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Les paysans français d’Ancien Régime

18 mai 2020

Avec son livre Les paysans français d’Ancien Régime – Du XIVe au XVIIIe siècle, Emmanuel Le Roy Ladurie, historien français, présente «une histoire totale qui relie la terre et les hommes, fait toute leur place à la vie économique et sociale et à l’histoire des mentalités paysannes, de l’époque de la Peste noire à celle de la Révolution française».

Quand j’ai commencé ce livre, je ne pensais pas en parler ici. Il m’a été donné il y a plusieurs mois (je ne me souviens pas exactement quand) par une amie Facebook et je ne l’ai ressorti qu’en raison de la pénurie de livres de bibliothèque chez moi. J’ai par contre réalisé en le lisant qu’il méritait que j’en parle. Ce genre de livre est impossible à résumer, étant lui-même un condensé des travaux de l’auteur (notamment d’un livre de 816 pages qu’il a écrit en 2002, Histoire des paysans français – De la Peste noire à la Révolution). Ma présentation sera donc différente de celle que je fais en général dans mes billets sur des livres.

Comme son titre l’indique, ce livre porte sur les paysans français du XIVe au XVIIIe siècle. On n’y suit pas comme dans les livres d’histoires classiques les élites (rois, conquérants, etc.) et les guerres, mais bien la vie de tous les jours de la population rurale.

Chaque section couvre une période, en général un siècle, et commence par une analyse de l’évolution démographique au cours de cette période. Or, on voit rapidement que cette évolution dépend de deux facteurs principaux, les épidémies et les famines, puis des guerres, de la mortalité enfantine, et loin en arrière, de l’âge des mariages (qui dépend aussi de la disponibilité des aliments). Quand on pense aux épidémies, c’est la Peste noire qui nous vient à l’esprit en premier lieu, et avec raison, car elle a entraîné (conjointement avec de nombreuses famines et quelques guerres) la diminution de moitié de la population française (en se basant sur le territoire actuel) entre le début du XIVe siècle et le milieu du XVe, qui est en gros passée de 20 à 10 millions de personnes. On oublie toutefois trop souvent que la peste est revenue en France épisodiquement jusqu’au XVIIIe siècle, mais frappant surtout la population de régions particulières, et que d’autres maladies sévissaient aussi. Disons que l’impact de la COVID-19, sans le minimiser (surtout qu’elle sévit encore), n’a rien à voir avec celui de ces épidémies historiques.

Ce livre nous fait aussi réaliser encore plus l’importance de la sécurité alimentaire, si besoin est. Si les famines surgissent encore dans bien des pays et beaucoup trop fréquemment, cela n’a rien à voir avec la fréquence et les conséquences des famines de ces époques. Dans ce contexte, l’auteur relève avec assez de précision l’évolution des récoltes qui sont aussi intimement corrélées avec l’évolution de la population. Par exemple, la diminution de moitié de la population au XIVe siècle a eu comme conséquence de faire réduire la fréquence et la virulence des famines, et d’améliorer l’alimentation au cours du siècle suivant (au moins). C’est aussi l’amélioration des techniques agricoles qui a permis à la population de dépasser les 20 millions de façon durable à partir du XVIIIe siècle (28 millions lors de la Révolution française qui clôt la période couverte par ce livre), quatre siècles après avoir atteint ce palier pour la première fois. Ces constats m’ont rappelé les hypothèses de Thomas Malthus sur les liens entre la croissance de la population et la production agricole.

Ce livre aborde aussi bien d’autres aspects de la vie (et de la mort…) au cours de ces siècles. L’auteur y parle de la structure de la société, décrivant entre autres l’évolution de l’importance de la noblesse, du clergé et des autres classes sociales en distinguant aussi celle des propriétaires terriens par rapport à celle des «manouvriers» (population rurale à 90 % en début de période et à 80 % en 1789, elle-même à 90 % formée de cultivateur.trices), du type de récoltes et d’élevages, de l’alimentation, de la place de la religion (et des guerres de Religion), des conflits et révoltes paysannes contre le fisc sous toutes ses formes (gabelle du sel, dîmes, champart, et bien d’autres) et contre la part des récoltes remises aux propriétaires des terres que ces paysan.nes exploitent, de l’évolution des techniques agricoles et de leurs particularités régionales, des salaires et du niveau de vie, des méthodes contraceptives (surtout par le retard des mariages), de la scolarisation (surtout vers la fin de la période couverte), de la stature variable des populations régionales et de bien d’autres sujets.

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Lire! Ce genre de livre qui raconte la vie de la plus grande part de la population me séduit particulièrement. J’ai bien quelques bémols sur ce livre, mais ils n’ont pas vraiment nui au plaisir de la lecture. L’auteur prend pour acquis que ses lecteur.trices connaissent bien l’histoire plus classique de la France, comme les guerres et l’époque où ses élites ont vécu (il mentionne souvent le règne d’un roi pour nous situer dans le temps sans préciser les années de ce règne). La terminologie nous est parfois étrangère (par exemple, une caractéristique «limousine» n’est pas celle d’un véhicule, mais d’une personne originaire du Limousin), mais, avec quelques recherches sur Internet, cela peut même enrichir nos connaissances. Et les notes sont en bas de page!

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