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Brève histoire des épidémies au Québec

17 août 2020

Brève histoire des épidémies au QuébecAvec son livre Brève histoire des épidémies au Québec – Du choléra à la COVID-19, Denis Goulet, professeur associé à la Faculté de médecine de l’Université de Montréal et spécialiste en histoire, «dresse un portrait des grandes épidémies qui ont marqué le Québec depuis le XIXe siècle et présente les différents modèles explicatifs des causes des maladies infectieuses qui ont parsemé cette période».

Introduction : L’auteur considérait que la pandémie de la COVID-19 était l’occasion de faire un retour sur l’histoire des épidémies au Québec. Ce contexte m’a d’ailleurs incité à me procurer ce livre! Il revient sur les pires pandémies de l’histoire et montre qu’elles ont suscité des réactions à la fois différentes et semblables à celles qu’on observe aujourd’hui. Ces pandémies ont permis le développement des vaccins et d’autres médicaments (notamment des antibiotiques), l’adoption des premières mesures d’hygiène publique et la mise en place d’institutions sanitaires et médicales à l’échelle mondiale.

1. Les causes des épidémies au XIXe siècle – un siècle d’incertitudes : «Tout au long du XIXe siècle, les maladies infectieuses constituent au Québec la principale cause de mortalité». L’auteur présente les principales théories sur la propagation de ces maladies. Comme elles sont fausses, les solutions médicales et préventives pour combattre ces maladies sont inefficaces. Les mesures de quarantaine sont parfois appliquées, mais mollement. Mais, graduellement, on commencera à soupçonner les véritables causes de ces maladies vers la fin du siècle.

2. Les grandes épidémies au XIXe siècle : Les maladies infectieuses qui ont frappé la population du Québec au XIXe siècle ne sont pas dues aux mêmes causes et ont des caractéristiques spécifiques :

  • le choléra provient d’Inde et est arrivé au Québec en 1832 de l’Irlande; ce microbe se propage par l’eau et les aliments contaminés, et par les vêtements souillés; il a tué près de 5 % de la population en 1832 (10 000 personnes) et entre 1 et 2 % (3000 personnes) en 1834 lors de l’arrivée d’autres bateaux d’Irlande avec des personnes infectées;
  • le typhus arrive au Québec en 1847, encore une fois de navires transportant des immigrant.es de l’Irlande; les estimations de la mortalité due à cette bactérie (une rickettsie transmise par les puces et des poux) varient beaucoup, mais il est clair qu’elle a majoritairement touché des immigrant.es irlandais.es infecté.es sur les bateaux, lors de leur passage à la station de quarantaine de la Grosse Île ou encore dans d’autres hôpitaux de fortune établis pour les isoler (dont les baraquements de Pointe-Saint-Charles à Montréal), pour un total se situant probablement entre 15 et 20 000 personnes;
  • le choléra pénètre à nouveau au Québec en 1849, probablement en provenance des États-Unis, causant environ 2000 morts; il revient en 1851 et en 1852, mais fait moins de victimes; en 1854, il provient cette fois de Liverpool en Grande-Bretagne et cause plus de 2000 décès (l’auteur parle de 1000 morts à Québec et 1300 à Montréal);
  • la variole, amenée en Amérique par les premiers Européen.nes, a frappé durement les Autochtones aux XVIIe et XVIIIe siècles, notamment la Nation huronne, les Attikameks, les Iroquois, les Algonquins et les Montagnais (ce sont les termes utilisés par l’auteur); cet orthopoxvirus fait aussi épisodiquement sa part de victimes chez les colonisateur.trices, les pires épidémies survenant en 1875 et en en 1885 (6000 morts et 13 000 personnes défigurées à vie); on tente d’imposer une vaccination antivariolique existante, mais peu efficace (d’autant plus que les instruments pour vacciner n’étaient pas désinfectés, causant d’autres maladies), tentative qui suscite un fort mécontentement et même des émeutes;
  • d’autres petites épidémies sporadiques surviennent jusqu’au premier tiers du XXe siècle, comme la fièvre typhoïde et le choléra asiatique.

3. Mesures préventives et attitudes face aux épidémies au XIXe siècle : Comme mentionné dans le premier chapitre, les mesures adoptées au XIXe siècle sont souvent inefficaces ou appliquées mollement. Par exemple, la mise en quarantaine des navires est souvent levée rapidement à la suite de pressions des propriétaires et des marchands pour des motifs économiques (comme le déconfinement actuel ici et surtout aux États-Unis…). L’auteur présente d’autres mesures réglementaires (normes dans les navires, désinfection et aération, surtout) malheureusement mal appliquées elles aussi et donc peu efficaces. Quelques personnes demandent de limiter l’immigration, avec des théories du complot sur la volonté des Anglais d’exterminer les Canadiens par la maladie et par l’afflux d’anglophones. Il aborde aussi :

  • la vaccination antivariolique (découverte en 1798);
  • les mesures plus efficaces adoptées vers la fin du siècle;
  • les représentations des maladies contagieuses et les attitudes de la population face à ces maladies (notamment la crainte d’un air empoisonné et les accusations contre les minorités);
  • l’éducation à l’importance de l’hygiène.

4. Les causes des épidémies au XXe siècle – une approche scientifique : Au début du XXe siècle, «la naissance de la bactériologie médicale transforme considérablement les savoirs et les pratiques en matière de prévention des maladies infectieuses». Mais, cette transition entre les anciennes théories et les nouvelles, et surtout pour que les mesures de prévention et de traitement soient adaptées, se fera graduellement et lentement. C’est sur cette transition que porte ce chapitre. L’auteur y aborde notamment :

  • les découvertes de Pasteur et de Koch, et la transmission de leurs savoirs au Québec dans les universités;
  • l’élucidation du «phénomène mystérieux de la contagion»;
  • le développement de nouvelles méthodes de dépistage des maladies infectieuses et de nouveaux traitements;
  • la création de structures de santé publique;
  • la première campagne de vaccination antituberculeuse avec le BCG;
  • l’émergence de nouvelles disciplines scientifiques spécialisées, comme la virologie, l’épidémiologie et l’immunologie;
  • les nombreux changements apportés en médecine préventive et des maladies infectieuses à partir de la Seconde Guerre mondiale.

5. Les grandes épidémies au XXe siècle : «Malgré les avancées de la bactériologie et, plus tard, de la virologie, le XXe siècle n’échappe pas aux grandes pandémies» :

  • la grippe «espagnole», «un virus grippal de type H1N1 alors inconnu au moment de la pandémie» se propage en fait à partir des États-Unis au début de 1918; elle causera mondialement 50 millions de décès, dont 13 à 14 000 au Québec sur 500 000 cas, à 40 % chez les 20 à 34 ans (avec en plus 4000 décès dus à la pneumonie qui résulte de l’affaiblissement du système immunitaire causé par le virus); l’auteur présente les mesures prises lors de cette pandémie, certaines pertinentes, d’autres moins; une seconde vague d’influenza affecte le Québec en 1920, causant près de 2000 décès, mais surtout des personnes âgées; cette pandémie sera à la source de la création du Comité d’hygiène de la Société des Nations, ancêtre de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et de structures du même genre dans bien des pays, dont au Québec;
  • une épidémie de fièvre typhoïde cause près de 500 morts en 1927 et débouchera sur une réglementation plus ferme sur la pasteurisation du lait;
  • la poliomyélite, causée par un virus gastro-intestinal qui touche surtout les jeunes enfants (entre 6 mois et 4 ans) entraîne la paralysie des muscles; elle connut une recrudescence dans les années 1940 et 1950 (je me souviens d’ailleurs de deux camarades d’école qui l’avaient vers la fin des années 1950), causant en plus «des déformations permanentes et des séquelles neurologiques invalidantes» chez des adolescent.es et des adultes; cette épidémie a paralysé au moins 11 000 personnes au Canada entre 1949 et 1954; l’incidence de cette maladie a graduellement diminué par la suite grâce à des vaccins et elle fut éradiquée totalement en 1994; ces épidémies ont contribué au «développement de la médecine de réadaptation et de la physiothérapie»;
  • les grippes asiatiques ont sévi de 1957 à 1959 (90 000 morts en France et 7000 au Canada), en 1968 («grippe de Hong Kong», 30 000 morts en France et 7000 au Canada), en 2002-2003 («syndrome respiratoire aigu sévère» ou SRAS, peu de morts au Québec) et en 2010-2011 (H1N1, idem); ces virus se propagent généralement en remplaçant les grippes saisonnières habituelles;
  • le sida apparaît au début des années 1980 (1983 au Québec); ce virus est moins contagieux que les grippes, ne se transmettant que par le sang ou les contacts sexuels; il a néanmoins causé la mort de plus de 32 millions de personnes, avec une plus forte concentration en Afrique; il causera en plus une recrudescence de la discrimination envers les homosexuel.les se manifestant notamment par une stigmatisation sociale; «on estime que plus de 63 000 Canadiens vivent avec le VIH».

6. Mesures préventives et attitudes face aux épidémies au XXe siècle : L’auteur présente l’évolution de la structure de santé publique au Québec, de ses pouvoirs, des mesures qu’elle a mis de l’avant et des réactions face à ces mesures, surtout lors des épidémies mentionnées dans le chapitre précédent. Par exemple, lors de la grippe espagnole, les mesures adoptées par les pouvoirs publics étaient pertinentes (même si incomplètes), mais n’ont pas été appliquées rigoureusement et les moyens de les évaluer étaient presque inexistants. L’auteur aborde aussi notamment :

  • les faux remèdes et les fausses publicités qui foisonnaient lors de la grippe espagnole;
  • l’influence religieuse et des autres croyances irrationnelles;
  • les mesures positives de santé publique adoptées après la pandémie, malgré la ténacité des croyances irrationnelles, même chez des médecins;
  • la hausse de l’acceptation de la vaccination lorsqu’elle est devenue sécutaire;
  • l’amélioration des mesures de santé publique et de leur acceptation lors des grippes asiatiques de 1947 et de 1968;
  • la résurgence «de vieilles peurs et de certains comportements que l’on croyait à jamais disparus» lors de la crise du sida.

Conclusion : L’auteur fait ressortir les points communs et les différences entre les mesures de santé publique et les attitudes lors des épidémies présentées dans ce livre, et celles qu’on observe actuellement avec la pandémie de la COVID-19. Et il conclut :

«Enfin, il est aussi à espérer qu’ils [les autorités politiques et économiques] orientent leurs interventions préventives non seulement vers des mesures de santé publique, mais aussi vers de solides mesures de protection environnementale. En effet, il est difficile pour un historien des maladies de ne pas établir un parallèle avec l’attentisme des pouvoirs publics et économiques face aux grandes pandémies et celui qu’on constate aujourd’hui envers les grands problèmes environnementaux scandés notamment par le réchauffement de la planète.»

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Lire! Ce livre est tout simplement passionnant et en plus hyper pertinent en cette période de pandémie. Si son contenu est parfois un peu répétitif, il est toujours instructif. En plus du plaisir qu’on a d’apprendre beaucoup de choses, ce livre est agrémenté d’images qui nous permettent de mieux saisir la gravité des épidémies dont l’auteur nous parle et les attitudes de la population lors de ces épidémies. Je tiens finalement à souligner la pertinence de la conclusion que j’ai citée ci-haut. Les 12 notes qu’il contient réfèrent à un lexique situé à la fin du livre. Cela s’endure bien!

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