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Six études liées à l’immigration

20 mars 2020

Au cours des derniers mois, j’ai mis de côté six études ou textes liés à l’immigration. Je vais tenter de les résumer succinctement.

Analyse qualitative de parcours d’insertion de femmes immigrantes au marché du travail et conditions de réussite observées

La Commission des partenaires du marché du travail (CPMT) a publié cette étude de Yasmina Chouakri en mai 2019.

Compte tenu des données qui montrent que les immigrantes éprouvent plus de difficultés sur le marché du travail que les immigrants et que les natives, le CPMT a décidé d’analyser quelques parcours types que les femmes immigrantes empruntent pour intégrer le marché du travail au Québec. Ces 29 femmes arrivées au Québec depuis au moins deux ans faisaient partie des catégories du regroupement familial (8), du statut de réfugié (15) et de l’immigration économique (6). Les femmes des deux premières catégories ont en arrivant une bien moins bonne connaissance du français et une scolarité moindre que celles faisant partie de l’immigration économique, les rendant plus dépendantes et plus vulnérables. En plus, les réfugiées sont souvent affectées par des traumatismes qu’elles ont vécus avant leur arrivée au Québec (je résume considérablement).

Cette étude a fait ressortir l’importance des activités de socialisation, des réseaux de connaissances, de l’expérience de travail québécoise, de l’apprentissage du français, de la participation à des mesures d’employabilité et de la lutte contre le racisme et les discriminations. Les participantes ont aussi soulevé la non-reconnaissance des acquis et des compétences, les difficultés du maintien en emploi, la conciliation travail-famille, la charge domestique et familiale, la durée des démarches pour trouver un emploi, l’accès restreint à des services de garde et le manque de ressources d’aide. Celles qui avaient un emploi travaillaient dans des secteurs traditionnellement féminins ou occupés majoritairement par des immigrant.es. Leur emploi n’était en général pas à la hauteur de leurs qualifications et elles considéraient leurs revenus insuffisants pour satisfaire à leurs besoins. Cela dit, elles considéraient que le fait de travailler améliore leur confiance et leur estime de soi, les rend fières et plus autonomes, maintient et développe leurs compétences, rompt leur isolement, favorise leur intégration et leur apporte un sentiment de sécurité.

Cette étude de 57 pages contient bien sûr beaucoup plus d’information, notamment sur les données sur le marché du travail des immigrants et immigrantes, sur la participation aux mesures d’aide offertes par Emploi-Québec et sur les organismes en employabilité travaillant auprès de personnes immigrantes. Elle contient aussi des recommandations en fonction de ses constats. Malgré certaines imprécisions statistiques et les limites d’une enquête portant sur un nombre aussi peu élevé de participantes, cette étude permet de mieux comprendre les défis de l’intégration des immigrantes et de faire ressortir les politiques et les ressources qui pourraient l’améliorer.

Surqualification chez les immigrants titulaires d’un grade universitaire au Canada et aux États-Unis

Statistique Canada a publié cette étude de Yao Lu et Feng Hou en décembre 2019.

Les politiques d’immigration du Canada et des États-Unis diffèrent considérablement, ce qui fournit «un cadre utile pour réaliser des études» dans ce domaine». Conséquence de ces différences, le Canada a un pourcentage plus élevé d’immigrant.es ayant un niveau de scolarité élevé que les États-Unis. Pourtant, les immigrant.es des États-Unis présentent un meilleur rendement sur le marché du travail. Est-ce possible que cela soit dû au fait que l’offre de main-d’œuvre très qualifiée au Canada surpasse sa demande? Le rôle plus important aux États-Unis de la sélection par les employeurs pourrait aussi expliquer ce paradoxe apparent. Pour tester ces hypothèses, cette étude compare les taux de surqualification (niveau de scolarité supérieur à celui qui est requis pour un emploi) chez les immigrant.es et chez les natif.ives titulaires d’un diplôme universitaire aux États-Unis et au Canada.

Le taux de surqualification :

  • des immigrant.es était supérieur à celui des personnes nées au pays, cette différence étant beaucoup plus importante au Canada qu’aux États-Unis, surtout chez les immigrant.es récent.es;
  • des natif.ives du Canada était légèrement inférieur à celui des natif.ives des États-Unis;
  • variait considérablement selon le pays d’origine des immigrant.es;
  • était inférieur chez les immigrant.es sélectionné.es dans les programmes directement liés aux besoins précis des employeurs, mais seulement quand ces besoins étaient pour des emplois qualifiés;
  • était inférieur chez les immigrant.es ayant obtenu leur diplôme au Canada (comme les étudiant.es participant au Programme de l’expérience québécoise).

Cette étude est intéressante, car elle fait bien ressortir les différences entre les besoins de main-d’œuvre et les critères utilisés pour sélectionner les immigrant.es très qualifié.es. Toutefois, elle comporte selon moi deux lacunes : elle ne contient aucune donnée spécifiquepour le Québec, qui est pourtant la seule province qui sélectionne ses immigrant.es économiques selon ses propres critères, et elle ne tient pas compte du fait que les immigrant.es ne sont pas qu’une offre de travail pour satisfaire aux besoins du marché du travail, mais aussi des citoyen.nes. Or, un pays bénéficie toujours d’avoir des citoyen.nes fortement scolarisé.es.

Examen de l’effet des prestations de pension de l’État sur la situation de faible revenu des personnes immigrantes âgées

Statistique Canada a publié cette étude de Wendy Kei, Marc-David L. Seidel, Dennis Ma et Marjan Houshmand en décembre 2019 (le même jour que la précédente).

«Selon les données du recensement de 2016, environ le quart des personnes immigrantes de 65 ans et plus nouvellement arrivées au Canada» étaient en situation de faible revenu, soit près du double de cette proportion chez les personnes âgées nées au Canada. Cette forte proportion pourrait s’expliquer par les critères d’admissibilité aux programmes de la Sécurité de la vieillesse (SV) et du Supplément de revenu garanti (SRG), car «les personnes âgées doivent avoir vécu au Canada pendant au moins 10 ans depuis l’âge de 18 ans» pour y être admissibles et pendant au moins 40 ans pour avoir droit aux prestations maximales. En conséquence, les personnes âgées immigrantes récemment admises n’y sont en général pas admissibles. Cette étude vise à «évaluer l’effet du droit aux prestations de la SV (ainsi que d’autres facteurs) sur la situation de faible revenu des personnes immigrantes de plus de 65 ans». La situation de faible revenu est établie selon la mesure de faible revenu après impôt (MFR-ApI).

Alors que les prestations du système public de pensions du Canada (SV, SRG, RRQ et RPC) représentaient en 2015 plus de la moitié des revenus des natif.ives du Canada et des personnes immigrantes âgées présentes au Canada depuis au moins 11 ans, elles ne comptaient que pour un peu plus de 10 % des revenus de celles présentes au Canada depuis 10 ans et moins. Il n’est donc pas étonnant de constater que le taux de faible revenu de ces personnes ait été nettement plus élevé que celui des matif.ives (24 % par rapport à 14 %), mais il l’est plus de constater que ces taux étaient encore plus élevés chez les personnes immigrantes âgées présentes au Canada depuis 11 à 20 ans (26 %) et depuis 21 à 30 ans (27 %). Notons que ces personnes recevaient des prestations partielles de la SV et du SRG, leur montant étant calculé en proportion du nombre d’années au pays sur 40 ans. Sans surprise, le taux de faible revenu était un peu moins élevé chez ceux et celles au Canada depuis 31 à 40 ans (18 %) et même plus faible que celui des natif.ives chez ceux et celles au Canada depuis plus de 40 ans (11 %). Si ces proportions montrent l’impact majeur des prestations du système public de pensions du Canada sur le taux de faible revenu, elles suggèrent que d’autres facteurs peuvent influencer ce taux. L’étude analyse par la suite l’influence de ces autres facteurs (taille du ménage, propriété du logement, catégorie d’immigration, scolarité, connaissance des langues officielles, pays d’origine, etc.).

Au bout du compte, lorsque toutes les autres variables sont maintenues constantes, l’admissibilité à la SV (et donc au SRG) ferait diminuer de 4 points de pourcentage le taux de faible revenu de l’ensemble des personnes immigrantes âgées, mais de 7 points celui de ces personnes au Canada depuis moins de 20 ans. Par contre, comme le montant des prestations varie en fonction de la durée de la présence au Canada, l’impact de la SV et du SRG augmente aussi en fonction de cette durée. Ainsi, comparativement aux personnes immigrantes âgées qui n’étaient pas admissibles aux prestations de la SV et du SRG, «la probabilité d’être en situation de faible revenu était inférieure de 2 points de pourcentage chez les personnes immigrantes âgées qui ont été admises de 11 à 20 ans avant le recensement, inférieure de 4 points de pourcentage chez celles qui ont été admises de 21 à 30 ans avant, inférieure de 8 points de pourcentage chez celles qui ont été admises de 31 à 40 ans avant, et inférieure de 10 points de pourcentage chez celles qui ont été admises plus de 40 ans avant». Cela montre bien l’importance de ces programmes pour que nos personnes âgées, immigrantes ou natives, puissent vivre leur retraite de façon décente. Cette étude devrait aussi nous inciter à questionner la pertinence des critères d’admissibilité actuels de la SV et du SRG.

Résultats économiques à long terme des réfugiés parrainés par le secteur privé

Statistique Canada a publié cette étude de Lisa Kaida, Feng Hou et Max Stick en janvier 2020.

Dans le cadre du Programme de parrainage privé de réfugiés du Canada, les répondants du secteur privé, «comme les églises, d’autres groupes confessionnels, des organismes ethniques et des groupes de personnes», accueillent des demandeur.euses du statut de réfugié et sont responsables de leur fournir le soutien financier, matériel et personnel «pendant leur première année au Canada ou jusqu’à ce qu’ils et elles puissent subvenir à leurs besoins, selon ce qui survient en premier».

Le Canada a été le premier pays à mettre en œuvre ce type de parrainage il y a 40 ans. Cette étude vise à «comparer les résultats économiques des réfugié.es parrainé.es par le secteur privé (RPSP) à ceux des réfugié.es pris.es en charge par le gouvernement (RPG)» à court et long termes, en tenant en compte leur âge, leur connaissance des langues officielles et de leur niveau de scolarité à leur arrivée, de leur région d’origine, de l’année de leur arrivée, de leur lieu de résidence, du taux de chômage dans leur province de résidence et du nombre de mois à l’école de leurs études à temps plein (s’il y a lieu). Elle porte sur les RPSP et les RPG âgé.es de 20 à 54 ans lors de leur arrivée au Canada de 1980 à 2009.

Sans tenir compte des variables mentionnées plus tôt (âge, scolarité, etc.), les principaux résultats montrent que (voir les deux graphiques de cette page) :

  • chez les hommes, les taux d’emploi des RPSP ont toujours été plus élevés que ceux des RPG, mais ont eu tendance à diminuer entre leur année d’arrivée et la troisième année pour demeurer assez stables par la suite (jusqu’à 15 ans après l’arrivée), alors que celui des RPG a au contraire augmenté entre leur année d’arrivée et la troisième année, mais sont aussi demeurés assez stables par la suite, faisant diminuer grandement l’écart entre les deux (de 17,2 points de pourcentage à l’arrivée à 4,5 points trois ans plus tard et à 3,4 points après 15 ans);
  • chez les femmes, les taux d’emploi étaient plus faibles que ceux des hommes; ils ont évolué de la même façon que ceux des hommes de la première à la troisième année, mais ont continué à augmenter par la suite, plus fortement chez les RPG, faisant encore plus diminuer les écarts entre les deux (de 23,6 points à l’arrivée à 1,9 point 15 ans plus tard);
  • les revenus annuels ont au moins doublé chez tous les groupes (hommes, femmes, RPSP et RPG) et ont même triplé chez les femmes RPG, demeurant toutefois toujours plus élevés chez les RPSP; l’écart s’est toutefois grandement rétréci, passant de 28 % à 5 % chez les hommes et de 35 % à 5 % aussi chez les femmes.

Lorsqu’on tient compte des variables mentionnés plus tôt, la situation des RPSP sur les RPG demeure meilleure tant sur le plan de l’emploi que de celui des revenus, mais les écarts entre les deux diminuent encore plus avec le temps, tant chez les hommes que chez les femmes. Les auteur.es observent par contre que les différences de taux d’emploi entre les RPSP et les RPG sont plus élevées chez les personnes les moins scolarisées à leur arrivée que chez les bachelier.ières (voir les deux graphiques sur cette page) et que les différences de revenus disparaissent totalement 15 ans après leur arrivée chez les bachelier.ières, mais demeurent importantes chez les personnes peu scolarisées. En fait, la différence devient nulle chez les bacheliers, mais le revenu devient même un peu plus élevé chez les bachelières RPG que chez celles RPSP (voir les deux graphiques sur cette page). Les auteur.es notent qu’une partie des résultats pourrait toutefois être liée «à d’autres caractéristiques prémigratoires non mesurées [et] aux processus de sélection», comme la santé, l’expérience des camps de réfugiés, la durée du déplacement ou la vulnérabilité.

Cette étude est intéressante, car elle montre que le parrainage des réfugié.es est surtout utile lors des premières années d’arrivée, reste positif par la suite, mais a un faible impact pour le taux d’emploi et devient nul chez les bachelier.ières environ huit ans après leur arrivée. Ces constats pourraient permettre de mieux cibler les cas de parrainage et surtout servir de base pour améliorer les services offerts aux réfugié.es non parrainé.es.

L’intégration sur le marché du travail des réfugié.es dans les pays à haut revenu

Le Journal of Economic Perspective a publié cette étude (The Labor Market Integration of Refugee Migrants in High-Income Countries) de Courtney Brell, Christian Dustmann et Ian Preston dans son numéro de l’hiver 2020.

Les auteurs décrivent tout d’abord la grande diversité des circonstances entourant l’arrivée de réfugié.es dans un pays riche, aussi bien avec des statistiques qu’avec des anecdotes : persécution et torture dans leur pays d’origine, pas d’école, vie dans les camps de réfugié.es après la destruction de leur maison, détention, décision souvent douloureuse (parfois traumatique) de fuir leur pays, exploitation par des passeurs, trajet dans un bateau surchargé, nouvelle détention, incertitude quant à l’acceptation de leur demande, isolation sociale, hostilité des natif.ives, compétences souvent limitées et peu adaptées aux besoins de leur nouveau pays, etc.

Dans les neuf pays riches présentés, les taux d’emploi des réfugié.es sont toujours inférieurs à ceux des autres immigrant.es, mais cette différence diminue avec le temps. Ces écarts sont les plus grands en Finlande, aussi très élevés en Allemagne et en Norvège, les plus bas aux États-Unis, et relativement faibles au Canada et en Suède (voir les neuf graphiques sur cette page), mais disparaissent en général complètement après 20 ans. Finalement, les auteurs notent que ces écarts sont plus grands pour les femmes que pour les hommes.

Les auteurs comparent ensuite les salaires des réfugié.es avec ceux des autres immigrant.es en pourcentage de ceux des natif.ives, mais dans sept pays. Les observations sont similaires, mais avec des écarts moindres (voir les sept graphiques sur cette page), ce qui est normal, car ces salaires sont bien sûr uniquement ceux des personnes qui travaillent. Par contre, sauf en Australie, les salaires des immigrant.es (réfugié.es et autres) demeurent bien inférieurs à ceux des natif.ives. Dans les deux cas (taux d’emploi et salaires), les écarts entre les réfugié.es et les autres immigrant.es ne semblent pas s’expliquer par des différences d’âge et de scolarité.

Les auteurs analysent ensuite les facteurs qui pourraient expliquer les écarts entre les réfugié.es et les autres immigrant.es, et l’ampleur des variations de ces écarts d’un pays à l’autre. Ils trouvent de fait des différences importantes dans la santé, la connaissance de la langue du pays d’accueil et les réseaux sociaux de ces deux groupes de migrant.es et constatent que l’ampleur de ces différences varie d’un pays à l’autre. Ils comparent aussi les processus d’accueil et concluent qu’il «est essentiel de raccourcir la procédure d’accueil, de fournir un soutien immédiat pour traiter les problèmes de santé et de faciliter l’intégration des réfugié.es sur le marché du travail», d’autant plus que l’afflux de réfugié.es pourrait bien augmenter à l’avenir.

Cette étude complète bien la précédente et a une plus grande envergure. On n’y trouve pas de découverte majeure, mais ses constats demeurent essentiels pour mieux accueillir les réfugié.es et leur permettre de s’intégrer mieux et plus rapidement.

Comment la migration aide les pays à devenir compétitifs en matière d’innovation dans les nouvelles technologies

Le Centre for Economic Policy Research (CEPR) a publié le 20 février dernier sur son portail Vox un texte de Dany Bahar, Raj Choudhury et Hillel Rapoport intitulé How migration helps countries become competitive at innovating in new technologies, qui est un résumé d’une étude dont la version préliminaire comptait 72 pages. Je me contenterai de présenter ici le résumé.

Les réactions contre l’immigration s’accentuent dans bien des pays et en viennent parfois à influencer les politiques de ces pays, avec des effets négatifs à moyen et long termes. Cette étude portant sur 95 pays montre que les immigrant.es apportent dans leur nouveau pays des connaissances qui remodèlent l’activité de brevetage «en les orientant vers de nouvelles technologies pour lesquelles leur nouveau pays n’avait aucune activité de brevetage préalable».

Ainsi, les auteurs estiment que la probabilité d’obtenir un avantage en matière de brevets dans certaines technologies au cours d’une décennie augmente de 25 à 60 % lorsque le nombre d’inventeur.trices étranger.ères venant de pays spécialisés dans ces mêmes technologies double. Ils ajoutent que les pays d’origine ne bénéficient nullement des brevets obtenus grâce à leurs émigré.es.

L’intérêt de cette étude est double. Elle montre l’avantage d’accepter des immigrant.es et contredit la perception que les innovations initiées par des immigrant.es profitent à leur pays d’origine.

Et alors…

Tout un ménage! Ces études, même si je les ai laissés traîner trop longtemps, permettent de mieux comprendre le rôle de l’immigration et les réalités que ces personnes vivent. Bon, j’en avais en fait mis deux autres de côté, mais ce sera pour une autre fois!

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