Aller au contenu principal

Le marché du travail en juillet 2020 et la COVID-19

13 août 2020

marché du travail juillet et la COVID 19Après avoir analysé les données de mars à juin du Bureau of Labor Statistics (BLS) et de l’Enquête sur la population active (EPA), je vais maintenant commenter celles de juillet, troisième mois après le creux de l’emploi en avril dû aux mesures de confinement visant à limiter les dégâts de la COVID-19. On verra ici si ma prévision (pas très risquée…) d’un troisième mois consécutif de reprise au Québec et au Canada s’est réalisée. Je n’avais pas osé me prononcer sur la situation aux États-Unis.

Juillet 2020 aux États-Unis

Le BLS publie au début de chaque mois (le 7 août pour juillet 2020) les données de deux enquêtes, soit celles de la Household Survey (HS), l’équivalent de l’EPA canadienne, et de l’Establishment Survey (ES), qui ressemble plus à l’Enquête sur l’emploi, la rémunération et les heures de travail (EERH), dont les données sont publiées au Canada près de deux mois après celles de l’EPA. Toutefois, les médias ne font à peu près jamais la distinction entre ces deux enquêtes et commentent en général uniquement la variation de l’emploi selon l’ES et le taux de chômage selon la HS. La couverture journalistique de la publication des données de juillet dernier par le BLS n’a pas fait exception, les articles que j’ai lus, dont celui-ci de Radio-Canada, ne retenant que l’ajout de «1,8 million d’emplois en juillet» (sans mentionner que cette donnée vient de l’ES, voir la dernière colonne de ce tableau) et la baisse du taux de chômage de 11,1 % à 10,2 % entre juin et juillet (sans mentionner non plus que cette donnée vient de la HS, voir la septième ligne de cet autre tableau), pensant probablement que ces deux données sont liées. Or, elles ne le sont pas.

Si on regarde plus attentivement les données de la dernière colonne du tableau de la HS, on verra que, selon les estimations de cette enquête, il se serait ajouté 1,35 million emplois en juillet, soit 410 000 de moins qu’estimé par l’ES (1,76 million). Entre février et juillet, cela nous donne une baisse de 12,9 millions d’emplois ou de 8,4 % selon l’ES et de 15,2 millions ou de 9,6 % selon l’HS. Ces écarts ne sont pas étonnants, car ces deux enquêtes comportent de nombreuses différences. Par exemple, les périodes de référence de ces deux enquêtes ne sont pas les mêmes (du 12 au 18 juillet pour la HS et la période de paye incluant le 12 juillet pour l’ES, période qui peut être hebdomadaire, aux deux semaines, bimensuelle ou mensuelle), et l’ES ne tient compte que des salarié.es non agricoles, excluant donc les travailleur.euses autonomes et les salarié.es agricoles.

Les attentes à la veille de la publication de ces données allaient dans tous les sens. Cela dit, les données du Department of Labor (DOL) ont montré une baisse de 2,5 millions de prestataires (insured unemployment) entre les semaines de référence de la HS de juin (19,5 millions) et de juillet (17,0 millions). Cette baisse est supérieure à celle du nombre de chômeur.es selon la HS (1,4 million), mais le nombre de chômeur.es (16,3 millions) était en juillet du même ordre de grandeur que le nombre de prestataires. Notons en outre que la hausse de l’emploi en juillet a bénéficié de l’augmentation artificielle de 245 000 emplois dans les données de l’ES dans l’enseignement en raison du processus de désaisonnalisation et de l’embauche de 27 000 employé.es temporaires pour tenir le recensement de 2020, selon le communiqué du BLS. Par contre, le Census Bureau évalue plutôt ce nombre d’employé.es temporaires à 50 000 à la mi-juillet et à 155 000 à la fin de ce mois.

Les données de la HS permettent aussi de répartir le nombre de personnes qui ont perdu leur emploi entre celles qui sont considérées par le BLS en chômage ou inactives. En effet, si une personne sans emploi n’en cherche pas activement ou ne prévoit pas un rappel dans les quatre semaines qui suivent, elle sera considérée comme inactive. Les données du tableau de la HS montrent en juillet un phénomène qu’on n’a pas vu depuis le creux de la crise, en avril. En effet, pendant que le nombre de personnes en chômage diminuait de 1,4 million, le nombre de personnes inactives augmentait de 230 000. Cette observation étrange pourrait être due à la diminution du nombre d’erreurs de classification que j’ai expliquées dans le billet de juin, ce que pense le BLS. Au bout du compte, le nombre de personnes en chômage a augmenté près de deux fois plus que le nombre d’inactif.ives entre février et juillet, soit de 10,6 millions par rapport à 5,4 millions. Si toutes ces personnes avaient satisfait aux critères du chômage, le taux de chômage en juillet aurait atteint 13,2 % plutôt que 10,2 %, en hausse de 9,7 points de pourcentage plutôt que de 6,7 points depuis février (3,5 %). Notons que ce calcul montre une amélioration encore plus importante que du côté du taux de chômage officiel par rapport à avril, avec une baisse de 5,9 points de pourcentage du taux ajusté (19,1 % en avril par rapport à 13,2 % en juillet), plutôt que de 4,5 points du taux officiel (14,7 % en avril et 10,2 % en juillet).

Juillet 2020 au Canada

La semaine de référence de l’EPA pour le mois de juillet était, comme celle de la HS des États-Unis, du 12 au 18 juillet. Statistique Canada a d’ailleurs publié son communiqué sur les estimations de l’EPA du mois de juillet le même jour que celui du BLS, soit le 7 août. Statistique Canada, comme dans ses communiqués pour les mois de mars à juin, a publié plus d’informations qu’à l’habitude. On y apprend notamment que :

  • en raison d’une hausse de près de 419 000 emplois en juillet (ou de 2,4 %), suivant celles observées en mai et en juin, l’estimation de l’emploi en données désaisonnalisées a diminué d’un peu plus de 1,3 million ou de 7,0 % entre février et juillet, baisse nettement moins élevée qu’aux États-Unis (9,6 %, selon les données de la HS, la plus comparable à l’EPA); rappelons-nous que cette baisse atteignait 3,0 millions d’emplois ou 15,7 % entre février et avril;

  • l’estimation du nombre de chômeur.euses a connu une hausse de 1,05 million de personnes entre février et juillet, malgré une baisse de 269 000 en juillet, faisant passer le taux de chômage de 5,6 % en février à 10,9 % en juillet (par rapport à son sommet de 13,7 % en mai);

  • le nombre de personnes inactives a diminué de plus de 125 000 en juillet, mais a augmenté de 440 000 entre février et juillet, faisant diminuer le taux d’activité de 65,5 % en février à 64,3 % en juillet (par rapport à son plancher de 59,8 % en avril); la baisse importante du nombre de personnes inactives en juillet, malgré une hausse de 25 000 de la population adulte vieillissante, montre que bien des inactif.ives sont retourné.es en emploi ou ont recommencé à en chercher en juillet;

  • les proportions de la hausse du chômage et de l’inactivité sur la hausse totale de ces deux données depuis février (soit 71 % et 29 %) montraient en juillet une baisse de l’importance relative des inactif.ives dans la baisse de l’emploi, encore plus qu’aux États-Unis (66 % et 34 %), proportions très différentes de celles observées entre février et avril (42 % et 58 %); cela confirme que beaucoup de personnes qui ont perdu leur emploi au Canada, et dans une moindre mesure aux États-Unis, ont repris confiance;

  • si la hausse du chômage et de l’inactivité avait plutôt été uniquement une hausse du chômage, le taux de chômage en juillet aurait atteint 12,8 % plutôt que 10,9 %, en hausse de 7,2 points de pourcentage plutôt que de 5,3 points depuis février (5,6 %); notons que la différence entre ces deux types de taux de chômage est passée de 7,6 points en avril (20,6 % et 13,0 %) à seulement 1,9 point en juillet, autre illustration de la forte baisse de l’inactivité;

  • en plus de la perte de 1,3 million d’emplois, Statistique Canada souligne que, parmi les personnes en emploi, 972 000 de plus qu’en février (mais 1,6 million de moins qu’en avril) ont travaillé moins de la moitié de leurs heures habituelles, parfois aucune;

  • selon le tableau 14-10-0289-01, le nombre d’heures travaillées a augmenté de 5,3 % en juillet, faisant passer la baisse entre février et juillet à 11,2 %, soit bien moins qu’entre février et avril (27,7 %); alors que cette baisse entre février et avril était plus élevée que celle du nombre d’emplois de 12,0 points de pourcentage (27,7 % par rapport à 15,7 %), elle ne lui était supérieure que de 4,2 points entre février et juillet (11,2 % par rapport à 7,0 %); cela montre que la baisse des heures travaillées a perdu environ les deux tiers de son impact entre avril et juillet;

  • en raison d’une hausse de 11,3 % de l’emploi à temps partiel en juillet, par rapport à celle de seulement 0,5 % de l’emploi à temps plein, l’emploi à temps partiel a diminué de 5,0 % entre février et juillet, baisse moins forte que celle de l’emploi à temps plein (7,5 %); il s’agit d’un revirement complet par rapport aux mois antérieurs; par exemple, entre février et juin, l’emploi à temps partiel avait diminué près de deux fois plus (14,6 %) que l’emploi à temps plein (7,9 %); cela montre que le travail à temps partiel a subi plus durement que l’emploi à temps plein le confinement (surtout celui du commerce de détail non prioritaire et de la restauration), mais a bénéficié davantage du déconfinement, d’autant plus que certaines entreprises ont réouverts avec des horaires réduits, faisant augmenter la part des personnes qui travaillent à temps partiel involontairement (dont la part de la population active est passée de 1,5 % à 2,0 % entre juillet 2019 et juillet 2020, selon le tableau 14-10-0077-01);

  • selon le tableau 14-10-0286-01, le taux de chômage des jeunes âgé.es de 15 à 24 ans qui étudiaient à temps plein en mars et qui prévoyaient poursuivre leurs études à l’automne est passé de 13,3 % en juillet 2019 à 27,6 % en juillet 2020 (40,3 % en mai 2020) et leur taux d’emploi de 55,9 % à 47,1 % (27,4 % seulement en mai 2020).

Juillet 2020 au Québec

La semaine de référence de l’EPA suivait entre autres la reprise des activités dans les restaurants (le 22 juin) ainsi que dans les centres commerciaux (le 19 juin) de la région de Montréal et celle des activités sportives, de loisir et de plein air partout au Québec. Par contre, la tenue de festivals et d’événements avec un maximum de 250 le nombre de personnes présentes n’a été autorisée que le 5 août. Au Québec :

  • malgré une hausse de près de 100 000 emplois en juillet (ou de 2,4 %) et de 575 000 emplois depuis avril (ou de 16 %), l’estimation de l’emploi en données désaisonnalisées a diminué d’environ 245 000 ou de 5,6 % entre février et juillet (mais de 15,2 % chez les 15 à 24 ans, malgré une hausse de 8,2 % en juillet);

  • cette baisse de 5,6 % est inférieure à celle observée dans le reste du Canada (7,0 %); le graphique qui accompagne ce billet (qu’on peut consulter plus en détail ici) montre d’ailleurs que la baisse de l’emploi depuis février au Québec était en juillet la quatrième plus basse au Canada, après le Nouveau-Brunswick (3,4 %), la Saskatchewan (5,1 %) et le Manitoba (5,3 %), alors que le Québec avait connu la plus forte baisse entre février et avril (car il y avait proportionnellement plus d’industries confinées au Québec que dans le reste du Canada);

  • 70 % de l’estimation de la baisse du nombre d’emplois observée entre février et avril (820 500 par rapport à 244 500 entre février et juillet) a été annulée grâce aux hausses de mai à juillet (230 900, 247 500 et 97 600), proportion qui n’atteint que 50 % dans le reste du Canada; comme la baisse de l’emploi entre février et avril au Québec était la plus élevée du Canada, la hausse de l’emploi y a aussi été plus importante lors des déconfinements;

  • marché du travail juillet et la COVID 19_1entre février et juillet, l’emploi a diminué davantage chez les femmes (de 135 600 emplois ou de 6,5 %) que chez les hommes (de 109 000 emplois ou de 4,8 %), mais cet écart (1,7 point de pourcentage) s’est légèrement réduit en juin et en juillet (2,4 points en mai, soit une baisse de 14,7 % chez les femmes par rapport à 12,3 % chez les hommes);

  • si le nombre d’emplois a globalement diminué de 5,6 % entre février et juillet, cette baisse fut de 7,7 % chez les employé.es (ou salarié.es) du secteur privé, de 0,6 % chez les employé.es du secteur public et de 3,2 % chez les travailleur.euses autonomes;

  • le nombre d’heures effectivement travaillées en données non désaisonnalisées a diminué de 5,7 % en juillet, notamment dans le secteur de l’enseignement (baisse de plus de 60 %) en raison de la fermeture des écoles, collèges et universités; c’est un cas où les données non désaisonnalisées peuvent être particulièrement trompeuses; malheureusement, Statistique Canada ne fournit pas de données désaisonnalisées des heures effectivement travaillées par province; notons tout de même une hausse en juillet de 41 % de ces heures dans les services d’hébergement et de restauration, hausse qui en suit une autre de 51 % en juin, et de 27 % dans l’information, culture et loisirs (26 % en juin), deux secteurs déconfinés au moins partiellement en juin et en juillet, et qui ont aussi profité de la hausse saisonnière de l’emploi ;

  • l’emploi à temps partiel en données désaisonnalisées a monopolisé la hausse de l’emploi en juillet avec une augmentation de 14,6 % (après une hausse de 26,4 % en juin), alors que l’emploi a temps plein a stagné (baisse de 700 emplois ou de 0,02 %); en raison de cette hausse, l’emploi à temps partiel a diminué de 4,6 % entre février et juillet, et le travail à temps plein de 5,8 %; comme le travail à temps partiel avait subi beaucoup plus durement le confinement de février à avril (baisse de l’emploi de 34 % par rapport à la baisse de 15 % dans le travail à temps plein), il est normal qu’il ait bénéficié davantage du déconfinement d’avril à juillet;

  • l’estimation du nombre de chômeur.euses a connu une hausse de 232 100 entre février et juillet (ou de 113 %), malgré une baisse de 292 600 entre avril et juillet (ou de 40 %, dont 48 500 en juillet), faisant passer le taux de chômage de 4,5 % en février à 9,5 % en juillet, en baisse de 7,5 points de pourcentage par rapport à avril (17,0 %);

  • l’estimation du nombre de personnes inactives a augmenté de 37 300 entre février et juillet, malgré des baisses de 270 400 de mai à juillet (dont 45 700 en juillet), faisant diminuer le taux d’activité de 64,7 % en février à 64,3 % en juillet, en hausse de 3,9 points de pourcentage par rapport à son niveau plancher d’avril (60,4 %);

  • si l’ajout d’inactif.ives avait plutôt été un ajout de chômeur.euses (bref, si ces personnes avaient dit avoir cherché un emploi ou prévoir un rappel dans moins de cinq semaines), le taux de chômage aurait atteint 10,3 %, soit 0,8 point de pourcentage de plus que le taux officiel (9,5 %); notons que cet écart était de 5,5 points en avril (22,5 % et 17,0 %);

  • le taux de chômage des jeunes âgé.es de 15 à 24 ans qui étudiaient à temps plein en mars et qui prévoyaient poursuivre leurs études à l’automne est passé de 8,1 % en juillet 2019 à 17,8 % en juillet 2020 (37,1 % en mai 2020) et leur taux d’emploi de 67,9 % à 62,3 % (35,0 % en mai 2020); étrangement, leur taux d’activité était plus élevé en juillet 2020 (75,8 %) qu’en juillet 2019 (73,9 %); on voit que, même si leur situation sur le marché du travail était moins bonne qu’en 2019, elle s’est grandement améliorée entre mai et juillet 2020, était meilleure que dans le reste du Canada et ne semblait pas tellement influencée par la prestation canadienne pour étudiant.es (PCUE), comme trop de monde l’affirme avec des anecdotes.

Les proportions de la hausse du chômage et de l’inactivité sur la hausse totale de ces deux données entre février et juillet, soit 86 % et 14 %, étaient passablement différentes de ces proportions pour le reste du Canada, soit 71 % et 29 %, et pour les États-Unis, soit 66 % et 34 %, ce qui montre que les personnes qui ont perdu un emploi au Québec ont plus souvent (86 % par rapport à 71 % dans le reste du Canada) répondu chercher un emploi ou prévoir un rappel dans moins de cinq semaines. Ainsi, alors que l’écart entre le taux de chômage officiel au Québec et dans le reste du Canada était en juillet de 1,8 point de pourcentage (11,3 % et 9,5 %), l’écart entre leur taux de chômage ajusté en fonction de la hausse de l’inactivité était de 3,2 points (13,5 % et 10,3 %). Cela montre à quel point il faut faire preuve de prudence quand on analyse les données sur le chômage, surtout au cours d’une période comme celle-ci.

Notons que ces proportions étaient en juillet au Québec passablement différentes chez les hommes pour lesquels le nombre d’inactifs a diminué de 4500 entre février et juillet (pour des proportions de 104 % et -4 %!), alors que le nombre d’inactives a augmenté de 41 800 (pour des proportions de 71 % et 29 %). Ainsi, alors que le taux de chômage ajusté des hommes serait moins élevé que son taux officiel (10,0 % par rapport à 10,1 %), celui des femmes serait encore passablement plus élevé que leur taux officiel (10,6 % par rapport à 8,9 %). Je crois que nous sommes près de ne plus avoir besoin de regarder d’aussi près l’évolution de l’inactivité chez les hommes, mais que cela est encore nécessaire pour les femmes. Cette situation appuie certaines observations sur le fait que les femmes seraient plus touchées par la crise, ayant été plus nombreuses à s’être retirées du marché du travail après avoir perdu leur emploi, que ce soit pour prendre soin des enfants ou de proches, ou pour d’autres raisons.

Il est aussi probable que la désaisonnalisation des données soit douteuse cette année, car les mouvements de l’emploi sont dus en grande majorité à un phénomène non saisonnier, soit la fermeture et la réouverture de secteurs jugés non prioritaires. Par exemple, le taux de chômage en juillet des hommes était en données désaisonnalisées nettement plus élevé que celui des femmes (10,1 % par rapport à 8,9 %), mais plus élevé chez les femmes en données non désaisonnalisées (9,3 % par rapport à 9,1 %, selon ce tableau). Alors que la différence entre les deux taux de chômage (désaisonnalisées et non désaisonnalisées) des hommes était en juillet 2020 de 1,0 point de pourcentage (10,1 % et 9,1 %), elle ne l’était que de 0,4 point en juillet 2019 (5,4 % et 5,0 %). Pourtant, l’effet de la saisonnalité ne peut pas être deux fois et demie plus important en 2020 qu’en 2019! Bref, voilà bien une autre incertitude dont on doit tenir compte pour interpréter correctement ces données, surtout celles qui touchent les secteurs les plus saisonniers.

Je me suis posé beaucoup de questions dans mes billets de mars à juin sur les estimations de l’EPA de l’emploi dans les services d’enseignement. Il n’y a plus de raison de le faire, les données désaisonnalisées de juillet montrant une baisse que de 0,4 % entre février et juillet en raison d’une hausse de 3,0 % en juillet (suivant celles observées d’avril à juin). Cela dit, les leçons de cette analyse qui a bien illustré l’importance de tenir compte des marges d’erreur importantes des estimations de l’EPA tiennent toujours. En en tenant compte, je présente dans le tableau qui suit (tiré des données du tableau 14-10-0355-01) les industries dont les estimations d’emploi ont le plus augmenté entre juin et juillet, et celles dont les estimations d’emploi ont le plus diminué entre février et juillet. J’ai mis ces hausses et ces baisses en caractère gras dans le tableau.

marché du travail juillet et la COVID 19_2

Les quatre hausses les plus importantes entre juin et juillet 2020 représentent en tout 87 % de la hausse totale entre ces deux mois, soit 84 900 emplois sur 97 600 :

  • les services d’hébergement et de restauration (hausse de 45 800 emplois, ou de 28 %);

  • le commerce de gros et de détail (18 000 ou de 3 %);

  • l’information, la culture et les loisirs (11 500, ou de 8 %);

  • les autres services (9 600 ou de 7 %).

Les six baisses les plus importantes (celles de plus de 20 000 emplois) entre février et juillet 2020 représentent en tout 77 % de la baisse totale entre ces deux mois, soit 188 300 emplois sur 244 500 :

  • les services d’hébergement et de restauration (baisse de 56 500, ou de 21 %, malgré la hausse de plus de 45 000 en juillet);
  • la fabrication (32 600 ou de 6,5 %);
  • le transport et l’entreposage (29 800, ou de 12 %);
  • la construction (23 700, ou de 8 %);
  • les autres services (23 500 ou de 13 %, malgré la hausse de près de 10 000 en juillet);
  • l’information, la culture et les loisirs (22 200, ou de 12 %, malgré la hausse de 11 500 en juillet).

Comme mentionné auparavant, il faut prendre ces niveaux de hausses et de baisses avec des pincettes. On notera que trois des quatre industries dont les estimations d’emploi ont le plus augmenté entre juin et juillet se retrouvent aussi parmi les six industries dont les estimations d’emploi ont le plus diminué entre février et juillet (hébergement et restauration, information, culture et loisirs, et autres services). Bref, les industries qui ont été les plus touchées par le confinement sont parmi celles qui bénéficient le plus des réouvertures, ce qui est bien normal!

Et après?

Que ce soit au Québec, dans le reste du Canada ou aux États-Unis, on a vu que les hausses d’emploi de juillet ont été bien inférieures à celles de mai et de juin. À quoi s’attendre pour les prochains mois? Comme nous sommes déjà dans la semaine de référence du mois d’août de la HS et de l’EPA (9 au 15 août), on peut s’attendre à une nouvelle hausse légère de l’emploi au Québec et au Canada en raison de la reprise des activités dans quelques secteurs (notamment les festivals et les événements avec un maximum de 250 le nombre de personnes présentes) et surtout de l’absence de remontée du nombre d’infections. Cela dit, il reste de moins en moins de secteurs qui peuvent rapidement reprendre leurs activités au niveau d’avant la crise.

Encore une fois, la situation est plus complexe aux États-Unis. Le maintien du nombre de cas d’infection à la COVID-19 à au moins 50 000 par jour et la hausse de la mortalité des dernières semaines ne favorisent pas le déconfinement au niveau de celui observé au Canada. Comme mentionné auparavant, l’embauche d’employé.es temporaires pour le recensement pourrait contribuer à maintenir l’emploi en hausse, mais aucun autre facteur ne semble aller dans ce sens si ce n’est la petite baisse du nombre de demandes hebdomadaires de prestations de l’assurance-chômage qui semble se poursuivre.

Et alors…

Ce billet a permis de constater, comme les précédents, la grande adéquation entre les mouvements de l’emploi, surtout par industrie, et les décisions gouvernementales. Par exemple, les hausses les plus importantes des estimations de l’emploi ont toutes eu lieu dans des industries qui ont reçu l’autorisation de reprendre leurs activités. Les grands facteurs macroéconomiques n’ont presque pas d’impact sur l’évolution actuelle de la situation du marché du travail, mais pourraient gagner en importance au cours des prochains mois, puisque les effets des décisions de confinement et de déconfinement devraient être mineurs, sauf si une deuxième vague de contamination venait nous frapper.

Encore une fois, on a pu constater l’inadéquation du taux de chômage comme seul indicateur de la situation sur le marché du travail. S’il n’y a rien de nouveau à ce constat, les limitations à l’interprétation à donner au taux de chômage ressortent encore plus dans une situation comme celle qu’on vit, alors que les hausses du chômage et de l’inactivité se confondent plus que jamais. On aura toutefois noté que ce facteur tend à perdre en importance, mais influence encore l’analyse de la situation sur le marché du travail, surtout pour certains groupes. Par exemple, alors que le taux de chômage officiel des femmes était en juillet inférieur à celui des hommes (8,9 % par rapport à 10,1 %), la baisse plus forte de l’emploi chez elles et la hausse de leur «inactivité» montrent qu’elles ont en fait subi plus durement les effets de la crise que les hommes, même sans mentionner ses effets hors de marché du travail. D’ailleurs, leur taux de chômage ajusté en fonction de l’inactivité devient soudainement plus élevé que celui des hommes (10,6 % par rapport à 10,0 %). Et je ne parle pas de l’influence de la désaisonnalisation sur ces taux. Il en est de même des taux de chômage par tranche d’âge, la hausse de l’inactivité ayant bien plus touché les 55 ans et plus (retraites hâtives?) et les 15 à 24 ans (secteurs habituels d’embauche l’été encore partiellement fermés? Rappelé.es en dernier dans les secteurs ouverts?). Notons en plus que, comme on l’a vu chez les hommes, l’inactivité a même baissé chez les 25 à 54 ans entre février et juillet (encore plus, soit de 17 600 ou de 4,8 %).

Cette confusion devrait continuer à perdre en importance et pourrait même disparaître quand la crise sera terminée. Mais, terminée, elle ne l’est pas! Continuons donc à suivre les consignes de la sécurité publique si on veut qu’elle se termine le plus rapidement possible et surtout qu’elle ne revienne pas. Alors, gardez vos distances, lavez-vous les mains et mettez un masque quand vous sortez de chez vous!

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :