Aller au contenu principal

Le marché du travail en avril 2020 et la COVID-19

13 mai 2020

Les données de mars du Bureau of Labor Statistics (BLS) et de l’Enquête sur la population active (EPA) nous ont montré les premiers effets de la COVID-19 sur les marchés du travail des États-Unis, du Canada et du Québec, comme on a pu le voir dans ce billet. On verra ici ses effets bien plus complets à l’aide des données d’avril, quoique certaines données montrent qu’il a continué de se détériorer en mai aux États-Unis, notamment en raison du dépôt de près de 3,2 millions de demandes d’allocation chômage du 26 avril au 2 mai.

Avril 2020 aux États-Unis

Le (BLS) publie au début de chaque mois (le 8 mai pour avril 2020) les données de deux enquêtes, soit celles de la Household Survey, l’équivalent de l’EPA canadienne, et de l’Establishment Survey, qui ressemble plus à l’Enquête sur l’emploi, la rémunération et les heures de travail (EERH), dont les données sont publiées au Canada près de deux mois après celles de l’EPA. Toutefois, les médias ne font à peu près jamais la distinction entre ces deux enquêtes et commentent en général uniquement la variation de l’emploi selon l’Establishment Survey et le taux de chômage selon la Household Survey. La couverture journalistique de la publication des données d’avril dernier par le BLS n’a pas fait exception, les articles que j’ai lus, dont celui-ci du Devoir, ne retenant que la perte de «20,5 millions d’emplois au mois d’avril» (sans mentionner que cette donnée vient de l’Establishment Survey, voir la dernière colonne de ce tableau) et la montée du taux de chômage de 3,5 % à 14,7 % entre février et avril (sans mentionner non plus que cette donnée vient de la Household Survey, voir la septième ligne de cet autre tableau), pensant probablement que ces deux données sont liées. Or, elles ne le sont pas.

Si on regarde plus attentivement les données de la dernière colonne du tableau de la Household Survey, on verra que, selon les estimations de cette enquête, il ne s’est pas perdu 20,5 millions d’emplois en avril, mais bien 22,4 millions (-22 369 000, dans le tableau), pour une baisse totale de 21,4 millions entre février et avril selon l’Establishment Survey (ou de 14,0 %) et de 25,4 millions selon la Household Survey (ou de 16,0 %), soit la bagatelle de 4 millions de pertes d’emplois supplémentaires! Il faut dire que les périodes de référence de ces deux enquêtes ne sont pas identiques (du 12 au 18 avril pour la Household Survey et la période de paye incluant le 12 avril pour l’Establishment Survey, période qui peut être hebdomadaire, aux deux semaines, bimensuelle ou mensuelle) et que l’Establishment Survey ne tient compte que des salarié.es non agricoles, pas des travailleur.euses autonomes et des salarié.es agricoles. Notons que ces baisses, surtout celle de l’Establishment Survey, sont nettement inférieures à celles attendues par les économistes des États-Unis, soit de 28 millions d’emplois selon cet article. Ces économistes se basaient sur les demandes de prestations d’assurance-chômage des dernières semaines (environ 30 millions), mélangeant ainsi des flux (ces demandes) et des variations de stocks (baisse du nombre d’emplois entre deux périodes). Je reviendrai plus loin sur cette question avec les données canadiennes.

Les données de la Household Survey permettent aussi de savoir si les gens qui perdaient leur emploi allaient se considérer en chômage ou inactifs. En effet, si une personne sans emploi n’en cherche pas activement (et ce critère est plus sévère dans la définition du chômage utilisée aux États-Unis qu’au Canada, car elle exige l’envoi d’une demande d’emploi ou d’un CV, alors qu’au Canada une recherche d’emploi sur Internet suffit) ou ne prévoit pas un rappel dans les quatre semaines qui suivent, elle sera considérée comme inactive. Si les données du tableau de la Household Survey nous montrent que le nombre de personnes en chômage a augmenté davantage que le nombre d’inactif.ives entre février et avril, soit de près de 17,3 millions par rapport à 8,3 millions, il demeure que si toutes ces personnes avaient satisfait aux critères du chômage, le taux de chômage en avril aurait atteint 19,1 % plutôt que 14,7 %, en hausse de 15,6 points de pourcentage plutôt que de 11,2 points depuis février (3,5 %).

Avril 2020 au Canada

La semaine de référence de l’EPA pour le mois d’avril était du 12 au 18 avril, soit la même que celle de la Household Survey des États-Unis. Statistique Canada a d’ailleurs publié son communiqué sur les données de l’EPA du mois d’avril le même jour que celui du BLS, soit le 8 mai. Cette semaine de référence correspond à la période où le Québec et une grande partie du reste du Canada avaient réduit au minimum leurs services et activités non prioritaires et où le gouvernement fédéral avait mis en place des programmes de prestations, surtout pour les personnes qui avaient perdu leur emploi et les entreprises qui avaient subi des pertes de volume d’affaires en raison de la COVID-19. On s’attendait donc à ce que la baisse du nombre d’emplois soit bien plus élevée qu’en mars, comme ce fut le cas aux États-Unis.

Statistique Canada, comme dans son communiqué pour le mois de mars, a publié plus d’informations qu’à l’habitude ainsi que deux tableaux présentant les faits saillants (ici et ici). On y apprend notamment que :

  • l’estimation de l’emploi en données désaisonnalisées a diminué d’environ 3 millions ou de 15,7 % entre février et avril, baisse de la même ampleur qu’aux États-Unis (16,0 % selon les données de la Household Survey, la plus comparable à l’EPA);
  • l’estimation du nombre de chômeur.euses a connu une hausse de près de 1,3 million de personnes, faisant passer le taux de chômage de 5,6 % en février à 13,0 % en avril, et celle du nombre de personnes inactives de 1,8 million de personnes, faisant diminuer le taux d’activité de 65,5 % en février à 59,8 % en avril;
  • les proportions de la hausse du chômage et de l’inactivité sur la hausse totale de ces deux données (soit 42 % et 58 %) sont très différentes de celles observées aux États-Unis (soit 67 % et 33 %); cela indiquerait que, étonnamment, les personnes qui ont perdu leur emploi aux États-Unis chercheraient plus souvent un emploi ou auraient plus confiance de retrouver leur emploi dans au plus quatre semaines que celles du Canada;
  • si la hausse du chômage et de l’inactivité avait plutôt été uniquement une hausse du chômage, le taux de chômage en avril aurait atteint 20,6 % plutôt que 13,0 %, en hausse de 15,0 points de pourcentage plutôt que de 7,4 points depuis février (5,6 %), hausse plus de deux fois plus élevée;
  • en plus de la perte de 3 millions d’emplois, Statistique Canada souligne que, parmi les personnes en emploi, 2,5 millions de plus qu’en février ont travaillé moins de la moitié de leurs heures habituelles, parfois aucune;
  • le nombre d’heures travaillées a diminué de 28 %, près de deux fois plus que le nombre d’emplois (15,7 %), baisse due à la fois à l’augmentation du chômage et de l’inactivité, et à la hausse du nombre de personnes en emploi qui n’ont pas travaillé ou ont travaillé moins d’heures, même si l’emploi à temps partiel a diminué beaucoup plus (29,6 %) que l’emploi à temps plein (12,5 %).

Les infographies et documents fournis par Statistique Canada abordent bien d’autres aspects de la question, mais je vais n’en aborder qu’un autre. Le graphique qui suit, tiré de cette page, illustre la moyenne mobile de six mois des flux entrants et sortants du chômage au Canada de janvier 2008 à avril 2020.

Sans surprise, les flux entrants (ligne bleu foncé), soit le nombre de personnes qui sont devenues chômeuses, ont explosé, passant d’entre 450 000 et 500 000 par mois de janvier 2017 à février 2020 à 775 000 en avril 2020. Comme il s’agit d’une moyenne mobile de six mois, on peut calculer que ces flux entrants ont en fait atteint autour de 1 750 000 de personnes en avril 2020, ce qui est le double de l’augmentation du nombre de personnes en chômage ce mois-là (870 000)! Il faut savoir que ces entrants n’étaient pas nécessairement en emploi le mois précédent et ont pu passer du statut d’inactif.ive à celui de chômeur.euse. Il faut en plus tenir compte des flux sortants (ligne bleu pâle). Assez étonnamment, on peut voir que le nombre de personnes qui ont quitté le statut de chômeur.euse a fortement augmenté en avril 2020, leur moyenne mobile de six mois passant d’environ 500 000 en février 2020 à 510 000 en mars et à 570 000 en avril. En tenant compte du fait qu’il s’agit d’une moyenne mobile de six mois, on peut estimer que le nombre de personnes qui ont quitté le statut de chômeur.euse (pour devenir en emploi ou inactives) en avril fut d’environ 870 000, pour une variation de stocks correspondant à l’augmentation du nombre de personnes en chômage ce mois-là (1 750 000 – 870 000 = 880 000, niveau approximatif ressemblant à l’augmentation du chômage de 871 300).

Au Canada aussi, certaines personnes confondent les flux et les variations de stocks. En se basant sur les plus de sept millions de personnes qui ont demandé la Prestation canadienne d’urgence, certaines personnes s’attendaient à une baisse de quatre, «peut-être cinq millions d’emplois», alors que cette baisse fut de «seulement deux millions. Pour plus de précision sur la nature des flux d’emplois, de chômage et d’inactivité, on peut lire ce billet qui présente une étude de Statistique Canada sur le sujet.

Avril 2020 au Québec

Au Québec :

  • l’estimation de l’emploi en données désaisonnalisées a diminué d’environ 820 500 ou de 18,7 % (mais de 36,7 % chez les 15 à 24 ans), soit nettement plus que dans le reste du Canada (14,8 %); il s’agit de la plus forte baisse des provinces du Canada, comme on peut le voir dans le graphique qui sert d’image à ce billet;
  • si l’emploi a davantage diminué chez les femmes en mars, ce fut l’inverse en avril; entre février et avril, l’emploi a diminué à un rythme semblable chez les femmes (18,4 % par rapport à 16,4 % dans le reste du Canada) et chez les hommes (19,0 %, 13,3 % dans le reste du Canada);
  • la baisse de l’emploi chez les hommes ramène son niveau à celui de mars 2000, tandis que cette baisse chez les femmes le ramène à son niveau d’août 2004;
  • la plus grande diminution de l’emploi chez les femmes en mars s’expliquait surtout par les baisses dans l’enseignement, l’hébergement et la restauration, et le commerce de détail, qui représentaient 65 % de la baisse totale de l’emploi féminin (167 600);
  • la plus grande diminution de l’emploi chez les hommes en avril s’explique surtout par les baisses dans la construction, la fabrication, le transport, le secteur minier et les services immobiliers et services de location et de location à bail, qui représentent 63 % de la baisse totale de l’emploi masculin (322 100);
  • si le nombre d’emplois a globalement diminué de 18,7 % entre février et avril, cette baisse fut de 25,3 % chez les employé.es (ou salarié.es) du secteur privé, de 8,4 % chez les employées du secteur public et de seulement 3,0 % chez les travailleur.euses autonomes (l’ajustement à une baisse d’activité se traduit plus souvent par une baisse d’heures travaillées et de revenus que par une perte d’emploi chez ces travailleur.euses);
  • le nombre d’heures travaillées a diminué de 35 %, près de deux fois plus que le nombre d’emplois (18,7 %), même si l’emploi à temps partiel a diminué beaucoup plus (34,4 %) que l’emploi à temps plein (15,2 %);
  • l’estimation du nombre de chômeur.euses a connu une hausse de 524 700, faisant passer le taux de chômage de 4,5 % en février à 17,0 % en avril, et celle du nombre de personnes inactives de 307 700, faisant diminuer le taux d’activité de 64,7 % en février à 60,4 % en mars;
  • si l’ajout d’inactif.ives avait plutôt été un ajout de chômeur.euses (bref, si ces personnes avaient dit avoir cherché un emploi ou prévoir un rappel dans moins de cinq semaines), le taux de chômage aurait atteint 22,5 %.

Les proportions de la hausse du chômage et de l’inactivité sur la hausse totale de ces deux données, soit 63 % et 37 %, sont très différentes de ces proportions pour le reste du Canada, soit 34 % et 66 %, ce qui montre un comportement très différent entre les personnes qui ont perdu un emploi au Québec et dans le reste du Canada, celles du Québec ayant presque deux fois plus souvent (63 % par rapport à 34 %) répondu chercher un emploi ou prévoir un rappel dans moins de cinq semaines. Cette proportion pour le Québec ressemble plus à celle observée aux États-Unis (soit 67 % et 33 %). Notons finalement que cette proportion au Québec est aussi passablement différente chez les hommes (57 % et 43 %) et les femmes (70 % et 30 %). Comme les femmes se disent plus souvent en chômage et moins souvent inactives, leur taux de chômage a augmenté davantage que celui des hommes (de 4,0 % à 17,4 %, soit de 13,4 points de pourcentage par rapport à de 4,9 % à 16,6 %, soit de 11,7 points), même si elles ont proportionnellement perdu moins d’emplois (baisse de 18,4 % par rapport à 19,0 %, comme mentionné plus tôt). Cela montre à quel point il faut faire preuve de prudence quand on analyse les données sur le chômage, surtout dans une période comme celle-ci.

Il est aussi possible que la désaisonnalisation des données soit douteuse cette année, car les mouvements de l’emploi sont dus en grande majorité à un phénomène non saisonnier, soit la fermeture de secteurs non prioritaires. Par exemple, le taux de chômage en avril des hommes était plus bas que celui des femmes en données désaisonnalisées (16,6 % par rapport à 17,4 %, comme on l’a vu), mais nettement plus élevé en données non désaisonnalisées (19,8 % par rapport à 16,5 %). Il est courant que les données désaisonnalisées d’avril touchent davantage les hommes que les femmes, mais là, la différence est vraiment énorme (-3,2 points de pourcentage pour les hommes et plus 0,9 point pour les femmes). Bref, voilà bien une autre incertitude dont on doit tenir compte pour interpréter correctement ces données!

J’hésite habituellement à analyser les variations mensuelles d’emploi par industrie à partir des données de l’EPA, car les marges d’erreur à 95 % de ces variations sont en général supérieures aux changements de ces estimations. D’ailleurs, je me suis posé beaucoup de questions dans mon précédent billet sur la baisse de 72 600 emplois (baisse de plus de 24 %) entre février et mars dans les services d’enseignement, alors que le tableau 14-10-0355-01 de Statistique Canada indique que l’emploi dans ce secteur aurait ensuite augmenté de 17 700 en avril (la seule hausse industrielle entre ces deux mois), pour une baisse globale de 54 900 ou de 17,3 % entre février et avril… Pourtant, je ne vois pas ce qui pourrait expliquer cette hausse en avril!

Cela dit, les huit baisses d’emploi que je vais mentionner représentent en tout 84 % de la baisse totale entre février et avril 2020, soit 690 000 sur la baisse totale de 820 500 emplois. Les plus fortes baisses ont été observées dans :

  • les services d’hébergement et de restauration (baisse de 133 400, ou de 51 %);
  • le commerce de gros et de détail (131 900, ou de 20 %);
  • la fabrication (115 000, ou de 23 %, ce qui montre que la reprise annoncée cette semaine dans ce secteur aura bien moins d’impact qu’on pourrait le penser);
  • la construction (110 100, ou de 39 %, ce qui montre que cette industrie était loin d’être complètement fermée);
  • les services d’enseignement (54 900, ou de 18 %);
  • les soins de santé et d’assistance sociale (51 000 ou de 8,5 %);
  • les autres services (sauf les administrations publiques), dont les salons de coiffure et les autres services personnels (51 000 ou de 28 %);
  • l’information, la culture et les loisirs (44 700, ou de 24 %).

Comme l’exemple de l’enseignement le montre bien, il faut prendre ces niveaux de baisse avec des pincettes. Je compte bien vérifier l’ampleur de ces baisses et les sous-secteurs les plus atteints quand les données de l’EERH pour mars et surtout avril seront publiées, soit à la fin mai et à la fin juin, car les données de cette enquête ne comportent aucune marge d’erreur.

Et après?

À quoi s’attendre pour les prochains mois? Sûrement à une hausse de l’emploi en mai (la semaine de référence pour ce mois est la semaine actuelle, soit du 10 au 16 mai) en raison de la réouverture de certains secteurs cette semaine, surtout à l’extérieur de la région métropolitaine de Montréal, et espérons en juin et les mois suivants, si le nombre de cas et de décès dus à la COVID-19 diminue enfin dans cette région et ne repart pas en hausse ailleurs. Bref, il n’y a rien de certain, comme toujours avec cette crise!

Et alors…

J’aurais pu détailler davantage les particularités du chômage et de l’inactivité, comme je l’ai fait dans ce billet, en commentant par exemple les taux supplémentaires de chômage et les raisons d’avoir quitté ou perdu un emploi. Mais, j’ai regardé ces données et ai constaté qu’elles auraient peu ajouté à l’analyse présentée dans ce billet (déjà assez long!).

Le constat le plus frappant de ce billet est l’inadéquation du taux de chômage comme seul indicateur de la situation sur le marché du travail. Il n’y a rien de nouveau à ce constat. J’ai toujours tenté de montrer qu’il faut toujours regarder un ensemble d’indicateurs (qui tiennent en plus compte de l’évolution de la structure démographique) pour bien comprendre l’état du marché du travail. Par contre, les limitations à l’interprétation à donner au taux de chômage ressortent encore plus dans une situation comme celle qu’on vit, alors que les hausses du chômage et de l’inactivité se confondent plus que jamais. Pire, les techniques de désaisonnalisation risquent de mal ajuster les données, car la saisonnalité ne peut expliquer qu’une faible part des mouvements actuels de l’emploi, du chômage et de l’inactivité. Même l’évolution de l’emploi peut camoufler certaines particularités de la situation actuelle, comme le montre l’augmentation impressionnante du nombre de personnes en emploi qui n’ont pas travaillé ou ont travaillé moins de la moitié des heures habituelles, comme l’illustre la baisse deux fois plus forte du nombre d’heures travaillées que celle du nombre d’emplois. En plus, tous ces indicateurs ne montrent pas en premier lieu l’ampleur de la détérioration du marché du travail, qui pourrait se rétablir rapidement si la crise se terminait, mais bien plus l’intensité des efforts de confinement pour combattre la COVID-19 et sauver des vies. À suivre!

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :