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Le marché du travail en 2019 au Québec (2)

24 janvier 2020

Dans mon précédent billet portant sur le taux d’emploi au Québec et au Canada entre 2000 et 2019, on a vu que, après les performances exceptionnelles de 2017 et de 2018, celle de 2019 fut tout simplement renversante, avec une croissance de 78 000 emplois (ou de 1,8 %), un sommet historique du taux d’emploi global (61,5 % en hausse de 0,5 point de pourcentage) et neuf sommets historiques (en plus de trois deuxièmes rangs) des taux d’emploi selon les 12 tranches d’âge. Cela dit, il est toujours préférable de jeter un œil sur d’autres aspects de la question pour avoir une vision plus complète de la performance du Québec sur le marché du travail. Je vais d’abord regarder si l’emploi a vraiment augmenté autant en 2019, puis présenterai quelques caractéristiques de cette croissance et examinerai finalement les facteurs qui ont le plus influencé l’emploi en 2019.

Forte croissance?

Quand on utilise les estimations de l’Enquête sur la population active (EPA), il faut toujours se méfier en raison de leurs marges d’erreur élevées. Même si ce billet présente surtout des estimations annuelles qui ont des marges d’erreur beaucoup plus faibles que les estimations mensuelles, il est bon de comparer ces estimations avec les données de l’Enquête sur l’emploi, la rémunération et les heures de travail (EERH), car ces dernières n’ont pas de marge d’erreur, provenant d’un recensement des salariés de toutes les entreprises à partir de leur liste de paye. Le graphique ci-contre, produit à l’aide des tableaux 14-10-0223-01 et 14-10-0288-01 de Statistique Canada, montre que, depuis le début de 2016, les courbes de l’emploi salarié de l’EERH (ligne rouge) et de l’EPA (ligne bleue) se sont assez bien suivies jusqu’en avril 2018, mais qu’elles se sont complètement découplées par la suite. Celle de l’EPA a d’abord baissé jusqu’en août 2018 avant d’évoluer sensiblement au même rythme que celle de l’EERH, pendant que cette dernière a poursuivi sa croissance sans vraiment fléchir. Cela dit, l’emploi salarié a augmenté à un rythme étonnamment semblable entre janvier 2019 et octobre 2019 selon les estimations de l’EPA et les données de l’EERH, soit de respectivement 67 000 et 65 000, ou de 1,8 % et de 1,7 %. Seule la baisse de 30 000 emplois des estimations de l’EPA entre octobre et décembre 2019 rompt ces tendances à la hausse, mais comme les données de l’EERH pour la même période ne sont pas encore publiées, il est difficile de savoir si cette baisse est réelle ou si elle se corrigera d’elle-même au cours des prochains mois. Chose certaine, les données de l’EERH publiées jusqu’à maintenant confirment que la forte hausse de l’emploi en 2019 a bel et bien eu lieu.

Le tableau ci-contre (réalisé à l’aide des tableaux 14-10-0201-01 et 14-10-0027-01), qui compare les taux de croissance selon les estimations de l’EPA et les données de l’EERH, va dans le même sens. On peut en effet voir que le niveau de croissance de l’emploi salarié selon l’EPA (dernière ligne) fut un peu plus élevé que celui de l’EERH (première ligne) en 2017 (2,47 % par rapport à 1,81 %), mais qu’il fut beaucoup plus faible en 2018 (0,84 % par rapport à 2,39 %), ce qui est une conséquence du découplage entre les deux séries dont j’ai parlé dans le paragraphe précédent; l’écart observé en 2019 (2,74 % par rapport à 2,06 %) montre que la croissance de 78 000 des estimations de l’EPA a peut-être sous-estimé quelque peu la croissance réelle. Notons que les croissances indiquées pour 2019 sont calculées entre la moyenne des mois de novembre 2017 à octobre 2018 et celle des mois correspondants de 2018 et 2019, car les données les plus récentes de l’EERH datent d’octobre 2019. La dernière colonne du tableau indique que la croissance sur trois ans fut aussi nettement plus élevée pour les données de l’EERH que pour les estimations de l’EPA (7,11 % par rapport à 5,49 %). La deuxième ligne du tableau montre aussi que la croissance selon l’EPA fut un peu plus faible pour l’ensemble des emplois que pour les emplois salariés (5,07 % par rapport à 5,49 %), en raison d’une plus faible croissance de l’emploi chez les travailleur.euses autonomes (2,57 %). Je m’attendais à ce que les estimations de l’emploi selon l’EPA augmentent davantage en 2019 que les données de l’EERH pour corriger le découplage amorcé en avril 2018, mais ce ne fut pas le cas. Il semble que ce découplage est là pour rester. On verra bien l’an prochain, comme on saura si la baisse des estimations de l’EPA en novembre et en décembre 2019 est réelle ou si elle est simplement due à la marge d’erreur.

Autres aspects

– le taux de chômage

Le taux de chômage le plus bas des 528 mois pour lesquels Statistique Canada a publié des données depuis janvier 1976 a été observé en septembre 2019 (4,2 % en données non désaisonnalisées et 4,8 % en données désaisonnalisées selon les données du tableau 14-10-0287-01). En données désaisonnalisées, les cinq taux de chômage les plus bas des 528 mois depuis janvier 1976 ont eu lieu en 2019 et les 35 plus bas ont été observés de 2017 à 2019. Sachant cela, on ne sera pas surpris de constater que le taux de chômage annuel le plus bas a été enregistré en 2019, avec un taux de 5,1 % en baisse de 0,4 point de pourcentage (5,5 % en 2018, le deuxième plus bas), comme on peut le voir dans le graphique ci-contre tiré des données du tableau 14-10-0327-01.

– selon le sexe

Comme l’estimation de l’emploi avait augmenté davantage chez les hommes (5,1 %) que chez les femmes (2,9 %) de 2014 à 2017, selon les données du tableau 14-10-0327-01, je me demandais s’il s’agissait d’une nouvelle tendance, étant donné que les femmes avaient bénéficié de 63 % de la croissance de l’emploi de 2000 à 2014 (hausses de 27 % chez les femmes et de 13 % chez les hommes). Ce ne fut pas le cas. En effet, l’estimation de l’emploi a augmenté de 0,5 % chez les hommes et de 1,3 % chez les femmes en 2018, et de respectivement 1,7 % et 1,9 % en 2019. On verra si cette quasi-égalité sera la nouvelle norme à l’avenir, compte tenu du fait que le rattrapage de l’emploi chez les femmes sera probablement limité à celles âgées de 65 ans et plus, comme mentionné dans le précédent billet.

– selon le genre de travail

L’estimation de l’emploi à temps plein (30 heures et plus par semaine) a augmenté de 1,4 % en 2019, alors que celui à temps partiel (moins de 30 heures par semaine) a connu une hausse deux fois et demie plus élevée, soit de 3,5 %. Assez étrangement, toute cette hausse s’est observée chez les hommes (hausse de 10,2 %, annulant toutefois une baisse de la même ampleur en 2018). Entre 2014 et 2019, l’estimation de l’emploi à temps partiel a augmenté de 6,2 % chez les hommes (moins que la hausse de 2019, ce qui montre la pertinence d’analyser l’évolution de ces donnée sur plusieurs années), alors qu’elle a diminué de 2,5 % chez les femmes, pour une hausse globale de seulement 0,6 %. L’estimation de l’emploi à temps plein, de son côté, n’a augmenté que de 0,5 % chez les hommes en 2019, alors qu’il augmentait de 2,6 % chez les femmes. De 2014 à 2019, ces hausses ont atteint 7,7 % chez les hommes et 9,5 % chez les femmes, pour une hausse globale de 8,5 %, taux 13 fois plus élevé que la hausse de l’emploi à temps partiel (0,6 %, je le rappelle). Cette concentration de la croissance de l’emploi dans le travail à temps plein serait-elle une conséquence de la hausse du taux de postes vacants et du bas taux de chômage? On verra à l’avenir si l’inversion de cette tendance en 2019 est durable.

– les salaires

Selon les estimations de l’EPA tirées du tableau 14-10-0064-01, le salaire horaire moyen aurait augmenté de 4,8 % en 2019, taux 2,3 fois plus élevé que celui de l’inflation (2,1 %, selon les données du tableau 18-10-0005-01). Sur cinq ans, la hausse du salaire horaire moyen fut de 15,6 %, soit de 15,4 % chez les hommes et de 15,7 % chez les femmes. Ce taux de 15,6 % est encore ici 2,3 fois plus élevé que celui de l’inflation qui fut de 6,7 % entre 2014 et 2019. Cette observation appuie celle sur la plus forte augmentation du travail à temps plein pour suggérer que la qualité des emplois s’est améliorée entre 2014 et 2019.

– selon les catégories d’emplois

En 2019, l’estimation de l’emploi a augmenté davantage dans le travail salarié (2,0 %) que dans le travail autonome (0,5 %), et à peu près au même rythme dans le secteur public (1,9 %) et dans le secteur privé (2,1 %), selon les données du tableau 14-10-0027-01. Les tendances depuis 2014 vont dans le même sens, l’estimation de l’emploi dans le travail autonome ayant augmenté de 1,8 %, soit quatre fois moins que dans le travail salarié (7,7 %), et l’estimation de l’emploi dans le secteur privé ayant augmenté de 8,6 %, soit un peu plus que dans le secteur public (7,4 %). Ces estimations peuvent bien sûr étonner, mais elles ne font que poursuivre une tendance qui se manifeste depuis le tournant du siècle, le travail salarié ayant augmenté de 24 % de 1999 à 2014, hausse près de trois fois plus élevée que celle du travail autonome (9 %). Par contre, la hausse de l’emploi plus forte dans le secteur privé que dans le secteur public depuis 2014 a rompu avec la tendance passée, alors que l’emploi a bien moins augmenté dans le secteur privé que dans le secteur public de 1999 à 2014 (22 % par rapport à 32 %), notamment en raison du rattrapage dans le secteur public dû aux compressions et mises à la retraite de la fin des années 1990, et des besoins du secteur de la santé dus entre autres au vieillissement de la population, secteur dans lequel l’emploi a augmenté de 62 %.

– selon la région

Selon les estimations du tableau 14-10-0090-01, la part de la croissance de l’emploi au Québec en 2019 fut nettement plus élevée que leur part de l’emploi en 2018 dans les régions de Montréal (46,7 % par rapport à 24,8 %), du Centre-du-Québec (11,1 % par rapport à 2,7 %) et de Lanaudière (13,0 % par rapport à 5,9 %) et nettement moins élevée dans celles de Laval (-23,3 % par rapport à 5,6 %), de la Montérégie (7,7 % par rapport à 18,9 %) et de Chaudière-Appalaches (1,7 % par rapport à 5,2 %). Il faut toutefois prendre ces écarts avec un grain de sel, compte tenu des marges d’erreur importantes, surtout dans les régions moins peuplées. Cela dit, même sur cinq ans, soit de 2014 à 2019, la part de la croissance de l’emploi dans la région de Montréal (il s’agit de l’île) a été beaucoup plus forte que sa part de l’emploi en 2014, soit de 52,6 % par rapport à 23,3 %, et beaucoup plus faible à Laval (-2,9 % par rapport à 5,6 %) et en Montérégie (9,2 % par rapport à 19,3 %), ce qui représente un virage complet avec la tendance observée de 2001 à 2014, alors que la part de la croissance de l’emploi dans la région de Montréal a été beaucoup plus faible que sa part de l’emploi en 2001 (13,5 % par rapport à 25,1 %), un peu plus forte en Montérégie (21,8 % par rapport à 18,9 %) et encore plus à Laval (9,2 % par rapport à 4,9 %). Notons toutefois que la croissance de l’emploi ne dépend pas que du dynamisme du marché du travail, mais aussi de la croissance de la population adulte (qui fut comparable entre 2014 et 2019 à Montréal, à Laval et en Montérégie, mais beaucoup plus forte dans ces deux régions qu’à Montréal entre 2001 et 2014) et de la structure d’âge de la population adulte, surtout de la proportion de personnes âgées de 65 ans et plus.

– selon le statut d’immigrant

«Si le taux de chômage pour les personnes nées au Québec est de 5,1 %, c’est pratiquement le triple pour les personnes issues de l’immigration récente», a observé la mairesse de Montréal (…)». Cette observation du 15 janvier dernier est-elle juste?

Le fait que la plus forte augmentation des estimations d’emploi ait eu lieu dans l’île de Montréal depuis cinq ans suggère que la situation sur le marché du travail de la population immigrante s’est améliorée, puisque environ 60 % de la population immigrante habite cette région, selon les données du recensement de 2016. Il vaut de toute façon la peine de regarder cette situation de plus près, car on observe depuis longtemps qu’elle est bien moins bonne pour les immigrant.es que pour les personnes nées au Canada et aussi que pour les immigrant.es du reste du Canada.

Le tableau qui suit, tiré du tableau 14-10-0083-01, montre que, si la situation de l’emploi de la population immigrante récente, soit au Canada depuis au plus cinq ans, et totale âgée de 25 à 54 ans (tranche d’âge plus propice aux comparaisons entre la population immigrante et celle née au Canada, car elles ont des structures démographiques très différentes) ne s’est que légèrement améliorée entre 2011 et 2015 au Québec (surtout grâce à une baisse notable de l’estimation du taux de chômage), elle s’est redressée de façon spectaculaire entre 2015 et 2019. Ainsi, sur les 9,2 points de pourcentage d’amélioration du taux d’emploi de la population immigrante entre 2011 et 2019, 6,9 d’entre eux, soit environ 75 %, se sont réalisés entre 2015 et 2019. Chez les immigrant.es récent.es, ce fut 5,9 des 6,9 points d’amélioration (85 %) qui se sont manifestés entre 2015 et 2019, malgré une baisse étonnante de ce taux en 2019 (baisse de 3.3 points non montrée dans le tableau). Si le taux d’emploi des personnes nées au Canada a aussi connu une hausse entre 2011 et 2019, elle fut bien moindre que celle des immigrant.es, récent.es ou non (4,1 points de pourcentage, par rapport à 6,9 et 9,2 points). Il en fut de même pour le taux de chômage, qui est passé de 19,1 % en 2011 à 11,1 % en 2019 chez les immigrant.es récent.es, niveau toujours très élevé, mais en baisse de plus de 40 % malgré une hausse de 0,9 point en 2019. Ajoutons que 65 % de cette baisse a eu lieu après 2015 (5,3 points sur 8,0). Pour l’ensemble de la population immigrante aussi, 70 % (ou 3,9 points) de la baisse de 5,5 points de pourcentage du taux de chômage s’est réalisée après 2015. Quant à la baisse de 2,1 points observée dans la population native du Canada, elle a eu lieu entièrement après 2015.

Ce constat est majeur. En raison de cette amélioration et aussi de la hausse de près de 40 % de la population adulte (personnes âgées de 15 ans et plus) immigrante (y compris les résident.es non permanent.es), alors que la population adulte native n’augmentait que de 1,2 %, plus de 80 % de l’augmentation totale de l’estimation de l’emploi au Québec entre 2014 et 2019, soit 226 000 des 280 200 emplois qui se sont ajoutés, s’est concrétisée du côté de la population immigrante, alors qu’elle n’occupait que 14,7 % de l’emploi en 2013 (mais 19,2 % en 2019). Et c’est cet apport que le gouvernement actuel a décidé de diminuer.

Cette amélioration a aussi permis de réduire considérablement l’écart entre les taux d’emploi et de chômage des immigrant.es du Québec et ceux du reste du Canada âgé.es de 25 à 54 ans, comme on peut le voir dans le tableau qui suit.

Ce tableau nous montre que l’écart entre le taux d’emploi au Québec et dans le reste du Canada entre 2006 et 2019 :

  • est passé de 7,8 points de pourcentage à 0,5 point chez les immigrant.es, une baisse de 7,3 points ou de 94 %, et que plus de 60 % de cette baisse (soit 4,6 points sur 7,3) s’est réalisée entre 2015 et 2019;
  • est passé de 7,9 à 7,1 points chez les immigrant.es récent.es, une baisse de 0,8 point ou de 11 %, et que la baisse réalisée entre 2015 et 2019 fut encore plus forte (2,4 points), car cet écart s’était creusé entre 2006 et 2015, de 7,9 à 9,5 points;
  • est passé d’un déficit de 1,7 point à un avantage de 3,0 points chez les natif.ives du Canada, un écart de 4,7 points, et que 30 % de cette amélioration (soit 1,5 point sur 4,7) s’est réalisée entre 2015 et 2019.

Il nous montre aussi que l’écart entre le taux de chômage au Québec et dans le reste du Canada entre 2006 et 2019 :

  • est passé de 6,5 points de pourcentage à 1,1 point chez les immigrant.es, une baisse de 5,4 points ou de 83 %, et que près de 55 % de cette baisse (soit 2,9 points sur 5,4) s’est réalisée entre 2015 et 2019;
  • est passé de 8,0 points de pourcentage à 2,7 points chez les immigrant.es récent.es, une baisse de 5,3 points ou de 65 %, et que 80 % de cette baisse (soit 4,3 points sur 5,3) s’est réalisée entre 2015 et 2019;
  • est passé d’un niveau plus élevé de 1,9 point à un niveau plus bas de 0,9 point chez les natif.ives du Canada, un écart de 2,8 points, et que 49 % de cette amélioration (soit 1,3 point sur 2,8) s’est réalisée entre 2015 et 2019.

Même si on commence à entendre parler de ce redressement spectaculaire, il demeure que le gouvernement utilise encore des arguments sur la mauvaise intégration des immigrant.es pour justifier sa décision de baisser les seuils d’immigration, alors que plus de 80 % de l’augmentation de l’emploi au Québec entre 2014 et 2019 est due à l’immigration. Dans le contexte actuel de difficultés de recrutement et de vieillissement rapide de la population, il est pourtant clair que l’apport de l’immigration est de plus en plus essentiel.

Je conclus cette section en soulignant que, malgré l’amélioration assez spectaculaire du taux de chômage des immigrant.es récent.es au Québec, la mairesse de Montréal n’a pas vraiment eu tort de parler d’un taux de chômage trois fois plus élevé chez «les personnes issues de l’immigration récente» que chez celles nées ici, quoique le taux de chômage de ces dernières pour la population âgée de 15 ans et plus (donnée non indiquée dans le tableau) n’était pas de 5,1 % en 2019 comme elle l’a dit (c’était celui de l’ensemble de la population), mais de 4,5 %. Comme ce taux pour les immigrant.es récent.es était de 11,7 %, soit 2,6 fois plus, elle n’était pas trop loin de la vérité.

Quelques facteurs

L’amélioration de la situation sur le marché du travail présentée dans ce billet et dans le précédent se confirme aussi par une baisse du nombre de prestataires et de demandes d’assurance-emploi et par des hausses de 2,9 % et de 1,8 % des ventes dans le commerce de détail en 2018 et au cours des 11 premiers mois de 2019, malgré la popularité croissante du commerce électronique, effectué en bonne partie à l’étranger. Le dernier rapport mensuel des opérations financières du gouvernement provincial montre une hausse des revenus autonomes de 2,5 % d’avril à octobre 2019 par rapport aux mois correspondants de 2018, malgré une baisse des taxes scolaires et du taux de cotisation pour les services de santé. D’ailleurs, les revenus tirés de l’impôt sur le revenu des particuliers a augmenté de 5,8 % et ceux provenant des taxes à la consommation de 4,1 %. Je vais maintenant regarder de plus près les mouvements du PIB au cours des dernières années.

– PIB

Même si les données du quatrième trimestre de 2019 ne sont pas encore disponibles, le taux de croissance du PIB réel (en tenant compte de l’inflation) devrait se situer aux environs de 2,8 % en 2019 (voir la ligne 23 de ce tableau; notons que la version Excel offerte sur cette page contient des données à partir de 1981). Ce taux est identique à celui de 2017 (2,8 %), mais plus élevé que ceux observés en 2014 (1,6 %), 2015 (0,9 %), 2016 (1,6 %) et 2018 (2,5 %). Voici l’évolution des éléments du PIB qui ont le plus d’influence sur le marché du travail :

  • selon la ligne 01 du tableau du PIB selon les revenus, la rémunération des salariés vogue vers une croissance nominale (en dollars courants) de 6,1 %, croissance plus élevée qu’en 2018 (5,3 %) et qu’en 2014 (2,9 %), 2015 (2,1 %), 2016 (2,8 %) et 2017 (4,5 %); notons que la croissance pour 2019 correspond bien à celles combinées de l’emploi et des salaires;
  • selon la ligne 02 du tableau du PIB selon les dépenses, les dépenses de consommation des ménages devraient augmenter de 3,8 % en 2019, hausse identique à celle de 2018, un peu moins élevée qu’en 2017 (4,3 %), mais plus élevée que celles de 2014 (3,5 %), 2015 (2,2 %) et 2016 (3,0 %); ces données ne nous informent par contre pas sur l’influence de ces dépenses sur l’endettement des ménages; selon les données compilées par Desjardins dans ce document et celles du tableau 36-10-0590-01, le taux d’endettement des ménages québécois est moins élevé que celui des autres ménages canadiens, et plafonne depuis peu après avoir augmenté légèrement de 2010 à 2016, mais plus fortement de 2001 à 2010;
  • selon la ligne 06 de ce même tableau, les dépenses des administrations publiques se dirigent vers une hausse de 5,3 % en 2019, hausse supérieure aux croissances de 2014 (3,9 %), 2015 (1,6 %), 2016 (3,1 %), 2017 (4,6 %) et 2018 (4,3 %);
  • selon la ligne 08 de ce tableau, les investissements des entreprises (appelés «Formation brute de capital fixe» dans le tableau) devraient augmenter de 6,0 % en 2019, croissance plus élevée qu’en 2018 (4,5 %), mais moins élevée qu’en 2017 (9,0 %); ces niveaux des trois dernières années représentent toutefois un virage majeur par rapport à 2013 (-2,7 %), 2014 (-3,5 %), 2015 (0,8 %) et 2016 (-0,6 %); la croissance devrait être plus forte du côté des investissements en bâtiments résidentiels (9 %) que du côté de ceux en machines et matériel (6 %), en bâtiments non résidentiels (6 %) et surtout en produits de propriété intellectuelle (0 %);
  • selon la ligne 14 de ce tableau, les investissements des administrations publiques sont en route pour une augmentation de 6,2 %, beaucoup moins qu’en 2018 (11,9 %) et qu’en 2017 (9,6 %), mais bien plus qu’entre 2011 et 2016, alors qu’ils avaient diminué de 9 %;
  • selon les lignes 21 et 22, le solde du commerce extérieur demeurera négatif d’environ 8 milliards $ en 2019, soit moins qu’en 2017 et qu’en 2018 (- 15 et -11 milliards $), les importations augmentant de moins de 1 % et les exportations de 2 %.

Ce tour des principaux facteurs qui peuvent influencer l’emploi permet de mieux comprendre la forte hausse de l’emploi selon les estimations de l’EPA et les données de l’EERH. L’embellie fut en effet partagée par tous ces facteurs, aucun n’allant à contresens, si ce n’est le vieillissement de la population dont j’ai parlé à profusion dans le billet précédent.

Et alors…

Sans répondre à toutes les questions, ce billet a permis d’isoler les principaux facteurs qui ont favorisé la hausse de l’emploi au Québec en 2019, malgré les effets de plus en plus importants du vieillissement de la population. L’amélioration de la situation sur le marché du travail de la population immigrante, la hausse des dépenses de consommation des ménages et des dépenses des administrations publiques, la croissance des investissements, aussi bien du côté des entreprises que des gouvernements, et l’augmentation de la rémunération des salariés sont sûrement les facteurs qui ont eu le plus d’impacts positifs sur l’emploi. D’autres facteurs, comme le maintien de la valeur du dollar canadien à un faible niveau, ont sûrement aussi contribué à cette performance, malgré la détérioration des relations avec la Chine et l’incertitude de celles avec les États-Unis.

Comme je le dis depuis au moins deux ans, il serait étonnant que l’augmentation de l’emploi se maintienne au cours des années prochaines au niveau observé cette année. En effet, les taux d’emploi par tranche d’âge ne pourront guère augmenter davantage (sauf chez les femmes âgées de 65 ans et plus), la situation de l’emploi des immigrant.es devrait s’améliorer moins qu’au cours des dernières années et la décision du gouvernement de faire diminuer les niveaux d’immigration limitera aussi les possibilités de croissance de l’emploi, quoique l’arrivée toujours croissante de travailleur.euses étranger.ères temporaires apporte une croissance non négligeable, même si cet apport est éthiquement plus douteux que celui de l’immigration. J’ai eu tort depuis trois ans, mais je vais bien finir par avoir raison, même si je ne le souhaite pas vraiment!

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