8. Disparitions : L’autrice aborde la difficile, mais parfois nécessaire, rupture quand on perd l’être aimé à la suite d’une maladie, comme celle d’Alzheimer. Il ne s’agit pas d’abandonner la personne, mais de ne plus voir en elle celle qu’elle n’est plus, de s’en séparer.

9. Sexualité de la rupture : Après une rupture, qu’il s’agisse d’un deuil, d’une maladie grave ou d’une rupture amoureuse, «on attend avec impatience le retour à la vie «normale». (…) Mais, on ne revient pas à la vie d’avant». Comme l’a si bien dit Léonard Cohen, «Comment puis-je commencer quelque chose de nouveau avec tout l’hier qui est à l’intérieur de moi?». Ce désarroi est parfois accompagné d’une hausse pas très saine de la libido, phénomène qu’analyse brièvement l’autrice.

10. Traverser la nuit : L’autrice explique comment faire face à l’insomnie qui suit trop souvent une rupture et pourquoi cela n’est pas facile.

11. Rupture des contrats : «Après la rupture, je ne peux plus me penser comme avant, et je ne peux plus non plus penser comme avant». On ressent comme une rupture d’un contrat tacite avec la vie ou avec Dieu. L’épreuve «d’une maladie, d’un handicap, de la mort d’un proche, rompt les contrats et nous donne l’impression d’une terrible injustice». Et l’autrice en rajoute : «Nous nous interdisons de penser la menace, le risque inhérent à nos vies. Chacun se considère, comme par magie à l’abri. Comme si cela faisait partie d’un contrat tacite». Ah bon…

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Lire, à moins que le thème des ruptures nous rebute. Ce livre est très différent de ceux que je lis habituellement. Le thème est bien abordé et les chapitres présentent bien les différentes facettes et contextes des ruptures. Le texte se lit bien (même si l’autrice est philosophe 😉 ) et les exemples sont clairs, même si parfois l’autrice généralise à partir d’anecdotes (notamment dans le dernier chapitre). En plus, ce livre n’est pas bien long (160 pages, selon l’éditeur). Finalement les notes, toutes les notes, sont en bas de page.

No comments yet

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :