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La planète vide

9 mars 2020

Avec le livre Empty Planet – The shock of global population decline (La planète vide – Le choc du déclin de la population mondiale), Darrell Bricker et John Ibbitson «[traduction] avancent l’argument provocateur selon lequel la population mondiale commencera bientôt à diminuer, ce qui modifiera considérablement le paysage social, politique et économique».

Préface : La population humaine a atteint 7 milliards en 2011. Si le scénario démographique moyen de l’Organisation des Nations unies (ONU) prévoit que la population passera à 11 milliards en 2100, on parle moins de son scénario faible qui prévoit qu’elle augmentera jusqu’en 2050, pour culminer à 9 milliards de personnes, pour ensuite diminuer et revenir à environ 7,3 milliards de personnes en 2100, scénario que préfèrent de plus en plus de démographes. D’ailleurs, la population est en baisse dans plus de 20 pays, surtout industrialisés. Cette évolution comporterait son lot d’avantages (environnement, alimentation, conflits, etc.), mais aussi de désavantages (population vieillissante, fardeau en santé, etc.).

1. Bref historique de l’évolution de la population : Les auteurs font le tour des événements qui ont le plus influencé l’évolution de la population humaine de la préhistoire à aujourd’hui. Ils expliquent ensuite les phases de transition démographique élaborées par Warren Thompson, où la population passe graduellement de hauts à bas taux de natalité et de mortalité. Comme la baisse du taux de mortalité a peu ou pas d’impact sur la croissance de la population à long terme, contrairement à la baisse du taux de natalité, on peut s’attendre à ce que la population mondiale finisse par diminuer (je simplifie).

2. Malthus et Fils : Les auteurs considèrent qu’on interprète souvent mal la thèse de Thomas Malthus sur les limites physiques de la population que la Terre peut nourrir. Il parlait en fait d’oscillations de la population totale (entre des périodes d’abondance et de famines) et non pas uniquement de son explosion continue comme on le dit trop souvent. Cela dit, il avait tort, tout comme ses «fils», les malthusiens, dont Paul Ralph Ehrlich, auteur de The Population Bomb. Ils expliquent ensuite les raisons pour lesquelles de nombreux démographes considèrent que le scénario faible de croissance démographique de l’ONU est le plus crédible.

3. Le grisonnement de l’Europe : Les auteurs présentent la forte baisse de l’indice synthétique de fécondité des femmes en Europe et utilisent cet exemple pour déterminer les causes et les conséquences d’une telle baisse. Ils présentent ensuite les facteurs qui ont favorisé cette baisse dans quelques pays (notamment en Belgique, en Bulgarie et en Suède) et les conséquences qui en ont résulté.

4. Asie – Le prix des miracles : Nous avons droit cette fois à la présentation des facteurs, parfois similaires, mais souvent très différents, de la baisse de la natalité en Asie (notamment en Corée du Sud et au Japon).

5. L’économie des bébés : Les auteurs abordent le coût monétaire d’avoir un enfant pour l’État (santé, éducation, services sociaux, etc.) et pour les parents, et ses conséquences sur leur qualité de vie et sur leur carrière (surtout celle des femmes). Ils montrent ensuite que le nombre d’adoptions, aussi bien locales qu’internationales, a plongé, notamment en raison de la baisse du nombre de naissances chez les adolescentes et dans les pays où on en adoptait le plus (Chine et Russie, entre autres). Ils décrivent ensuite les conséquences à long terme de la baisse du nombre de naissances, aussi bien chez les enfants et les jeunes adultes que chez les adultes d’âge moyen et chez les personnes âgées, conséquences qui commencent à se faire sentir dans quelques pays, notamment au Japon.

6. La question africaine : La hausse de la population prévue par l’ONU dans son scénario moyen repose en grande partie sur celle de la population de l’Afrique, qui a les indices synthétiques de fécondité les plus élevés de la Terre. Les auteurs se demandent si ces indices se maintiendront à un niveau aussi élevé que le pense l’ONU et tentent de montrer que cela ne sera probablement pas le cas.

7. Fermetures d’usine au Brésil : L’indice synthétique de fécondité du Brésil a diminué grandement au cours des dernières décennies et se situe de nos jours sous le seuil de renouvellement de la population (qui est de 2,1). Étrangement, l’ONU prévoit une augmentation de ce seuil, alors que les auteurs en doutent pour les raisons qu’ils exposent dans ce chapitre.

8. Migrations volontaires et forcées : L’être humain a toujours migré, que ce soit pour quitter une situation invivable (famines, guerres, persécutions, catastrophes, etc.) ou dans l’espoir d’améliorer son sort. Contrairement aux impressions de bien des gens, le taux de migration a diminué au cours des dernières décennies, surtout en raison de la baisse de la pauvreté extrême. En effet, même si nous avons toujours migré, nous préférons en général ne pas le faire, notamment pour rester près des gens que nous connaissons. Donc, moins nous avons de raisons de migrer, moins nous le faisons. Et il est probable que le taux de migration continuera de diminuer.

9. La croissance de l’éléphant et le déclin du dragon : Les auteurs analysent dans ce chapitre l’évolution de la population en Chine et en Inde, et ses conséquences dans ces pays et comme source d’immigration dans les autres pays. Cette évolution aura bien sûr un impact majeur sur celle de la population planétaire. Pour ces pays aussi, les auteurs jugent le scénario moyen de l’ONU trop élevé.

10. Le deuxième siècle américain : Les auteurs examinent cette fois les tendances démographiques aux États-Unis, qui dépendent en premier lieu de l’évolution l’indice synthétique de fécondité, mais aussi de l’immigration. La plus grande partie de ce chapitre porte justement sur l’attitude ambiguë des natif.ives des États-Unis face à l’immigration, qui a pourtant toujours été un atout important pour ce pays et qui le sera encore à l’avenir.

11. L’extinction culturelle dans une ère de déclin : Les auteurs abordent dans ce chapitre la baisse de l’indice synthétique de fécondité des peuples autochtones des États-Unis, du Canada, de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande, et de la graduelle extinction de leur culture et de leurs langues. Ils présentent ensuite certaines particularités des peuples insulaires (Islande, Royaume-Uni et autres). Ils concluent ce chapitre en s’inquiétant de la perte inestimable pour l’humanité de la disparition croissante des peuples, des cultures et des langues.

12. La solution canadienne : Les auteurs font l’apologie de la «solution canadienne» (et du multiculturalisme) qui est de plus que compenser les effets du vieillissement de sa population et de son faible indice synthétique de fécondité par l’immigration. Cette immigration est formée majoritairement d’immigrant.es fortement scolarisé.es, mais de seulement 10 % de réfugié.es, contrairement à l’Europe qui accueille proportionnellement moins d’immigrant.es, mais plus de réfugié.es, avec des conséquences politiques déplorables marquées par la montée de partis de droite et d’extrême droite. Cela dit, ils insistent sur le fait que le Canada a accueilli un grand nombre de boat people du Vietnam dans les années 1970 et de réfugié.es syrien.nes plus récemment, et que ces personnes se sont bien intégrées et ont représenté un apport important pour le Canada. Les auteurs nuancent ensuite leur apologie du multiculturalisme, montrant entre autres que celui-ci n’a pas que des effets positifs.

13. Ce qui nous attend : Les auteurs tentent d’imaginer les conséquences de la baisse de la population qu’ils prévoient après 2050. Ils estiment que cette baisse sera bénéfique pour l’environnement, faisant diminuer les émissions de gaz à effet de serre, à la fois parce qu’il y aura moins de monde, que cette population vivra davantage en ville et qu’il y aura moins de terres consacrées à la culture et à l’élevage. Ces conséquences favoriseront en plus la reforestation et la diversité de la faune et de la flore, et le rétablissement de la santé des océans. Je trouve les auteurs bien optimistes, car leur scénario démographique, même s’il est moins optimiste que le scénario moyen de l’ONU, prévoit une hausse d’environ 20 % de la population jusqu’en 2050 et son retour au niveau actuel en 2100, alors qu’il faut que ces émissions cessent complètement d’ici 2050. Ils abordent ensuite d’autres conséquences de la baisse de la population (guerres, urbanisation, innovations, immigration, etc.) dans différentes régions de la Terre.

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Bof. Je suis désolé pour la personne qui m’a conseillé ce livre (je ne me souviens plus qui), mais je n’ai pas les connaissances nécessaires pour évaluer la pertinence des propos des auteurs ou des prévisions des démographes de l’ONU, quoique j’aie toujours trouvé leurs prévisions optimistes compte tenu du contexte mondial et environnemental. Les auteurs parlent d’ailleurs peu de l’environnement, n’y consacrant qu’une partie du dernier chapitre. En plus, ils n’abordent que l’impact sur l’environnement de la baisse de la population (en fait, de sa hausse moins élevée que celle prévue dans le scénario moyen de l’ONU), pas du tout l’impact de l’environnement sur la démographie (réchauffement climatique, hausse du niveau des océans, pressions sur l’eau potable et sur la fertilité des terres agricoles, épuisement de ressources, etc.).

Si les auteurs présentent des données souvent pertinentes, la plus grande partie du livre est plutôt anecdotique, portant sur des discussions avec des personnes vivant dans les territoires dont ils parlent. J’ai en outre noté qu’ils ne semblent pas bien comprendre le concept d’indice synthétique de fécondité, attribuant dans un chapitre son niveau élevé à l’augmentation du nombre de femmes en âge d’avoir des enfants à la suite d’un baby boom, alors que cette augmentation n’a rien à voir avec le niveau de cet indice. En plus, chaque fois qu’ils ont donné des exemples de la situation au Québec (immigration, langue, services de garde à contribution réduite et quelques autres), j’ai grincé des dents et me suis demandé si leurs constats sur les autres régions analysées étaient aussi biaisés que ceux sur le Québec. Cela dit, ce livre se lit bien et les analyses des auteurs sont souvent intéressantes, même si pas toujours convaincantes. Les 456 notes sont à la fin du livre, s’étendant sur 35 pages. Heureusement, il s’agit essentiellement de références (je n’ai trouvé que deux compléments d’information). Il n’empêche que cela m’a forcé à utiliser deux signets et à consulter fréquemment la fin du livre… Et le titre du livre est trompeur, car ils ne disent jamais que la planète se videra!

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