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La nature comme marchandise

11 mai 2020

Avec son livre La nature comme marchandise, Antoine Costa montre que «l’économie transforme tout ce qui s’approche d’elle en marchandise». Ainsi, en donnant «un prix à l’air, à l’eau, aux espèces et à l’ensemble de l’environnement, l’économie achève dans un même mouvement de saccager en protégeant».

Introduction

Contre leur défense de l’environnement (2018) : Antoine Costa présente une série de données illustrant l’intensité du réchauffement climatique et l’ampleur de la perte de diversité observées récemment, puis aborde :

  • les débuts du capitalisme;
  • l’adoption du «capitalisme fossile»;
  • l’utilisation du «droit» de propriété et des brevets sur la mer et sur le vivant;
  • l’affirmation que seul ce qui peut être quantifié peut être protégé;
  • l’utilisation de la quantification pour tout transformer en marchandise;
  • la mathématisation de l’économie au service des spéculateurs et son effet sur les marchés et les prix;
  • les projets de géo-ingénierie;
  • l’objectif de ce livre.

Histoire de la compensation (2017) : Christophe Bonneuil décrit les nombreuses décisions de l’administration Trump pour réduire la réglementation environnementale. Il commente ensuite l’évolution des mesures environnementales aux États-Unis depuis les années 1970 en fonction des pressions sociales, économiques et politiques. Il poursuit en analysant l’impact des lobbys anti-environnementaux et se questionne sur l’efficacité de l’utilisation des mécanismes de marché pour lutter contre la pollution et le réchauffement climatique.

Partie 1 : Compensation carbone

Marché carbone (2017) : Aki Kachi, directeur de Carbon Market Watch, critique le fonctionnement de certains marchés du carbone, notamment les «mécanismes flexibles», qui font souvent l’objet de fraudes, «empoisonnent l’environnement et volent la propriété» des populations locales de pays pauvres.

Le carbone qui cache la forêt (2014) : Sylvain Angerand, de l’association Les amis de la Terre, explique les mécanismes du programme de Réduction des émissions provenant du déboisement et de la dégradation des forêts (REDD) en prenant pour exemple la société française Pur Projet «qui vend à des pollueurs des solutions clefs en main de «compensation carbone forestier équitable» au Pérou». Ce programme illustre bien la phrase bizarre de l’amorce qui dit que «l’économie achève dans un même mouvement de saccager en protégeant», car il vise à «compenser» le saccage de forêt en en protégeant d’autres, protection qui dépossède en fait les populations de pays pauvres des forêts qu’elles utilisaient pour leur alimentation au profit de sociétés transnationales qui peuvent ainsi continuer à détruire des environnements dans d’autres régions.

À propos de la neutralité carbone (2018) : Antoine Costa explique le concept trompeur de neutralité carbone, qui n’oblige nullement à diminuer les émissions de gaz à effet de serre (GES).

Partie 2 : Compensation biodiversité

Quantifier la nature (2017) : Virginie Maris explique l’origine du concept de «services écosystémiques» («évaluation économique et parfois marchande de la biodiversité et des services fournis par les écosystèmes, basée sur une vision anthropocentrée de la nature») et les conséquences de son utilisation sur la vision économiciste de la nature et sur sa marchandisation. C’est le chapitre que j’ai préféré dans ce livre.

Agriculture et réchauffement climatique (2017) : Anne-Laure Sablé analyse le rôle de l’agriculture dans les émissions de GES et apporte des nuances sur l’ampleur de ces émissions en fonction des différents modèles agricoles. Elle aborde notamment la question du labour qui permet aux GES contenus dans le sol de se libérer dans l’atmosphère et (avec suspicion) des solutions pour éviter ce labour.

Notre-Dame-des-Landes – protéger et détruire (2015) : Jasmin, membre des Décompenseurs en lutte, commente la lutte de ce groupe pour protéger la «zone à défendre» (ZAD) de Notre-Dame-des-Landes contre la construction d’un aéroport par la société Vinci Airports. Il critique tout particulièrement l’illusion du concept de compensation environnementale.

Critique des mesures compensatoires (2013) : Comme le titre l’indique, les Décompenseurs en lutte poursuivent ici la critique du concept de compensation environnementale entamée dans le chapitre précédent. Ils critiquent entre autres :

  • la sous-estimation grossière des impacts environnementaux sur la région de l’aéroport projeté;
  • l’absence de compensation pour des terrains qui seraient détruits lors de l’agrandissement pourtant projeté de l’aéroport;
  • l’oubli de nombreuses espèces dans l’étude d’impact, dont certaines protégées.

«La compensation écologique repose sur l’illusion que l’ingénierie écologique et la toute-puissance de la technologie sont capables de restaurer la nature de façon équivalente.»

Entretien avec deux compensateurs (2017) : Olivier et Magali, deux militant.es environnementaux.ales travaillant dans un bureau chargé de réaliser des études d’impact, sont bien placé.es pour «comprendre le fonctionnement des mécanismes de compensation de l’intérieur». Il et elle déplorent l’absence de normes réglementaires sur la compensation écologique, l’État acceptant des niveaux très variables de compensation selon le projet, puis expliquent que, même s’il était bien encadré, ce concept demeurerait absurde.

Annexes :

– Crises et profits (février 2016) : Razmig Keucheyan, professeur de sociologie, présente quatre mécanismes de marchés axés sur la nature et affirme qu’un seul peut fonctionner, soit le marché du carbone, mais en diminuant de façon importante les quotas d’émissions actuels. Il critique ensuite l’État néolibéral qui socialise les coûts (ici, environnementaux) et privatise les profits.

Loi Biodiversité – la compensation instaure un droit à détruire ! (juin 2016) : Maxime Combes, économiste et militant pour la justice climatique, explique tout d’abord le principe de la loi française sur la biodiversité, soit «d’éviter les atteintes significatives à la biodiversité et aux services qu’elle fournit; à défaut, d’en réduire la portée, enfin, en dernier lieu, de compenser les atteintes qui n’ont pu être évitées ni réduites […]». Il présente ensuite les lacunes du projet de loi et conclut comme les auteurs précédents que cette loi est en fait une forme de permis de détruire.

Loi « Biodiversité » – pas d’état d’urgence pour la nature (juillet 2016) : François de Beaulieu (naturaliste en lutte) poursuit la critique de la loi française sur la biodiversité en soulignant entre autres la force des lobbys qui l’auraient fortement influencée. Ce court texte est disponible sur Internet.

Ménager la nature (juin 2016) : Gilles Clément, François de Beaulieu, Pierre Lieutaghi, Bernadette Lizet et Marie-Paule Nougaret poursuivent dans la même veine, soulignant surtout l’aspect comptable de cette loi. Notons que cette loi a été adoptée en août 2016, pas longtemps après la rédaction de ces textes.

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Lire, mais avec certaines réserves. Le sujet est en lui-même intéressant, mais le livre se concentre en bonne partie sur des événements survenus en France. En lisant la quatrième de couverture, je m’attendais à une analyse plus approfondie des différents mécanismes de marché, mais le livre aborde surtout les mécanismes de compensation et, dans une moindre mesure, le marché du carbone (dans sa version mal conçue, en reconnaissant au moins qu’il pourrait apporter des bienfaits s’il était mieux conçu). Oui, il faut dénoncer ce genre d’outils qui retarde l’adoption de politiques vraiment efficaces en donnant l’illusion de le faire, mais le livre laisse de côté trop d’autres mécanismes de marché, comme la taxe sur le carbone, qui, même si insuffisante en soi, peut compléter d’autres mesures plus contraignantes.

Comme bien des livres écrits par plusieurs auteur.es (ici dix, sans compter ceux et celles des annexes), le contenu est souvent répétitif. L’année où les textes ont été écrits est indiquée seulement à la fin du livre dans les sources. Comme je me posais cette question en les lisant et que je n’ai pris connaissance de ces sources que vers la fin de ma lecture, j’ai cru bon de l’ajouter à côté des titres de chapitres. En plus, les notes sont en fin de chapitres. Heureusement, il n’y en a pas dans tous les chapitres!

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