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La maison brûle

2 décembre 2019

Avec son livre La maison brûle – Plaidoyer pour un New Deal vert, Naomi Klein, journaliste et autrice, «brosse un portrait saisissant de l’effondrement écologique et social actuel, mais surtout des personnes et des mouvements qui luttent pour faire de cette catastrophe une formidable occasion pour l’humanité».

Introduction – «Nous sommes le feu de forêt» : Si tant de jeunes font la grève du vendredi et participent à des manifestations pour revendiquer des actions concrètes pour protéger l’environnement et pour lutter contre le réchauffement climatique, c’est parce que ce sont eux et elles qui en ressentiront le plus les conséquences, mais aussi parce qu’ils et elles sont nombreux.euses à les vivre déjà. L’autrice aborde ensuite :

  • l’engagement et le «super pouvoir» de Greta Thunberg (cette section ressemble en partie à un résumé du petit livre Rejoignez-nous de Greta Thunberg que j’ai présenté dans ce billet et qui contient la phrase qui sert de titre à ce livre);
  • le contenu de ce livre qui «rassemble de longs reportages, des textes de réflexion et des conférences (…) rédigés au fil des dix dernières années», et présentés par ordre chronologique, dont ceux sur le New Deal vert ont été revus et augmentés;
  • d’autres sujets traités dans les textes suivants, mais de façon un peu différente ici.

1. Un monde perforé : Paru dans The Guardian en juin 2010, ce texte porte sur les conséquences de l’explosion de la plateforme Deepwater Horizon dans le golfe du Mexique en avril 2010, conséquences qui furent désastreuses malgré les propos rassurants de l’entreprise (British Petroleum ou BP) et du gouvernement des États-Unis.

2. Le capitalisme contre le climat : Paru dans The Nation en novembre 2011, ce texte aborde le discours des organismes qui nient le rôle des êtres humains dans le réchauffement climatique et leur impact sur la politique et l’opinion publique. L’autrice leur donne raison sur un point. En effet, la lutte contre le réchauffement climatique est l’enjeu idéal «pour faire progresser plusieurs causes chères à la gauche, comme la redistribution de la richesse, l’augmentation des impôts, une plus grande intervention de l’État et le resserrement de la réglementation». De façon plus précise, elle propose des interventions dans six domaines : «infrastructures publiques, planification de l’économie [voir ce billet], réglementation des entreprises, commerce international, consommation et fiscalité [dont des écotaxes]». Elle analyse ensuite les raisons qu’ont les négateur.trices du réchauffement climatique de refuser d’y croire et l’échec des mouvements environnementalistes à convaincre les gouvernements et la population de l’urgence d’agir.

3. La géo-ingénierie, ou l’art de naviguer en eau trouble : Paru dans The New York Times en octobre 2012, ce court texte met en garde contre les effets potentiellement désastreux de mesures basées sur la géo-ingénierie.

4. Quand la science affirme qu’une révolution politique est notre seul espoir : Paru dans le New Statesman America en octobre 2013, ce texte montre que les émissions de gaz à effet de serre (GES) doivent diminuer d’environ 10 % par année pour éviter le pire. Face à cet objectif et à l’inaction des gouvernements, il est essentiel pour la population et même pour les scientifiques de manifester et de poser des gestes de désobéissance civile.

5. Le temps du climat contre l’éternel présent : Paru dans The Guardian en avril 2014, ce texte explique le concept du défaut d’adaptation, c’est-à-dire lorsque les mécanismes d’adaptation ne correspondent pas au besoin (comme de devoir nourrir de jeunes oiseaux quand leur nourriture est insuffisante en raison du dérèglement climatique). L’autrice montre que l’être humain fait face à ce défaut pour lutter contre le réchauffement climatique et les autres dégradations de l’environnement en raison de facteurs économiques (course à la croissance, surconsommation, etc.), politiques (néolibéralisme, déréglementation, etc.), géographiques (les pires effets se font sentir dans les pays qui émettent le moins de GES) et autres.

6. Arrêtez d’essayer de sauver le monde tout seul : Tiré d’un discours prononcé à la cérémonie de remise des diplômes du College of the Atlantic en juin 2015, ce texte montre que l’action individuelle ne peut pas changer grand-chose dans la lutte contre le réchauffement climatique et qu’il faut donc miser sur l’action collective, tant au niveau local qu’aux niveaux national et mondial.

7. Un Vatican de gauche? : Paru dans The New Yorker en juillet 2015, ce texte raconte la participation de l’autrice à une conférence de presse donnée au Vatican visant à présenter l’encyclique Laudato si’ du pape François et présente le contenu de quelques parties d’une conférence de deux jours sur cette encyclique, parties portant sur l’importance accordée à la Terre dans ce texte, alors que bien des écrits antérieurs de la religion catholique rejetaient cette importance (notamment des biens terrestres).

8. Qu’on les laisse se noyer! La violence de la discrimination dans un monde qui se réchauffe : Tiré d’une conférence donnée à Londres en avril 2016 et reproduit dans la London Review of Books en juin 2016, ce texte porte sur la pensée de Edward Wadie Saïd, notamment en matière environnementale et sociale. L’autrice aborde notamment l’apartheid israélien envers les Palestiniens, la situation des réfugié.es climatiques, la priorité malheureusement secondaire du réchauffement climatique dans les pays pauvres (qui font de fait face à d’autres problèmes plus pressants) et l’externalisation de la pollution et des émissions de GES des pays de l’Occident vers les pays pauvres (voir ce billet pour plus de précision sur le concept d’externalisation).

9. Un bond vers l’avant: mettre fin au récit de l’infinitude : Tiré d’un discours prononcé à Toronto en septembre 2016, ce texte présente quelques propositions du manifeste Un bond vers l’avant et les réactions positives et négatives lors de sa publication. Notons que l’autrice avait inclus ce manifeste en annexe de son livre Dire non ne suffit plus dont j’ai parlé dans ce billet. Elle aborde ensuite les raisons pour lesquelles il est urgent de mettre ces propositions en application et celles qui expliquent la forte résistance qu’elles entraînent, surtout aux États-Unis et au Canada.

10. Discourir à chaud sur une planète qui a chaud : Tiré d’un discours de remerciement prononcé lorsqu’elle a reçu le prix Sydney de la paix en novembre 2016 et reproduit dans The Nation en décembre 2016, ce texte porte sur les réactions de l’autrice juste après l’élection de Donald Trump et sur la situation environnementale en Australie et ailleurs sur la planète.

11. Incendies : Paru dans The Intercept en septembre 2017, ce texte porte sur la plus grande fréquence et plus grande intensité des ouragans, des inondations et surtout des incendies (comme le titre l’indique). L’autrice raconte notamment ses vacances en Colombie-Britannique, alors que les poussières des feux de forêt (2017 fut de fait la pire année de feux de forêt dans cette province, et 2018 s’est classé deuxième) recouvraient toute la province (et même des territoires extérieurs à cette province). Et il y a eu aussi un feu de forêt historique l’année précédente en Alberta, et on en observe presque chaque année en Californie, davantage qu’avant en Europe, en Afrique, en Amazonie, en Sibérie, en Australie et ailleurs. Elle souligne ensuite l’incongruité dans ce contexte (réchauffement climatique et feux de forêt) de la décision du gouvernement Trudeau d’approuver la construction de nouveaux pipelines qui traverseraient la Colombie-Britannique (je résume).

12. Le succès du New Deal vert reposera sur la vigueur des mouvements : Paru dans The Intercept en février 2019, ce texte aborde le New Deal vert proposé par des démocrates progressistes, dont Alexandra Ocasio-Cortez, et appuyé par Bernie Sanders et Elizabeth Warren. Après avoir comparé le contexte actuel avec celui de l’adoption du New Deal de Roosevelt, l’autrice souligne quelques lacunes du New Deal vert, notamment son silence sur la nécessité de réduire la consommation et de laisser dans le sol la majeure partie des hydrocarbures. Pour atteindre ses objectifs, les mouvements sociaux devront appuyer et influencer cette politique. Malgré ces lacunes, l’autrice conclut que «le New Deal vert pourrait être la bouée de sauvetage à laquelle tout le monde aurait le devoir sacré et moral de s’accrocher de façon responsable».

13. New Deal d’hier, New Deal d’aujourd’hui : Ce texte original (avril 2019) souligne la contribution des arts et des artistes au succès du New Deal de Roosevelt. L’autrice explique comment il pourrait en être de même pour le New Deal vert. Elle a dans ce sens collaboré à une vidéo de promotion de cette politique, sur un scénario imaginant ce que serait la vie 20 ans après sa mise en œuvre, vidéo qui a connu beaucoup de succès.

Épilogue – Le New Deal vert en neuf arguments : Ces arguments portent sur la création d’emplois, l’amélioration de la justice sociale, l’urgence d’agir, l’action immédiate, l’évitement des récessions, l’absence de ressac, son aspect mobilisateur, la mise en échec de la droite et la lutte contre le sentiment d’impuissance. L’autrice conclut ce livre sur une note optimiste en soulevant que «quand l’avenir de la vie elle-même est en jeu, rien n’est impossible».

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Pas pour moi. Tout d’abord, j’ai peu d’attrait pour les recueils de textes, je l’ai dit souvent. Ensuite, comme l’a souligné Sébastien Vincent dans son article du Devoir sur ce livre, «L’essai n’est toutefois pas sans défaut. Se fondant sur une dizaine de textes parus durant la dernière décennie, l’ensemble comporte d’inutiles répétitions. Il s’en dégage une impression d’éparpillement, malgré une solide introduction inédite», inédite, mais qui ajoute peu au reste, accentuant au contraire le reproche de répétitions. Puis, comme j’ai lu au moins deux de ses livres précédents, j’ai senti à quelques reprises que j’avais déjà lu certains passages, ou les faits qui y sont racontés. Cela dit, pour quelqu’un qui n’a jamais lu ses livres, je ne le déconseille pas, loin de là. L’autrice écrit bien, ses textes sont clairs et bien appuyés. Et, le sujet est essentiel, son analyse est pertinente et ses propositions d’action sont intéressantes. Finalement, les notes sont en bas de page, formées essentiellement de compléments d’information ajoutant des faits plus récents à ces textes.

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