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Mélancolies identitaires

27 janvier 2020

Avec son livre Mélancolies identitaires – Une année à lire Mathieu Bock-Côté, Mark Fortier, sociologue et éditeur, «se penche sur le cas de Mathieu Bock-Côté, volubile conservateur, ennemi déclaré du «politiquement correct», Québécois et fier de l’être (…)» et tente «de comprendre comment notre société a pu devenir une caisse de résonance pour des discours comme le sien».

Mode d’emploi : L’auteur explique comment lui est venue l’idée «de lire ce qu’écrirait le chroniqueur et essayiste Mathieu Bock-Côté (MBC) pendant un an» et présente ses objectifs en écrivant ce livre.

Portrait du jeune homme en héritier : L’auteur se penche sur les origines des valeurs conservatrices et nationalistes de MBC, et raconte comment il a su les mettre de l’avant sur la place publique. Il les analyse plus à fond et en vient à les associer à un «conservatisme libéral typiquement anglo-saxon, modérément démocrate, farouchement loyal à la propriété et à la grandeur de la nation, et universellement méfiant de toutes les médiations sociales du politique».

Le tribun du peuple : L’auteur vante les talents de communicateur de MBC, lui qui parvient à être omniprésent dans les médias pour ne transmettre qu’une seule idée «qui tient dans un dé à coudre : dans un monde soumis au relativisme moral et ravagé par la société de consommation, faisons du conservatisme une vertu». Puis, il présente un modèle rigolo basé sur le village des Schtroumpfs qui nous fait comprendre les raisons pour lesquelles les médias semblent raffoler de ce genre de personnage unidimensionnel.

L’hospitalité : Pour bien faire son travail scientifique, «l’ethnologue doit s’identifier avec le peuple qu’il étudie tout en maintenant une distance avec lui». À l’opposé, c’est cette distance qu’il ne faut pas maintenir avec les immigrant.es si on veut vivre dans une société unie, ce que MBC n’a jamais compris.

La mélancolie : Ce texte porte sur le sentiment qui caractérise le mieux les écrits de MBC, soit la mélancolie identitaire (sentiment qui donne le titre au livre), qui se manifeste chez lui par le regret d’un passé idéalisé qu’il n’a pas connu. L’auteur souligne ensuite de nombreuses contradictions dans les textes de MBC, celui-ci disant une chose et son contraire selon ce qu’il veut démontrer.

Le voile : L’auteur oppose la fixation de MBC (et de bien d’autres) sur le hidjab porté par quelques enseignantes musulmanes à l’indifférence des élèves à ce sujet et à l’état lamentable de trop de nos écoles.

Le refus : L’auteur nous offre une réflexion sur le Refus global, le populisme et la propriété des médias (dont Québecor et son chroniqueur MBC).

La saucisse de Francfort : Cette fois, nous avons droit à une anecdote mettant «en vedette» le volubile (peut-être encore plus que MBC) gauchiste Slavoj Žižek qui donne l’occasion à l’auteur de nous parler du verbiage et de ses conséquences.

Herr Clausen : Une autre anecdote, cette fois avec Lars Clausen (qui a vécu le nazisme en Allemagne), mène à une réflexion sur le nationalisme, l’humanisme et le progressisme. Justement, notre nationaliste MBC fustige fréquemment les progressistes.

Le casque de Henri : Une chronique de MBC sur la Première Guerre mondiale avec laquelle l’auteur est en accord (une fois n’est pas coutume, mais il trouve important de le souligner) lui rappelle un de ses «oncles» qui y a participé. Et il nous raconte quelques anecdotes que son oncle a vécues et qui montrent bien l’absurdité de cette guerre et, par le fait même, de toutes les autres.

Des preuves de l’existence du père Noël : Même si MBC n’a pas écrit sa chronique annuelle sur la guerre contre Noël en 2018 (voir celle de 2016), l’auteur nous parle quand même du phénomène sociologique que représentent les croyances en dieu et au père Noël.

Le centre commercial : Une chronique de MBC sur l’anglicisation de Laval prenant pour exemple la langue parlée au Carrefour Laval fournit à l’auteur l’occasion de nous entretenir de l’invention des centres commerciaux par l’architecte Victor Gruen, qui a ensuite regretté son innovation. Il en profite pour analyser l’impact de ces centres sur la vie moderne.

Mièvrerie d’un jour d’hiver : Par un beau dimanche d’hiver, l’auteur est allé jouer une partie de hockey improvisée avec son fils et des Montréalais de toutes origines. Cela lui a fait penser aux nombreuses chroniques de MBC dans lesquelles notre chroniqueur s’inquiète de la possible disparition de la majorité francophone, fondue «dans la flotte cosmopolite» en raison de notre faible capacité d’intégration, constat allant directement à l’opposé de l’expérience de hockey vécue par l’auteur.

Le sourire de Pierre Vallières : L’auteur se rappelle une visite qu’il a faite à Pierre Vallières à l’hôpital quelques semaines avant son décès en 1998. Il compare le combat de celui-ci au côté des travailleur.euses avec l’affirmation de MBC que «la lutte des classes serait passée de gauche à droite», ce qui signifierait en fait la fin de la lutte des classes. Il raconte ensuite les deux voyages de Pierre Vallières à Sarajevo en 1994 et en 1995 pour soutenir la lutte des Bosniaques, au cours desquels sa santé physique et mentale s’est aggravée.

Le chef : Dans son projet de lire MBC pendant un an, l’auteur comptait faire preuve de générosité interprétative pour comprendre le message derrière cette production monumentale. Malheureusement, tout ce qu’il a trouvé est une tentative de réhabilitation du conservatisme et de la tradition, le tout en accordant beaucoup d’importance à l’élitisme hiérarchique, notamment à la présence d’un chef qui saura conduire la nation et ses ouailles à bon port.

Fin de l’histoire : Quand l’auteur a annoncé son projet de lire MBC pendant un an, la plupart de ses proches l’ont qualifié de masochiste et ont parié qu’il ne tiendrait pas longtemps, quelques-un.es l’ont encouragé et d’autres l’ont accusé de vouloir simplement le dénigrer. Après quelque temps à ingurgiter ce régime un peu infect qu’il s’est imposé, il a de fait commencé à en souffrir, même si d’autres jours, il l’endurait bien, rigolant même assez souvent.

Il commente aussi dans ce chapitre d’autres contradictions de MBC et quelques-uns de ses textes les plus marqués par ses obsessions (comme l’immigration, surtout musulmane). Il conclut en se disant «que plus étonnant encore que ce qu’on lit chez MBC, il y a ce que l’on n’y lit pas». Et, qu’est-ce qu’on n’y trouve pas? Beaucoup de choses, souvent essentielles…

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Lire! Ce livre est un peu différent à ce à quoi je m’attendais. Il laisse en effet plus de place que je ne le pensais à la vision de l’auteur sur plein de sujets abordés, parfois de façon minimale, par son objet d’étude. Comme l’a dit l’auteur en parlant de son livre, il «est véritablement un essai littéraire qui montre plus qu’il ne démontre. On y séjourne auprès de MBC, certes», mais on y trouve aussi les réflexions de l’auteur sur de nombreux sujets. «C’est la réponse que j’ai trouvée à ce que raconte MBC», ajoute-t-il. Le tout forme un livre qui s’éparpille parfois, mais demeure intéressant et agréable à lire. On dirait presque que l’auteur a été déçu de trouver si peu à dire sur le discours de MBC, ce discours étant limité à quelques thèmes redondants qu’on ne peut pas commenter tout au long d’un livre sans se répéter autant que MBC le fait dans ses écrits. En fait, ce livre confirme en grande partie le cliché sur les chroniques de MBC, cliché qui prétend que, quand on en a lu une (en fait, peut-être trois ou quatre…), on les a toutes lues. Autre bon point, les notes sont en bas de page.

Pour une entrevue éclairante avec l’auteur sur son livre, je conseille cet article du Devoir.

2 commentaires leave one →
  1. 27 janvier 2020 4 h 59 min

    J’en conclus que l’auteur se sert du nom de Mathieu Bock-Côté pour tenter de faire le sien. Autant je ne lis pas le pseudo-sujet de son livre, autant votre recension m’a convaincu de ne pas lire le livre non plus. Il plaira sûrement à une certaine pseudo-gauche moralisante. Personnellement, je préfère la réflexion

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  2. 27 janvier 2020 10 h 49 min

    Je ne vois pas d’où vous tirez votre conclusion. Quant à la suite de votre commentaire, il repose, comme votre conclusion, sur tellement d’a priori et de préjugés que je préfère vous laisser à votre réflexion.

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