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La guerre contre l’école publique et ses enseignant·es

24 août 2020

guerre contre l’école publiqueAvec son livre La guerre contre l’école publique et ses enseignant·es, Stéphanie Demers, professeure en fondements de l’éducation à l’Université du Québec en Outaouais, «analyse les pratiques gestionnaires issues de la nouvelle gestion publique (NGP), laquelle opérationnalise l’idéologie néolibérale dans les services publics, plus particulièrement dans le système scolaire».

Avant-propos : L’autrice présente le contexte entourant la rédaction de ce livre ainsi que ses objectifs.

Introduction : Ce livre porte sur les fondements et les conséquences des pratiques gestionnaires issues de la nouvelle gestion publique (NGP), notamment par la marchandisation du savoir et de l’éducation.

1. La nature et les fondements de l’école québécoise et de la profession enseignante : L’autrice explique que le concept de démocratisation de l’éducation englobe bien plus d’éléments que l’accès à l’école pour tous les enfants «sans égard à la condition socioéconomique, ethnoculturelle ou de genre», dont «sa gratuité et le respect des personnes qui œuvrent dans l’enseignement». Elle aborde ensuite la professionnalisation des enseignant.es, la féminisation de la profession enseignante et ses conséquences, ainsi que les changements récents dans l’orientation de l’enseignement et dans les caractéristiques des élèves, et la finalité et la mission de l’École. Elle conclut en précisant que l’École a une obligation de moyens et non pas une obligation de résultat, comme le prétendent et l’imposent «l’idéologie capitaliste néolibérale» et les préceptes de la NGC.

2. Un système scolaire en mutation : L’autrice présente dans ce court chapitre les grandes lignes des objectifs des changements apportés au système scolaire par la NGP, notamment en mettant les écoles et les enseignants.es en concurrence, en axant la formation sur les besoins du marché du travail et en évaluant l’efficacité du système au moyen de calculs de coûts-bénéfices avec comme résultat une ségrégation scolaire de plus en plus importante.

3. La nouvelle gestion publique – origines et fondements économiques et politiques : Si la décision d’implanter la NGP date au Québec d’un discours de Lucien Bouchard prononcé en 1999, ses fondements remontent aux années 1980, même si ce terme a été utilisé pour la première fois en 1991 (anecdote : je me souviens des tentatives d’incorporer la quantification dans mon boulot au fédéral au milieu des années 1980; au cours d’une réunion patronale-syndicale à Gatineau, j’avais présenté les dangers et les incohérences du système; le concepteur a défendu son système, mais m’a avoué que j’avais raison en fumant une cigarette avec moi dehors; il a refusé de le répéter en réunion…). L’autrice montre que la NGP est formée de la combinaison de nombreux principes tous basés sur l’individualisme néolibéral (je simplifie). Elle aborde ensuite les conséquences négatives de l’implantation de la NGP, notamment sur la santé physique et mentale des travailleur.euses, la cohésion interne et la satisfaction au travail.

4. La nouvelle gestion publique en éducation : L’autrice présente les changements graduels apportés au système d’éducation québécois, surtout à partir de la fin des années 1990 dans le cadre de la NGP, puis commente les effets de :

  • la marchandisation de l’éducation;
  • l’utilisation de résultats quantifiables;
  • la baisse du financement de l’École publique;
  • l’implantation de la gestion axée sur les résultats (GAR);
  • la reddition de comptes.

5. Les effets des pratiques adaptées de la NGP et de la GAR : La NGP et la GAR reposent sur le postulat que les résultats scolaires qu’elles visent dépendent uniquement du travail du personnel des écoles, surtout des enseignant.es. Leur application entraîne une uniformisation des pratiques enseignantes et s’attaque ainsi à l’autonomie et à la professionnalisation des enseignant.es. L’autrice aborde aussi l’imposition des pratiques pédagogiques par la coercition, notamment des «meilleures pratiques» basées sur des données dites probantes, enlevant toute latitude aux professionnel.les de l’éducation, ainsi que l’enseignement en fonction des résultats plutôt qu’en fonction des apprentissages.

6. L’école-entreprise – une guerre contre les enseignant.es : L’augmentation de la charge de travail jumelée au temps consacré à la reddition de compte nuit à la santé des enseignant.es et crée un climat de travail anxiogène. Ce climat et les exigences de la NGP et de la GAR se répercutent sur les élèves qui ressentent la pression de réussir les trop nombreux tests et examens qu’on leur fait passer. Ces exigences font en plus augmenter le temps d’enseignement consacré à la préparation aux examens aux dépens de l’apprentissage de nouvelles connaissances et, accompagnées de compressions visant à faire plus avec moins, privent les élèves des services dont ils et elles ont pourtant droit (orthophonistes, psychologues, orthopédagogues, etc.), alourdissant encore la tâche des enseignant.es.

Conclusion : L’autrice propose des moyens pour résister aux applications de la NGP et conclut en remerciant les personnes qui l’ont incitée à écrire ce livre.

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Lire, même si on a, comme moi, lu beaucoup d’autres textes et livres sur le sujet. L’autrice sait bien présenter les conséquences de l’implantation de la NGP et de l’utilisation de la GAR dans le secteur de l’éducation. En se concentrant sur les effets de la NGP sur l’éducation, l’autrice nous montre plus en détail que je l’ai lu ailleurs ses effets sur ce secteur. J’aurais toutefois aimé que l’autrice donne des exemples concrets des fameuses «meilleures pratiques» et des «données probantes» qu’elle critique. Si on comprend bien qu’elle considère que ces pratiques et données ne sont pas généralisables, et qu’elles enlèvent de l’autonomie aux enseignant.es, il est difficile de savoir de quoi elle parle précisément, surtout que les données probantes sont souvent utiles pour débusquer les légendes pédagogiques. Critique-t-elle le concept de données probantes ou l’abus de cette expression? J’aurais aimé en savoir plus à ce sujet. Finalement, bon point, les notes sont en bas de page, presque toutes des références.

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